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AlbicelesteRéputation Mondiale


Inscrit le: 07 Nov 2007 Messages: 1287 Localisation: Paris
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Posté le: Lun 17 Nov 2008 23:43 Sujet du message: Rivalidad en El Ciclon |
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Je reposte ma story argentine. Elle était restée en inactivité assez longtemps, du coup elle avait été effacée de cette partie du forum lors du grand nettoyage du mois de novembre. La motivation est revenue, le temps aussi je l'éspère. Comme Robaggio, je la relance en profitant de la sortie de FM 2009, avec un nouvel épisode qui sera posté demain si tout va bien. Je reposte donc les épisodes de cette story, dont le premier, écrit par Bocafans, avec qui je devais poursuivre la story, mais dont je n'eus très vite plus de nouvelles.
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1er Octobre 1968, hospital Francés , Buenos Aires, capitale. C’est là que tout a commencé…
C’est ce jour même que j’ai poussé mon premier cri. «Un cri de Bostero ! » aurait dit mon père, lorsqu’il découvrit ma voix pour la première fois…
« On l’appellera Geray « «Kabo » Gonzales… »
C’est suite à des complications survenues au 8ème mois de sa grossesse que ma mère fut admise dans cet établissement.
« C’est encore trop tôt je ne veux pas ! » criait-elle dans son lit. Elle était sans doute inquiète de l’état de santé que pouvait avoir son petit bonhomme s’il décidait de sortir maintenant…
Moi je devais être bien impatient de découvrir ce nouveau monde puisque l’accouchement se déroula ce fameux huitième mois…Tant pis pour moi !
Placé dans une couveuse, j’ai dû passer un mois enfermé afin de me développer dans les meilleures conditions…
D’après les dires de ma mère, mon père aurait demandé au docteur dans combien de temps il pourrait m’emmener au stade…
Petit dernier d’une famille de trois enfants, 1 sœur et deux frères, nous vivions dans un quartier populaire de la capitale. Mon plus jeune frère et ma sœur, allaient à l’école tous les jours, tandis que l’ainé de la famille, Rodrigo, aidait mon père dans son travail au ranch pour la riche famille Merlioz. Moi on m’obligea à aller à l’école et je détestais ça !
J’avais d’autres projets en tête…Le football.
Mon père ne nous a jamais forcé à aimer le football. Non, il a été beaucoup plus stratégique : On ne voyait que ça !! Aux anniversaires, il nous offrait des maillots xeneizes…Même à ma sœur !
Toutes les semaines nous avions le droit à une sortie entre garçons…au stade ! Il ne parlait que de Boca. C’est donc devenu naturelle pour moi, Les couleurs du club font parties de mon cœur…
Rodrigo était inscrit dans l’équipe de quartier, et quand j’étais petit j’allais le voir même s’il me l’interdisait ! Il était bon ce con. Mais il se battait tout le temps ! Au point de ne jamais finir une saison.
Moi je taquinais le cuir devant les immeubles avec les autres gosses qui ne savaient pas quoi faire.
Pour mes huit ans, mon père et ma mère m’offrirent ma première License de foot… en salle.
« Moi je veux jouer sur l’herbe !! »
Je compris plus tard qu’en Amérique du Sud, les gamins doivent commencer à jouer en salle. C’est une sorte de tradition ! Ceux qui se débrouillent continuent, pour les autres, il faut trouver un autre sport ! Le foot en salle, c’est une sorte d’entonnoir.
Moi j’ai appris pendant deux ans. Et à ce qu’il parait j’étais déjà un très bon attaquant (si on peut parler de bon attaquant à 10 ans !!) :
Une trentaine de matchs pour plus de 40 buts. C’est simple, je ne lâchais jamais le ballon !!
A l’époque, Fernando Sallares, recruteur de Boca Juniors, fut impressionné par mes jeunes et insouciantes prestations.
Un jour comme les autres, il débarqua à la maison de manière anodine:
« Bonjour monsieur Gonzales ! Je suis désolé de vous importuner, je me présente : Monsieur Sallares, je suis chargé de recruter des jeunes footballeurs pour le club de Boca Juniors. Geray nous a tapé dans l’œil et nous aimerions savoir s’il était possible de s’entretenir à ce sujet avec vous…
A cet instant, j’ai crus que le cœur de mon père allait lâcher ! Celui de ma mère aussi d’ailleurs !!!
J’étais en passe de devenir la plus grande fierté de la famille, le rêve de mon père allait se réaliser…
C’est ainsi qu’a commencé ma carrière de footballeur.
Je suis rentré au club de Boca Juniors en 1979 à l’âge de 11 ans. Années après années, ce club est devenu ma famille, et moi l’un de ses fils !
J’ai passé 11 ans au club ! Je suis passé par toutes les catégories des formations. Buts après buts j’ai gagné la confiance des dirigeants.
C’est en 1988 que je me fis remarquer. Ma première année en réserve se passa comme dans un rêve : 24 matchs…26 buts, à seulement 20 ans.
1989 : César Luis Menotti, l’entraineur de l’époque veut me lancer dans le grand bain.
Mes deux années au sein de l’équipe première furent un tournant pour ma carrière. La première année j’apprends. Je finis avec le trophée de « Meilleur espoir Argentin».
L’année suivante je finis meilleur buteur du championnat avec 24 buts. Même si nous ne gagnons rien, la Bombonera fut passionnelle comme à son habitude !
1991 : A 23 ans ma réputation est grandissante, je suis un renard des surfaces, et l’Europe me tend les bras. Notamment le club de L’Atletico Madrid.
Une saison mitigée entre blessures, remises en questions, et mal du pays, ne me font pas perdre le moral : La deuxième saison je finis deuxième meilleur buteur du club.
A 25 ans je quitte l’Espagne pour l’Italie, direction Parma!
Ce sera mon deuxième club de cœur…J’y reste 5 saisons et devient ainsi le chouchou, puis l’emblème des tifosi en raflant une coupe Européenne et trois titres de meilleur buteur du Calcio !
A 30ans, L’Inter de Milan me fait signer un contrat de 4 ans qui assure ma retraite !
Je finis ma carrière en Italie. J’assiste à mon dernier match officiel en mai 2002. Lors du dernier coup de sifflet final je ne peux retenir mes larmes...Je dis adieu à une vie entière, une vie dédiée au football et aux supporters...
Lorsque je regagne les vestiaires, les 80 000 supporters de San Siro m'offrent une standing ovation digne des plus grands.
Maradona, lui même, dira "qu'il faudra construire un après Geray !"
J’étais prêt à revenir en Argentine, mais non sans un pincement au cœur… _________________

Dernière édition par Albiceleste le Dim 21 Déc 2008 17:57; édité 7 fois |
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AlbicelesteRéputation Mondiale


Inscrit le: 07 Nov 2007 Messages: 1287 Localisation: Paris
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Posté le: Lun 17 Nov 2008 23:48 Sujet du message: |
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6 mois après le dernier match de ma carrière, je commençais à éprouver des signes de lassitude envers ma nouvelle vie de jeune retraité.
J’accompagnais ma femme dans d’interminables séances de shopping, son insatiable passion pour les vêtements de grands couturiers n’ayant d’égal que le nombre de boutiques du Quadrilatero della Moda.
J’essayais tant bien que mal d’entretenir ma forme physique en fréquentant régulièrement une salle de sport, mais je sentais que je n’aurais déjà plus été capable de grand chose sur un terrain de football.
Mes petits plaisirs se résumaient à emmener mon fils jouer chez les jeunes de l’Inter et converser avec mes anciens partenaires. Saisissaient-t-ils la chance qu’ils avaient de jouer ?
J’allais de soirées en soirées, d’inaugurations en inaugurations, en compagnie de mon épouse, fréquentant tout ce que la ville comptait de notables ou de jet setters. Je m’amusais bien, certes, mais là n’est pas la question.
Parader lors des soirées de l’establishment milanais m’exaspérait au plus au haut point. Tout était tellement faux, hypocrite... Certains pouvaient être adulés un jour et mis au placard le lendemain, au gré d’une simple rumeur. Je n’aimais pas cette ambiance.
