Chane Youtube Football Manager

Robaggio... Aigre-Douce

Répondre
1 ... 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27 ... 34
Avatar de l’utilisateur
Misaki Réputation Mondiale Réputation Mondiale
Messages :
5813
Inscription :
15 Déc 2008
Localisation :
Moréac (56) - Tu connais pas ? Tu devrais.

Re: Robaggio... Retour aux sources...

  • de Misaki
  • Jeu 23 Déc 2010 15:18
Et bah, tu en as des fans visiblement. Dommage que ces personnes là ne postent pas sur les autres stories.

Sinon, un épisode pour réintroduire l'ensemble et nous rappeler le passé de cette histoire. Heureux de te revoir dans cette partie du forum.
ImageImage
Venez participer au quizz multi-sport.
Publicité
Avatar de l’utilisateur
Robaggio Réputation Nationale Réputation Nationale
Messages :
473
Inscription :
04 Juil 2008

Re: Robaggio... Retour aux sources...

LA ROUTE EST DROITE MAIS LA PENTE EST FORTE…


J’ai beau ne plus être un jeune premier dans le milieu, et avoir musardé aux abords des terrains d’entrainement du Taranto pendant les quelques semaines qui ont précédé ma nouvelle intronisation à la tête de l’équipe, je reste tout de même stupéfait devant l’ampleur chantier qui s’ouvre à moi. Je n’avais pas mesuré à quel point l’équipe était mal en point, pour ne pas dire en lambeaux.

L’infirmerie est pleine de convalescents qui ne pourront être d’attaque avant des mois, et les valides sont loin d’avoir un niveau pouvant permettre un optimisme démesuré quant aux performances futures des Rossoblu.
La Défense en particulier fait peur, et je ne peux m’appuyer véritablement que sur un joueur, Angelo Antonazzo, arrière latéral droit de son état, qui surnage au milieu de l’effectif. C’est peu, pour ne pas dire largement insuffisant.
Notre milieu de terrain est à la ramasse, les mecs sont plein d’envie, mais l’envie ici ne suffira pas à combler les lacunes de chacun.
En attaque, seul Riccardo Innocenti donne des gages à peu près conformes à mes attentes, mais le buteur maison, du haut de ses presque 36 ans, n’a plus son lustre d’autrefois, et, s’il reste un bon finisseur, je ne pourrai pas m’appuyer sur sa pointe de vitesse, que les années ont fini d’user…

Angelo Antonazzo et Riccardo Innocenti, les deux tauliers du Taranto.
ImageImage

Ayant les mains libres pour mettre l’équipe à ma main, je passe beaucoup de temps avec la cellule de recrutement dans les premiers jours. Mon effectif ne me satisfaisant pas du tout, ce n’est pas moins de 12 joueurs que je recrute, des moins de 20 ans à au onze majeur, je gratte et me jette sur toutes les opportunités qui s’offrent à nous.
Mon expérience permet au club de s’en sortir sans trop de frais mais il n’y a pas de secret, pour attirer les bons joueurs en Série C, il faut que les contrats signés soient à la hauteur. Je fais donc exploser la masse salariale, et rogne sans ménagement sur le budget transfert.


Entres autres, Domenico Morfeo, Milieu de terrain à la technique irréprochable et vétéran de la Série A, nous rejoint. 35 ans bien tapés, mais son expérience et sa science des coups de pieds arrêtés peuvent nous faire un bien fou.

Image


Cyril Chapuis, 31 ans, espoir déçu du football français qui, après des débuts prometteurs avait fini par jouer les roues de secours avant de devenir un attaquant de seconde zone. Ici à Taranto, il a les moyens de se relancer et de faire très mal aux défenses de Série C…

Image


Vratislav Gresko, slovaque de 33 ans, qui a connu ses heures de gloire avec l’Inter au milieu d’une carrière bien remplie aux quatre coins de l’europe. Ce Latéral gauche a encore un sacré coffre et le challenge que je lui ai proposé au Taranto n’a pour lui rien d’une préretraite.

Image


Ingo Hertzsch, allemand de 33 ans, qui a contribué à donner au milieu des années 2000 une défense digne de ce nom à Hambourg. Avant de raccrocher, il voulait tenter une aventure à l’étranger. En espérant qu’il donne à la défense du Taranto une solide stabilité…

Image


Enfin Vincenzo Pepe, jeune milieu offensif de 23 ans est le transfert qui crée le plus de remous dans le petit univers des Rossoblu. Formé à Parme, ce petit talent a déjà porté les tuniques de nos ennemis jurés, l’Avellino et la Salernitana d’où je viens de l’arracher. Les Tifosis ne voient pas en Pepe la rampe de lancement que je viens de faire venir au club, ils voient seulement un mercenaire qui ne mouillera le maillot que lorsque son agent lui aura promis une plus belle destination. Taranto est le huitième club de sa jeune carrière et les doutes émis par l’ensemble des supporters, et même de certains membres du staff finissent par me convaincre d’assurer le coup et de doubler le poste.

Image


J’engage donc Rafael Acosta, espoir vénézuélien de 21 ans que Cagliari n’a pas souhaité garder dans ses rangs. Acosta et Pepe ont à peu près le même profil. Je ferai donc jouer à fond la concurrence entre les deux hommes, ce qui me permettra aussi d’avoir un peu de paix sociale quant à la venue controversée de Pepe…

Image



Mon arrivée conjuguée avec le recrutement massif du club remettent donc Taranto sur le devant de la scène de la Série C. Tous les observateurs s’accordent pour dire que les Rossoblu auront des arguments à faire valoir cette saison, mais qu’en même temps ils partent de tellement loin que la mayonnaise devra rapidement prendre pour espérer jouer les premiers rôles.

Ah la mayonnaise…

Bien qu’ayant en ma possession un effectif de qualité pour une Série C, le profond remaniement de l’équipe constitue quand même un bel handicap de départ. Les gars ne se connaissent pour ainsi dire pas, n’ont jamais joué ensemble, ne parlent pour la plupart, pas la même langue, et les automatismes sont inexistants.
Nous partons d’une page blanche et les différents matchs amicaux censés nous préparer sont loin de donner des certitudes. Nos sparrings partners de cet été, tous d’une qualité affligeante, ne nous permettent pas, malgré nos larges succès, de dégager, ni une équipe type, ni un schéma tactique fiable sur lesquels m’appuyer. A mon grand regret, il faudra affiner les réglages durant la première partie de saison…

Les ultras du club, le gruppo zuffa et les ultrapaz de la curva nord veulent néanmoins croire en ce cru 2010 – 2011. Ils sont présents massivement à tous les entrainements ouverts au public et envoient systématiquement une petite délégation nous encourager dans les campagnes les plus reculées du sud du pays pour ces matchs pauvres et sans valeur.
Heureusement que ces irréductibles sont là, parce que force est de constater que l’engouement que j’avais connu quelques années auparavant quand nous avions réussi à nous maintenir en Série B a bel et bien disparu, lui aussi, avec les années catastrophiques qui avaient miné le club quelques temps après mon départ pour la Turquie.
C’est donc seulement 800 abonnements qui trouvèrent preneurs à l’aube de ce nouvel exercice. C’est peu, même si à notre niveau ça n’est pas honteux, mais il faudra tout faire pour faire revenir les gens au stade, parce que cette manne financière est vitale pour équilibrer les comptes du club…

Au moment d’entrer dans le vif du sujet, mon incertitude reste la plus totale et il ne se passe pas un jour sans que je me demande si mon choix de cœur ne va pas finalement se transformer en véritable galère…
Heureusement, contempler le sourire retrouvé de Giana me permet de trouver un peu de sérénité. Même si son père est gravement malade, elle reste néanmoins heureuse de pouvoir être à ses côtés pour l’aider à surmonter cette épreuve et sentir utile. Ca n’a d’ailleurs échappé à personne, Gigi Blasi a retrouvé un peu de peps depuis que sa fille est revenue au pays, et il clame à qui veut l’entendre que cette année il faudra compter avec Taranto pour la distribution des accessits en Série B.
Connaissant Blasi, je sais que ce n’est même pas de l’optimisme de façade qu’il affiche là, mais qu’il est absolument persuadé de ce qu’il raconte. Si seulement il pouvait dire vrai…
Mais le bougre n’en reste pas là. Voulant à tout prix garder un pied et autant d’influence sur son club de toujours, il négocie avec Enzo D’Addario l’embauche de Giana qui devient à la fois ambassadrice du club et responsable des relations publiques du Taranto Sport.

