Non Te La Prendere !

Modérateur: Staff FM

Non Te La Prendere ! Partager

Messagede Verchain » Ven 28 Nov 2008 21:15

Image

Prologue :

La voiture avance dans la pénombre moite d’un début de soirée orageux. Le tonnerre cascade sur les contreforts des Apennins, à une quinzaine de kilomètres. La pluie sera là, bientôt. Pourtant, il ne pleut pas beaucoup, l’été, ici. Surtout en juillet. Pourtant, cet été, les orages s’abattent quasi-quotidiennement sur la petite capitale de l’Emilie-Romagne, comme si le ciel manifestait son mécontentement, sa colère de voir l’équipe locale renvoyée aux joutes de la Série B, loin du prestige des matchs à San Siro ou à l’Olimpico. A mes côtés, Tommaso Ghirardi regarde à travers la fenêtre de la Mercedes 600 de couleur sombre qui nous emmène (lui, moi et son chauffeur) en direction de la Viale Partigiani d’Italia, à quelques mètres du centre historique de la ville d’art, rendu aujourd’hui aux piétons et aux cyclistes. C’est là que se trouve le stade Ennio Tardini, et les locaux administratifs du club. Une petite sauterie y est organisée, pour célébrer ce début de saison, et me présenter officiellement à la presse comme le nouveau patron du secteur sportif du club.

Alors que le véhicule descend à faible vitesse la Via Mantova encore bien encombrée bien que les boutiques environnantes ferment leurs portes les unes après les autres, les restaurants vont bientôt se remplir, et les vins fins couler à flot, après que la bonne société parmesane soit allée se repaître de musique dans l’un ou l’autre des théâtres de la ville. Peut-être que les couples ou les groupes d’amis dégusteront un Montefiore sur une belle viande de veau en sauce.

Le Montefiore. C’est un peu grâce à lui si je suis ici, aujourd’hui. C’est l’une des appellations des vins produits par l’Azienda Lamoretti, du nom de jeune fille de celle qui est aujourd’hui ma femme, Tea. Un vin rouge rubis, très fruité, qui se boit comme du petit lait. Autre chose que les différentes variantes de Lambrusco, ce vin pétillant que je fuis dans la mesure du possible et qui est la production viticole majeure de l’Emilie-Romagne. Tea et moi avons fait connaissance il y a maintenant près de vingt ans. J’étais à l’époque le troisième gardien du centre de formation de Parme, un luxe que peu d’équipes alentour pouvaient se permettre.

Au cours d’une fête de village, autour des vendanges ou de la mise en perce des fûts de vin nouveau, j’ai fait la connaissance d’une jeune femme blonde, à l’air un peu timide. Peu d’italiennes sont blondes. Les véronaises le sont souvent, mais nous étions loin de Vérone. Quelques verres m’ont donné le courage de l’aborder. Ma qualité de gardien de Parme n’a pas eu l’air de l’impressionner. Les places pour un match à Tardini que le lui proposais lourdement non plus. Tout s’est joué sur un coup du sort. Pour arrondir mes fins de mois (enfin, pour manger correctement), je passais mes débuts de matinée et fins d’après-midi à faire des livraisons pour mon oncle, propriétaire d’un magasin d’alimentation et de primeurs, à Parme.

Un beau matin, l’oncle m’envoya faire une livraison à quelques mètres du campus de l’Université de Parme. Une certaine madame Lamoretti, qui passait dans la boutique de l’oncle pour passer des commandes, à faire livrer, pour sa fille. Lorsque je me pointais à l’adresse indiquée et que la porte s’ouvrit, la surprise se lisait sur deux visages, le sien comme le mien. Un café accepté comme gage de bienvenue, une petite discussion sans importance… Toujours est-il que Tea se trouvait au bord de la pelouse pour notre match de ce samedi-là. Quelques mots échangés en fin de rencontre, quand je me suis rendu compte que la blonde qui regardait le match depuis le bord de la pelouse ne m’était pas inconnue, un verre, puis plusieurs, le chemin vers chez elle, main dans la main, puis des corps qui se rapprochent pour s’unir… Un beau mariage dans la propriété familiale, moins de six mois plus tard, la vie commune, deux beaux enfants … La belle vie, malgré une carrière footballistique assez médiocre.

Loin d’être assez bon pour prétendre à une place dans l’effectif du club qui s’appelait alors le Parma AC, le natif de Pilastro que je suis dut s’exiler vers l’est, à Carpi, pour occuper une place de titulaire dans l’équipe réserve du club. Les joueurs de mon gabarit, grands et forts, occupaient généralement des postes en défense centrale ou en attaque. Moi, je jouais dans les buts, profitant de mon physique pour effectuer des sorties qui faisaient aussi peur à mes adversaires qu’à mes coéquipiers. Les adversaires craignaient que je les percute. Mes coéquipiers craignaient que je percute un adversaire, donnant une nouvelle fois l’opportunité à l’équipe adverse d’améliorer ses statistiques sur penalty. Moi, je craignais que mes douleurs au dos se réveillent en plein match, elles qui tendaient plutôt à se réveiller le soir, à froid.

J’ai bien vite compris que mon dos en vrac m’empêcherait d’aller beaucoup plus loin, surtout à ce niveau, la Promozione, où l’accompagnement médical est digne du niveau d’un dispensaire de brousse. Lorsque l’opportunité de devenir entraîneur dans les équipes de jeunes s’est présentée, je n’ai pas hésité. Je n’avais pas besoin du football pour vivre, et, ravalant mon honneur déplacé de mâle italien primitif, j’acceptais de me contenter d’un faible salaire dans le football. De toute manière, Tea et moi ne manquions de rien, sponsorisés largement par le signore Lamoretti en échange d’un coup de main sur l’exploitation, pour tailler la vigne ou tenir le comptoir de vente dans la propriété, présent plus pour « faire terroir » que pour ce qu’il rapportait à l’entreprise qui vivait grassement de l’exportation vers l’Amérique ou de la distribution de masse assurée par la coopérative.

L’homme qui m’a sorti de la cage pour me pousser vers le banc s’appelle Luigi De Canio. Le technicien italien, devenu un ami, m’a orienté vers la formation des jeunes joueurs de Carpi, où j’évoluai alors, croisant de moins en moins régulièrement en réserve le chemin d’un certain Marco Materazzi. Les deux années passées sur le banc à Carpi furent magiques. Le club monta de série D en série C2, et fournissait un des meilleurs footballs de la région. Presque aussi bon que celui du Parma AC. Et puis, De Canio quitta le club, poussé dehors par les résultats médiocres d’une équipe ayant joué au-delà de ses véritables limites pendant plus de douze mois. Une vraie purge comme on en connaissait du côté de Moscou il y a soixante ans, et je me retrouvai sans autre emploi que celui d’homme à tout ou rien faire à l’azienda.