Je devins nostalgique des années bénies de mon enfance, passées dans le quartier populaire de la Boca. Je rêvais de ces parties de foot interminables où, en compagnie de mes frères et des autres mômes du quartier, nous jouions, sans règles, sur un terrain vague se trouvant à côté d’un vieil entrepôt rouillé ou bien dans la cours devant notre immeuble. Nous rêvions tous à l’époque de devenir professionnels pour La Mitad Más Uno, nous frissonnions de plaisir et de peur lors de folles soirées de Copa Libertadores.
J’étais le seul à avoir vécu notre rêve, le seul à avoir revêtu le maillot xeneize et albiceleste.
Etais-je pour autant plus heureux que mes anciens camarades?
Cette vie inactive de célébrité commençait réellement à me peser et je sentais le besoin, la nécessité même, de me ressourcer.
Après avoir passé les fêtes de fin d’année à Milan, je m’étais enfin décidé à rentrer au pays.
Je partis de milan le 10 janvier 2003au matin par le premier vol Alitalia…
Je ne savais pas ce que j’allais découvrir. Cela faisait en effet 3 longues années que je n’étais pas revenu dans ma chère ville. Selon les dires de ma famille, de connaissances restées sur place et bien entendu des médias, la crise économique de 2001 avait laissé des marques très profondes. Buenos Aires avait-elle si changé que cela ?
Ces pensées obscures laissèrent vite la place à l’excitation de retrouver ma terre natale.
Parcouru de frissons, excité et craintif à la fois, je m’endormis en rêvant d’un souvenir qui me revint en mémoire.
Mon premier match à la Bombonera, bien que je sois resté sur le banc de touche pendant 80 minutes, était certainement le moment le plus émouvant de ma carrière. Serré entre les autres joueurs sur le banc de touche inconfortable, j’étais pétrifié de peur et exalté à la fois. Le match était commencé depuis quelques minutes déjà mais une myriade de papelitos tournoyaient encore dans la nuit porteña et venaient se déposer sur la pelouse depuis les tribunes. Pendant que Cesar Menotti exhortait les titulaires j’observais nos hinchas.
Jamais je n’oublierais cette ambiance si particulière, tout vivait, tout était en mouvement, ce fut un défilé de couleurs, un concert de bruits et de chants. C’était eux, les bosteros, qui nous transmettaient la garra, cette façon de jouer propre à Boca, fondée sur le dépassement de soi et une activité physique incessante.
La Bombonera possédait une acoustique particulière ce soir là, mais pas seulement, ce qui me frappa le plus c’est que le stade tremblait. Je me souvins qu’il y a une phrase écrite à l’intérieur de l’enceinte qui dit « La Bombonera ne tremble pas, elle palpite », tout comme le ferait un cœur.
Lorsque Cesar Menotti me demanda d’aller m’échauffer, mon cœur, lui aussi, se mit à battre à tout rompre, tandis qu’un nouveau chant était entonné par les hinchas…
Boca, mi buen amigo esta campaña volveremo a estar contigo…
Mon voyage fut paisible… _________________

Dernière édition par Albiceleste le Jeu 20 Nov 2008 16:39; édité 3 fois |
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Inscrit le: 07 Nov 2007 Messages: 1287 Localisation: Paris
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Posté le: Lun 17 Nov 2008 23:49 Sujet du message: |
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Mon retour en Argentine fut un choc, un sentiment de joie extrême mêlé à une profonde tristesse. Ce que je vécus ce jour-là restera à jamais encré au fond de ma mémoire.
Dès ma descente d’avion, je discernais l’immensité de la cité Porteña. Je percevais au loin le bruissement et l’agitation qui parcourait cette immense mégalopole.
Une fois dans le hall de l’Aeropuerto Internacional de Ezeiza je voyais s’étendre devant moi la multitude de rues de la capitale fédérale, parfaitement quadrillées à la manière de la grosse pomme new yorkaise.
Cette contemplation fut interrompue par le crépitement et les flashs d’appareils photos.
Bien que mon arrivée devait être confidentielle, des reporters des journaux Ole et la Nacion ainsi que de la chaîne de télévision Canal 13 avaient été avertis de ma venue.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je me prêtais au jeu des questions- réponses, leur exprimant des banalités habituelles. Je leur annonçai que j’étais très heureux de revenir en Argentine, que je venais pour me ressourcer etc, etc.
Lorsqu’ils me demandèrent si j’avais des projets dans le football, je leur déclarai que je n’avais pas une seule fois envisagé cette éventualité…
En sortant de l’aéroport, je fus accueilli par une terrible bouffée de chaleur. Alors que je venais de quitter la capitale lombarde sous la neige, j’arrivais à Buenos Aires en plein été avec une tenue inadéquate.
Mais cette sensation de chaud se dissipa rapidement, atténuée par une brise rafraîchissante provenant du Rio de la Plata, le pampero.
La dernière fois que j’étais venu à Buenos Aires remontait à l’an 2000, lors de mon dernier match pour la sélection nationale. Je n’étais pas revenu depuis, dégoûté par mon écartement de l’Albiceleste par Marcelo Bielsa pour le motif que j’étais trop vieux. J’avais alors décidé de me concentrer sur ma vie en Italie et prenais donc ma retraite internationale. Bien qu’entretenant une correspondance régulière avec ma famille, je ne les avais pas vu non plus depuis cette date.
Mon père était là, m’attendant devant une Audi A4 flambant neuve. Bien qu’ayant profité de ma réussite et étant dorénavant à l’abri du besoin, il n’en gardait pas moins le visage buriné er fatigué d’un ouvrier ayant travaillé durant de longues années pour subvenir aux besoins de sa famille. Il gardait son regard sévère et triste à la fois, ses cheveux étaient devenus un peu plus gris, traduisant son vieillissement. Mais ce n’était qu’une impression, à peine m’avait-il vu que sa mine mélancolique se transforma pour m’adresser un franc sourire.
J’étais heureux de revoir mon père. Celui-ci se porta à ma rencontre et m’accueilli à bras ouverts :
- Ola mon Geray ! Comment vas-tu?
- Très bien papa, si tu savais comme cela me fait plaisir de revenir ici et vous revoir toi et la famille.
- Eh oui, 3 ans, que c’est long…Tu nous a manqué Geray.
- Tu es seul ?
- Oui, tout le monde t’attend à la maison
- Parfait! En voiture alors…
Nous montâmes dans la voiture et roulâmes à travers la ville.
C’est durant ce parcours, que je pris conscience des changements opérés par la crise de 2001.
Dans cette immense ville qu’est Buenos Aires il nous fallut plus d’une heure avant de parvenir au domicile de mes parents, j’eus donc le loisir d’observer les ravages de la crise. Nous traversâmes des quartiers populaires comme celui de Boedo ou Nueva Pompeya.
La route pour se rendre dans le quartier longeait celui de la Boca.
Je demandai donc à mon père de bien vouloir faire un détour afin de rendre visite à mes amis d’enfance. Nous nous dirigeâmes donc vers celui dont la maison était la plus proche.
En arrivant devant la porte je vis qu’un autre nom que le sien figurait sur la sonnette.
Je me décidai tout de même à sonner, peut être le nouvel occupant avait des informations à son sujet et me dire où il logeait. Il ne me reconnu pas et me dit que mon ami avait dû vendre cette maison afin de payer les dettes qu’il avait contracté durant la crise de 2001. Il m’apprit également qu’il se trouvait actuellement en prison après avoir saccagé et volé dans un supermarché au cours de l’une des nombreuses émeutes qui secoua Buenos Aires. Sa femme, me dit-il, était parti vivre chez ses parents à Rosario en emmenant leurs enfants.
Je le remerciai pour ses informations et le quittai.
La misère était plus présente qu’autrefois. Lorsque j’étais enfant, nous étions pauvres mais heureux. Je sentais dorénavant une sorte de fatalisme dans le regard des gens passant à coté de moi. Allongé sur un banc, un SDF me reconnut et m’apostropha.
- Qu-est-ce que tu fais là l’ami ? C’est maintenant que tu reviens ? T’étais la fierté du quartier mais tu nous a abandonné. T’as oublié d’où tu viens chico !
Je l’ignorai et poursuivis mon chemin pour me rendre chez celui qui fut mon meilleur ami durant mes jeunes années. Heureusement Ezequiel était chez lui. Il semblait embarrassé, et bien que son accueil fût chaleureux, je le trouvai distant et assez froid.