Giana, nouvelle ambassadrice du Taranto Sport…
Image

Je suis quand même mal placé pour dire que je n’aime pas mélanger vie professionnelle et vie privée, alors je ne dis rien et ronge mon frein. Cependant, il n’en reste pas moins que le nouveau statut de Gianan me mets pour le moins mal à l’aise. Si un jour je me retrouve dans une position délicate avec les Rossoblu ? Dans quelle mesure cette nouvelle configuration impactera-t-elle les deux pans de ma vie désormais plus que jamais liés ???

Pour le moment, j’essaie d’en faire abstraction en me concentrant uniquement sur le rectangle vert, mais cette nouvelle émergence dans le fonctionnement structurel du Taranto Sport ne passe pas inaperçu, forcément…

Les gazettes régionales se déchainent tant que la Gazetta de lo Sport ne peut occulter plus longtemps ce qui se trame dans les Pouilles. Dans la même semaine, Taranto a droit à deux petits articles dans le quotidien qui résument à eux seuls le sentiment général.

On peut y lire des choses comme :

« Blasi vérouille son club, n’en déplaise à D’addario »
« Le roi d’Argentine dans les Pouilles, l’apologie d’un manque d’ambition »
« Blasi – Camorra, même combat »



Ambiance…

C’est donc avec ce petit goût de vinaigre que commence la saison. Notre premier déplacement à Lucchese me fait l’effet d’un pétard mouillé. L’équipe pourtant supérieure sur le papier fait preuve d’une stérilité consternante. Seuls de petits exploits individuels permettent de mettre l’équipe en bonne position mais notre prestation dans les 30 derniers mètres adverses est désastreuse. Notre adversaire du soir, peu disposé à jouer les victimes du premier acte, ferme ensuite le jeu et les Rossoblu, en manque cruel de rodage, ne trouveront pas la clé. Pas de situation, pas d’occasion, les deux équipes repartent dos à dos avec le partage des points et le prix de la plus terne soirée.

Les doutes et les craintes nés de cette entame de calcio vont malheureusement prendre forme très vite. Comme je m’y attendais, les travées de Iacovone sont à moitié vide pour notre premier match à la maison et seule la curva nord donne un peu de couleurs à une rencontre qui devient très vite un cauchemar. Les lacunes esquissées contre Lucchese deviennent marquantes contre Cosenza, un des candidats à la montée, et on passe à la caisse de suite. Un 0-2 cinglant, sans qu’il y ait grand-chose de positif à retenir de ce match.

Dans la foulée, nous nous déplaçons à Foggia, une des formations rivales contre lesquelles la défaite n’est pas permise. Pourtant, loin d’avoir appris des errements des deux premiers rendez-vous, nous reproduisons à l’identique ce même rien, ce même vide intersidéral, et nous nous inclinons 0-1 fort logiquement, sans qu’il n’y ait rien à dire…

Image



On est à des années lumières des retrouvailles que je m’étais imaginées, quelle bérézina… J’essaie pourtant de ne pas me formaliser, essayant de me rassurer en essayant de trouver dans ma défense des gages de solidité et de qualité… encore une affaire de réglages sans aucun doute… et puis… aucun but marqué en trois matchs, ça me laisse perplexe…
Je ne le réalise pas de suite, pourtant le mal est plus profond qu’il en a l’air. Pris par l’euphorie de mon titre en Argentine, je me suis sans doute inconsciemment imaginé que mon bagage technique pouvait désormais me permettre d’imposer partout ma vision du jeu sans trop de difficultés.
Pour le coup je m’étais fourvoyé. La qualité de l’effectif de l’Estudiantes la Plata n’avait absolument rien à voir, ni de près, ni de loin, avec celui de Taranto et sans doute que je me montrais trop ambitieux dans mon approche tactique avec les Rossoblu. Bien décidé à ne pas me laisser envahir par le scepticisme qui commençait à monter tout autour de moi, j’ai décidé de revoir mes plans et de revenir à des choses simples.
Je mis en place un 4-3-1-2 en axant le gros du boulot sur la récupération de balle, sa possession, et son utilisation pertinente. Pas de fioritures, du jeu simple, costaud, direct, et sans chichi, de toute façon je n’ai pas les joueurs pour…

Il nous faut donc attendre la mi-septembre pour arracher notre premier succès contre Nocerina sur un but de raccroc de Rafael Acosta, et ainsi nous arracher d’une peu enviable 16ème place…
On est loin de pratiquer du bon football, mais notre nouveau dispositif a laissé notre adversaire muet et surtout, en dépit de la manière sur laquelle je ne m’attarderai pas ici, les trois points sont pour nous. Même si ce n’est pas un match référence, c’est néanmoins notre meilleure prestation du moment et je compte m’appuyer dessus pour préparer la suite des évènements.

Ce premier motif de réjouissance ne sera malheureusement que de courte durée. Quelques jours après cette première victoire, il me semble reconnaitre parmi les inconditionnels qui assistent à nos entrainements un visage familier…
Hélas, c’est bien lui, moi qui pensais ne jamais le revoir, il est là, appuyé sur la rambarde longeant le terrain d’entrainement, arborant son large sourire carnassier. Carlo, ami d’un autre temps qui m’avait apporté plus d’ennuis que de moments joyeux, et qui bossait, aux dernières nouvelles, à la cellule de recrutement d’Avellino. En fait tout le milieu savait qu’il servait surtout de boniche à cette ordure de Lo Schiavo.

Sa présence me mit un brin mal à l’aise, je savais, j’avais l’intime conviction qu’il n’était pas venu ici pour parler ballon, et que, cinq ans après, mes ennuis venaient d’être déterrés…
Image
Avatar de l’utilisateur
xanxus60 Réputation Continentale Réputation Continentale
Messages :
595
Inscription :
10 Sep 2010

Re: Robaggio... La route est droite mais la pente est forte.

Un belle épisode comme d'habitude :wink: . Ton retour a la tête de Taranto est très difficile, au niveau sportif tes joueurs ne foutent pas grand chose et manque cruellement de qualité. Mais un malheur ne vient pas seul, c'est maintenant Carlo qui se plante pour te faire encore des ennuis :146: , comme si ce n'était déjà pas compliqué.
Continue comme ça, on est tous admiratif devant tes qualités de rédacteurs. Bonne suite.
Avatar de l’utilisateur
Robaggio Réputation Nationale Réputation Nationale
Messages :
473
Inscription :
04 Juil 2008

Re: Robaggio... La route est droite mais la pente est forte.

Ici c'est (presque) Sparte !


Image

Intrigué tout autant qu’agacé par la présence de Carlo sur le bord du terrain, je laisse mon assistant diriger la fin de l’entrainement et pars à la rencontre de celui qui après tout, m’avait mis le pied à l’étrier…

Après de brèves et froides salutations…

-Que nous vaut ta visite ici Carlo ? Que veux-tu ? Ne me dit pas qu’Avellino cherche à débaucher nos gars, si ?

Carlo me toisait l’air goguenard.

-Oh non rassures toi, je ne suis pas là pour ça. Mais ça fait deux mois que tout le monde parle d’un fameux entraineur de football qui aurait tout plaqué pour redevenir gardien de chèvres, je tenais à voir ça de les propres yeux.

-Hey doucement Carlo, T’es plus chez toi ici. Si tu viens poser ton cul à Taranto, je te conseille de ne pas être insultant. Si les gens qui sont ici t’entendaient parler de la sorte en sachant d’où tu viens, ça pourrait mal se passer tu sais.

-Ne me dites pas que son altesse Roby Robaggio profère des menaces à peine voilées, on croit rêver là. Ce serait tout de même un comble quand on regarde ta situation, on ne peut pas dire que tu sois en bonne position.

-Aller accouches, qu’est-ce que tu es venu foutre ici ?

-Je suis venu te dire que Lo Schiavone est très heureux de ton retour dans la région. Il a de son propre aveu la faiblesse de penser que tu es revenu rembourser ce que tu lui dois. C’est que tu t’es volatilisé avec une belle ardoise mon salaud. 200 000 euros, c’est pas rien.

-Quedal, Lo Schiavone s’est mis dans la merde tout seul. Il a cru que j’étais aussi pourri que lui, et malgré mes mises en garde, il n’en a fait qu’à sa tête, il ne peut s’en prendre qu’à lui, je ne dois rien à personne.