Tea changea tout cela. Dans une période troublée pour le monde viticole, alors que la France battait l’Italie en quarts de finale de sa Coupe du Monde domestique, ma femme fut envoyée à Rome par son père, pour reprendre en main les relations avec les exportateurs des vins du domaine. Quelques mots de Luigi De Canio et la Lazio m’embauchait au sein de son staff, entraîneur adjoint de la primavera, directement. Avoir un réseau est quelque chose de primordial dans le football lorsque l’on n’est pas soi-même un ancien professionnel.

Les années passées à Rome compteront toujours comme un période aboutie, enrichissante sur tous les plans. Le contact humain, d’abord, qui me permit de croiser toutes sortes de gens, des supporters limite fascisants aux petits commerçants débordant de passion pour leur club, du président Cragnotti au président Lotito, deux hommes extraordinairement différents, des jeunes joueurs impliqués, des plus âgés ne marquant que peu d’intérêt pour ce qui se passait hors du groupe professionnel… L’aspect financier, également, car travailler dans un club de série A est évidemment bien plus rémunérateur que de faire du quasi-bénévolat en série D. L’aspect familial enfin. Tea tomba enceinte peu de temps après notre arrivée dans la capitale, et donna naissance neuf mois plus tard à notre aîné, Fernando, qui porte le prénom du grand père de Tea. La naissance de Gabriella eut lieu après quatre longues années bornées de tentatives infructueuses de donner un petit frère ou une petite sœur à Fernando. La vie s’écoulait paisiblement pour notre petite famille, Tea surfant sur un succès commercial qui semblait inextinguible, les enfants grandissant dans le cadre harmonieux de la famille, et moi accomplissant ma passion du football au centre de formation de la Lazio.

Tout allait pour le mieux dans notre appartement de la Via Ulisse Aldrovandi, et c’est à côté de la fenêtre donnant sur la Villa Borghese que j’appris une nouvelle qui allait bouleverser mon existence, et qui justifiait ma présence sur la banquette d’une Mercedes S600 en cette soirée de juillet. Nous étions en avril 2006, le 24, un lundi. Tea était sortie avec Fernando pour faire quelques courses. Gabriella barbouillait quelques feuilles négligemment éparpillées sur la table basse du salon à l’aide d’une collection de feutres et de crayons de couleur qui aurait fait rougir l’ensemble des intendants de toutes les écoles maternelles d’Italie. Je décrochai le téléphone à la seconde sonnerie. A la voix de la signora Lamoretti, je sus immédiatement que quelque chose de grave s’était produit. Des mots entrecoupés de sanglots. Ma belle-mère était salement secouée. L’intendant du domaine, Pierluigi Lamonicca venait de lui apprendre moins de dix minutes plus tôt qu’on avait retrouvé le corps de Massimo, le Vieux comme je l’avais surnommé au grand déplaisir de Tea. L’azienda Lamoretti venait de perdre son patron, le chef du clan, la pierre angulaire de sa production viticole. Je venais de perdre mon beau-père. Les carabiniers venaient d’arriver à l’azienda. Tea devait revenir toutes affaires cessantes à Casatico.

Un meurtre. Une exécution plutôt. Le truc classique. Deux balles. Une dans la tête, une dans le cœur. Ma Tea se retrouvait ainsi, par l’action d’un tueur, à la tête de l’azienda. Et les carabiniers voulaient l’entendre. Il est des façons qui font plus chaud à l’âme de rentrer au pays. Après avoir récupéré Tea, effondrée d’apprendre la nouvelle et Francesco qui ne comprenait pas tout à fait ce qu’il se passait, j’embarquais toute la famille dans le break familial, direction l’Emilie Romagne. Nous roulâmes cinq bonnes heures pour arriver au milieu de la nuit à l’azienda, encore toute illuminée. Deux carabiniers étaient assoupis dans leur voiture de patrouille garée derrière l’entrée. Une mesure de protection du commissariat local, sans doute. La signora Lamoretti ne sortit pas nous accueillir. Ce fut Pierluigi qui se chargea de nous mener dans la grande pièce où nous attendait la mère de Tea. Les femmes tombèrent dans les bras l’une de l’autre, et pleurèrent jusqu’à plus soif, tandis que je m’occupais de faire dormir les enfants.

Deux années et près de trois mois ont passé depuis cette funeste soirée. Le meurtrier de Massimo n’a toujours pas été arrêté, comme s’il était impossible que la justice vienne mettre un terme au deuil de ma femme, de son frère Pietro et de leur mère. Comme s’il était refusé à la famille Lamoretti d’enfermer tout à fait sa peine dans un coin de sa mémoire collective. Comme si le spectre de Massimo était condamné à venir hanter l’azienda, à jamais. Une exécution commandée, un tueur à gages sans doute. Mais aucune idée du commanditaire. Cosa Nostra, la Camorra ou la Ndranghetta ne sont pas très actives dans cette région du nord, comme si le mépris des gens d’ici pour ceux du sud suffisait à dresser une barrière magique contre la pieuvre criminelle. Toutes les pistes ont été étudiées, à ce que nous a confié le commissaire Gottardo, chargé de l’enquête. Le Vieux n’avait pas de dettes, pas d’ennemis connus. La piste de l’erreur sur la personne reste ouverte, quoique les autorités n’en attendent rien.

Tea a repris le domaine. Elle est aujourd’hui, à trente sept ans, à la tête de l’association des viticulteurs indépendants des Colli di Parma, toujours blonde, mais le visage beaucoup plus émacié qu’auparavant. Une femme d’affaire dure qui demeure une épouse aimante, trop souvent habillée de noir pour que cela soit pris pour de la coquetterie destinée à cacher les effets de deux grossesses sur un corps de femme approchant la quarantaine. Nos enfants ont grandi, élevés par leur grand-mère, qui passe encore aujourd’hui beaucoup temps dans la pièce qui servait de bureau privé au Vieux, là où Tea a refusé de s’installer, derrière le vieux bureau sur lequel Fernando et Gabriella ont appris à écrire, guidés par la discipline implacable de la signora Lamoretti. Fernando a aujourd’hui neuf ans, notre petite Gabriella bientôt cinq, et toute l’espièglerie qui va avec.

Tout est allé extrêmement vite pour moi aussi. Le temps du deuil passé, je ne suis pas retourné à Rome. Tommaso Ghirardi étant un ami de la famille Lamoretti, il a accepté très vite ma candidature au poste de responsable adjoint de la formation dans son club. A l’issue d’une saison décevante, mon supérieur a été remercié, comme l’ensemble du staff technique de l’équipe. Hector Cuper était nommé entraîneur en chef et je me retrouvais promu directeur du centre de formation, sans grand bagage mais avec l’envie de bien faire.

La saison 2007-2008 fut encore pire que la précédente. Une relégation en série B, l’abandon de la lumière de San Siro ou de San Paolo pour les joutes physiques d’une division à vingt deux clubs, des joueurs qui quittent le club les uns après les autres. Une équipe à rebâtir. Sans personne à sa tête.