Il me confia qu’il était au chômage et que, comme des milliers d’autres porteños, il était cartonero, vivant de cartons, papiers, bouteilles qu'ils revendait pour être recyclés.
- Ecoute Ezequiel, je dois y aller, ma famille m’attend mais dès que tu veux, passe chez moi prendre un verre.
- Tu sais Geray, je t’aime bien, on a passé de merveilleux moments ensemble mais je crois que nous n’avons plus rien en commun dorénavant, à part nos souvenirs. Et ce n’est pas avec des souvenirs que je vais reconstruire ma vie.
- Mais pourquoi…Pourquoi tu dis ça ? Tu sais ça change rien que tu habites ici ou que tu sois sans emploi. Je suis peut-être parti mais j’en oubli pas pour autant d’où je viens…
- Geray, tu as ta famille qui t’attend. Vie ta vie avec eux dans ton nouveau quartier et ne reviens plus ici. Tu sais, les gens sont jaloux ici, ils sont sûrement bêtes aussi, mais c’est comme ça.
- T’es injuste Ezequiel ! Mais tu as raison, c’est peut-être mieux ainsi.
- Au revoir Geray !
-Au revoir…
De retour dans ma ville pour me ressourcer et renouer avec mes racines, mes amis n’étaient plus là ou bien me tournaient le dos. Devenu riche et célèbre, ils ne me considéraient plus comme l’un des leurs…
Une vive émotion s’empara de moi mais je me ressaisis en en remontant la voiture de mon père garée là où il m’avait déposé quelques minutes plus tôt.
Nous reprîmes la route en direction du quartier de Palermo,
Peu à peu les immeubles bigarrés laissaient la place à des quartiers au style européen.
Nous traversions déjà le centre historique de la ville. La Plaza de Mayo était noire de monde, des touristes pour la plupart. Dans ce quartier la vie semblait reprendre son cours comme si de rien n’était. En prenant l’avenida 9 de julio et passant à côté de l’Obelisco de la plaza de la Republica, mon père me dit que la situation du pays s’était nettement améliorée.
- La politique économique entreprise par Eduardo Duhalde semble porter ses fruits. Le pays retrouve un niveau de croissance satisfaisant.
- A long terme, le pays se redressera sûrement. L’Argentine est un pays plein de ressources.
L’une des particularités de cette ville est de voir à de nombreux coins de rues, surtout dans les quartiers touristiques comme nous étions en train de traverser, des couples danser le tango.
Cette danse au tempo et au rythme lent et langoureux, combine à la fois une réserve élégante et une passion exubérante.
On a coutume de dire que le tango est « une pensée triste qui se danse ». Elle est le reflet de l’âme argentine, de notre mentalité bouillonnante et passionnée à la fois.
En voyant l’un de ces couples dansait, la chanson préférée de ma mère me revint en mémoire. La voix de Carlos Gardel résonnait dans mes oreilles :
Mi Buenos Aires querido,
cuando yo te vuelva a ver
no habrá más pena ni olvido…
Enfin nous arrivâmes dans le quartier de Palermo. Ce quartier, le plus grand de la ville au niveau de la superficie, était un quartier majoritairement résidentiel dont les habitants formés la classe aisée de Buenos Aires. Lorsque je commençai à bien gagner ma vie grâce au football, je fis la proposition à mes parents de leur offrir une nouvelle maison, dans un quartier plus calme, plus confortable. Ils me répondirent qu’ils étaient nés dans la Boca et qu’ils avaient bien l’intention d’y mourir et ce n’est pas parce que j’étais devenu un footballeur professionnel pouvant leur offrir tout et n’importe quoi, qu’ils allaient changer d’avis. Un évènement leur fit pourtant revenir sur leur promesse. En effet l’un de mes frères se fit agresser en 1999 à la sortie d’une boîte de nuit et ils décidèrent donc qu’il était plus sage d’investir un quartier plus calme et moins dangereux.
C’est ainsi qu’ils emménagèrent dans une rue paisible d’un quartier résidentiel, eux, bostero jusqu’à la moelle !
Après avoir garé la voiture, mon père et moi-même entrâmes dans la maison.
Tout le monde était là, ma mère, mes frères et ma sœur.
Je ne pus retenir mes larmes, enfin, j’étais de retour ! _________________
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Inscrit le: 07 Nov 2007 Messages: 1287 Localisation: Paris
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Posté le: Lun 17 Nov 2008 23:49 Sujet du message: |
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Cela faisait dorénavant 3 mois que j’étais revenu à Buenos Aires.
L’accueil que me fit ma famille restera l’un des moments les plus inoubliables et agréables de ma vie. J’étais tellement heureux de les retrouver !
Ils se portaient vraiment bien. Grâce à moi ils n’avaient pas souffert de la crise et s’étaient même parfaitement intégrer à leur nouvelle vie. Mes parents n’avaient plus à travailler, quant à mes frères et ma sœur ils avaient pu étudier à l’étranger grâce à l’argent que je leur avais prêté. Mon plus jeune frère travaillait dans un important groupe bancaire tandis que l’autre avait un très bon poste au ministère des finances. Ma sœur, elle, après avoir fait des études d’art à New York, tenait l’une des galeries les plus prisées de la ville.
J’avais regagné ma maison située dans le quartier de Belgrano R, sorte de microcosme pour gens fortunés. Je me sentais vraiment bien dans cette maison, elle n’était peut-être pas aussi luxueuse que mon appartement milanais et ou la maison que j’avais acquis l’année d’avant au bord du lac de Côme mais je m’y sentais vraiment très bien.
C’était mon havre de paix au cœur de cette immense citée.
La vie que je menais était plaisante. Néanmoins, durant ces derniers mois, je reproduisais le même schéma qu’à Milan. Je me rendais souvent à des cocktails et des dîners, mes soirées se terminaient la plupart du temps dans les clubs à la mode comme le Caix, le Pacha Club ou le New York City où se rendaient les jeunes gens aisés de cette ville. Il y avait toujours 2 ou 3 filles qui me tournaient autour et essayaient de me chauffer. Mais je n’étais vraiment pas intéressé, cela faisait 7 ans que j’étais marié et ma femme était bien plus belle et possédait bien plus de charme. De toute façon je devais bientôt rentrer en Italie.
Pour m’aérer un peu l’esprit je faisais autant de sport que possible. C’est ainsi que j’acceptai la proposition de mon ami, Gabriel Batistuta, de passer un week-end dans son estencia de Cordoba pour jouer au polo. Il s’était en effet pris de passion pour ce sport depuis quelques temps et avais acquis un domaine pour jouir de sa passion. Celui-ci était magnifique, se trouvant à une centaine de kilomètres au sud de Cordoba. Il offrait des perspectives magnifiques sur la Pampa, notamment lorsque des nuages venaient masquer le soleil de ces après-midi d’automne et zébraient les étendus qui étendaient devant nous. Une cinquantaine d’invités avaient été convié et l’ambiance était excellente. Nous passâmes la première soirée autour d’un asado, qui est bien plus qu’un repas de grillades. C’est avant tout l’un des moments préférés des argentins, une excuse merveilleuse et gourmande pour se réunir avec des amis et se raconter les anecdotes de toujours, peut être en les exagérant, et en chantant autour d’un énorme plat qui déborde de viandes grillées.
Parmi les invités se trouvait l’un des nouveaux amis de Gabriel, Adolfo Cambiaso, le Maradona du polo selon les dires des connaisseurs.
Le lendemain, tandis que les femmes restaient au bord de la piscine profitant du soleil et d’une température assez élevée et que certains jouaient au tennis, la plupart allèrent jouer ou plutôt s’initier au polo. Et apparemment nous avions le meilleur professeur qu’il soit en la personne d’Adolfo.
Moi, petit porteño issu de la Boca, je ne connaissais pas grand-chose à ce sport, j’étais monté quelques fois à cheval dans mon enfance mais n’étais pas emballé à l’idée de jouer. J’éprouvais quelques difficultés à monter sur mon poney et mes premières courses furent hésitantes.