-Ca c’est ce que tu penses. Tu as 200 000 euros qui courent depuis cinq ans maintenant. Si on compte les intérêts, ça chiffre pour Lo Schiavone à 500 000 euros. Vu ton succès en Argentine, tu dois être à l’abri du besoin. Lo Schiavone est un seigneur, il te laisse jusqu’à la trêve hivernale pour lui rendre ce qui lui revient…

-Vas te faire foutre Carlo, et va dire à ton macro d’aller se faire foutre avec toi, il aura tchi, nada, zéro. Je l’emmerde ton Lo Schiavone, c’est qu’une pute qui se sert du foot pour faire son business en trichant.

-Fais gaffe quand même Roby, tu sais ici, ce n’est pas comme à Paris, les différends, quand ils sont si gros, se règlent un peu différemment. Je suis chargé de te dire que si Lo Schiavone ne revoit pas sa tune d’ici janvier, tu pourras changer de crèmerie et quitter le pays pour de bon. Non seulement tu seras tricard dans le monde du football, quoi que tu l’es déjà un peu quand on regarde l’équipe que tu coaches, mais faudrait pas qu’il t’arrive des bricoles…

- Dégages…

-Et puis tu as une famille maintenant, faut que tu veilles sur elle, ce serait con qu’il lui…

Je chope Carlo par le col, le poing de ma main libre serré comme jamais, c’en est assez, je ne peux en entendre plus. Il faut qu’il se taise.
Un peu plus loin certains joueurs ont cessé leur exercice et observent, décontenancés, la scène. La grosse quarantaine de supporters présents également ont fait silence et se demandent quelle mouche est en train de me piquer.

-Allons Roby, reprends toi, tu ne vas pas faire un scandale ici, je suis sûr que dans le tas de gens présents ici, il y a bien un petit journaleux qui se ferait un plaisir de raconter ton coup d’éclat. Je ne suis pas sûr du reste que ça te ferait une bonne pub.
Et puis regarde tous ces gens. Franchement (il se mit à rire), le peuple de Taranto… Regarde-les. Ne leur inflige pas ça, ce n’est déjà pas facile pour eux tu as vu ? Si on compare l’Italie à une botte, Taranto est quand même située pile poil là où va se loger la merde quand on marche ded…


Le bruit est sourd, Carlo recule d’un bon mètre avant de tomber de tout son long. Il se porte immédiatement les mains au visage et le sang ne tarde pas à ruisseler d’entre ses doigts, je viens de lui fusiller le nez d’une patate made in Rosny-sous-Bois à ce sale bâtard !
Mon staff et les joueurs les plus proches accourent pour nous séparer mais c’est inutile, je ne compte pas me salir les mains une deuxième fois. Il a son compte.

-Maintenant tu dégages avant de te faire lyncher.

Le sang s’étale sur son beau costume trois pièces maculé de terre, tandis qu’il se relève péniblement.

-T’aurais pas du Roby, t’aurais jamais du… N’oublies pas ce que je t’ai dit.

Je fais signe au petit attroupement de laisser Carlo tranquille, et à l’équipe de reprendre l’entrainement. Une fois assuré qu’il est bien parti, je retourne auprès de mes joueurs et reprends la séance comme si cet incident n’avait jamais eu lieu.

Ces enculés à Avellino ne me laisseront donc pas pénard. Je suis blasé, même si je n’en laisse rien paraitre. Aussi, ce qui devait arriver arriva. Le lendemain tous les journaux régionaux du sud de l’Italie reprennent l’évènement.

« TENSIONS A TARANTO »
« ROBAGGIO MET UN SUPPORTER KO »
« ROBAGGIO EST DE RETOUR, LES VIEUX DEMONS DU TARANTO SPORT AUSSI »


Avec de tels titres et de tels articles, l’ambiance se noue un peu plus dans les Pouilles. Etrangement, aucune feuille de chou ne mentionne la provenance de Carlo, qui est présenté comme un supporter de Taranto avec qui j’en serais venu aux mains presque gratuitement. Alors forcément, avec une information rapportée de la sorte, certains ultras, consternés, et pas très heureux des résultats de l’équipe en ce début de saison, commencent à voir en moi une des composantes de leurs problèmes de supporters.
A tel point que les jours qui suivent me voient me faire invectiver par certains d’entre eux qui me proposent d’en découdre avec eux si jamais j’avais encore envie de passer mes nerfs. L’affaire en ville prend de telle proportions qu’avant notre match contre … , durant la conférence de presse, je suis obligé d’évoquer le sujet.

Image

-Roby, la semaine qui vient de s’écouler a été agitée à Taranto, et on vous a vu vous battre avec un tifoso lors d’une séance d’entrainement. Ce n’est pas le meilleur moyen de préparer un match ni de vous mettre dans la poche vos supporters non ?

-Je ne me suis pas battu avec un supporter de Taranto comme beaucoup aimeraient que ce soit le cas. En revanche, j’ai, il est vrai, éconduit avec vigueur, un représentant du club d’Avellino, qui n’était pas venu superviser de joueur, mais qui était juste là pour insulter le club. J’ai trouvé son attitude déplacée, je lui ai demandé de quitter les lieux, et devant son insistance, j’ai fait ce que je devais faire. Les supporters de Taranto savent que je suis un des leurs et que jamais je n’en viendrai aux mains avec eux. Carlo Ciotti est un des recruteurs d’Avellino, c’est lui qui est venu faire de la provocation. Il en a payé le prix, et il n’y a rien à ajouter…

Par cette sortie médiatique, je m’étais blanchi auprès de mes supporters, mais je venais aussi de rendre public le conflit dans lequel j’étais engagé avec mon ancien club, et par là je venais de jeter de l’huile sur un feu qui n’avait jamais cessé de brûler entre les deux clubs rivaux.
L’affaire finalement finit par dans les limbes de la vie des clubs et plus personne à Taranto ne l’évoquera plus devant moi.

Sportivement, l’équipe va mieux, nous avons trouvé un semblant d’équilibre et nous ne perdons plus. Nos tristes défaites du tout début de saison se sont transformées en matchs nuls encourageants. Par moments, des éclairs de grâce frappent les Rossoblu qui réalisent de très belles phases de jeu, mais nos manques d’automatismes, qui tendent à se résorber avec l’accumulation des matchs, nous font encore défaut, et à deux ou trois reprises, nous laissons échapper de précieuses victoires dans le dernier quart d’heure.
Fin octobre, nous sommes bien installés dans le milieu du classement et il ne nous manque pas grand-chose pour accrocher les wagons de têtes.
Cyril Chapuis dont plus personne ne voulait retrouve ici une seconde jeunesse, c’est lui qui détient les clés de notre attaque, tous au club l’ont bien compris et le servent dès que l’occasion se présente pour nous débloquer des situations. Le Francese comme on l’appelle ici, accepte de bien volontiers ce rôle de chouchou et enchaine les bonnes prestations. Il s’est bien adapté ici dans les pouilles et il se mêle avec tout son talent à la lutte pour le titre de meilleur buteur de la division.

Nous faisons également un beau parcours en coupe d’Italie où nous écartons sans difficulté le Cisco Roma, Portommugesa, Cavese, et Ternana avant de tomber au tirage au sort sur Cesena, pensionnaire de la Série A. Malgré mes recommandations, l’équipe pense que son parcours dans cette coupe va s’arrêter là, et elle se présente au stadio Dino Manuzzi en véritable victime. Sans que j’en comprenne vraiment la cause, Taranto ne jouera pas se match, comme si les gars étaient venus voir à quoi ressemblait un modeste club de Série A.
On prend, mais avec le recul c’était prévisible, une méchante valise, un 6-1 des familles… on est éjecté de la coupe, et on ne s’en tire pas mieux en coupe de Série C que l’on quitte dès le premier tour avec une pitoyable prestation face à Cavese qui tient là sa petite revanche.

Je gueule comme un sourd aux entrainements qui succèdent à cette double élimination et tente de faire prendre conscience aux joueurs qu’il est temps maintenant de rentrer dans leur sujet comme il faut, parce que leur ambition, comme celle du club, n’est pas de rester indéfiniment en Série C et d’attendre que ça se passe. Et des humiliations subies comme à Cesena, c’est niet, pas ici, pas à Taranto. Je fais appel aux symboles et aux grandes figures en leur rappelant que Taranto a avant tout été fondée par des exilés spartiates et qu’il n’est pas dans les habitudes de la région, de la ville et encore moins du club, de se laisser vivre.

