Re: No Hope for a Coward [2]
de Takeo
- Jeu 22 Avr 2010 12:48
III " Salade Piémontaise "3 heures. 3 putains d’heures que j’attends. Fallait pas déconner non plus, j’avais pourtant dis que mon vol arriverait à 14h heure locale à Helen.
Je pianotais sur mon téléphone portable, en guettant le moindre appel de la belle. Je lui envoyais un énième SMS ; « Où es-tu ? ».
Cela faisait maintenant deux mois que ma nouvelle Agent était venue à moi, à mon domicile de Cornouailles. Dès l’or, tout s’était précipité. J’avais noué une relation extraprofessionnelle et professionnelle en même temps avec cette femme. Allez savoir, peut-être allais-je trop vite, mais je ne devais pas être dépassé par les évènements.
Revenir sur un banc au bord du terrain, j’en avais fantasmé, persuadé d’avoir clos ma carrière avec Chelsea, il y a 2 ans. Mais tout ce qu’elle m’avait dit avait eu sur moi un effet de remise en question. Je m’étais arrêté sur un échec cuisant. Cet échec avait eu un rôle détestable sur ma vie, me meurtrissant le cœur, révélant la vraie nature de mon ex-femme, révélant la vraie nature de la vie, celle dont je n’avais pas conscience, confortablement installé sur mon canapé en alcantara.
Dès le lendemain de notre rencontre, Helen avait annoncé publiquement ; primo, être mon nouvel agent et secundo : mon retour sur la scène du football européen. Rien que ça. La suspension à mon égard émanant de la FIFA avait prit fin et aujourd’hui, j’avais de nouveau le droit et la légitimité de prendre en main une nouvelle équipe. Encore fallait-il qu’une équipe veuille de moi, car je le craignais, ma réputation devrait rebuter plus d’un président et comité directeur.
Que nenny ! Quelques jours après l’annonce de mon retour, je recevais des offres de l’Europe entière. Bon je vous l’accorde, le Spartak Moscow, le FC Nuremberg et Leeds United, ça ne faisait pas vraiment rêver, mais c’était déjà un signe concret que mes déboires pouvaient être occultées.
Tout cela me ramenait à la raison de ma présence à l’aéroport Sandro-Pertini. J’avais reçu un coup de téléphone de la part d’Helen il y a quelques jours, concernant un match du côté de l’Italie auquel un certain Jean-Claude Blanc m’avait convié, en loge officielle du Delle Alpi.
Bref, allez savoir pourquoi j’avais accepté.
« Liam ! » entendis-je soudain derrière moi.
« Putain, t’étais où ? Ca fait 3 heures que je t’attends. »
« Excuse-moi, j’avais un rendez-vous en ville. »
« Et un SMS ça t’aurais bouchée ? »
« Oooh, je te manquais ? »
« … On y va ? »
Elle me répondit d’un signe de tête affirmatif. Je la suivais hors du terminal pour arriver au parking des taxis, sans un mot de plus.
« Hotel Principi de Piemonte, per favore » demanda Helen au chauffeur.
Le voyage depuis l’aéroport se déroula calmement. Outre la conduite plutôt « sportive » du taxi, il n’y eu rien à déplorer … ah si … une poignée de plafond à l’arrière du véhicule.
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Une heure plus tard. Hotel Principi de Piemonte. « Quelle horreur ce taxi ! » m’exclamais-je, tout en me déshabillant.
« C’est la conduite à l’italienne, c’est réputé pourtant. »
« M’en fou moi, ce mec est un vrai danger public ! Abruti de rital ! »
« Tu pourrais pas être de bonne humeur, un peu ?! »
« … »
J’allais dans la salle de bain sans en rajouter. Il était vrai que plus désagréable que moi, depuis ce matin, c’était difficile. Mais bon, je les emmerde les médisants.
« Au fait … » Commençais-je d’une voix plus forte, alors que je rentrais dans la douche.
« Pourquoi m’a-t-il invité, ce mec ? »
« Tu le fais exprès ? »
« Ils ont déjà un bon entraîneur ! »
« Deschamps ?! Tu rigoles ? »
« Bah quoi, qu’est ce qu’il a ? »
« Il est pas au niveau pour la Série A ! »
« Le mec n’est pas un débutant. »
« C’est qu’un pignouf ! Il est bon qu’avec un club moyen … »
« Ah … il a pas disputé une finale de Champion’s League y’a 10 ans ? »
« Un pignouf je te dis ! »
« Si tu le dis … »
« C’est contre qui le match de ce soir ? »
Je l’entendis jurer. Bizarrement, cette réaction m’arracha un sourire.
« Quoi encore ? »
« Mais tu n’écoutes rien ou quoi ?! »
« … »
« C’est contre Tottenham. »
« QUOI ?! »
Oh putain, elle n’avait pas fait ça, quand même ? Je sortais illico de la douche, sans même prendre le temps de m’essuyer, dégoulinant d’eau et de savon, je revenais, nu comme un ver et comme un démon dans la chambre où Helen se changeait.
« T’as pas fait ça ?! »
Elle me regarda avec un sourire affectueux.
« Oooh, fais un peu attention t’en mets partout ! »
« NE CHANGE PAS DE SUJET ! »
« Ca va, ça va … ne t’énerves pas … »
« Non, ça ne va pas du tout ! »
« Hé ! C’est aussi un client, je te rappelle ! »
« Tu fais chier, bordel ! »
Je coupais cours à la discussion pour retourner dans la salle de bains où je m’enfermais tout en claquant la porte.
Foutues bonnes femmes, pourquoi faut toujours qu’elles mettent le nez là où elles ne devraient pas ?
De tous les matchs dans l’année, il fallait qu’elle me dégotte Tottenham et leur connard d’entraîneur. Et comme si ça ne suffisait pas, il devait y avoir l’autre conne avec.
M’en fiche, je vais rester à l’hôtel et au pire, regarder le match à la TV. Je ne mettrais jamais les pieds au stade pour voir les Spurs tant que l’autre fion y sera. J’espérais qu’il ne sache pas que j’étais en ville. À tous les coups, cet idiot retournerait toute la ville pour boire un verre avec moi, comme au bon vieux temps et ça, plutôt crever.
Je vous emmerde tous autant que vous êtes.
L’on toqua timidement à la porte de la salle d’eau.
« Liam … ? »
« Hum … »
Elle entra sans avoir vraiment attendu une réponse. Elle avait l’air tout penaude, triste, comme si elle s’apprêtait à pleurer, les mains jointes devant elle, comme une enfant. D’ailleurs, elle en avait le regard, celui d’une gamine qui aurait fait une bêtise. Mais comment en vouloir à cette sublime créature. Je savais qu’elle exagérait pour m’amadouer et je lui cédais de temps à autres certains caprices.
« Excuse moi … »
Face à la glace, appuyé sur le plan de travail du lavabo, je soupirais un instant, puis me retournais, m’adossant contre ce même plan de travail.
« Pas grave … allez viens. »
Sans même me répondre, la jolie blonde s’approcha de moi et se blottît dans mes bras, logeant sa tête entre la mienne et mon épaule. Ses doux cheveux d’or me caressant le visage.
« Helen … je n’irais pas. » affirmais-je calmement.
Comme je m’en doutais, elle se dégagea d’un coup sec de mon étreinte puis me fusilla du regard.
« Tu vas refuser l’invitation de Blanc alors qu’il t’invite au match ? »
« Oui, pourquoi ? Tu en doutais ? »
« Oooh ! Cesses de faire ton enfant, un peu ! »
« M’en fou, j’irais pas ! »
« LIAM MARTIN-GARRETT, TU VAS T’HABILLER ET ON VA ALLER VOIR CE FOUTU MATCH ! Que cela soit clair ! » cria t-elle, comme si elle s’adressait à son enfant.
« Non ! »
« TU NE VEUX PAS Y ALLER ?! »
« Non ! »
« TU EN ES SÛR ? »
« Oui. » confirmais-je.
« Tu vas y aller. Même si je dois te traîner par la peau des fesses. »
Je ne pu que sourire à l’évocation de cette idée, m’imaginant comment elle s’y prendrait. Elle rît, voyant ma tête.
« Plus tard si tu veux, mon chou. Mais maintenant, on y va … allez viens. »
« Je ne veux pas y aller. »
« Je sais, mon chou, je sais … mais c’est nécessaire »
« … »
« La Juventus cherche officieusement un nouvel entraîneur, c’est une bonne occasion. Plus vite on se manifeste, mieux ce sera. »
« Ksss … » J’abdiquais.
Elle me prit aussitôt par la main et m’emmena dans la chambre, un sourire de victoire non feint dessiné sur ses jolies lèvres.
Une demie heure plus tard, l’on quittait l’hôtel, direction le Delle Alpi, une nouvelle fois en taxi. Cette fois-ci, en descendant, je tenais toujours serré dans mon poing la poignée du plafonnier.
Les abords du stade Delle Alpi étaient animés, pour ce match d’Europa League. Les Tifosi de la vieille dame se voyaient déjà atomiser les Hotspurs de Tottenham.
« Suis-moi » me dit simplement Helen tout en me prenant par la main.