Jusqu’à ce jour j’avais trouvé ce sport ridicule et snob, un peu comme le golf. Pourtant une fois sur le cheval le sens de la compétition acquis au cours de ma carrière repris le dessus. Bien que n’étant pas très à l’aise sur ce cheval particulier, je souhaitais faire du mieux possible. Comme je l’ai dis précédemment, je ne suis pas un expert concernant le polo mais à voir jouer Adolfito, comme le surnomment ses fans, il ne faisait aucun doute que celui-ci était un maître de ce sport, un artiste même. Il galopait à une vitesse incroyable sur son petit poney haut d’un mètre soixante environ. Doté de ce qu’il me semblait une technique incroyable, il faisait absolument ce qu’il voulait de cette petite balle, effectuant des mouvements courts dans un des espaces microscopiques.
Je comprenais alors que sa réputation de meilleur joueur mondial n’était absolument pas usurpée. Il me fit vraiment forte impression, la violence des accélérations de son poney alliée à sa manière de faire virevolter son maillet tel un sabre me fit penser à la charge d’un cavalier lors d’une bataille d’un autre siècle. Bien que faisant parti d’un milieu privilégié et pratiquant un sport d’élite, ce grand champion restait un homme simple, travailleur, cela se voyait à son attitude. Il s’avérait être un excellent professeur et j’appris énormément de choses à son contact Les petits chevaux qui étaient utilisés et paraissaient si frêles étaient incroyables. Leurs démarrages sont foudroyants: Ils passent sans transitions du pas à un galop pouvant atteindre les 65 km/h, m’apprit Adolfito. Même lancés à cette vitesse, ils peuvent changer de pied et s’arrêter net, sur un simple déplacement d’assiette de leur cavalier.
- Ils ne craignent ni les coups, ni les sifflements des maillets qui frôlent leurs yeux et leurs jambes Ils savent aussi repousser un cheval rival en précipitant leurs flancs contre celui de l’autre tandis que leurs maîtres luttent épaule contre épaule : On appelle cela le marquage.
Il me tins des propos passionnés à propos de son sport me citant notamment une phrase de Winston Churchill, qui fut à la fin du XIXème siècle un joueur émérite:
- Le polo est le prince des sports, car il combine le plaisir de frapper la balle, qui est la base de tant d’amusements, avec tous les plaisirs du cheval et de l’équitation, à quoi vient encore s’ajouter cet esprit d’équipe qui constitue l’essence du football ou du rugby, et qui donne un ensemble si supérieur aux individus qui le composent.
Dans un sens il n’avait pas tort, j’en vins à considérer que le polo, une fois retiré tous les préjugés à son égard, comme une formidable école de la discipline et de l’audace. Il me vint à l’esprit, du moins c’est l’idée que je m’en faisais, que le polo était un sport hors du temps et des modes, un sport élitiste mais qui gardait un caractère et un esprit assez simple finalement.
Enfin c’est la vision que j’en avais sur l’instant et je n’avais qu’une vision argentine de ce sport. Comme le football, sa pratique devait être bien différente en dehors de notre pays.
Lors de cette journée je côtoyai une personne influente du football argentin, que je n’avais jamais rencontré jusqu’à maintenant. Formant la charnière centrale de l’équipe championne du monde en 1978 avec Daniel Passarella, Eduardo Cambiaso, l’oncle d’Adolfo, était l’un des grands joueurs de l’histoire du football argentin. Jouant l’intégralité de sa carrière à River Plate, à l’exception de 3 saisons à la Juventus de 1976 à 1979, il comptait 75 sélections en équipe nationale. Il fut ensuite entraîneur de River à plusieurs reprises au cours des années 90 et en ce début d’années 2000. Il n’avait pas vraiment besoin de travailler étant donné son immense fortune familiale mais la passion du football était très forte chez lui.
On raconte que c’est lui qui offrit à son neveu un casque aux couleurs du drapeau argentin qui depuis est devenu l’un de ses signes distinctifs sur un terrain.
J’eus une discussion avec lui, parlant de tout et de rien. Bien qu’étant poli et aimable, je le trouvai froid, calculateur et arrogant. Nous ne venions pas du monde même monde et je sentais bien qu’il me considérait comme un nouveau riche, ancien de Boca qui plus est. Car si El general fut considéré comme un défenseur rugueux mais néanmoins élégant, avec une superbe vision du jeu et une relance très précise, il était également connu pour ses déclarations tonitruantes précédents les Superclásicos. Nous sentions ainsi une certaine méprise dans ses propos lorsqu’il évoquait les bosteros, et avions l’impression que sortant de sa bouche, ce terme revêtait sa signification première.
Cette rencontre gâcha un peu ce week-end mais il fut toutefois globalement agréable. C’était même les meilleurs moments que j’avais passé depuis mon retour.
Toutefois je ne souhaitais plus revoir cette arrogante personne.
Je ne me doutais pas que nos destins seraient bientôt liés…
Durant ces 3 mois, je me rendis souvent à la Bombonera voir mon club de cœur. J’étais resté en bons termes avec les dirigeants du club et ceux-ci m’invitaient souvent à assister à des rencontres. J’assistai à l’un de ces matchs en compagnie de l’idole de tout un stade, un homme que certains en Argentine considèrent comme la représentation de Dieu sur terre, Diego Maradona. Il fallait le voir encourager les Xeneizes, restant debout pendant quasiment tout le match, secouant les personnes à côté à la moindre occasion, invectivant l’arbitre à chacune des décisions contre Boca. Accompagné de sa fille, il fallait que celle-ci le retienne pour qu’il ne tombe pas dans les tribunes plus bas. Ils faisaient tournés tous les deux leur écharpe jaune et bleu au dessus de leur tête en s’époumonant : Vamo Xeneize…
Il m’adressa la parole :
- Alors Geray, on t’entend pas ! C’est pas un assez beau match pour toi ? Regarde ça, c’est le plus bel endroit au monde !
- Si c’est un beau match, mais je ne suis pas comme toi Diego, j’intériorise un peu plus.
- Tu ferais bien de te lâcher un peu. Je te trouve un peu trop lisse à mon goût mais t’étais quand même un sacré joueur. Alors dis moi, que penses tu du pays ? Tu l’as trouvé changé ?
- Au début je dois avouer que c’était dur de voir la misère mais dernièrement, je trouve que les gens relève la tête.
- Ouai c’est pas faux ! Tu sais, l’Argentine, c’était la plus belle femme du monde mais les hommes l’ont complètement gâché.
- Je pense que tu as raison, ce pays avait tout pour lui. Mais bon, de nos jours la chirurgie esthétique fait des merveilles et elle peut redevenir magnifique.
Cela le fit beaucoup rire.
- C’est vrai que c’est pratique, mais faut pas que ça fasse comme la femme de Kirchner ! Ahahahah ! Elle a beau se faire retendre elle aura toujours une vieille peau.
Il riait aux éclats, c’était un vrai enfant mais déjà le match était fini sur un score de 3-1 en faveur des locaux, il n’en fallait pas plus pour qu’il soit le plus heureux des hommes. Il avait parlé de Nestor Kirchner sans se douter qu’il deviendrait président un mois après cette discussion.
Suite à ce match, je décidai de me perdre dans le centre de Buenos Aires plutôt que de rentrer directement à la maison. Je flânai dans les quartiers de Monserrat et San Nicolas au milieu des badauds. A quelques coins de rue il y avait des danseurs de tango qui faisait le spectacle pour les touristes à la recherche d’un cliché de quelque chose de typique. Je trouvais, en croisant le regard des portenos, que la situation se redressait. Les gens avaient retrouvé le sourire et ils semblaient à nouveau heureux. Les mesures du président Duhalde portaient leurs fruits et le pays était réellement sorti de la crise. Les violences s’atténuaient et il faisait à nouveau bon vivre.
Assis sur un banc Plaza de Mayo je me demandais ce que je devais faire. J’avais très envie de revenir en Italie mais je souhaitais plus ardemment encore réussir ma nouvelle vie ici, en Argentine. Je voulais être utile à quelque chose mais ne savait pas quels projets lancer.
Et tandis que je voyais des centaines de personnes aller et venir à la reconstruction du pays, je me dis que moi aussi je voulais faire parti de ce renouveau… _________________
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souinRéputation Mondiale


Inscrit le: 29 Oct 2007 Messages: 2687 Localisation: Chartres / Dijon
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Posté le: Mar 18 Nov 2008 13:40 Sujet du message: |
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Quand Albi s'y met, il fait pas les choses à moitié.
Bonne qualité et bonne continuation.