Je ne sais pas si c’est mon speech, ou une prise de conscience générale qui ont changé les choses, mais après cet épisode, l’équipe va adopter une attitude radicalement différente et sur le terrain ça va se voir directement.

Image

Nous traversons le mois de novembre en marchant littéralement sur l’eau et enchainons sur sept matchs, six victoires et un nul. Benevento, solidement accroché à son fauteuil de leader, nous fera chuter, mais à l’approche de la trêve, nous avons tout de même trouvé un très beau rythme. Sans fanfaronnade, nous commençons à faire peur dans la Série C1B et à la fin de l’année, nous pointons à une très honorable 5ème place, à 8 points du leader, certes, mais il nous reste tout une moitié de saison pour nous installer définitivement dans la course à la montée. Quand je vois les progrès accomplis en cinq mois, je ne peux que me laisser aller à l’optimisme.

Image

Pour accentuer nos chances de succès, je me mets en quête lors du mercato d’hiver d’un milieu de terrain polyvalent pour solidifier ce secteur de jeu et d’un attaquant pour soutenir un peu Chapuis qui tient presque à lui tout seul notre attaque depuis qu’Innocenti à laissé sa cheville droite sur un terrain au milieu de l’automne.

La fièvre du championnat m’en a presque fait oublier les menaces de Lo Schiavone qui, à travers Carlo, avait juré de me faire tricard au royaume du ballon rond si jamais en janvier je ne m’étais pas débrouillé pour lui verser 500 000 euros que je lui devais selon lui… Je considérais sans doute à tors que l’absence de nouvelles provenant d’Avellino était en soi une bonne nouvelle. Il n’en était rien. Bien vite je pris conscience que Lo Schivone avait commencé son travail de sape dans son coin et au moment de recruter, ma cellule de recrutement m’a bien vite fait déchanter, aucun agent sur tous ceux contactés n’a accepté d’entrer dans des discussions pour l’acquisition d’un joueur ou d’un autre. Même quand certains joueurs se montraient séduits par le projet Taranto, les discussions ont toujours été stoppées net et il est impossible en ce mois de janvier de recruter un joueur en Italie. Situation ubuesque à n’en point douter, mais réelle. Nous avons beau frapper à toutes les portes, on ne nous les ouvre plus, ou on nous les claque au nez. Je ne peux voir là que la marque de Lo Schiavone qui a visiblement usé de tout son entregent pour cadenasser les relations du Taranto Sport avec tous les agents de la place italienne.
Comment un manager général de club Série C2 (division 4) pourrait réussir un tel tour de force ? Je n’en ai aucune idée bien sûr, et je ne peux rien prouver, pourtant j’ai l’intime conviction que mon ancien patron, qui n’en demeure pas moins un maitre en entourloupe, est derrière tout ça. Je ne peux que constater la situation, mais je ne suis pas résigné pour autant. Je fais le tour des possibilités en scrutant les joueurs sans agent que je pourrais attirer au club mais ils ne sont pas légion. C’est tout de même aux forceps que j’arrive à négocier la venue du milieu brésilien Athirson, une ancienne gloire du Flamengo laissé libre par Portuguesa, et de Wolfgang Mair, ancien taulier de la première ligue autrichienne, sans club depuis l’intersaison mais qui continuait à s’entrainer avec l’Austria Katern en attendant une proposition.

Athirson va nous faire un bien fou
Image

Si Athirson s’adapte très vite et ne tarde pas à nous apporter un vrai plus technique, Mair quant à lui va se révéler être une réelle erreur de recrutement. Il ne fait aucun effort pour s’adapter, et refuse les cours de langue que lui propose le club pour faciliter son insertion et la communication avec ses coéquipiers. Sans doute que Taranto n’était pas à la mesure de ses attentes, mais il a signé…

C’est sur cette amère trêve hivernale que les réjouissances reprennent. Si le boycott du club par tous les pourvoyeurs de joueurs se poursuit à la fin de la saison, la suite des évènements risque fort de se compliquer… Les dirigeants se montrent quant à eux dubitatifs. Si Blasi est tenté d’aller dans mon sens, D’Addario préfère pour l’instant mettre ça sur le compte de la crise internationale qui s’abat sur le football. Le mercato a été calme un peu partout, et pour lui, il n’y a rien de suspect à ce que celui du Taranto Sport n’ait pas échappé à la règle. Et puis les finances du club sont au raz des pâquerettes. Difficile dans ces conditions d’attirer des joueurs de calibre…

On fera avec…

La reprise sportive est là et Taranto marche très fort en ce mois de janvier particulièrement pluvieux ici. Nous enchainons les séries de victoires et les résultats probants, nous grimpons petit à petit au classement et refaisons point par point une partie de notre retard sur Benevento qui, même s’il domine encore outrageusement les débats grâce à sa paire d’attaquants, Clemente et Evacuo, perd toutefois régulièrement du terrain sur des matchs dits faciles…
L’avantage pour Benevento, c’est que l’équipe dispose de deux attaquants qui plantent but sur but. Ici, les Rossoblu sont « Chapuis dépendants ». Sans lui, l’équipe n’a pas le même rendement, ne se crée pas autant d’occasions et ne fait donc pas les mêmes résultats. Malgré mon dispositif à deux attaquants, j’ai bien trop souvent la sensation qu’il n’y en a qu’un sur le terrain, et Mair, qui fait malgré tout des prestations honnêtes, se traine sur tous les terrains sans ouvrir son compteur ce qui me fait fulminer.

Taranto sur la bonne voie
Image

Sur les matchs retour, nous ne nous inclinerons que deux fois, à Lanciano et à Pise. Alors que l’équipe tourne comme une horloge, ces deux revers seront trop largement repris dans la presse régionale qui tire à vue sur moi, l’équipe et le club dès qu’elle le peut. Je n’ai jamais fait preuve d’une grande habileté dans mes relations avec les médias. En général, soit je ne disais rien, soit j’en disais trop, et devant les résultats souvent catastrophiques de mes sorties médiatiques, j’avais le plus souvent opté pour un silence poli. Devant l’injustice flagrante dont est victime le club dans tous les journaux du sud de l’Italie, j’ai changé de stratégie. Peu importe si on ne m’aime pas, je n’ai rien à prouver à ces gens, alors dès que l’occasion se présente, je leur rentre dedans, et leur explique bien gentiment qu’ils bossent comme des cons, et qu’au lieu de reconnaitre que l’équipe a fait d’indéniables progrès, ils préfèrent faire des pages sur deux pauvres défaites, ou les à côtés du club. Les conférences de presse sont crispées et tournent parfois à l’affrontement verbal certains pigistes se croyant obligés de déformer systématiquement mes propos.

Peu importe, la différence se fera sur le terrain, et c’est en véritable boulet de canon que les Rossoblu terminent la saison. Nous sommes à la dernière journée. Benevento reçoit Gela, et nous nous déplaçons à la Juve Stabia. Si nous nous imposons et que Benevento trébuche à domicile, nous leur repassons devant.
Pour la causerie d’avant match, je n’ai bizarrement pas eu l’impression de devoir rappeler l’enjeu du match. Même si notre destin ne nous appartient pas, tous les joueurs savent que le salut passe par un succès ici. Tous sont concernés et ont l’envie de bien faire pour ce qui s’annonce être une finale. En effet si nous pouvons accéder à la Série B en cas d’évènements favorables, la Juve Stabia peut elle aussi décrocher un billet pour les barrages et continuer à lutter pour la montée.