Loin des années de faste du temps de la Parmalat, autour des Crespo, Cannavaro, Buffon ou Veron, Tommaso Ghirardi souhaite relancer le Parma FC en se basant sur la formation en priorité. Et qui mieux que moi pour remplir cette mission ? Qui mieux que le directeur de la formation du club ? Extrêmement flatté de la proposition du président, il ne m’a fallu que quelques minutes pour accepter, le temps d’informer une Tea qui paraissait certes heureuse pour moi, mais qui avait quelque chose d’étrange dans la voix, une tristesse infinie et refoulée.

Et je suis là, aux premiers jours de juillet, descendant de la grosse berline aussi noire qu’elle est allemande, devant la porte du siège du club, pour un programme étonnant. Ghirardi, petit bonhomme rondouillard masquant derrière sont apparence une âme de capitaine au long cours, veut aller vite. Il est dix neuf heures trente lorsque nous pénétrons dans la grande salle de réception, attenante à la salle de presse. Un buffet est dressé au fond de la pièce. Le président a organisé un petit cocktail pour officialiser ma nomination. Les joueurs sont là, seuls ou accompagnés. Des petits groupes sont formés de ci de là, englobant des joueurs, des filles pour la plupart jolies, et quelques hommes plus âgés, les administrateurs du club et les représentants de la Banca Monte Parma, sponsor principal du club cette saison. Six journalistes sont regroupés dans le fond de la salle, proches du buffet que personne ne semble vouloir attaquer avant que le signal ne soit donné.

Les regards se tournent dans ma direction lorsque je franchis la porte de la salle dans le sillage de Ghirardi, et les conversations se suspendent. Il y a en tout une cinquantaine de personnes dans la salle. Le président et moi prenons le temps de saluer chacun individuellement, avec ou sans petit mot à l’adresse de celui ou de celle à qui nous serrons la main. La plupart des joueurs présents me connaissent. Ils savent qui je suis tout au moins. Certaines poignées de main sont franches et sèches, celles des frères Lucarelli notamment. D’autres sont plus détachées, presque fuyantes comme celles de McDonald Mariga ou de Julio Falcone. Enfin, certaines sont proches de l’effusion, comme celles de Daniele Paponi ou de Marco Rossi, les deux jeunes formés au club et placés il y a moins d’un an encore sous ma responsabilité.

J’ai également droit à une accolade. Pas d’un joueur, mais de la compagne de l’un d’eux. La demoiselle, qui ne porte pas d’alliance, accompagne Reginaldo, attaquant brésilien qui n’est pas parvenu à articuler correctement « buonasera », ce qui n’a pas manqué d’accrocher un petit sourire malicieux aux lèvres de sa compagne. De taille moyenne, elle doit approcher la trentaine d’années. Et elle est, sans nul doute, la plus jolie femme de la pièce. Les cheveux châtain, longs, qu’elle porte noués en arrière, agrémentés çà et là de quelques mèches couleur vieil or, elle a de grands yeux noirs, des lèvres pulpeuses et des formes à faire se damner le premier archevêque venu, que l’on devine à travers un ensemble en toile blanche qui fait ressortir un bronzage sérieusement travaillé. J’ai déjà rencontré cette femme la saison dernière, à une réception d’après match. Elle accompagnait déjà le Brésilien. Elisabetta Canalis, starlette de son état et attentat à la pudeur permanent monté sur de longues jambes.

Les mains posées sur mes épaules, elle m’attire à elle, me forçant à incliner le buste vers l’avant pour que mes lèvres atteignent sa joue. Avançant sa bouche vers mon oreille, elle murmure quatre mots qui resteront gravés à mon esprit. « Non te la prendere ! »
Dernière édition par Verchain le Lun 26 Jan 2009 23:15, édité 2 fois.
Avatar de l’utilisateur
Verchain
Réputation Mondiale
Réputation Mondiale
 
Messages: 14402
Inscription: 23 Oct 2007
Localisation: Nord

Publicité
 

Messagede Toma » Ven 28 Nov 2008 21:39

Dur, très dur de mettre un commentaire après une tel claque, c'est impressionant, on vit l'action, on voit les lieux comme ci on vivait là depuis toujours, c'est juste grand

Enfin, c'est ça le talent d'un auteur, d'un écrivain, faire vivre son récit à ses lecteurs, car oui, pour moi, Verchain alias François, tu est un écrivain
Nonobstant une certaine propension à l'autosuffisance, le toma se manifeste par des crises aigües de folie(Pape Diouf)
Avatar de l’utilisateur
Toma
Réputation Mondiale
Réputation Mondiale
 
Messages: 1331
Inscription: 26 Sep 2007
Localisation: Dans le centre ville de Dunkerque

Messagede Platini42 » Ven 28 Nov 2008 21:41

welcome back.

content de te revoir dans cette section du forum.
et encore plus content de lire ce que tu as fait.

très bien écrit comme d'hab et ton prologue ouvrant des portes incroyables à notre imagination, je suis sur que tu vas nous pondre encore une story de dingue.

enfin te connaissant un peu par tes écrits, et si tu restes aussi motivé comme pour ta story précédente, je n'ai pas de doutes sur ton succès.

GL.
Avatar de l’utilisateur
Platini42
Réputation Nationale
Réputation Nationale
 
Messages: 320
Inscription: 02 Nov 2007
Localisation: Paris

Messagede Tomasao » Ven 28 Nov 2008 21:41

Le retour de Francesco Di Verchain et en Italie qui plus est. Un premier épisode de très bonne facture, c'est déjà passionnant.

Les 4 petits mots de la fin...

Bref je sais que les épisodes comme cela sont très longs à préparer mais quand même vivement le prochain déjà !
Dernière édition par Tomasao le Ven 28 Nov 2008 22:19, édité 1 fois.
Pack Spécial Rentrée by Tomasao & Cali ! Ici !
Image
Avatar de l’utilisateur
Tomasao
Réputation Continentale
Réputation Continentale
 
Messages: 512
Inscription: 04 Nov 2007
Localisation: Paris

Messagede TVR6907 » Ven 28 Nov 2008 21:50

C'est toujours difficile de commencer une story, surtout qu'il n'y aura pas le même effet de surprise comme pour "Ici, c'est VA"... cette story a été annoncée depuis longtemps, et le premier épisode tient toutes se promesses, vraiment bravo pour le début, je ne doute pas du fait que la suite va être aussi bonne. Je suis vraiment content de ton retour dans cette partie du forum.
Avatar de l’utilisateur
TVR6907
Réputation Mondiale
Réputation Mondiale
 
Messages: 2200
Inscription: 18 Avr 2008
Localisation: Ardèche

Messagede Cali » Ven 28 Nov 2008 21:54

C'est bien, c'est long, c'est Verchain. J'ai bien eu peur que ma bannière n'allait servir à rien !! OUFFF Non !!!
Image
Avatar de l’utilisateur
Cali
Réputation Mondiale
Réputation Mondiale
 
Messages: 5849
Inscription: 01 Oct 2007

Messagede elvis » Ven 28 Nov 2008 22:12

Verchain !!! Epoustouflant comme d'hab'.