Dommage que ca manque de commentaires !  _________________
j'dis ca, j'dis rien ! |
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S.RamosRéputation Mondiale


Inscrit le: 25 Nov 2007 Messages: 1004 Localisation: Casablanca Morocco
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Posté le: Mar 18 Nov 2008 13:45 Sujet du message: |
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Bah il a mis les 3 postes en moin de 5mn difficile de placer un commentaire :/ _________________
Ronaldinho 0 - 1 Sergio Ramos |
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RobaggioRéputation Régionale


Inscrit le: 04 Juil 2008 Messages: 224
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Posté le: Mar 18 Nov 2008 18:03 Sujet du message: |
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Je viens de la relire...
J'ai pris le même pied que la première fois...
Aller vite, des inédits !!! _________________ MANUREVA FOOTBALL CLUB
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AlbicelesteRéputation Mondiale


Inscrit le: 07 Nov 2007 Messages: 1287 Localisation: Paris
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Posté le: Mer 19 Nov 2008 0:15 Sujet du message: |
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En ce mois de mai de l’année 2003, je souhaitais recadrer mon existence, donner un sens à ma vie. Etre footballeur professionnel est une expérience incroyable, mais la retraite est extrêmement dure à vivre. Ne plus se rendre à l’entrainement le matin, ne plus sentir l’odeur des vestiaires, ni celle de l’herbe fraichement coupée lorsque l’on commence son footing, me manquait.
Alors que les journées se faisaient plus courtes, que la chaleur et la luminosité du soleil déclinaient à mesure que l’automne se terminait, je m’installais chaque soir à mon bureau afin de réfléchir aux suites à donner à ma vie.
Je devais normalement rentrer en Italie pour profiter de l’été en compagnie de mon fils et de ma femme mais je sentais que je devais rester en Argentine pour me sentir bien et trouver une occupation.
Mais que faire ? Je n’avais aucun diplôme. Ayant consacré ma jeunesse au football, je n’avais pas eu de temps pour étudier. Je ne possédais aucune compétence, aucun savoir-faire. A quoi pouvais-je bien être utile ? En dehors du football, que pouvais-je faire ? Rien !
La réponse était cruelle mais il en était ainsi. Moi qui aspirais à autres choses, je me rendis compte que mon salut passerait une nouvelle fois par le football. Ce sport avait occupé toute ma vie jusqu’à maintenant, et il continuerait à me faire vivre, jusqu’à mes vieux jours probablement.
Mais quel métier exercer ? Il était hors de question pour moi de devenir consultant, je n’aimais pas les médias et leur soif de scoops. Entraineur ? Je ne possédais pas les diplômes, et même si les procédures étaient facilitées pour un ancien joueur professionnel, cela prendrait au minimum un an. Même si l’aspect tactique de ce sport m’avait toujours plu tout au long de ma carrière et que je me sentais compétent dans ce domaine, je n’étais pas prêt pour prendre en charge une équipe. En Argentine la pression est énorme, et encore plus sur un jeune entraineur qui a tout à prouver.
L’idéal était de me familiariser avec de jeunes joueurs, je pourrais leur transmettre mon expérience, leur être de bon conseil. C’est ainsi que je me tournai vers la seule personne susceptible de m’aider dans ma quête de travail, mon ami Mauricio Macri, qui était, et cela facilitait beaucoup de choses, président de Boca Juniors.
Il répondit favorablement à ma requête et me donna rendez-vous dans les locaux du club.
- Je trouve cela formidable Geray, c’est une excellente idée ! J’y avais pensé, mais je m’étais imaginé que tu serais réticent.
- Je dois avouer que lorsque j’ai arrêté le football, je ne m’étais pas imaginé faire des démarches pour être embauché dans un club. Mais depuis quelques temps, je vois les gens s’afférer, la ville bruisse d’activité et d’initiatives, le pays est revenu sur de bons rails, et moi je ne fais rien. Je veux travailler, c’est pour cela que je t’ai sollicité…
- … Et tu as bien fait ! Je suis content de pouvoir t’aider. Occuper une fonction d’encadrement dans notre équipe des moins de 20 ans sera bénéfique pour le club mais également pour toi. Pendant longtemps on a laissé la formation de côté dans ce club, et sur ce point la, River a une longueur d’avance. On a des jeunes talentueux, le staff fait un bon boulot et ton apport sera très bénéfique. Ta connaissance du football est excellente, tu es quelqu’un de réfléchi, tu as tout pour réussir et pourquoi devenir entraineur plus tard ?
- On n’en est pas encore là, il faut d’abord que j’obtienne le diplôme…
- …Je ne t’imagine pas le manquer une seule seconde.
- Tu es presque plus enthousiaste que moi ! En tout cas je te remercie beaucoup pour ce job, je vais enfin faire quelque chose de mes journées, échanger avec les jeunes, leur donner des conseils. Certains ont vraiment l’air excellent. Je ne sais pas si j’avais autant de talent qu’eux à leur âge. On ne jouait pas vraiment d’e la même manière, mais bon…
- Justement à propos de jeu, je voudrais que tu t’occupes plus particulièrement des joueurs offensifs, leur apprendre à être plus réalistes devant les buts, plus cyniques, comme tu l’étais. Le jeu de Boca est fondé sur la garra, le combat, le réalisme. Je sais que tu as été formé à l’école Menotti, qui prônait un jeu très offensif mais tu étais un sacré finisseur. Je compte sur toi. A ce sujet, ton contrat est prêt, tu n’as plus qu’à le signer. Ensuite on prendra une photo pour le site du club. Je sais que tu n’aimes pas trop être exposé, mais les fans ne manqueront pas de saluer ta venue.
Ainsi je devenais l’assistant d’Angel Celoria, coach des moins de 20 ans, en charge du secteur offensif, ce qui correspondait parfaitement à ce que je recherchais. Je devais commencer début août lors de l’ouverture de la nouvelle saison.
Ma situation s’était finalement décantée assez rapidement, je pouvais retourner en Italie pour les deux prochains mois. Je partais l’esprit libre, heureux à l’idée de revoir ma femme et mon fils, mais je ne partais pas les mains vides. J’apportais avec moi des devoirs de vacances si on peut dire. J’avais eu en effet un entretien avec Angel Celoria, qui m’avait ensuite présenté à l’ensemble de l’équipe. Les joueurs étaient très enthousiastes, pour beaucoup j’étais une idole, un modèle. Certains ne tarderaient pas à faire parler d’eux, j’en étais sûr. Mais en attendant, je devais apprendre les systèmes de jeu de l’équipe et mettre un nom sur chaque tête, le trombinoscope que l’on m’avait fourni serait utile.
Même si je ne fis pas grand-chose de mes journées, ces deux mois passèrent vite.
Après un mois se partageant entre Côme et Milan, nous passâmes tous les trois une bonne partie du mois de juillet en Sardaigne. Les retrouvailles furent chaleureuses, ma femme et moi étions toujours aussi complices.
Toutefois, bien que comprenant mon envie de trouver une occupation, elle fut assez réticente à ce que je reparte en Argentine. Elle était visiblement déçue, s’attendant probablement à ce que je reste en Italie avec elle. Elle trouvât cela préjudiciable pour notre couple et notre fils. Il est vrai que j’avais omis cette donnée de l’équation, tout joyeux à l’idée de travailler pour Boca, mon club de toujours. Une fois n’est pas coutume, je l’avais joué solo mais cette fois cela ne s’avérait pas payant, à la différence de certaines actions au cours de ma carrière…
Elle ne voulait pas non plus me rejoindre là-bas, enfin pas toute l’année. Sa vie était en Italie disait-elle…Après plusieurs disputes nous parvînmes à un accord. Elle viendrait à Buenos Aires d’octobre à mars pour profiter du printemps et de l’été dans l’hémisphère sud. Mon fils resterait en pension à Milan ou irait en Suisse. Cela ne le perturba guère, il semblait même heureux de cette décision.
Je fus de retour à Buenos Aires début août, comme prévu. Mes premiers pas « d’entraineurs » se passèrent admirablement bien. Le contact avec ces jeunes joueurs m’était agréable, je me lançais passionnément dans ce nouveau défi, étudiant les schémas tactiques, créant pour chaque attaquant un programme d’entrainement spécifique.
Je me créais petit à petit une culture tactique, un schéma de jeu propre à moi, que je ne mis pas trop longtemps à mettre en pratique. En effet, parallèlement à mon travail j’obtins mon diplôme d’entraineur. Mauricio Macri m’offrit alors le poste d’entraineur principal des moins de 20 ans. Je pus alors mettre en place une autre façon de jouer, plus conforme à ma vision du football. Moi qui fus à l’école Menotti, sorte d’utopiste du football, ma vision du jeu est beaucoup plus offensive que celle prônée à Boca.
Ce système de jeu requiert des joueurs à haute technicité et se base sur un style de jeu lent et sur la multiplication des passes courtes, dont le but est de mettre hors de position une défense épuisée de courir après le ballon. Toutefois j’entendais, et je l’entends toujours, respecter l’identité de jeu de Boca, la garra, qui fait également parti de mes gênes. J’eus des succès certains avec cette équipe et de nombreux joueurs talentueux sortirent de nos rangs, la plupart s’exilant en Europe. Cela m’agaçait franchement de voir partir de jeunes joueurs à peine formés, mais le club y trouvait son intérêt. Je regretterai toujours que l’aspect financier prenne le pas sur l’aspect sportif, mais c’est malheureusement devenu la norme.
Passèrent notamment sous mes ordres des joueurs comme Fernando Gago, Fabian Monzon, Ever Banega, Pablo Ledesma, Neri Cardozo ou bien Jonathan Maidana…
Dorénavant en juillet 2008, cela faisait 5 ans que je bossais pour Boca. Mon travail était apprécié, ayant apporté un vrai plus technique aux jeunes du club. Ma vie se déroulait extrêmement bien, ma femme se plaisait à venir passer la moitié de l’année à Buenos Aires. Toutefois j’étais un peu lassé, entrainer en Primera División me tentait énormément. River Plate venait de gagner le championnat d’ouverture après avoir été pris en main par Diego Simeone, ex joueur de l’albiceleste, ce qui me donnait encore plus envie de me lancer à mon tour. Malheureusement il n’y avait pas vraiment d’opportunités intéressantes. Les équipes dans lesquelles des entraineurs étaient susceptibles d’être remerciés ne m’attiraient guère et pour les autres, il n’y avait pas de changement en vue.
C’est ce que je croyais, jusqu’à ce que je reçoive un coup de fil inattendu… _________________

Dernière édition par Albiceleste le Jeu 20 Nov 2008 16:33; édité 2 fois |
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Ktalan69Réputation Locale


Inscrit le: 18 Nov 2008 Messages: 3 Localisation: Place Catalunya
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Posté le: Jeu 20 Nov 2008 10:50 Sujet du message: |
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Je me croyais au beau milieu de la Pampa!!
LA SUITE LA SUITE!!ça se lit tout seul et le sujet est admirablement bien geré!!
Vu ton pseudo tu dois etre un connaisseur du fottball Argentin?Moi aussi j'aime bien...C'est la bas que les bases du beau jeu sont nées...
Bonne continuation en tout cas, tu me conté parmis tes fans Albi!  _________________ Visca Catalunya é Visca barça!!!!!
Llega la peste, llega el madridista!!
Con esos cuernos que saltan a la vista!!!
La afición de su muerte se disfrutan!!! |
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Dr ZOULOURéputation Mondiale


Inscrit le: 08 Fév 2008 Messages: 1097 Localisation: Toulouse
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Posté le: Jeu 20 Nov 2008 15:45 Sujet du message: |
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Et bien Albi, ton pseudo te va comme un gant. Quelle connaissance de ce pays, de son histoire, de son football, de sa culture...à croire que tu a vecu là bas!!!! Ses episodes servent un peu d'introduction, on passe rapidement sur cette vie fantastique, mais parfois tu t'attardes sur ces petits détails qui rendent ton recit encore plus captivant.
J'aurai aimé visiter ce pays ce été, ça en a été autrement, je le regrette un peu, et j'espere que je pourrais decouvrir tout ça à travers ta plume... _________________
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AlbicelesteRéputation Mondiale


Inscrit le: 07 Nov 2007 Messages: 1287 Localisation: Paris
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Posté le: Sam 06 Déc 2008 1:07 Sujet du message: |
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- Allo Monsieur Gonzales ?
- Lui-même. Vous êtes...
- … Rafael Savino à l’appareil, bonjour Monsieur Gonzales, j’espère que je ne vous dérange pas.
- Absolument pas.
- Je présume que vous me connaissez déjà, je n’aurai pas à faire les présentations.
- Effectivement.
Bien sûr que je le connaissais, mais qu’est-ce que le président de San Lorenzo pouvait bien me vouloir ?
- Je souhaiterais vous rencontrer, discuter avec vous de certains choses. Peut-être pourrions-nous envisager une collaboration. Toutefois, je préférerais vous en parler en face, pourriez vous venir demain dans nos locaux, avenida de Mayo ?
- Pourquoi pas, je suis disponible toute la semaine mais j’aimerais d’abord en informer mon président…
- Ce n’est pas la peine, je lui ai déjà passé un coup de fil. C’est une rencontre informelle, elle n’aboutira peut-être à rien de concret.
- Eh bien écoutez, je suis quelqu’un d’assez curieux par nature, et je n’ai pas de raisons particulières de refuser. J’accepte votre proposition.
- Très bien, j’espère que des choses positives, pour vous et pour moi, sortiront de notre rencontre. L’idéal serait de nous voir en début d’après-midi, nous discuteront autour d’un café.
- Cela me convient.
- Alors c’est parfait, un chauffeur viendra vous chercher à 14 heures. Au revoir Monsieur Gonzalez.
- Au revoir…
Je n’étais pas plus avancé une fois le téléphone raccroché. Qu’avait-il en tête ? Pourquoi me faire venir ? Les questions se multipliaient dans mon esprit. Il avait parlé d’une collaboration, mais quels contours pouvait-elle prendre? San Lorenzo avait à sa tête l’un des meilleurs entraineurs argentins, un homme aussi compétent qu’il m’était antipathique. Il avait conduit l’équipe au sacre lors du tournoi de clôture 2007 et luttait chaque année pour le titre. Il était en place depuis 2006 et je ne voyais pas pourquoi il serait démis de ses fonctions. Peut-être allait-il partir de sa propre initiative et que ce n’était pas encore officiel. Je passai le reste de la journée et une bonne partie de la nuit à me perdre en conjecture.
Le lendemain, j’attendis sereinement l’heure du départ. A 14 heures précises, un chauffeur vint sonner à ma porte puis m’emmena au siège du club, en plein centre historique de la ville. Le trajet dura une demi-heure et l’incertitude grandit en mon fort-intérieur lorsque je sortis de la Mercedes pour me diriger vers l’entrée.
C’était le 3 juillet 2008, la journée était douce malgré l’hiver et la récente averse. Je me dirigeai vers l’accueil afin de me présenter lorsqu’un jeune homme vêtu d’un costume parfaitement taillé s’approcha.
- Bonjour Monsieur Gonzales. Juan Carlos Temez, je suis l’assistant de Monsieur Savino, veuillez me suivre s’il vous plaît, ils vous attendent.
Je réfléchis dans l’ascenseur à la signification de cette dernière phrase. A qui le « ils » faisait il allusion ? Ma réflexion prit fin rapidement.
- Par ici je vous prie. Veuillez vous installez, je vais prévenir Monsieur Savino de votre arrivée.
Nous étions arrivés dans un salon à la décoration très moderne. Je pris place dans un fauteuil en attendant la venue de Rafael Savino. Je ne m’étais pas imaginé que le club possédait un siège social aussi moderne et spacieux. A part le nom de son président, de plusieurs joueurs et quelques bribes d’histoire, je ne connaissais quasiment rien du club. En tout cas j’étais favorablement surpris, il avait fait les choses en grand : chauffeurs, accueil VIP. Qu’allait-il me réserver à présent ?
- Ah Monsieur Gonzales, quel plaisir de vous voir ! J’espère que l’on vous a bien accueilli dit-il en lançant un regard interrogateur à son assistant.
- Très bien Monsieur Savino, je vous remercie. Vos locaux sont superbes, je ne les imaginais pas comme cela.
- Il y a eu des travaux récemment. Cela fait partie d’un vaste plan de modernisation du club. Mais je vous en prie, suivez-moi, nous allons passer aux choses sérieuses.
J’entrai dans son bureau d’un pas décidé. Face à moi se trouvait une grande pièce, éclairée par la douce lumière du soleil qui venait d’apparaître au dehors, elle aussi était fraichement décorée dans un style moderne. Il y avait toutefois de nombreux éléments plus anciens, appartenant certainement à l’homme que je suivais d’un pas décidé. Une grande table de réunion se tenait au milieu, sur laquelle était pausé des verres, une carafe d’eau ainsi qu’un service à café d’où émanait une agréable odeur.
A un bout de la table, assis en retrait, un homme aux cheveux noirs gominés et plaqués en arrière, étudiait son reflet dans une cuillère en argent avec une mine satisfaite. Je connaissais cette allure impeccable et sûre d’elle, celle d’un homme élégant et imposant. Il leva les yeux, et m’adressa le même regard que le jour de notre première rencontre. Un regard se voulant chaleureux mais teinté d’ironie.
Poliment, il me souhaita la bienvenue, dépliant son long corps pour se lever. Il se rassit aussi vite qu’il se leva et prie une pose de pacha dans son fauteuil en cuir. Chaque mot qui sortait de sa bouche semblait pesé, calculé, prononcé avec une retenue destinée à instaurer d’emblée une barrière entre nous deux. Par ses paroles et son attitude, pédante et distante, il ramenait son interlocuteur au niveau qui était le sien, à savoir un enfant des quartiers pauvres de Buenos Aires.
Peut-être était-ce involontaire pour cet homme issu d’une grande famille qui, depuis son enfance, évoluait dans un monde que je n’avais seulement côtoyé qu’à l’occasion.
Malgré une grande confiance en moi, je sentais que l’entretien serait tendu. J’allais être jugé à chaque instant, chaque parole, ses yeux bleus et froids me fixant sévèrement à chaque fois que je prendrais la parole. Je ne sais pas si c’était un genre qu’il se donnait ou si son visage était triste de nature, toujours est-il qu’il semblait venir d’un autre siècle. Son visage aristocratique me fit penser aux portraits que l’on voit dans les musées de certains généraux du XIXème siècle qui se battirent pour l’indépendance du pays.
Mais quel était le but de cet entretien si cet homme était présent ? Eduardo Cambiaso, puisqu’il s’agissait de lui, se trouvait être l’entraineur de San Lorenzo. Sa présence, outre le fait qu’elle soit intimidante, voulait-elle dire que cette rencontre n’avait rien d’un entretien devant déboucher sur un poste d’entraineur ?
- Un café Monsieur Gonzales? me demanda Eduardo
- Volontiers…
- Vous vous doutez bien que l’on ne vous pas fait venir simplement pour boire un café, continua Monsieur Savino.
- Eh bien, vous ne m’avez pas vraiment expliqué ce que vous attendiez de moi jusqu’à maintenant.
- C’est vrai, j’attendais de vous avoir en face de moi. Vous devez sûrement vous demander pourquoi je vous ai fait venir pour une réunion avec Monsieur Cambiaso, ici présent. Et bien sachez qu’Eduardo, puisqu’il en a exprimé l’envie et que je ne peux lui refuser, va quitter ses fonctions d’entraineur pour la prochaine saison…
-… Je souhaite en effet prendre du recul par rapport au métier d’entraineur. J’ai tout connu vous savez, gagner des trophées, perdre des finales, échouer dans la conquête d’un titre…
Je ne suis pas lassé du football mais entrainer ne me procure plus les mêmes sensations qu’avant, c’est pour cela que ma position évolue au sein du club et que je vais devenir directeur sportif.
Cela fut dit d’une traite, sur un ton monocorde, comme s’il l’avait appris par cœur.
- Alors vous me proposez le poste d’entraineur si je comprends bien.
- En effet Monsieur Gonzales. Nous avons étudié plusieurs profils Eduardo et moi-même, nous ne furent pas toujours d’accord sur les différentes candidatures possibles, nous ne le sommes peut-être toujours pas, mais le choix final m’appartient et votre profil me paraît être le plus intéressant. Vous êtes jeunes, vous avez acquis une bonne expérience avec les équipes jeunes de Boca ainsi que des résultats probants. Pedro Pompillo est disposé à vous laisser partir, il ne souhaite pas s’opposer à un tel avancement et ne peut vous proposer mieux de toute façon.
A la différence de son directeur sportif, Rafael Savino était un homme charmant et l’entendre parler était un plaisir. Je sentais la passion qui l’animait lors de cette discussion et percevais toute la conviction qu’il mettait dans son discours afin de me convaincre.
- Quels seraient les objectifs ainsi que les moyens mis à ma disposition ?
- Votre objectif sera de se maintenir dans le haut du tableau et de jouer le titre à chaque tournoi. Maintenir la qualité de jeu instaurée par Eduardo est également prépondérant. Nous voulons un jeu offensif, ambitieux et plaisant à voir. C’est pour cela que je vous ai choisi, pour votre faculté à bien faire jouer vos équipes. Pas question pour autant de partir inconsidérément à l’abordage…
Eduardo Cambiaso prit la parole.
- Je rajouterais qu’à long terme nous souhaitons faire de San Lorenzo le premier club du pays en terme de formation. Nous sommes distancés par River Plate, Boca Juniors, grâce à vous, et même le Racing, Independiente ou Velez. Je coordonnerai plusieurs recruteurs qui sillonneront le pays ainsi que le reste de l’Amérique du sud pour trouver des jeunes talentueux. Dans notre logique de modernisation, cela s’avère être une étape prépondérante, sportivement parlant mais également financièrement. La revente à des clubs européens de nos meilleurs joueurs assurera la pérennité du club, qui pourra réinvestir dans d’autres joueurs et ainsi de suite.
- En gros vous faîtes de la spéculation…
Il me renvoya sèchement dans les cordes, comme s’il avait anticipé ma réponse.
- …Absolument pas. C’est malheureusement devenu une loi économique pour un club argentin de revendre ses meilleurs éléments en Europe. Je ne parle pas d’acheter des dizaines de joueurs dans le but de les revendre aussitôt, mais plutôt d’effectuer une sélection élitiste des meilleurs jeunes du continent et du pays afin de les attirer dans notre club.
- Alors nous pouvons nous entendre, ce projet a l’air passionnant. Il mérite que j’y réfléchisse. Quand dois-je vous donner ma réponse ? M’adressais-je à au président.
- Nous souhaiterions une réponse pour la fin de journée. La compétition reprend dans un mois, et d’ici la fin de la semaine l’effectif partira se préparer en Uruguay, avec une série de 3 matchs amicaux pour conclure.
- Eh bien, c’est assez court. Même si votre proposition est alléchante, je veux néanmoins prendre du temps pour y réfléchir.
- Je le conçois tout à fait Monsieur Gonzales. Donnez-moi votre réponse dans la soirée cela sera parfait. Quelle qu’elle soit, ce fut un plaisir de vous rencontrer, j’espère néanmoins voir revoir très rapidement. Une opportunité unique s’offre à vous, saisissez la.
Il décrocha un téléphone posé sur le coin du bureau et appela son assistant.
- Juan Carlos, veuillez faire raccompagner Monsieur Gonzales chez lui. Au revoir, j’attends votre coup de fil avec impatience…
- Au plaisir, ajouta Eduardo Cambiaso.
Je quittai les lieux environ une heure et demie après y être entré. Je rentrai chez moi et passai ma soirée à réfléchir à la proposition. Je n’eus pas à y penser longtemps, j’étais évidemment partant pour cette aventure. Bien que a personnalité d’Eduardo Cambiaso me rebutait, le discours du président m’avait réellement séduit. Il avait raison, cela représentait une occasion unique pour ma désormais carrière d’entraineur. J’avais exprimé l’envie d’entrainer un club de première division et voilà que l’on m’offrait les rênes de l’un des cinq plus grands clubs du pays, champion pour la dernière fois il a un an tout juste.
J’appelai Rafael Savino à 19 heures afin de lui faire part de mon choix d’entrainer le club.
- Je suis absolument ravi. Une conférence aura lieu demain afin d’entériner votre nomination et de vous présenter à la presse. Elle aura lieu à 11heures au centre d’entrainement, vous pourrez ensuite rencontrer les joueurs. Ne vous en faîtes pas, cela se passera bien, je m’occupe des détails dans la soirée avec Eduardo. Un chauffeur viendra vous chercher à 10 heures. Un conseil, profitez bien de votre dernière soirée d’homme « libre ». San Lorenzo n’est pas le club le plus turbulent mais attendez vous à faire les titres des journaux. Votre nomination va faire l’actualité, du moins au début, ensuite j’espère que l’on parlera des bons résultats du club. Heureusement pour vous dans une semaine vous serez en Uruguay, le temps que la pression redescende.
- Je vous suis très reconnaissant Monsieur Savino. J’ai conscience de la tache qui m’attend et espère vous satisfaire pleinement vous et les supporters. Je pense que cela sera un plaisir de travailler à vous.
- Allons Geray, vous me permettez de vous tutoyer ?
- Bien sûr !
- Gardez votre salive pour demain matin et les réponses que vous donnerez aux journalistes. Je suis certain que notre collaboration sera un succès. J’attends simplement que vous soyez vous-même. Je vous souhaite une bonne soirée, à demain.
- Bonne soirée…
Après avoir appelé ma femme pour lui annoncer la nouvelle et la prévenir que je n'irai pas la rejoindre en Italie pour les deux prochains mois (encore une fois nous nous sommes disputés), je passai la soirée devant l’écran de mon ordinateur afin de prendre des renseignements sur mon futur effectif et mon futur club, dont l’histoire m’était en grande partie inconnue.
J’allais entrainer un club qui venait de fêter son centième anniversaire le 1er avril dernier, au terme d’une grandiose soirée de commémoration. Plus de 20 000 hinchas déambulèrent dans les rues de Buenos Aires pour rejoindre le stade, chantant, dansant et lançant des fusées dans tous les sens, avec parmi eux le plus célèbre supporter du club, Viggo Mortensen qui tomba amoureux du club lors de son enfance passée dans la ville. Depuis, il affiche son amour du club à presque chacune de ses apparitions publiques. Maradona fit également parti de la fête pour célébrer le centenaire du troisième club le plus populaire derrière Boca Juniors et River Plate.
Le club est installé à quelques kilomètres du quartier d’Almagro (dont il conserve le nom) dans le barrio (quartier) de Boedo, l’un des 48 barrio que compte Buenos Aires. Moins typique que celui de la Boca, il est néanmoins l’un des plus populaires et des plus pauvres de la capitale. C’est un quartier entouré par le tramway, les abattoirs et les nombreuses églises construites par les immigrés basques et italiens, un quartier laborieux sentant la crasse et la suie.
C’est en 1908 que le club fut créé par un prêtre du nom de Lorenzo Massa qui, après avoir vu un enfant jouant au football manquer de se faire écraser par un tramway, proposa aux jeunes du quartier de Almagro, de venir jouer sur le terrain jouxtant la chapelle en échange que ceux-ci viennent assister régulièrement à la messe. Ils devinrent rapidement une équipe tellement forte qu'ils décidèrent de fonder un club de football. Les joueurs proposèrent alors de baptiser le club du nom de San Lorenzo, en hommage au Père Massa. Celui-ci refusa dans un premier temps, mais finit par accepter l'appellation prenant lui-même pour référence la bataille de San Lorenzo, épisode fondateur de l'histoire de l'Argentine. Les premiers équipements du club furent fournis par le Père Massa en personne : il s'agissait d'un jeu de maillots à rayures verticales bleu et grenat resté inchangé depuis l’époque.
Leurs premiers surnoms donnés au club eurent pour référence son créateur (Santos et Azulgranas), tout comme celui de Cuervos (corbeaux), en référence à la soutane noire portée par Lorenzo Massa pour assister aux rencontres. Cette équipe fut également surnommée el Ciclón (le Cyclone), non seulement en raison de la manière dont elle dominait ses adversaires, mais aussi par opposition à son ennemi héréditaire, le Club Atlético Huracán, surnommé el Globo (la Montgolfière) dont le stade n’est distant que de 3 kilomètres de celui de San Lorenzo.
L’un des premiers faits d’armes du club fut sa tournée triomphale en Europe après son sacre de 1946. Le club enchaina les succès, notamment une victoire 4-1 sur l’Atletico Madrid, une victoire 6-1 contre l’Espagne et un 10-4 face au Portugal. L'âge d'or du club s'étala entre 1968 et 1974, période où les matadores décrochèrent quatre titres. Malheureusement en 1981, des erreurs de gestion firent de San Lorenzo le premier grand club à rétrograder. Le séjour en deuxième division ne fut qu'éphémère, puisque el Ciclón effectua son retour parmi l'élite un an plus tard. En tout et pour tout durant ce siècle d'existence, San Lorenzo a remporté dix titres de champion d'Argentine, dont le premier en 1933 et deux trophées continentaux (Copa Mercosur 2001 et Copa Sudamericana 2002) mais aucune Copa Libertadores.
Los Matadores
Le club compta dans ses rangs quelques uns des plus grands joueurs du pays : José « El Nene » Sanfilippo (cinquième buteur argentin de tous les temps), Hector Scotta qui détient le record du plus grand nombre de buts marqués en une saison (60 buts) ou bien Carlos Veglio, Ruben Ayala, Oscar Ortiz, Ricardo Lavolpe, Jorge Olguin et Oscar Ruggeri.
Les derniers grands noms sortis des rangs du club sont Fabricio Coloccini, Gonzalo Rodriguez, Leandro Romagnoli ou bien Ezequiel Lavezzi.
San Lorenzo possède aujourd’hui un stade de 43 000 places se trouvant dans le quartier de Boedo, à quelques encablures de celui d'Almagro : l’Estadio Pedro Bidegain,
surnommé El nuevo Gasómetro en hommage à l’ancien stade. En effet, le club possédait à l’aube des années 1980 le plus grand stade du pays, supérieur en capacité au Monumental de River Plate. Malheureusement le creux financier et sportif de la fin des années 70 obligea le club à vendre son stade mythique, étant incapable d’empêcher le Wembley porteño de tomber en ruine. Cet écrin était un endroit différent, inspirant à la fois admiration et crainte pour les adversaires, témoin le déjanté gardien de Boca Juniors Hugo « el Loco » (le fou) Gatti qui y inventa même une fameuse expression « le merdomètre » : « Aucun stade dans le monde ne peut te soulever les tripes comme celui-là. Quand tu vas là-bas tu as le merdomètre à zéro. Un conseil, il vaut mieux avoir un caleçon de rechange ».
Le club erra ainsi de stades en stades jusqu’en 1993, date à laquelle fut construit un nouveau stade qui, 15 ans après, avait déjà l’air vétuste et désuet.
Tout était dit. J’allais entrainer l’un des cinq plus grands clubs argentins, un club autour duquel il y avait une ferveur, une passion et un sentiment de fierté exacerbés, un club à l’histoire longue et prestigieuse. Le challenge serait passionnant… _________________
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Dr ZOULOURéputation Mondiale


Inscrit le: 08 Fév 2008 Messages: 1097 Localisation: Toulouse
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Posté le: Sam 06 Déc 2008 15:44 Sujet du message: |
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J'ai adoré cette pertinence sur le foot argentin:
"C’est malheureusement devenu une loi économique pour un club argentin de revendre ses meilleurs éléments en Europe. Je ne parle pas d’acheter des dizaines de joueurs dans le but de les revendre aussitôt, mais plutôt d’effectuer une sélection élitiste des meilleurs jeunes du continent et du pays afin de les attirer dans notre club."
En gros, tu vas farfouiller aux quatre coins de l''argentine et recruter tous les bambinos qui touchent un peu le cuir. Le challenge fm me parait fantastique...Et comme j'aime le foot argentin, je vais attendre la suite pour voir quelles pepites tu nous auras trouvé... _________________
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RobaggioRéputation Régionale


Inscrit le: 04 Juil 2008 Messages: 224
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Posté le: Sam 06 Déc 2008 20:04 Sujet du message: |
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Grrrrrrrr, énormissimèsque, aller hop, le survête, les crampons et en avant.
Tout ça pour dire que cet épisode me fait attendre les prochains avec grande impatience.
Bravo.
Roby _________________ MANUREVA FOOTBALL CLUB
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