Les supporters de la Stabia font bouillir le petit stadio Romeo Menti
Image

C’est donc dans un stadio Romeo Menti plein comme un œuf que se déroule la rencontre. Les 22 acteurs sont remontés comme des coucous et le match est vraiment disputé, les occasions se succédant d’un but à l’autre. Notre bloc défensif est bien en place mais on se fait quand même bouger.
La lumière vient une nouvelle fois de l’incontournable Chapuis, qui après un festival de dribbles dans la défense adverse, ajuste d’un super plaaaaaaaat du pié (mode sacomano on) le portier des jaune et bleu à la 18ème minute. On est dans le bon tempo, surtout que mon assistant qui a une oreille sur la radio me fait part des grosses difficultés que rencontre Benevento en ce début de match.
Ma joie ne sera hélas que de courte durée. Pensant sans doute que le plus dur était fait, les gars se relachent et 5 minutes plus tard c’est la punition, la Juve Stabia égalise proprement devant ses supporters en délire. Les débats s’équilibrent ensuite et les deux équipes se séparent à la mi-temps sur ce score de parité.
Benevento ne s’en sort pas mieux, 1-1 contre Gela à la pause. Au classement, ils ont toujours un point de plus que nous. Tout est encore jouable.
J’essaie donc de remuer les mecs à la mi-temps et de leur faire prendre conscience que les 45 prochaines minutes sont déterminantes et qu’à elles seules peuvent concrétiser de la plus belle des façons leur saison. Je sais qu’ils donnent le maximum, et que la Juve Stabia fait un super match, mais il faut qu’ils se sortent les tripes…

Le retour sur le terrain nous fait très mal. Alors que nous nous sommes installés dans le camp adverse, un contre assassin nous casse les pates. 50ème minute, la Juve Stabia plante son second but du match dans une ambiance indescriptible, les tifosi sont littéralement en transe. Je vois bien dans le regard de mes joueurs qu’ils ont pris un coup sur la tête, pourtant je veux encore y croire, j’effectue quelques ajustements tactiques pour essayer de renverser le cours des choses mais la Stabia se regroupe derrière et il devient très compliqué de se procurer des occasions…

A la 70ème minute, mon assistant se lève, le transistor à la main en hurlant.

-Goooooool !!! Gela vient d’en planter un second à Benevento !!!

Putain, c’est notre chance, ce serait vraiment trop con de passer à côté. Je fais donc rentrer tout ce que j’ai d’offensifs sur mon banc et décide de jouer avec quatre attaquants. Je demande aux gars un football total et leur donne le score de Benevento.
Le dernier quart d’heure ressemble à la prise de fort Alamo, un attaque défense à sens unique, les Rossoblu jetant toutes leurs forces pour forcer le cadenas de la Stabia qui défend son résultat bec et ongles…
Finalement, un petit miracle se produira dans ce match. Wolfgang Mair, mon autrichien qui a traversé la seconde partie de championnat sans marquer le moindre but malgré un temps de jeu conséquent, trouve enfin le chemin des filets sur une très belle tête décroisée. Nous sommes à la 87ème minute, 2-2, il ne nous reste que peu de temps pour en mettre un second…

Nous n’y parviendrons pas… Malgré sa défaite à Domicile, Benevento arrache son ticket pour la Série B. Nous avons le même nombre de points, le même goal average, mais une moins bonne attaque, et ce soir, ça nous coûte cher… Il nous faudra donc passer par les barrages pour monter en Série B, barrages qu’ont effleuré la Juve Stabia jusqu’à la 87ème minute, et ce premier but finalement inutile de Wolfgang Mair…

Image

Dans quinze jours nous serons à Lanciano pour le match aller des demi-finales des barrages pour une promotion en Série B. Il s’agira là-bas, de ne pas se louper…
Image
Avatar de l’utilisateur
kyp Réputation Locale Réputation Locale
Messages :
17
Inscription :
29 Déc 2008
Localisation :
Lille

Re: Robaggio... Les Pouilles, no man's land du foot...

  • de kyp
  • Jeu 13 Jan 2011 20:34
Toujours aussi passionnant que ce soit sportivement ou dans la vie privée de Roby. Bonne chance pour les barrages.
Avatar de l’utilisateur
Misaki Réputation Mondiale Réputation Mondiale
Messages :
5813
Inscription :
15 Déc 2008
Localisation :
Moréac (56) - Tu connais pas ? Tu devrais.

Re: Robaggio... Les Pouilles, no man's land du foot...

  • de Misaki
  • Ven 14 Jan 2011 16:26
J'ai cru un instant que tu allais réussir l'exploit de la montée directe. Mais je ne me fais pas de souci pour les barrages.

Sinon, je m'attendais à voir Lo Schiavone plus présent en seconde partie de saison, mais j'imagine qu'en cas de montée, il n'hésitera pas à mettre des bâtons dans les roues de Robaggio.
ImageImage
Venez participer au quizz multi-sport.
Avatar de l’utilisateur
xanxus60 Réputation Continentale Réputation Continentale
Messages :
595
Inscription :
10 Sep 2010

Re: Robaggio... Les Pouilles, no man's land du foot...

Ah je m'attendais vraiment a ce que tu monte, c'est dommage. Sinon encore un belle épisode, axé sur le sportif plûtot que l'extra même si comme dit plus haut, je pensais voir plus régulièrement Lo Schiavone.
Avatar de l’utilisateur
scar013 Réputation Locale Réputation Locale
Messages :
1
Inscription :
11 Jan 2011

Re: Robaggio... Les Pouilles, no man's land du foot...

Bonjour a tous,
petit mot pour dire que vraiment cette story est superbe, très recherchée et fouillée.
Donc félicitations a toi et longue vie à Taranto !!
Avatar de l’utilisateur
Robaggio Réputation Nationale Réputation Nationale
Messages :
473
Inscription :
04 Juil 2008

Re: Robaggio... Les Pouilles, no man's land du foot...

Prochain épisode presque fini, je pense pouvoir le livrer en tout début de semaine prochaine. Merci à tous pour votre soutien si précieux pour trouver la motiv de passer des heures derrière ce clavier et vous faire partager les aventures de Roby Robaggio, et si Medzoo tu passes dans le coin, n'hésite pas à faire un coucou ;)

A très vite.

Roby
Image
Avatar de l’utilisateur
Robaggio Réputation Nationale Réputation Nationale
Messages :
473
Inscription :
04 Juil 2008

Re: Robaggio... Les Pouilles, no man's land du foot...

Si tu n’as pas le droit, prends le Gaucho…


Lanciano est donc le premier obstacle qui se dresse sur la route du Taranto Calcio dans sa course à la Série B. Bien que nous préparons ces matchs avec le plus grand sérieux, je ne suis pas trop inquiet. Lanciano est une équipe de besogneux, elle a un courage fou, mais aucun talent. Si nous jouons notre football comme en cette dernière partie de championnat, nous devrions nous qualifier pour la finale des barrages sans trop de peine.

En réalité mes soucis viennent d’ailleurs. Depuis la fin de la saison régulière, le club est sous le feu nourri de la presse qui se déchaine sur nous. Le milieu sporto-journalistique estime que nous n’aurions rien à faire en Série B si jamais nous venions à nous y hisser, que l’équipe n’a pas d’âme, et que nous devons une grande partie de nos résultats plus à des défaillances adverses qu’à une réelle qualité de jeu. Enfin, les mêmes articles ne manquent jamais d’en mettre une petite couche sur ma personne, s’interrogeant sans cesse sur ce qu’il serait advenu de moi dans le milieu du football si je n’avais pas été le gendre de Luigi Blasi. Certains pensent que je n’aurais jamais retrouvé de club, d’autres vont plus loin, n’hésitant pas à mettre en doute mon rôle au sein de l’Estudiantes, me faisant passer pour un guignol plus là pour l’affichage que pour ses compétences.
Excédé par la gratuité d’une telle cabale, je décide de mettre les avocats de Taranto sur le coup, pour qu’ils voient ce qu’il est possible de faire pour attaquer ces gens en diffamation. Après tout, s’ils veulent jouer, on peut jouer…

Ces petites tracasseries m’ont vite amené à notre premier match. A ce stade de la compétition, même si nous ne sommes qu’en Série C, toutes les équipes susceptibles de faire un coup dans le championnat arrivent à drainer assez de supporters pour que l’ambiance soit belle, et elle l’est. Lanciano a mis les petits plats dans les grands pour nous recevoir et c’est tout à leur honneur.

Image

Je vois très vite que nous pouvons faire mieux que contenir nos adversaires du jour et nous mettre en bonne position pour aborder le match retour sereinement. Chapuis l’a bien compris lui aussi et sur deux belles actions il score deux fois aux alentours de la demi heure de jeu. On a fait le plus dur, mais sans doute un peu trop tôt. Les gars se relâchent et Lanciano, tout aussi logiquement, revient à 1-2 juste avant la pause. La seconde mi-temps sera vraiment compliquée. Rassérénés par leur but, les gars d’en face se jettent dans la bataille, et cette rencontre qui semblait n’être à ses débuts qu’une formalité, fait désormais office de chausse trape. Devant la fougue et l’audace des rouges et noirs, mon équipe laissera filer la victoire à quelques minutes de la fin.
Je suis furieux. On pouvait en restant bien concentrés aborder le match retour avec un avantage de buts secs à l’extérieur. Là il faudra se méfier jusqu’au bout. Je passe donc la semaine à travailler l’état d’esprit des joueurs et à leur faire prendre conscience qu’en cette fin de saison, ils n’ont plus le droit à l’erreur, sinon la saison prochaine ils seront bons pour jouer à nouveau dans une division obscure du championnat italien…
Message reçu. Le match retour à Iacovone, n’a pas du tout la même substance. On entame le match de la même façon, mais cette fois on tiendra le rythme tout le match, au point que nos adversaires en seront totalement asphyxiés, incapables de se montrer dangereux. Devant nos tifosi fous de bonheur, nous nous imposons 2-0 avec des buts de Chapuis et de Vincenzo Pepe, qui, même s’il n’a pas encore été totalement adopté par nos supporters, a au moins gagné une certaine forme de respect. Ses 8 buts et ses 10 passes décisives réalisés tout au long de la saison attestent de son engagement envers le club et personne ne peut le contester, pas même la presse locale qui tire sui lui à boulets rouges dès qu’une de ses prestations et en deçà de ce que tout le monde attend de lui. Pepe a été un véritable atout pour nous cette année, et je le chante à qui veut l’entendre dès que l’occasion se présente.

Nous jouerons donc la finale de ces barrages contre les diables de Foggia, qui comptent parmi nos grands rivaux. Je redoute le match aller qui va se jouer dans l’antre des diabolisti, le vétuste mais néanmoins grand stade Pino Zaccheria qui peut engloutir en son sein près de 25000 âmes. L’équipe de Foggia est d’un autre calibre que celle de Lanciano, ils nous ont battus en début de saison, et nous leur avons rendu la monnaie au match retour d’extrême justesse. La double confrontation qui vient nous départagera mais il nous faudra être costaud pour ne pas passer à la trappe. Foggia cette année a de sérieux arguments.
Tous les bookmakers de l’Italie, de la Lombardie au village le plus reculé de Sicile, tout le monde s’accorde à dire que Foggia va nous manger et exhiber nos restes au bout d’une pique. La virulence de ce que je peux entendre ou lire sur Taranto est sans précédent. Même les émissions télévisées consacrées au foot évoquent ces barrages d’une façon tout à fait inhabituelle, et leurs invités, stars du foot ou du showbiz, rient volontiers lorsqu’on évoque une possible accession en Série B du Taranto Calcio. Blasi, qui n’est pourtant plus en première ligne est constamment raillé, et j’en prends toujours autant dans la tronche. Incroyable.
Cette montée de mayonnaise commence à faire des remous et Blasi, totalement hors de lui de voir son club ainsi trainé dans la fange, sort de sa retraite et de son silence. Il se dresse vaillamment devant chaque journaliste qu’il croise et répond sans vergogne à toute les questions, n’en esquivant aucune, et attaquant avec autant de véhémence tous ceux qui ont osé dire du mal gratuitement de son Taranto.

Malheureusement, le climat délétère qui s’installe en cette fin d’exercice occulte presque les réalités sportives. Les joueurs sont de plus en plus inquiets de voir à quel point l’équipe est la cible de toutes les critiques, qu’elle joue bien ou qu’elle joue mal, tous les joueurs portant la tunique rossoblu sont systématiquement dépréciés et leur exploits mis en sourdine. J’essaie de les rassurer en leur disant que la meilleure réponse qu’ils peuvent apporter se situe sur le terrain, et que les victoires finiront par faire taire même les plus obtus de nos détracteurs, mais le mal est là. Tous se demandent au final, si jouer pour Taranto n’est pas nuisible pour leur carrière et notre défenseur allemand, Mario Hertzsch, pourtant un de nos tauliers, est le premier à s’engouffrer dans la brèche. A quelques heures de notre match à Foggia, il vient me trouver pour me dire que quoi qu’il arrive, il ne renouvèlera pas son contrat avec Taranto, qu’il donnera son maximum sur les deux derniers matchs, mais qu’à l’issue, il repartira dans son pays.

C’est dans cette étrange ambiance que nous nous présentons donc à Foggia. Le stade chauffé à blanc pousse très fort derrière son équipe. Nos supporteurs, compte tenu de l’enjeu et du contentieux existant avec leurs homologues diabolisti, n’ont pas été autorisé à faire le déplacement, et l’inverse sera vrai pour le match retour. C’est sans doute mieux ainsi même si nos tifosi, remarquables jusqu’ici nous manquent dès qu’ils ne sont pas à nos côtés.

Le match est d’entrée de jeu totalement débridé, les actions intéressantes s’accumulent d’un côté comme de l’autre et je suis constamment en train de sauter de mon banc croyant au but des miens, ou de pester et d’ajuster ma défense sur une des nombreuses menaces que font peser les rossoneri sur notre cage.
Les deux formations se rendent coup pour coup. Moussa Kone ouvre le score pour Foggia avant que Chapuis n’égalise presque dans la foulée. Puis c’est Roberto Corsese qui fait chavirer Pino Zaccheria en tête à la mi-temps. 2-1, on a mis ce précieux but à l’extérieur, mais faut absolument serrer les boulons derrière sinon, on risque d’en prendre d’autres…
Mais Foggia n’est pas arrivée à ce stade de la compétition par hasard, et ils ont de solides arguments. Malgré de bons rushs de notre part c’est finalement Bartozs Salamon qui aggrave le score pour les diabolisti qui célèbrent ce troisième but comme il se doit devant un public en fusion.

Image

A 3-1, les choses se compliquent sérieusement pour nous. Les garçons auront pour eux de ne pas renoncer et pour la seconde fois de la saison (seulement) cette escroquerie de Wolfgang Mair inscrira un but, nous faisant finalement limiter les dégâts dans ce périlleux déplacement. Nous nous inclinons 3-2, nous n’avons pas démérité mais nos adversaires du jour ont joué une belle partition et nous repartons bredouille ou presque de Pino Zaccheria, parce qu’en coulisses les choses continuent de se dégrader. Alors que Blasi répond aux questions du journaliste de Pugliese TV, un autre l’invective de loin, lui envoyant devant les caméras que son club n’a définitivement pas le gabarit pour évoluer à l’échelon supérieur, et que la Série C est tout ce que Taranto mérite…



L’incident est forcément retransmis dans toutes les émissions footballistiques du pays, l’image du club étant une nouvelle fois écornée, et Blasi passe encore pour un agité qui ferait mieux de décrocher une bonne fois pour toute et laisser son successeur prendre les commandes.
Comme si nous avions besoin de ça…
Malgré tout ce remue ménage, nous préparons tout de même très sérieusement l’acte final qui décidera de notre avenir et le jour J, tout le monde est prêt à Taranto pour jouer le coup à fond. L’ambiance à Iacovone est fort belle, nous enregistrons ce jour là notre plus forte affluence, 13113 tickets ont été vendus, nous ne sommes pas loin de jouer à guichets fermés.

Image

Le match malheureusement ne sera pas d’aussi bonne qualité. Alors que nous nous ruons sur les buts de Foggia, leurs joueurs bien regroupés défendent vaillamment et procèdent par contres, et les Tifosi Tarantini tremblent à chacune de leurs sorties tellement nous nous découvrons.
Score vierge à la mi-temps, il nous reste 45 minutes pour créer l’exploit, et mettre ce fameux but de plus qui jusqu’ici nous a plombé la saison. Pas besoin de dire grand-chose aux gars, ils connaissent l’enjeu des minutes qui vont venir. Je laisse la parole à Riccardo Innocenti, mon capitaine qui trouve à mon sens les mots pour que l’équipe aille au bout et fasse péter le cadenas Diabolisti.
Hélas pour nous, cela ne suffira pas. Alors que le match reprend sur les mêmes bases qu’en première période, la 50ème minute voit débouler dans notre camp un nouveau contre de Foggia, Bartozs Salamon est à la manœuvre et à la conclusion d’un but d’école. Devant un stadio Iacovone médusé, ce sont les visiteurs qui viennent d’ouvrir le score, et nous sommes condamnés, de fait à mettre deux pions pour nous sortir de ce mauvais pas…

Nous n’y parviendrons pas, Foggia qui a très bien préparé son coup, ne pliera pas malgré un dernier quart d’heure enflammé des Rossoblu… Nous nous inclinons logiquement 0-1 sur notre pelouse, laissant nos illusions et le ticket pour la Série B à Foggia. Iacovone gronde son mécontentement tandis que les joueurs, abasourdi par l’épilogue amer de leur saison, restent prostrés sur la pelouse de longues minutes, certains d’entre eux allant même braver les collibets pour aller auprès des supporters et leur demander pardon.

Image

Extrêmement déçu, je refuse, malgré les injonctions des sponsors et de Giana de répondre aux journalistes. Je m’enferme dans le vestiaire pour accueillir au compte goute les joueurs qui reviennent un par un la tête basse, et partage avec eux cette tristesse, et le sentiment d’être passé à côté de quelque chose de vraiment chouette.

Blasi, encore une fois, ira sans que personne ne lui demande rien, jouer les pompiers pour aller recueillir, auprès de tous les micros tendus, toute la misère du monde…



Et encore une fois, tout le monde dans le petit microcosme du football italien de bas étage, se félicitera de cet échec sans que l’on puisse y comprendre quelque chose…

Evidemment, la déception est à la hauteur des espoirs que cette fin de saison avait suscités, immense…

Rétrospectivement, on peut trouver ce qu’il nous a manqué pour accéder à l’échelon supérieur dans tout un tas de nos matchs. Un point laissé filé bêtement, une action de but vendangée bêtement… Quand je pense qu’il ne nous a manqué qu’un but pour faire la différence au goal average et finir premiers, ça me rend malade…
Mais nos lamentations ne nous épargnerons pas une nouvelle saison en Série C. Les médias se régalent sans raison apparente de notre échec et soulignent dès qu’ils en ont l’occasion la situation délicate du club. Entre les caisses qui sont désespérément vides et la fuite de certains cadres de l’équipe, certains journaux prédisent des heures sombres pour le Taranto Calcio.

La préparation de la nouvelle saison n’a même pas officiellement débutée qu’elle s’annonce déjà très compliquée.
La cellule de recrutement est véritablement aux aboies. Sans moyens, les seuls joueurs abordables dont j’aimerai m’attacher les services refusent catégoriquement de venir jouer sous la bannière Rossoblu. Cet état de fait totalement inédit dans l’histoire du club et qui perdure depuis maintenant six mois commence à être fortement handicapant. Sans renfort et avec les départs de Crotoneo, Innocenti, Hertzsch et Miggliacco pour ne citer qu’eux, nous ne pourrons jamais faire aussi bien que cette saison.
D’après mes gars, il se murmurerait dans les sphères très fermées reliant recruteurs à agents de joueurs qu’un certain nombre d’entre eux auraient touché des commissions pour qu’aucun de leurs poulains ne figurent dans les rangs du Taranto Calcio.
Quand j’entends cela, et quand je vois toute la merde allègrement déversée sur le club à travers la presse, je ne peux voir bien entendu que la marque de Lo Schiavone, mais comment le prouver ?
Notre situation n’est pas une situation normale, et sans être parano, je ne vois personne d’autre qui pourrait s’être lancé dans une vendetta de ce genre…

Pour le moment, nos moyens ne nous permettent pas de contrebalancer cette réalité et j’enrage d’avoir le sentiment d’être piégé, pieds et poings liés.
Les jours passent, la reprise approche et les tifosi se montrent à juste titre de plus en plus anxieux quant à l’avenir du club, tant sur le plan sportif que financier. Ignorants ce qu’il se passe en coulisses, les supporters, pourtant acquis à ma cause, commencent à s’impatienter devant l’immobilisme apparent du club, certains finissant même par se demander si je suis bien l’homme de la situation.

Image

…Je dois réagir…

Devant ce blocage et l’absence manifeste d’options s’offrant à nous, je demande à être reçu par la direction du club et tous ses acteurs majeurs pour évoquer avec eux nos problèmes, qui ne leur ont évidemment pas échappés.
Bien déterminé à balayer les obstacles d’un revers de la main je leur soumets le plan de bataille suivant.
Je leur demande de me laisser partir au maximum deux semaines pour l’Argentine où je bénéficie encore d’un bon réseau pour faire mon marché. Si le Brésil constitue un véritable vivier pour le Portugal avec les binationaux, dans ce registre, l’Argentine est pour l’Italie, même si ce n’est pas encore très reconnu, un véritable El dorado.

Bien conscients que je suis une des clés du problème de Taranto, les dirigeants du club consentent quand même à ma proposition et me laissent dix jours pour trouver des joueurs. Si jamais j’échoue, ils devront faire des choix douloureux pour ne pas entrainer le club dans une mauvaise spirale.
Pour la première fois depuis mon retour dans les pouilles, je sens que certains à Taranto sont prêts à me lâcher pour donner de l’air au club. Ca me pressurise pour sûr, pourtant c’est confiant que 48 heures plus tard j’atterris à Buenos Aires avec l’avocat du club, direction La Plata.

Image


Avant mon arrivée, j’ai pris soin d’appeler Oscar Lagos, mon ancien patron, le Président de l’Estudiantes. Je lui ai fait part d’une partie de nos gros soucis de recrutement et de l’épée de Damoclès qui se dessine tout doucement au dessus de ma tête. Je lui demande son aide pour m’aider dans ma quête de renfort et il se dit prêt à m’aider, tant que cela ne nuit pas aux intérêts de son club.
Là-bas je suis reçu comme un prince et l’enthousiasme des gens à mon égard tranche véritablement avec ce que je viens de vivre en Italie ces derniers mois. Personne n’a oublié mon passage à l’Estudiantes, et l’on m’accueille à bras ouverts. Je suis même convié à donner le coup d’envoi des rouge et Blanc qui reçoivent ce jour là le Racing pour un match amical. Même si mon successeur a imprimé son style et que l’équipe a été remaniée depuis mon départ, je prends énormément de plaisir à voir évoluer mes anciens protégés dont le jeu est toujours aussi séduisant.
Devant tant d’attentions, je déballe tout à Lagos que je sais digne de confiance. Je lui parle d’Avellino, de Lo Schiavone et de tous les problèmes qu’il m’avait occasionné depuis cette époque. Lagos me confie à son tour qu’à l’automne dernier il a reçu la visite d’émissaires d’Avellino qui avaient fait mine de s’intéresser à certains joueurs de l’Estudiantes, mais qui avaient finalement posé plus de question sur moi et sur le contrat qui me liait au club argentin du temps où j’y officiais. Lagos un peu décontenancé par la teneur des conversations n’avait pas donné suite sans pour autant suspecter de mauvais coup.
L’Estudiantes s’impose 3-1 face au Racing et Lagos m’emmène dans un des meilleurs restaurants de la ville pour fêter ça et continuer à discuter. La joie de ces pudiques retrouvailles et le vin aidant, il me propose de mettre à ma disposition la cellule de recrutement de son club, à la seule condition que je ne convoite pas de joueurs susceptibles d’entrer dans les plans du club phare de la Plata à court, ou à moyen terme. De toute façon, les joueurs susceptibles de jouer pour l’Estudiantes sont hors de portée de Taranto, il n’y aura donc pas de souci de ce genre mais banco, j’accepte bien volontiers ce coup de pouce.

Trois jours et trois nuits durant, je m’installe donc dans mes anciens quartiers, des saladiers de tapas à portée de main, une cafetière pleine à ras bord, et des dizaines de vidéos à visionner. L’équation est assez simple en somme. Il me faut des joueurs dans tous les secteurs. Je me fixe comme objectif d’en retenir une quinzaine que je rencontrerai ensuite.
Je ne serai jamais assez reconnaissant envers l’Estudiantes qui m’a si gracieusement mis ses outils à disposition. Je ressors donc trois jours plus tard de la salle vidéo, épuisé, j’ai d’ailleurs l’air d’avoir chopé une myxomatose, mais je suis heureux. J’ai avec moi une liste de 15 joueurs qui rentrent tous dans le budget du club et que l’Estudiantes ne convoite pas, ou plus.
Je demande donc à Pablo Rodriguez, chef de la section recrutement, d’organiser pour moi à la Tierra de campeones une rencontre avec mes 15 nouveaux chouchoux.
Si le football argentin sait qui je suis et me reconnait pour ce que j’y ait apporté, de bon comme de moins bon, il est loin d’être certain que tout le monde sache vers quels cieux je m’en suis allé après mon règne à la Plata, et le pari est risqué. Tous les joueurs que je cible jouent en première division argentine, ou y ont joué. Il me faudra donc être convaincant pour attirer ces messieurs dans un modeste club de Série C italienne. Enfin, qui ne tente rien…

Le jour dit, seul onze joueurs ont répondu à mon appel. La plupart sont en fin de contrat dans leurs clubs et sont à l’écoute de toutes les propositions, même les moins sexy.
Aussi je n’y vais pas par quatre chemins. Je joue carte sur table avec eux. Je leur explique dans un premier temps que le point commun qui les lie est qu’ils ont tous la double nationalité Argentino-italienne, et que cet atout leur permet de jouer en Europe sans prendre la place d’un extra-communautaire. Ensuite je leur explique les grosses difficultés que j’éprouve à recruter en Italie et que c’est un des motifs de ma présence ici. Ce que je veux, ce sont des guerriers qui ne lâchent jamais rien et qui ont envie de s’inscrire dans un projet. Je leur dresse un portrait plutôt séduisant du Taranto Calcio et des ambitions que je nourris pour le club. Un seul objectif pour la saison prochaine, accéder à la Série B. S’ils m’accompagnent dans l’aventure, ce sera pour eux une belle opportunité de se montrer, et de gagner sur le vieux continent beaucoup plus d’argent que ce qu’ils ne gagneront jamais en Argentine. De plus s’ils adhèrent au contrat que je leur propose, je m’engage, si le club monte, à ne pas m’opposer à leur départ pour de plus grands clubs s’ils sont sollicités, en remerciement des services rendus. Pour faire prendre forme à mes desseins, j’ai besoin d’eux pour donner un fameux coup de peps à mon effectif. Le temps de jeu sera garanti, et pas mal de frais annexes pris en compte aussi. S’ils sont intéressés, je reste encore quelques jours à la Plata en attendant leur décision avant de repartir pour l’Italie.
Après une petite heure d’exposé, je laisse mes coordonnées à ces onze courageux qui ont au moins eu la décence de venir écouter ce que j’avais à leur dire. L’idée doit faire son chemin dans leur tête, mais ils savent qu’ils doivent se décider très vite.

Neuf joueurs sur les onze présents me recontactent, et je ferai affaire avec sept.
Je démonte la charnière centrale du Godoy Cruz en recrutant simultanément Nicolas Sanchez et Jorge Curbelo, je déplume le milieu de terrain des All Boys qui sont rétrogradés en deuxième division en m’attachant les services de Sebastian Grazzini et Lucas Rimoldi, Juan Pablo Avendano quitte l’Union Santa Fé pour tenter sa chance dans les pouilles, et Matias Abeleiras et David Solari qui ont connu des fortunes diverses dans leur carrière sont tout heureux de pouvoir se relancer dans un championnat fusse-t-il mineur, appartenant à une nation majeur du football européen.
Sept joueurs argentins, rien que ça !

Image

Pour couronner le tout, Oscar Lagos me met en contact avec une branche de son réseau basé en France qui me permet de faire venir à moindres frais chez les Rossoblu le milieu défensif Ismaïla N’Diaye qui est en difficulté à Caen, puis Samir Kouakbi, qui sait pertinemment qu’il ne jouera jamais au plus haut à l’Olympique de Marseille et à qui je promets la place de numéro un à Iacovone.

Image

Une grosse semaine en Argentine et le mercato qui s’annonçait désastreux pour Taranto devient soudain miraculeux. Neuf recrues de choix qui font de mon effectif un des mieux armé pour affronter la nouvelle saison en toute sérénité.
Quand Lo Schiavone l’apprendra, il fulminera, et je donnerai bien un billet de 500 pour voir sa trogne à ce moment là.

Je rentre donc dans les Pouilles avec ma section argentine sous le bras, et comme je m’y attendais, l’atterrissage est houleux. Des journalistes nous prennent en embuscade à la sortie de l’avion. Les nouvelles ont visiblement été plus vite que ce dernier. Je coupe court et décide d’organiser une conférence de presse dans l’après-midi, pour présenter les joueurs d’une part, et pour désamorcer tout début de polémique ensuite.

Image

Mais c’est faire preuve de naïveté que de penser que les journaleux vont partager mon enthousiasme. Et la conférence de presse se transforme en règlement de compte. La presse ne s’intéresse quasiment pas à mes recrues, mais ses questions tournent invariablement autour du même sujet. L’éthique…
On me demande si je me sens bien dans mes baskets de détourner ainsi le règlement du championnat de Série C. Les joueurs sont certes binationaux, mais pour tous c’est la première fois qu’ils foulent le sol de l’Italie dont il ne parle pas un mot de langue.
On me demande ensuite si j’ai conscience qu’avec de telles méthodes, je fais du mal à la formation des jeunes joueurs italiens que je prive du coup de temps de jeu dans un championnat qui est censé leur permettre d’éclore.
Certains me lance ensuite que ce genre de comportement est anti sportif, mais que c’est bien digne d’un français et bla et bla et bla…

Je prends l’exercice avec amusement, laissant ces hyènes se défouler et envoie un grand sourire à mes joueurs un peu décontenancés par l’accueil plus que mitigé qu’il leur est réservé.

-Bienvenue en Italie les gars.

Puis une fois le calme revenu, un gratte-papier se lève du fond de la salle.

-Roby, pendant votre périple en Argentine, avez-vous pris connaissance du tirage au sort du calendrier de la nouvelle saison ?

-Non je dois dire que j’ai été bien occupé, je n’ai pas encore regardé.

-Avellino qui a gagné haut la main son ticket pour la Série C sera dans votre groupe. Connaissant l’antagonisme qui existe entre vous, votre club, et les gens d’Avellino, pouvez vous nous donner votre sentiment sur la double confrontation qui vous attend ?

-C’est parfait, tout se règlera sur le terrain. C’est une excellente nouvelle, dis-je avec une ironie non dissimulée, je m’en vais de ce pas cocher les dates sur mon calepin ! Merci Messieurs, à bientôt sur les terrains.

A partir de ce jour, les médias rebaptiseront le Taranto Calcio et l’évoqueront systématiquement sous la faussement sympathique appellation d’Estudiantes de Taranto…

Mais à mon grand regret, pas le temps de savourer mon coup sur le mercato qu’on vient me gâcher le plaisir. Lo Schiavone et son Avellino de mes deux sont vraiment deux cailloux dans ma chaussure, et cette saison, il se pourrait bien que les cailloux deviennent des rochers…

Enfin bref, j’aurai bien le temps de m’occuper d’eux. Je pars faire faire un tour du propriétaire aux néo Rossoblu avant de disparaître pour retrouver ma belle Giana. Quand je rentre à la maison, elle est là, assise dans le sofa, une cigarette à la main, un cendrier dégueulant de mégots posé devant elle sur la table basse.

Elle a la mine sombre. Et après un trop long silence, elle pose enfin ses grands yeux noirs sur moi.

- Il faut qu’on parle…
Image
Avatar de l’utilisateur
kyp Réputation Locale Réputation Locale
Messages :
17
Inscription :
29 Déc 2008
Localisation :
Lille

Re: Robaggio... Si tu n’as pas le droit, prends le Gaucho…

  • de kyp
  • Mar 01 Fév 2011 20:45
Aie aie aie, encore pas mal de péripéties qu'on attendais pas :)
Avatar de l’utilisateur
ivo Réputation Nationale Réputation Nationale
Messages :
431
Inscription :
09 Oct 2009

Re: Robaggio... Si tu n’as pas le droit, prends le Gaucho…

  • de ivo
  • Ven 04 Fév 2011 10:57
C'est très intéressant!!
La fin du championnat est douloureuse mais tu as trouvé de quoi rebondir pour obtenir cette fameuse montée.
L'animosité avec tes adversaires est très intéressante et tu en joues bien. Maintenant la question va vers Giana... Encore un problème?
Répondre
  • 397 messages
  • Page 24 sur 34
1 ... 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27 ... 34

Qui est en ligne

  • Au total il y a 0 utilisateur en ligne :: 0 enregistré, 0 invisible et 0 invité

(basées sur les utilisateurs actifs des 5 dernières minutes)

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités