Re: Quand la foule t'acclame ! Chapter Three
Chapter Four
Comme prévu, Leproux ne m’avait donné aucune nouvelle, je ne me faisais donc guère d’illusions concernant sa décision. Cela faisait deux semaines que j’arpentais la France dans l’espoir de trouver un club en difficulté. J’avais même déposé ma candidature aux deux Olympiques, ainsi qu’à Bordeaux, sachant pertinemment que ce n’était pas réalisable. La raison principale était les bons résultats de ces trois clubs. Pourquoi renvoyer quelqu’un alors que celui-ci dirigeait l’équipe d’une main de maître ? De même, j’avais envoyé mon CV au président du club de Saint Etienne. Etant originaire de Lyon, et au vu de mon passé, là encore, je doutais d’être retenu. A vrai dire, là où je pouvais avoir une chance d’être à nouveau entraîneur, c’étaient les clubs de Boulogne, Lilles, Rennes, et Lorient. Des clubs du Nord en somme. Rudy Garcia, à Lilles, n’avait pas de bons résultats, tout comme à Rennes, où Antonetti avait bien du mal à trouver une cohésion entre ses joueurs. Briand étant parti à Lyon, Marveaux à Seville, il avait du mal à remplacer ces deux joueurs dans le secteur offensif, et donc manquait de percussion. La défense était correcte, mais même avec une bonne défense, si l’attaque n’était pas bonne, les chances de remporter un match étaient minces.
A Boulogne, c’était différent. Ils venaient d’être promus en Ligue 1, et le président souhaitait un nouvel entraîneur, plus ambitieux, prêt à tenter d’aller plus loin qu’une modique place de quinzième ou seizième.
Une sonnerie de téléphone me sortit de ma rêverie.
-C’est Nolan. Tu es où en ce moment ?
-Tiens, salut ! Je suis du côté de Lens, pourquoi ?
-Il faut qu’on discute. Tu peux me rejoindre quand à Paris ?
-A Paris, mais qu’est ce que tu fais là bas ?
-Les affaires. Un joueur assez prometteur joue dans l’équipe espoir du PSG, et j’ai vu un amateur pas mauvais dans le petit club du Paris FC.
-Je vois que tout roule sur des roulettes. Demain, ça te va ?
-Je dois partir ce soir, donc non, ça n’ira pas. Je serai à Lorient, pour voir ton frère. Etant son agent, j’ai besoin de faire le point avec lui. Il n’a que vingt ans, mais je pense qu’il devrait jouer en tant que titulaire.
-Je sais, je lui ai déjà dit, mais tu le connais. Il n’a pas l’ambition dans la peau, et il n’a pas confiance en lui. Demain soir, à Lorient alors ?
-Si tu peux, ce sera parfait.
-D’accord, à demain.
Pendant ma thérapie, j’avais décidé d’engager à nouveau Nolan comme agent sportif. Il était compétent et essayait toujours de trouver la meilleure solution pour ses clients, et je le savais mieux que quiconque. Il avait été le seul à me croire lorsque toute la presse avait étalé l’histoire des matchs truqués au Havre. Et moi, pour le remercier, je l’avais renvoyé, en lui reprochant de ne pas avoir fait assez attention à ça. Il ne l’avait jamais digéré car en plus d’être mon agent, c’était aussi mon meilleur ami. Pour lui, cela voulait simplement dire que je coupais les ponts.
Il était venu me rendre visite plusieurs fois au centre, et après avoir longuement discuté, il m’avait assuré qu’il ferait tout pour que je redevienne l’entraîneur que j’étais. Le Havre avait beau avoir des matchs truqués pendant la Coupe de France, cela n’enlevait pas l’exploit d’avoir fini huitième en Ligue 1, deux ans seulement après la montée du club. Seul Montpellier avait fait mieux en terminant cinquième en 2010. Depuis, il cherchait les bonnes occasions et pour mon frère, et pour moi-même.
J’approchais de Lens. Comme pour les autres clubs, j’avais prévu de rencontrer le président et essayer de le convaincre. Si j’avais choisi ce jour, c’était aussi parce que Lyon jouait ce soir à Lens. J’avais envie de revoir mon équipe jouer. Pjanic était monté en puissance ces dernières années, mettant Kallstrom sur le banc. Celui-ci l’avait vite compris et était parti en Espagne, du côté de Valence. Depuis les départs de Villa au Barça et Silva au Real, ce club n’avait plus rien d’effrayant et il tentait par tous les moyens de revenir à son plus haut niveau.
Ederson était parti à la Lazio, tandis que Clerc avait choisi Manchester City. Le premier avait réussi à rebondir, comme la majorité des flops lyonnais. En revanche, pour François Clerc, c’était à croire qu’il aimait être sur le banc. Ses rares apparitions étaient plus que désastreuses et Mancini avait décidé de le mettre sur la touche. Gomis, lui, avait enfin réussi à exploser. Après une première saison délicate, il s’était habitué au jeu Lyonnais, et délivrait de bonnes passes. Il n’était plus le buteur comme à Saint Etienne, mais le relais entre le milieu et l’attaque. Lopez était d’ailleurs pire qu’un monstre devant. Chaque fois, le danger était présent.
En défense, le petit Lovren avait réussi à percer, et assurer la relève de Cris, parti à la retraite la saison dernière. Réveillère, touché par ses problèmes musculaires en avril dernier, avait perdu sa place de titulaire au profit de Gassama. Ce jeune était plutôt bon, et assurait très bien son rôle. Côté arrivée, l’Olympique Lyonnais avait décidé de recruter cinq personnes lors de ces deux dernières saisons. Joao Moutinho, du Sporting CP, avait signé lors du mercato estival 2010 pour quinze millions d’euros et s’était rapidement imposé comme un titulaire indiscutable au milieu de terrain. Pjanic et lui associés, lançant l’attaque lyonnaise, l’équipe adverse avait sans cesse l’impression de voir un rouleau compresseur arriver. Ces deux joueurs, très doués techniquement, délivraient des passes de génie aux ailiers et aux attaquants. Delgado titulaire sur l’aile gauche, et à droite, Michel Bastos, qui tournait avec une autre recrue, Gervinho, de Lilles. L’attaque avait de l’allure. La Toul’, comme ils l’appelaient dans l’équipe, était toujours aussi présent, jouant beaucoup plus le rôle de milieu récupérateur. Toujours aussi percutant, aussi physique, il interceptait beaucoup de ballons et arrivait très bien à lancer le contre, relayé par Pjanic et Moutinho.
Ce furent les deux seuls transferts en 2010. Lyon avait d’ailleurs eu du mal à se lancer, mais avait finalement terminé troisième au terme de la saison. La grosse surprise a été le licenciement de Puel. Aulas, désireux de remporter de nouveau le championnat de France, avait décidé de faire appel à un nouvel entraîneur. Blanc était à la tête des Bleus, tandis que Tigana avait repris le flambeau à Bordeaux. Deschamps était toujours à la tête de Marseille. Au final, Lyon avait décidé d’embaucher le Lion de Rekem, Eric Gerets. Le belge était la bonne solution semblait-t-il pour Lyon. Il aimait avoir un jeu porté sur l’offensive, qui utilisait les ailes. Comme la mécanique était déjà bien huilée, il avait décidé de ne recruter que deux joueurs. Jimmy Briand, de Rennes, était associé à Lopez, ou à Gomis selon les matchs. Le jeune Tafer ne confirmant pas les espoirs placés en lui, il avait décidé de faire appel à un grand attaquant de Ligue 1. L’association entre les trois fonctionnait plutôt bien. Briand était entre Gomis et Lopez en terme de style de jeu. A la fois rapide, mais physique, il savait imposer son rythme à la défense adverse et avait plutôt une bonne vision du jeu. La deuxième recrue de Gerets avait été un latéral gauche. Cissokho avait montré ses limites la saison précédente en se blessant deux mois. Bastos avait été reconduit en défense, comme en Seleçao, mais il n’était pas aussi efficace que le titulaire à ce poste. Aussi, à la surprise de tout le monde, il engagea un jeune de Manchester United, qui vraisemblablement avait du mal à s’imposer en équipe première, Ritchie de Laet. Pas mauvais, assez doué techniquement, il pouvait dépanner et assurer sereinement le remplacement de Cissokho en cas de blessure. Depuis que Gerets était à la tête de Lyon, cette équipe semblait monstrueuse et dévorait ses adversaires sans pitié. Seule l’équipe de Marseille pouvait rivaliser.
- Tu peux pas faire attention ?!
Je me tournais et constatai avec frayeur que j’avais failli renverser un cycliste.
-Désolé, vraiment. J’étais ailleurs.
-Oui bah la prochaine fois, fais en sorte de pas te croire au paradis trop tôt !
-Désolé…
Après ce petit incident, je repartais en direction du stade.
Arrivé à l’accueil, je fus étonnamment surpris de voir le Président m’attendre.
-Vous donnerez ceci à Aulas, j’ai besoin qu’il me confirme sa volonté de recruter William Rémy, dit-il à la secrétaire.
-C’est entendu Monsieur.
Je m’avançai, et me présentai :
-Bonjour Monsieur Martel. Je suis Jack Coulit.
-Ah, c’est un bonheur de vous recevoir Jack. Je vous en prie, appelez-moi Gervais. Cinthya, je compte sur vous pour Rémy, c’est important, dit-il en s’adressant à la secrétaire. Bien, suivez-moi.
Je fus étonné de constater qu’il n’y avait pas d’ascenseurs. Contrairement aux autres clubs, ce bâtiment avait l’air d’être assez vieux. Gervais se retourna, tout en montant les escaliers, et me dit alors :
-Ne vous en faites pas, mon bureau n’est qu’au dixième étage.
-Au dixième étage ? Bon dieu, je vais devoir revoir mon entraînement alors !
Gervais ria, d’une voix grave et sonore.
- Je pense que vous devriez, en effet. Mais cela ne sera pas nécessaire, puisque nous y sommes, me répondit-il en souriant.
Comment ça nous y sommes ? Nous venions à peine de monter un étage que nous étions arrivés ? Ne venait-il pas de dire que son bureau se trouvait au dixième étage ?
-C’était une boutade, répondit-il à ma question muette. Une sorte de test, pour voir si vous étiez prêts à aller au bout des dix étages.
En fin de compte, ce président me plaisait. Il avait l’air d’être assez malin, et plus inquiétant encore, il savait ce qu’il voulait.
-Alors, me fit-il en s’installant dans son siège, que puis-je pour vous ?
Autant vous dire que j’étais assez désarçonné par cette question.
-Vous n’avez pas reçu ma candidature ? demandais-je timidement.
Il me répondit avec un grand sourire :
-Bien sûr que si, mais votre candidature ne me dit toujours pas ce que je peux faire pour vous.
Une preuve de plus que ce mec était malin.
-Je souhaite entraîner le club de Lens. En fait, depuis que j’ai stoppé ma carrière d’entraîneur avec le Havre, je m’ennuie, et le terrain me manque. J’ai envie de retrouver ces sensations, de retrouver l’harmonie d’une équipe, qui gagne, qui partage les bons et les mauvais moments. J’ai envie de prouver au monde ce dont je suis capable.
-Ah, voilà la bonne réponse. Prouver au monde ce dont vous êtes capables. C’est ce que je voulais entendre. Soit. Et vous n’avez pas peur que votre réputation vous ternisse ?
Nous y voilà .
-Non, absolument pas. Il fut un temps où j’étais complètement désespéré, et où je n’envisageais même pas d’entraîner de nouveau un jour. Mais j’ai aussi appris qu’il fallait se relever si un jour on voulait réellement vivre. Depuis, j’ai simplement décidé que j’entraînerais à nouveau, peu importe ce que l’on pourrait me dire.
-Et vous n’avez pas peur que tout le monde vous considère comme un tricheur ? Comprenez moi, ce n’est pas que je n’ai pas confiance en vous, mais si vous gagnez, tout le monde pensera que vous l’avez gagné avec autre chose qu’un talent tactique, si vous voyez ce que je veux dire. Et je ne veux pas que cela se répercute sur le club.
-C’est normal, je comprends. Néanmoins, vous pouvez aussi décider d’en faire abstraction, de la même façon que j’en ferais abstraction. Même s'il a été prouvé que les matchs du HAC en Coupe de France ont été truqués, il s’agit du passé, et je vous parle du présent. C’est risqué, certes, mais j’ai envie de le tenter. De prouver à tout le monde que je suis capable de gagner sans avoir à tenter des joueurs.
-… C’est une décision assez difficile… Laissez-moi le temps d’y réfléchir ces quelques jours.
-Pas de problème.
-Dans ce cas là , je vous dis à la prochaine.
-Au revoir.
Je me levais et me dirigeais vers la porte lorsque le président me héla :
-Jack !
Je me retournais pour le voir de face et lui répondit un timide :
-Oui ?
-Vous assisterez au match ce soir ?
-Oui, j’ai déjà pris les billets.
- Alors laissez-moi vous convier dans ma tribune. Cela sera plus confortable, et nous aurons l’occasion de discuter un peu plus.
Cette décision me prit un peu au dépourvu. Loin d’être annonciatrice d’une bonne nouvelle, elle réveillait en moi l’espoir que quelqu’un, en ce bas monde, pouvait de nouveau avoir confiance en moi.
-Bien sûr, sans problème. A ce soir, Monsieur le Président.
-A ce soir Jack.
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Inédit pour tout le monde, j'ai essayé de le retoucher autant que je pouvais. Donc si vous voyez des fautes ou des phrases mal articulées, je suis preneur.
Posté aujourd'hui, la suite viendra dimanche soir normalement.
Bonne lecture.
"Ce n'est pas parce qu'il y a un gardien qu'il n'y a pas but."
Lopez, plus qu'un joueur, un monstre.
Tactique
RdP