Les derniers mots Elizabetta... :wahoo:

:109: :6: :116:

Vite la suite ! j'attends :162:
Avatar de l’utilisateur
elvis
Réputation Continentale
Réputation Continentale
 
Messages: 873
Inscription: 25 Avr 2007

Messagede darknight95 » Ven 28 Nov 2008 22:19

Je n'ai qu'une chose à dire : MAGNIFIQUE :59:
Avatar de l’utilisateur
darknight95
Réputation Régionale
Réputation Régionale
 
Messages: 200
Inscription: 25 Sep 2008
Localisation: La Haye

Messagede OeMeric » Ven 28 Nov 2008 22:20

Verchain is back !

Enfin ! On n'aura pas attendu pour rien, c'est du lourd, du très lourd.
Avatar de l’utilisateur
OeMeric
Réputation Nationale
Réputation Nationale
 
Messages: 426
Inscription: 29 Oct 2007

Messagede Cali » Ven 28 Nov 2008 22:23

OeMeric a écrit:Verchain is back !

Enfin ! On n'aura pas attendu pour rien, c'est du lourd, du très lourd.


On a dit pas d'attaque sur le physique !!!!
Image
Avatar de l’utilisateur
Cali
Réputation Mondiale
Réputation Mondiale
 
Messages: 5849
Inscription: 01 Oct 2007

Messagede brigale » Sam 29 Nov 2008 13:22

3 mois...
3 mois que à chaque message de Verchain, je vois sa bannière avec il prossima automna et que je ais voir dans la section storie pour voir si le premier épisode d'une nouele storie est là.
Et il est enfin là, magnifique.
Verchain, tu es pour moi un auteur à part entière.
Vivement la suite
euh....
Quoi de neuf docteur?
Avatar de l’utilisateur
brigale
Réputation Régionale
Réputation Régionale
 
Messages: 212
Inscription: 05 Juil 2008
Localisation: cote d'or

Messagede Kid McDougal » Dim 30 Nov 2008 13:20

Content de te relire et heureux de constater que ton style a résisté au passage à l'opus 2009.
La mise en place est magistrale, vraiment, et je retrouve avec plaisir ces images estampillées Verchain.
Avatar de l’utilisateur
Kid McDougal
Réputation Nationale
Réputation Nationale
 
Messages: 405
Inscription: 29 Sep 2007

Messagede souin » Lun 01 Déc 2008 1:01

j'ai eu peur que le contenu soit à la hauteur des visuels de présentation... ouf

moi qui, bizarrement, t'attendais à coacher les Hollywood United Girls Soccer (H.U.G.S.), je suis un tantinet décu :P
Image

j'dis ca, j'dis rien !
Avatar de l’utilisateur
souin
Réputation Mondiale
Réputation Mondiale
 
Messages: 3781
Inscription: 29 Oct 2007
Localisation: Dijon

Messagede Tikva06 » Lun 01 Déc 2008 11:17

Bon ben après la première claque prise par "ici, c'est VA", je crois que voilà l'heure de la seconde claque qui sonne !!! Comme d'hab', rien à dire à part chapeau bas !!!
Avatar de l’utilisateur
Tikva06
Réputation Nationale
Réputation Nationale
 
Messages: 417
Inscription: 26 Nov 2008
Localisation: A côté de Nice

Messagede diego.54 » Lun 01 Déc 2008 14:08

Ah non mais oh ! Tu ne va pas encore trompé ta femme comme tu l'avais honteusement fait dans "Ici c'est VA" !
Une fois et on peut évoque la thèse de l'accident mais 2 fois, c'est que tu es vraiment maladroit :mrgreen:
Et après t'avoir lu, je ne peux que douter de ton coté maladroit...

See you next episode...
Image
Avatar de l’utilisateur
diego.54
Réputation Régionale
Réputation Régionale
 
Messages: 130
Inscription: 09 Juil 2008
Localisation: Près de Nancy

Messagede kkkeeevvviin » Mar 02 Déc 2008 21:39

Ah Verch' putain tu sais que c'est bon? (phrase à ne pas sortir du contexte... :hehe: )

Sérieux je suis tombé dessus par hasard, je ne savais pas que tu avais enfin repris l'écriture...

Finally, Francesco is come back to Parma...(Petite boutade que certains comprendront...)
Avatar de l’utilisateur
kkkeeevvviin
Réputation Continentale
Réputation Continentale
 
Messages: 764
Inscription: 08 Fév 2008
Localisation: Dans l'armée française...

Messagede Verchain » Dim 07 Déc 2008 17:14

Saison 1 : Neanche per sogno…

Episode 1: Sober.

I’m safe
Up high
Nothing can touch me
But why do I feel this party’s over ?
No pain
Inside
You’re like protection
How do I feel this good, sober ?

Pink – Sober.

Ce soir là, j’ai prononcé les mots que tout le monde attendait. Jeu, offensif, résultats, montée, statut… Ils s’enchaînaient dans le flot de paroles déversées. Du politiquement correct, qui semble pourtant avoir convaincu l’assistance. Les bonnes réponses aux questions des journalistes. Le président qui hochait la tête, convaincu d’avoir fait le bon choix en me nommant à la tête de son équipe. Le grand sourire du patron de la Banca Monte Parma quand je répondis à la question d’un journaliste me demandant si je souhaitais m’inscrire dans la durée par l’affirmative, en ajoutant que, compte tenu que je venais d’ouvrir un compte à la Monte Parma, le signor Mingozzi me couperait les vivres si je décidais de partir. Une présentation rondement menée, en quelque sorte.

Le grand sourire que m’a adressé Elisabetta à ma descente du podium me revient en mémoire, alors que je prends place sur le banc du Stadio Ennio Tardini pour notre première rencontre officielle. Dieu sait pourtant qu’au fond de moi, ce soir-là, j’étais bien moins confiant que ce que mes propos laissaient transparaître. Il y avait un sacré ménage à faire dans l’effectif. Des joueurs arrivés au club avant ma nomination, seuls Alessandro Lucarelli et Magnus Troest me semblaient à même de contribuer fortement à l’ambitieux objectif de la remontée immédiate en Seria A. La masse salariale du club atteignait des sommets pour un club de seconde division, ne me laissant qu’une faible marge de manœuvre pour recruter les éléments essentiels à la réalisation d’une bonne saison.

Alors que je descendais du podium, je savais déjà que cinq ou six des joueurs présents dans la salle ne porteraient pas le maillot blanc barré d’une croix noire. Avant notre arrivée dans les locaux du club, j’avais déjà donné à Alessio Paini, notre directeur sportif qui s’avère également avoir été l’an dernier mon adjoint au centre de formation, une liste de cinq joueurs pour lesquels des agents devaient être mandatés afin de leur trouver de nouveaux clubs. En parallèle, j’avais déjà fait envoyer des offres de prêt pour certains joueurs. Sur le papier, les besoins les plus criants de l’équipe se portaient sur deux arrières latéraux pour occuper le côté droit, deux milieux offensifs côté droit, et au moins un attaquant, voire un milieu offensif polyvalent. Avec le peu d’argent disponible pour les transferts et les salaires, des demandes de prêt furent adressées dès la fin de la présentation vers différents clubs. Les premières offres de transfert viendraient lorsque la masse salariale serait réduite.

Et cela ne prit que peu de temps. J’avais obtenu de Tommaso Ghirardi l’organisation d’un camp d’entraînement en Espagne, avec l’organisation de quelques matchs amicaux autour de la préparation. Les services administratifs du club avaient trouvé l’endroit parfait, dans l’arrière-pays catalan. La première boîte de nuit doit se trouver à quatre vingt kilomètres, aucun risque de croiser des touristes autres que quelques originaux, un vrai camp retranché, dans un vieux château reconverti en résidence de luxe, pouvant accueillir une trentaine de personnes. Le départ était prévu sept jours après la conférence de presse, sept jours au cours desquels j’allais modeler mon équipe, lui donner vie, la faire suer sous les ordres de notre préparateur physique, lui infliger de longues mises en place tactiques.

Les sept jours furent fructueux. Giuliano Giannichedda, milieu défensif aboyeur, fut ma première recrue officielle. J’avais croisé Giuliano à la Lazio, et nous avions bien accroché, construisant une amitié solide basée sur un franc respect. Tea et Alessandra, la femme de Giuliano, amenaient leurs enfants à la même garderie. Je le considère aujourd’hui comme un bon ami, et l’opportunité de posséder un relai dans l’effectif, autre que les deux joueurs issus du centre de formation me semblait un motif suffisant pour lui faire intégrer l’effectif, pour un petit contrat de deux ans, le dernier de sa carrière.

Les prêts de joueurs vers Parme se multipliaient également. De jeunes joueurs prometteurs débarquaient les uns après les autres, en trois jours, venant l’un après l’autre apporter leur enthousiasme à un groupe qui se rajeunissait au fur et à mesure que les joueurs que je ne souhaitais pas conserver trouvaient un nouveau port d’attache. Trop vieux, trop lents, trop peu talentueux, Giulio Falcone, Massimo Paci, Davide Matteini, Francesco Parraviccini et McDonald (prénommer son fils McDo, faut oser, non ?) Mariga quittèrent le club, soulageant la masse salariale d’un tiers et amenant deux millions d’euros supplémentaires au budget dédié aux transferts. Leandro Gioda, jeune défenseur argentin d’Independiente fut la première recrue, consommant deux millions d’euros. Il fut suivi de l’attaquant Ariza Makukula, puissant déménageur destiné à doubler Cristiano Lucarelli et en disgrâce dans son club de Benfica, pour une poignée de billets. Les jeunes joueurs prêtés étaient issus de clubs de Série A (comme Cardacio, milieu défensif uruguayen du Milan, Iago le milieu offensif de la Juventus) ou de clubs étrangers. Lamine Gassama venait de Lyon pour acquérir de l’expérience, tout comme Vurnon Anita de l’Ajax (qui était plus un pari pour la seconde partie de saison, compte tenu du vrai besoin d’étoffer son physique) ou Thomas Müller, barré au Bayern par Ribéry, Schweinsteiger et tous les autres.

Sur la recommandation d’un de mes anciens collègues de la Lazio, Roberto Sessena, nous transmîmes une offre au jeune Vicenzo Rennella, milieu offensif prometteur, et libre de tout contrat, qui, sans doute encouragé par notre recrutement basé sur de jeunes joueurs, s’empressa de parapher un contrat de quatre saisons.

Une offre inattendue fut portée à mon attention par Paini. Udine voulait Vitaly Kutuzov. Bizarre. Qu’allaient faire les frioulans de ce joueur tellement polyvalent qu’on ne savait pas où l’utiliser. Mais le club manquant apparemment d’argent pour le transfert, ils souhaitaient nous verser une somme modeste au regard du prix communément considéré comme acceptable, environ quatre millions d’euros, et nous offrir la possibilité de choisir un ou deux joueurs dans une liste de joueurs n’étant pas assurés d’intégrer l’effectif de l’équipe première. Belle occasion de faire d’une pierre deux coups, je pointais sur la liste deux noms, ceux d’Antonio Floro Flores, autrefois considéré comme un grand espoir du Napoli et du prometteur Andrea Mazzarani, sorte de clone de Zenoni en moins bon. La négociation fut rapide. Les demandes des deux joueurs d’Udine étaient acceptables pour nous, et Kutuzov se trouvait enchanté de retrouver la Série A, lui qui avait tant voyagé ces dernières saisons. Nous tenions deux nouveaux joueurs.

Avant de prendre la direction de l’Espagne, je profitai d’un coup de fil de Roberto Sessena, pour apporter un peu de polyvalence défensive en acquérant Manuel Belleri, arrière latéral du club romain poussé dehors par l’arrivée du suisse Lichsteiner. Il nous restait de quoi faire un gros transfert. Enfin, gros pour un club en reconstruction de la Série B. Je lançai Paini sur différentes pistes en Europe et en Amérique du Sud. La réglementation sur les joueurs étrangers en Série B est extrêmement restrictive. Manière pour la Fédération de protéger la formation, elle ne permet pas aux clubs de recruter un joueur n’ayant pas une nationalité appartenant à l’Union Européenne ou assimilée et venant d’un club étranger. Ce règlement restreint le champ des possibles, et surtout le recours aux joueurs peu chers d’Amérique du Sud ou d’Afrique. Nous réalisons donc notre dernier coup sur le marché des transferts durant le stage de préparation. Un milieu offensif argentin, ayant une arrière grand-mère née du côté de Crémone ou de Bolzano. Piatti.

Igniacio Piatti, autrefois élu meilleur joueur de seconde division argentine, passé brièvement par le championnat de France dans lequel il ne s’est pas imposé et qui souhaite donner un nouvel élan à sa carrière, nous rejoindrait à notre retour en Italie. Je ne tenais pas à ce que le stage, qui se déroulait dans une ambiance de commando soit perturbé à deux jours du terme. Car tout se passait étrangement bien. Les anciens qui accueillent les nouveaux, les italiens qui se mêlent aux étrangers, communicant par gestes ou avec les bribes d’italien que les nouveaux venus ont attrapé au passage. Des matchs amicaux globalement maîtrisés, avec de larges victoires contre des équipes de niveau inférieur, pour emmagasiner de la confiance, et une courte défaite concédée par les remplaçants en puissance, contre l’équipe de Las Palmas, en stage elle aussi dans la région, pour évaluer ceux qui ne seront pas titulaires.

Mon schéma de jeu est connu depuis longtemps. Quatre défenseurs évoluant à plat, avec un faux libero chargé de couvrir l’ensemble de la défense. Un milieu de terrain à quatre avec trois milieux offensifs, sans véritable meneur. Deux attaquants qui décrochent alternativement, l’un plus physique et l’autre plus technique ou rapide. Et l’ordre donné d’envoyer du jeu, de provoquer, de tenter des choses.

Mon équipe-type est bien définie alors que je prends place sur le banc, à Tardini, pour notre première rencontre officielle, en Coupe d’Italie, face à l’équipe d’Arezzo qui arrive en Emilie-Romagne en victime expiatoire. Un mélange d’expérience et de fraîcheur, de puissance et de finesse.

Le vieux Francesco Pavarini dans les buts. Devant lui, de droite à gauche, Zenoni, Troest dans le rôle du stoppeur, Gioda dans celui du faux libero, et Paolo Castellini. Au milieu, dans l’axe, Mathias Cardacio et le Hondurien Julio Cesar Leon. Sur les côtés, Andrea Pisanu et Igniacio Piatti. Devant, Cristiano Lucarelli et Antonio Floro Flores. Les solutions de remplacement demeurent assez intéressantes, avec notamment Morrone et Budel dans l’axe du milieu, Belleri pour couvrir les postes de latéraux, tout comme Gassama, Rennella qui a montré de belles choses en amical sur le côté droit, et Makukula devant.

Mon relatif manque de confiance sur ce match tient à l’état de préparation disparate de mon effectif. Les joueurs plus âgés comme les frères Lucarelli ou Morrone, voire Zenoni, ne sont pas tout à fait au top niveau. C’est donc une équipe mixte qui affronte Arezzo, dans un Stadio Tardini pas tout à fait plein. Mais Arezzo démontre vite qu’il y a un monde entre la Série C1 et la Série B. Sur le premier corner parmesan, la défense cafouille le ballon qui tombe dans les pieds d’un Makukula qui ne se fait pas prier pour inscrire le premier but sous les couleurs de Parme. J’ai donné pour consigne de faire courir le ballon assez vite, surtout si nous ouvrions le score. La possession est essentielle dans ce genre de rencontre. La prudence également, car lorsque vous jouez une équipe regroupée, les contres peuvent être mortels. Le ballon tourne bien, et les joueurs toscans ne se montrent pas dangereux. Makukula s’illustre à nouveau peu avant la mi-temps, cette fois dans le rôle du passeur décisif, son centre trouvant parfaitement la tête du jeune Alberto Paloschi, jeune joueur formé au Milan dont Parme a acquis la moitié des droits. La seconde période est jouée un peu avec le frein à main, sans rythme, entre des Parmesans heureux d’avoir match gagné et des arétins résignés. Un coup franc direct de Julio Cesar Leon, petit bonhomme fluet et rigolard, vient parachever la victoire en lui donnant un aspect net et sans bavure.

Nous n’avons que peu de temps pour célébrer cette victoire. Nous enchaînons cinq jours plus tard à Cagliari, en Sardaigne, pour le second tour de qualification. Le dernier entraînement avant le match est fatal à Leon et à Mazzarini, blessés tous les deux sur un choc lors d’une opposition qui devait pourtant rester raisonnée. Il n’y a finalement pas de grand suspense à Sant’Ellia. Les Cagliaritains prennent l’avantage sur penalty peu avant la demi-heure de jeu après que Magnus Troest ait bousculé Acquafresca. Conti se charge de transformer la sentence. Malgré quelques belles actions, et une possession du ballon une nouvelle fois en notre faveur, les attaquants parmesans n’arrivent pas à se créer de bonnes opportunités. Le passage à trois devant avec la rentrée de Reginaldo nous sera fatale. Sur un ballon adressé au Brésilien, le défenseur central de l’équipe locale balance un grand coup de savate dans le ballon, loin devant, envoyant un Acquafresca qui avait beaucoup mieux anticipé que mes défenseurs en direction du but. Une petite feinte de corps envoie Pavarini le nez dans le gazon, et le buteur sarde, prêté par l’Inter, marque dans la cage désertée le but de trop, celui qui met un terme à nos espoirs.

Je ne rêvais pas d’un grand parcours en Coupe, mais le manque d’efficacité de mes joueurs ne cesse de m’inquiéter. Le fait que le président ait accepté l’offre de copropriété du Milan pour Marco Rossi contribue également à mon mal-être du moment. Après avoir envoyé quelques jeunes joueurs, dont Paponi, à Crémone, notre club affilié, la rencontre avec la presse à la veille de notre entrée en lice en Série B est plutôt tendue. Le représentant de la Gazzetta di Parma, en particulier, ne manque pas de me rappeler les propos tenus un mois et demi plus tôt, sur la confiance faite aux jeunes notamment, me reprochant d’avoir fait venir des joueurs ayant tous dépassé les vingt cinq ans, hormis Marranzi et Rennella. Que répondre ? Je demeure politiquement correct, arguant qu’il faut encadrer les jeunes, et faire coller nos ambitions et nos moyens financiers. Les questions retorses pleuvent de la part de ce journaliste dont j’apprendrai plus tard qu’il se nomme Pietro Razzini, ancien footballeur raté reconverti en journaliste. L’homme s’amuse à contrer tous mes arguments, jouant sans vergogne l’avocat du diable. C’est dans un état d’énervement maximum que je lâche finalement la bombe attendue par tous : mon favori pour la montée ? Parme, évidemment !!

Qu’est-ce qu’il m’a pris, d’aller fanfaronner à Rimini ? Je vais vraiment devoir contrôler mes nerfs de manière plus efficace. Répondre à la provocation par la provocation, ça n’amène rien de bon. Je suis pourtant extrêmement coutumier du fait. Cela m’a parfois coûté, par le passé. A Carpi, j’ai collectionné pas mal de cartons pour avoir répondu à des provocations par d’autres provocations, comme cette imitation de Gaëtan Huard, l’ancien gardien de but de Bordeaux, levant fièrement les deux majeurs à destination de l’attaquant adverse qui venait de manquer son penalty. Je n’ai pas changé. J’ai beau être un père de famille rangé des bécanes, je ne peux m’empêcher de réagir à tout et tout le temps. Mes joueurs, eux, ont plus de mal à réagir, comme l’illustre le match de la première journée de championnat, disputé sur la côte Adriatique, dans le bucolique petit stade Romeo Neri devant une assistance d’environ huit mille personnes. Tout était fait pour maîtriser Vantaggiato, le prometteur attaquant local. Mes joueurs n’ont pas compris que ce n’était pas uniquement de lui qu’il fallait se méfier. Paraschiv le Roumain et Docente l’Italien se firent fort de nous le rappeler, égalisant par deux fois sur des contres qui n’auraient jamais du se produire. Cardacio, à la réception d’un corner de Piatti nous avait donné l’avantage dès la neuvième minute. Le Roumain égalisait trois minutes plus tard, alors que l’ensemble de l’équipe était partie à l’abordage, comme enivrée par l’ouverture du score. Je pensais que nous tenions la victoire sur un but de Castellini à un quart d’heure du terme, venu porté de son côté gauche le danger et bénéficiaire d’une bonne remise de Pisanu. Mais Docente héritait quatre minutes plus tard d’une balle dans la profondeur, partait dans le dos d’un Troest peu concentré pour aller égaliser. Le score en resterait là. Frustrant, décevant, et à même de me coûter nombre de commentaires désagréables sur les ondes des radios locales, lors d’émissions consacrées aux réactions des journalistes, supporters ou autres anciens joueurs du club.

Après cinq jours passés à panser nos blessures morales nées de cette rencontre à Rimini, nous nous rendons à Cittadella, en Vénétie. Encore un petit club à notre portée. Pas de fanfaronnades cette fois, le silence radio étant de mise. La première période est toute à notre avantage. Nous ouvrons le score après douze minutes, par un but contre son camp du défenseur citadelleso Iori, mis sous pression par Pisanu sur un centre de Piatti. Pisanu rend la pareille à Piatti à la demi-heure, son centre au deuxième poteau voyageant au-dessus de la défense pour trouver le pied droit du petit argentin qui bat le gardien d’une frappe placée. La satisfaction exprimée à la mi-temps a sans doute été mal comprise par mes hommes. Les sorties de Piatti et Lucarelli marquent le tournant du match. Le fait de voir remplacées deux pièces maîtresses de l’équipe ont sans doute poussé les joueurs à se dire que tout était terminé à l’heure de jeu, alors qu’il ne s’agissait pour moi que de faire souffler un peu les deux joueurs s’étant le plus employé jusqu’alors. Trois minutes après les remplacements, Carteri, laissé libre de tout marquage, récupérait une frappe sur le poteau pour tromper un Pavarini encore au sol. Une légère bousculade de Gioda, qui parait parfois embarrassé par sa grande carcasse sur ce même Carteri, une nouvelle fois délaissé par Magnus Troest permet à Capone d’inscrire le penalty de l’égalisation. Et nous ne passons pas loin de la correctionnelle à une minute de la fin, Castellini sauvant sur sa ligne une frappe de Massimo Ganci.

Nous faisons du surplace. Nous produisons du jeu, certes, mais manquons de réalisme et semblons ne pas posséder la culture tactique nécessaire au maintien d’un score. Le match contre Trieste, le premier à domicile d’une saison qui s’annonce plus compliquée que prévu, est déjà crucial. Et tout se met à tourner à l’envers. Les Triestini, apparemment sans complexe, ouvrent le score par le Nigérian Eliakwu, à la trentième, sur une nouvelle erreur d’appréciation de Magnus Troest, lobé par le bon centre de Erminio Rullo. La réaction est immédiate, et me donne matière à espérer. Cardacio vient redoubler Rennella sur le côté droit, adresse un centre tendu au point de penalty et Makukula surgit pour couper la trajectoire, propulsant le cuir dans la lucarne du portier frioulan. Mes encouragements à la mi-temps n’auront servi à rien. Vincenzo Rennella, très énervé, sans doute sous le coup du trac pour sa première apparition, multiplie les fautes et reçoit deux cartons jaunes en quatre minutes. Nous allons jouer quarante minutes à dix. Une réorganisation expresse, blinder le milieu, laisser un attaquant rapide seul en pointe, Reginaldo, et espérer un contre pour emporter la décision. Nous tenons bon, jusqu’à dix minutes du terme, lorsqu’Eliakwu se souvient que quand on n’arrive pas à pénétrer une défense, on peut toujours essayer de tirer de loin. La magnifique frappe du droit du petit Nigérian, sorte de Viktor Ikpeba du pauvre, vient se loger sous la barre d’un Pavarini sans réaction. Le naufrage est complet lorsque Gorgone vient reprendre du droit un nouveau centre de Rullo. La frappe est dévissée, mais Leandro Gioda, qui passait par là, se charge de lui redonner une trajectoire plus favorable, trompant Pavarini de manière imparable. C’est sous les sifflets du si difficile public parmesan que nous quittons la scène sous les sifflets, comme tant de sopranos ou de contre-altos ont du quitter la scène du Teatro Regio après une représentation.

Ça ne peut plus durer. Je passe des journées au centre d’entraînement, à chercher la bonne formule. Magnus Troest est descendu en flamme dans la presse locale, et aimablement moqué dans la presse nationale. La Gazzetta Dello Sport a même consacré une page aux pathétiques et prétentieux Parmesans, renvoyés à leurs chères études par des clubs n’ayant ni le prestige ni la qualité supposée du Parma FC. Il est clair que notre actuelle dix septième place semble narguer les ambitions affichées.

J’ai donc organisé un déjeuner chez Sorelle Picchi, situé non loin du Parco Ducale, en centre-ville, qui demeure pour moi la meilleure trattoria de la ville, regroupant autour de la table ceux que j’estime être mes relais au sein de l’équipe. Les frères Lucarelli, Giuliano Giannicheda, Manuel Belleri et Damiano Zenoni sont déjà attablés lorsque j’arrive volontairement en retard. Les conversations cessent lorsque je prends place à la table. Mes joueurs ont directement pris la direction de la Trattoria à la sortie de l’entraînement. J’ai volontairement traîné dans mon bureau, pour les laisser discuter entre eux du pourquoi de cette invitation à déjeuner. Alors que nous dégustons quelques antipasti autour d’un verre de prosecco, j’expose la situation aux joueurs. Nous avons indéniablement manqué notre début de saison, et nous nous devons de réagir. J’en viendrai presque à paraphraser le désormais célèbre « on vit ensemble, on meure ensemble » de l’équipe de France de football. Les joueurs semblent réceptifs à mon message et semblent déterminés alors que nous finissons le plat d’anolini, sorte de ravioli cuits au bouillon et servis sans sauce à la tomate accompagnés d’un sangiovese aussi puissant en goût qu’il est rouge au regard. Mes joueurs parleront à leurs coéquipiers, et Cristiano, mon capitaine, me demande de lui laisser la parole pour la causerie d’avant le prochain match, face à Sassuolo.

Je ne sais pas exactement quels ont été les mots de l’aîné des Lucarelli, mais toujours est-ils qu’ils semblent porter leurs fruits. La rencontre n’est pas entamée depuis une minute qu’Antonio Floro Flores, lancé dans la profondeur par le capitaine, s’avance vers le gardien adverse venu à sa rencontre et inscrit d’une petite balle piquée le but le plus rapide de l’histoire du club. Les joueurs de Sassuolo sont apparemment venus pour se contenter de défendre, et nous devons attendre la cinquantième minute d’un match très rugueux pour voir Andrea Pisanu trouver la barre du portier sassoleso jusque là brillant. Cristiano Lucarelli se charge, sur une ouverture de Julio Cesar Leon, de nous mettre à l’abri une minute plus tard, des vingt mètres. Sur une nouvelle combinaison entre le Hondurien et le capitaine, ce dernier est stoppé irrégulièrement dans la surface par son garde chiourme et homologue Marco Piccioni. Cristiano laisse à Julio Cesar l’opportunité de transformer le penalty qui scelle la victoire. L’ovation qui accompagne la sortie du capitaine à dix minutes de la fin de la rencontre n’a d’égale que la bordée de sifflets qui nous était tombée dessus une semaine plus tôt. Est-ce enfin parti ?

La rencontre suivante porte à penser que oui. Nous recevons de nouveau. Vicenza cette fois. La première mi-temps est plutôt terne, jouée sur un faux rythme. Quand les frères Lucarelli prennent l’un après l’autre la parole à la pause, on sent immédiatement que quelque chose a changé. Les visages sont graves au retour sur le terrain. C’est Cristiano lui-même qui ouvre la voie, transformant un penalty qu’il avait lui-même obtenu, dès la quarante-huitième minute. Nous semblons avoir retrouvé nos démons lorsque Bjelanovic s’en vient lober Pavarini quelques minutes plus tard. Mais cette fois, pas de panique ou d’écroulement mental. Floro Flores dévie un ballon que récupère Pisanu. La fausse piste offerte par Rennella qui vient croiser la course d’Andrea Pisanu est suffisante pour donner au milieu gauche le temps d’armer sa frappe qui vient se loger dans le petit filet. Alessandro Lucarelli, une nouvelle fois contrarié par un mollet douloureux quitte le terrain quatre minutes après le but de Pisanu, non sans avoir harangué ses coéquipiers, le public, la terre entière. Dans la minute suivante, Julio Cesar Leon montre que même au mètre soixante quinze, on peut marquer de la tête, récupérant, seul au second poteau, un bon centre de Reginaldo. Sans une nouvelle erreur au marquage de Magnus Troest, la fin de match aurait été plus tranquille. Le Danois oublie une nouvelle fois son attaquant, Bjelanovic qui inscrit à la quatre vingt huitième minute le but de l’espoir pour les joueurs de Vicence. Mais la ruée vers nos buts demeurera stérile et nous conservons un petit but d’avance qui nous permet d’engranger notre seconde victoire d’affilée.

J’attends la confirmation pour le dernier match de septembre, à Frosinone. Un coup dans l’eau. Santurovo trouve l’ouverture au second poteau sur un corner, alors que plusieurs parmesans s’interrogent du regard pour savoir qui donc devait prendre ce gars au marquage. Grosse colère à la mi-temps, promesses de sanctions, de renvoi aux joies de la réserve. Reginaldo égalise avec un but de filou, sur un appel diagonal dans le dos de la défense. La longue passe de Gioda atterit dans les pieds du Brésilien qui dribble le gardien et pousse le ballon au fond. Pourtant, loin de rendre la confiance à mes joueurs, le but égalisateur marque le début de la panique dans les rangs parmesans. Pavarini est au four et au moulin, retardant l’inéluctable prise d’avantage de joueurs adverses qui sentent que la bête est blessée, et qu’il faut l’achever. L’estocade est portée par Di Lorenzo à la quatre vinft unième minute. Ce n’est pas Troest qui se troue cette fois, c’est Castellini, incapable de revenir après une longue course. Au soir de ce dimanche chaud et ensoleillé, le dernier de septembre, mon équipe pointe à une peu glorieuse douzième place, déjà loin des premiers. « Non te la prendere », m’a-t-elle dit…

Au lendemain de cette nouvelle piteuse défaite, je retrouve Tea que j’avais un peu délaissé lors des dernières semaines, allant parfois jusqu’à dormir dans un hôtel proche de notre centre d’entraînement. J’ai la très mauvaise impression de ne plus pouvoir concilier ma vie de famille et ma vie professionnelle. Fernando et Gabriella qui ne voient leur mère que quelques minutes chaque jour ne me voient quasiment plus. Ma femme et moi semblons ne plus nous retrouver que pour des étreintes fugaces ou quelques minutes en compagnie de nos enfants avant qu’ils ne rejoignent l’école.

Tea et moi déjeunons au Parma Rotta, l’un des meilleurs petits restaurants de Parme. La cuisine y est plus raffinée que dans une trattoria, et les mets sont accompagnés de vins fins, dont le délicieux Vinalunga produit par l’azienda Lamoretti, vin peu complexe mais joyeux. Bien sûr, les vins de la Toscane dont est originaire le chef, Antonio, demeurent les vedettes de la volumineuse carte des vins. Après avoir consommé une belle assiette de prosciutto di Langhirano, un délice, et des papardelle au râble de lapin, puis une assiette de crêpes au chocolat et miel de fleurs, et alors que je m’apprête à commander une seconde grappa pour faire passer l’espresso, Tea, l’air grave, me dit qu’elle a quelque chose à m’avouer.

Le sourire quitte mon visage. Deux choses à m’avouer, en fait. Nous sommes invités, en fin de semaine, à un dîner chez le Prince Meli Lupi, à Soragna. Tea sait que je n’apprécie pas les mondanités, mais… on ne refuse pas l’invitation d’un prince, et je lui affirme que je l’accompagnerai, sans faute. Pour la seconde chose qu’elle a à me dire, elle semble hésiter. Elle s’est assise au bord de sa chaise, boit lentement une gorgée d’eau.

« Tu sais, je trouve que tu es trop exposé à la critique médiatique en ce moment. Et je me sens moi aussi exposée » Comme je ne réponds pas, me contentant de fixer ses grands yeux noisette qui ne quittent pas, elle enchaîne. « J’ai pensé qu’il serait bon que nous puissions aller parfois prendre une journée rien qu’à nous, sans les enfants, pour pouvoir nous retrouver, nous isoler. » Mon sourire la pousse à continuer, sa main vient se poser sur la mienne. « J’ai fait une folie. Avant le déjeuner, j’ai rencontré un agent immobilier. Je t’ai acheté un chalet, près du lac de Garde, au-dessus de Lumezzane. Et je veux que nous nous y retrouvions en fin de semaine, après la visite chez le Prince. Ti amo. »

Tea est formidable. Elisabetta avait peut-être bien raison de me dire de ne pas m’en faire…

To be continued
Avatar de l’utilisateur
Verchain
Réputation Mondiale
Réputation Mondiale
 
Messages: 14402
Inscription: 23 Oct 2007
Localisation: Nord

Messagede Robaggio » Dim 07 Déc 2008 18:17

Bienvenue dans les méandres de la Série B !!!!

Petit conseil: ne négliges jamais une équipe insulaire dès lors que tu vas jouer chez elle, sinon tu rapporteras peu de points de ces déplacements toujours compliqués à négocier...
Image
Avatar de l’utilisateur
Robaggio
Réputation Nationale
Réputation Nationale
 
Messages: 406
Inscription: 04 Juil 2008

Messagede brigale » Dim 07 Déc 2008 19:30

fantastique. Comme d'habitude j'aurais envie de dire.
Je vois que tu n'as pas pu t'empêcherde prendre un piatti en meneur de jeu dans ton équipe. J'espère qu'il sera lui aussi capable, de dribles et de frappes piattiesques
Bon courage
euh....
Quoi de neuf docteur?
Avatar de l’utilisateur
brigale
Réputation Régionale
Réputation Régionale
 
Messages: 212
Inscription: 05 Juil 2008
Localisation: cote d'or

Messagede Kid McDougal » Dim 07 Déc 2008 19:43

Nous voilà lancés dans le vif du sujet. Bel épisode, j'aime beaucoup les détails culinaires.
Avatar de l’utilisateur
Kid McDougal
Réputation Nationale
Réputation Nationale
 
Messages: 405
Inscription: 29 Sep 2007

Suivante

Retourner vers The Hall of Fame

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités