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[S][T] Zenith Saint Petersbourg (Tout sauf ici)
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jerzy59
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MessagePosté le: Ven 25 Avr 2008 13:48    Sujet du message: Répondre en citant

Ils sont là. Ils sont tous là. Comme à chaque fois d’ailleurs. Ils scandent mon nom en tapant du pied par terre. Je devrais plutôt dire qu’ils croient scander mon nom. Juste un vulgaire pseudonyme. Le bruit qu’ils font dans le sous-sol de ce bar miteux, est assourdissant. Des toilettes, me servant de vestiaires, je sens le sol, les murs trembler. Pourtant quiconque entrerait dans le bar ne se douterait pas de ce qu’il se trame en sous-sol.

Cela fait quelques mois que j’ai mes habitudes de fighteur clandestin dans ce sous-sol que je connais maintenant par cœur. J’ai mes marques, je suis à domicile pour ainsi dire. En face, des faire-valoir, des pauvres mecs envoyés au casse-pipes dans le seul but d’assouvir la soif du public en terme de combat inégal devant indubitablement se terminer en massacre.
Quand j’ai commencé, c’était pour manger, pour un jambon beurre et une canette de bière, promis par le patron une fois le combat terminé…

J’étais en train de sortir du bar quand ma dégaine de clochard sembla gêner un habitué. Sans hésiter il m’a projeté par terre et s’est rué sur moi. Certains jours, j’aurai laissé faire. Pourquoi il n’en fût pas pareil ce jour là ? Je l’ignore encore. J’ai réussi à le repousser, me relever, et lui donner un coup de poing qui le laissa KO pour le compte, le tout sous l’œil intéressé du patron. Il est immédiatement venu me voir. Ces mots resteront dans ma mémoire à jamais : « Tu as faim ? Bats toi, ce soir dans mon sous sol, t’auras un jambon beurre ». Et j’ai accepté. Il ne m’a pas caché que c’était un rôle de faire-valoir, et qu’ils n’avaient juste personne pour ce soir. C’était un combat improvisé. A son annonce, les téléphones portables sont sortis des poches des habitués, des coups de fils ont été passés, et une heure plus tard c’est pas loin d’une centaine de personnes qui hurlaient à la gloire de leur champion, un molosse surnommé « Exterminator ». Entendre les gens scander son nom me faisait rire. Ce surnom est mauvais, jamais ce public n’a pu trouver le rythme adéquat pour rendre une sonorité festoyante.

Ce mec était venu avec une équipe. Un manager, un coach, un masseur. Moi, j’étais seul, avec juste la certitude de pouvoir manger à l’issue du combat. Je ne lui rendais rien en terme d’allonge, ou de poids. Mais sa musculature impressionnante lui donnait un avantage de puissance contre lequel je savais ne rien pouvoir. Des semaines plus tard, je me tue à le répéter à qui veut l’entendre : ce n’était qu’un combat pour manger. Je voulais juste essayer de faire bonne figure, prendre le moins de coups possible, essayer d’en donner, essayer de toucher.
La sensation que j’ai eu dans ce toilettes était la même qu’aujourd’hui. Seul le nom scandé par cette foule a changé.

Puis je suis entré, sobrement, sans artifices. Alors que mon adversaire m’est apparu encagoulé dans un peignoir de boxeur, une démarche belliqueuse, et son équipe à ses côtés, moi, j’étais juste sorti des toilettes, simplement vêtu du boxer noir que je portais ce jour là. Un proche du patron faisait office d’arbitre. Il m’expliqua les règles, enfantines. Tout est permis, sauf mordre, pincer, tirer les cheveux. Un vrai combat d’hommes.
Au départ, ce n’était qu’un acte de présence. Un acte de présence pour manger, quitte à avoir mal. Je donnais mon corps en punching-ball pour simplement manger, là ou d’autres vendent leur corps sur le bord de la route pour assouvir le même besoin. Pour manger j’étais prêt à tout, prêt à souffrir, comme jadis lors de certaines rencontres du Zenith. Comme avant chaque combat, un souvenir bien précis me revient en tête.


12 mars 2008 :

Le président voulait tout faire pour que j’échoue, il croyait réussir son coup en me confiant qu’une somme minime pour les transferts, mais ce soir, nous sommes encore vivants, je suis encore vivant. La saison est commencée depuis presque un mois, depuis la réception d’Herenveen en guise d’ouverture sportive de cette année 2008 à Saint Pet’.
Le président pensait pourvoir me forcer à affaiblir l’équipe pour recruter des joueurs pas forcément performants. Après 4 matches officiels, je peux affirmer qu’il s’est trompé. J’ai même tendance à considérer notre équipe comme meilleure.
Cette affaire de mœurs douteuses, bien que répercutée dans la presse, n’a pas eu l’effet d’une bombe parmi mes joueurs, mon staff. La version officielle est, et a toujours été : No comment. Le faible budget transfert ? Economies pour le nouveau stade, livré début 2009.

Lors du premier entraînement, les capacités de chacun ont été précisément évaluées, les offres reçues scrupuleusement étudiées, les profils à recruter, spécifiquement ciblés.
Puis les joueurs ayant « un bon de sortie » ont été définis, je leur ai moi-même prié de se trouver un nouveau club. Alejandro Dominguez est tombé d’assez haut. Bafé Gomis semblait plutôt satisfait. Bien qu’auteur d’une saison raisonnable, il n’a pas vraiment su s’habituer au style de vie en Russie. La France ne l’a jamais quitté des yeux. Deux jours après l’officialisation de sa mise à l’écart sur la liste des transferts, deux clubs ont faxé une offre raisonnable pour acquérir le joueur. Gomis a préféré l’AC Ajaccio à Sedan, et a donc rejoint la Corse. 3M€, un de moins que ce qu’il m’avait coûté de le recruter. Un attaquant s’en va, un autre devait arriver. Pour cela, j’étais à la tête d’un capital de 3.42M€. Les règles du championnat ont évolué. Seuls 6 étrangers sur le terrain. Il était donc important de recruter un attaquant russe.

Les offres fusaient de toutes part. Skrtel était le plus demandé, mais les offres ne dépassant pas les 6M€ ont toutes été refusée, parfois au prix de joutes verbales qui me font honte.


-Allo, You’re the Zenit’s coach ?
-Yeah, who’s calling ?
-I’m the scout from the Rangers, I’m calling for martin Skr…
-Look. This man is not for sale. So put your money deep in the ass, fuck yourself, fuck Rangers, and fuck your stupid money you fucking moron


Et Martin Skrtel est resté. Comme pratiquement tous les autres. Seul Radek Sirl, peu utilisé lors de la saison passée, est parti pour environ 4 fois sa valeur : 4.2M€. Un junior, également est parti. Nesvadba. Pour 227k€ + Anton Arkhipov. Je ne connaissais pas ce joueur. Un jeune attaquant, 21 ans, en deuxième division. Je rêvais de Pavlyuchenko ou de Kerzhakov, j’ai finalement eu Arkhipov. Un mal pour un bien car cela m’a permis de recruter à d’autres postes : les arrières latéraux. Mon budget revalorisé m’a permis de recruter un lituanien au nom imprononçable, élu meilleur latéral du championnat, ainsi que le titulaire de la sélection russe espoir. 6M€ pour les deux, tout deux venant du FC Saturn. Se renforcer en affaiblissant la concurrence. J’ai tout appris de Jean Michel Aulas.
Anton Sosnin et Pavel Komolov ont intégré l’équipe A. D’ailleurs le second était titulaire au match aller contre Herenveen. Premier match, quasiment la même équipe que l’an passé. Les recrues étant encore un peu tendres, seul Komolov remplaçait numériquement Arshavin.

Une leçon. 5-0, 5 buteurs différents. Alejandro Dominguez a mis l’équipe sur le bon chemin, lui que je voulais vendre et auprès de qui je me suis excusé, et qui était titulaire ce soir. Pogrebnyak, Piatti entré en fin de match, Kallon et Tekke ont signé cette belle victoire, valorisée par la victoire aux Pays Bas la semaine suivante. 2-1, doublé de Piatti dans le match des coiffeurs.

Mais c’est la semaine passée, à l’Atletico Madrid, que j’ai pris conscience du palier franchi par mon équipe. Alors oui, ils ont marqué, deux fois même, deux frappes mal bloquées par Malafeev. Forlan et Maxi Rodriguez, en renard, ont permis à l’Atletico de se présenter en Russie en pouvant y croire. Car en Espagne, la démonstration de mon équipe était totale. Mainmise sur le jeu, et buts de génie. Piatti, qui s’impose comme l’homme fort du début de saison, marque après un raid solitaire qui l’a vu effacer quatre joueurs colchoneros.
Puis, excentré, Pogrebnyak décocha une formidable frappe en lucarne opposée. Puis Tymoschuk nous donna la victoire sur un penalty certes généreux. 3-2 en Espagne.

Aujourd’hui, les rouge et blanc ont le mors aux dents. Aguero était suspendu lors du match aller, et ce soir il est présent. Je crois que de l’écume se forme aux coins de ses lèvres.
J’ai choisi d’aligner la même équipe qu’au match aller, en demandant une défense plus basse.
Je suis intimement convaincu que ce soir, le Zenit va souffrir.
Le début du match est conforme à mes impressions. L’Atletico met en place un toque. Nous ne voyons pas la balle. Malafeev n’est pas réellement inquiété, mais chaque accélération adverse accouche d’une frappe, ou d’un bon centre.

A la 25eme minute de jeu, Aguero accélère, encore. Il entre dans la surface, ouvre le pied et marque. 0-1, mérité, mais nous sommes toujours virtuellement qualifiés.
Cinq minutes plus tard, rebelote. Aguero déborde, centre et Forlan, isolé inscrit le deuxième but. C’est avec grand peine que nous parvenons à la mi temps sur ce score, symbole d’une prestation inaboutie. Nous ne sommes plus qualifiés.
Je fais rentrer du sang neuf, mais cela ne suffit pas. Certains coaches mâchent des touillettes, ou un tee de golf. Moi je mordille un bâton de sucette, hommage discret à Luis Fernandez. Mon équipe est dans l’incapacité de produire du jeu, je fais rentrer Komolov à la place d’un Piatti inexistant. Les colchoneros ne nous laissent pas la balle, et sur une énième accélération, Aguero seul face au gardien, gagne son duel. Je n’y crois encore que grâce à l’arbitre assistant, bras tendu, drapeau levé, qui signale un hors jeu.

80eme minute, je lance mes dernières forces vives dans la bataille : Andrei Arshavin, son retour après sa grave blessure. Il pleut des bâtons de sucette dans ma zone technique. Mes joueurs remettent le Hourrah Football au goût du jour. Pogrebnyak se bat comme un diable pour dévier ces ballons aériens qui pleuvent comme autant de météorites inoffensives sur la défense espagnole. En vain. J’ai les larmes aux yeux. Gagner en Espagne, et sortir pitoyable chez nous. Je sais que demain les journaux diront que nous n’avons pas à rougir, mais j’ai honte, et j’ai mal pour mes joueurs.
94eme minute. Le temps additionnel est dépassé depuis 30 secondes. De l’arc de cercle de la surface espagnole, Pogrebnyak décale sur l’aile. Arshavin plus vif que son adversaire arrive premier sur le ballon. Le défenseur tend la jambe. Mais là où il y avait la balle un instant plus tôt, se trouve maintenant le tibia d’Arshavin. Faute, penalty. Le stade hurle, le stade chante. Mais nous sommes toujours éliminé. J’ai toujours été amusé de ces joueurs de foot, ces grands professionnels habitués à une pression de tout les instants, qui lorsqu’un penalty est sifflé pour leur équipe, tournent le dos, ou le regard. Aujourd’hui, j’en suis réduit au même agissement. Je m’agenouille, face à mon banc. Au loin j’entends : « tu es sur que tu veux le tirer ? ».

Puis un silence de cathédrale. Tout le monde prie dans le stade, ou pleure. Russes ou Espagnols, les supporters en sont rendus à un même espoir, lui-même directement relié au pied droit de Tymoschuk, qui prend ses responsabilités en tant que capitaine.
Le silence, juste le bruit de mon cœur qui résonne dans mes temps. Face à la tribune officielle, je peux voir que le président a quitté son siège. Je suis persuadé qu’il ne veut pas que nous nous qualifions.

Une clameur monte. Des joueurs rouges et blancs sont par terre. Le jeune Aguero pleure. Près de la ligne de but, non loin du poteau de corner un monticule de joueur blanc crie, chante, danse, hurle sa joie à la face du monde. L’arbitre ne fera même pas donner le coup d’envoi. Nous sommes qualifiés. Dans les vestiaires le champagne est de sortie, le président n’est pas là. C’est un coup dur pour lui. Plus je réussis avec son, notre club, moins il a de raisons pour me virer.
Le lendemain le tirage au sort nous offre l’Olympique de Marseille en quart de finale. Encore des raisons de rêver, encore des raisons d’espérer.

Zenith 1-2 Atletico

Ce sont toujours les mêmes images qui se bousculent dans ma tête lorsque je sors des toilettes. Une sorte d’émulation positive de ce jour ou j’ai appris qu’il est possible de souffrir puis finalement d’être heureux. Sans ce match, je serais peut être déjà mort. Parfois je pleure, assis sur la cuvette. Je pleure mon passé perdu, ce match est devenu source de tristesse et d’espoir. Puis, lorsque les larmes ne coulent plus, je me retrouve seul, seul et triste, personnifiant mon malheur chez le malheureux adversaire qui se présentera sur le ring, comme un exutoire, une course à la rédemption qui ne semble jamais vouloir s’arrêter, avec comme seul but, celui de défoncer l’adversaire..

Puis je sors des toilettes. Timoré lors de mes débuts, je sors maintenant en fanfaronnant et en haranguant la foule. Quelques minutes plus tôt, mon adversaire est lui aussi sorti de ces toilettes, inspirant la pitié à ces spectateurs juste venus pour le voir se faire défoncer par le phénomène.
Je n’ai jamais peur d’affronter ces jeunes que je ne connais pas. Je ne souhaite de toutes façons pas les connaître. Et si je dois perdre, je perdrais. Après mon premier combat, discutant avec le patron, celui-ci, touché par mon histoire m’a offert un contrat de serveur et de fighteur régulier dans son sous-sol. Un moyen de quitter la rue, reprendre un appartement, pouvoir me raser, me doucher tous les jours. De quoi me rendre un peu de cette fierté perdue depuis mon retour en France, en provenance de la Russie, quittée comme un voleur.

Ce combat s’est presque déroulé sans encombre, comme les autres. Sûrement parce que mon passé de coach me pousse à ne jamais prendre un adversaire de haut, et ce malgré ma réputation grandissante. L’Exterminator m’avait pris de haut, lui. Ils fanfaronnait devant moi, alors même que le combat était commencé. J’avais l’air faible, je n’avais jamais été aussi mince, ce qui n’avait pas empêché la balance d’afficher 88Kg lors du simulacre de la pesée précédant le combat. Il m’a demandé de frapper le premier, son petit sourire narquois affiché sur ses lèvres. Il était tellement sûr de lui. Il faisait tellement peur qu’il était réduit à se battre contre des clodos attirés par la perspective de manger. « Vas-y, frappe. Tu as peur ? » me disait il en rigolant. Je l’ai fixé, sans rien dire, ma dégaine patibulaire lancée en plein dans sa face. J’avais l’air pitoyable. C’est ce qui m’a sauvé. Je l’ai fixé. Il voulait que je le frappe. Je l’ai fixé. Il a tendu la joue. Je l’ai fixé. Il m’a insulté. Je l’ai fixé. Puis mon pied est parti, pleine puissance, dans les cervicales, au niveau du cou. KO. Comme pendant ce vieux match contre l’Atletico Madrid, l’assistance s’est tue, d’un seul coup. Des regards interrogateurs s’échangeaient. Personne n’en revenait. Le patron souriait, personne n’avait parié sur moi. Il était le seul gagnant de cette soirée. Puis la foule a hurlé sa joie d’avoir un nouveau champion.

C’est toujours plus ou moins la même chose. Fixation, et le pied droit qui part dans la tête, ou sur la tempe. Je ne vise plus les cervicales depuis qu’un adversaire est tombé dans le coma.
Ce soir c’est ma dix-huitième victoire d’affilée. Après six victoires, soit disant contre des spécialistes, je suis devenu l’Exterminator. Personne ne veut plus m’affronter, et j’en suis rendu à attendre le clochard à l’allure minable qui me sortira de ce putain de sous-sol
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Si Bernard Mendy avait été à la place de Patrick Battiston, c'est Harald Schumacher qui serait sorti sur une civière.


Dernière édition par jerzy59 le Ven 25 Avr 2008 15:51; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven 25 Avr 2008 13:58    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai adoré...putain mais pour qui je vais voter ce mois-ci... :?
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stumpy
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MessagePosté le: Ven 25 Avr 2008 14:27    Sujet du message: Répondre en citant

Pour moi kevin 100

Putain Jerzy que c'est bon, j'adore...je ne vais pas m'étendre en superlatif...

Deux questions me viennent:

-Tu aurais pas vu "Memento"? Car j'ai l'impression de revivre ce film... Enfin c'est différent, ce n'est pas la même histoire, je parle juste du montage depuis quelques épisodes...

-Alejandro Dominguez, c'est qui dans ta story? Je suis ta story depuis le début et je ne me rappelais pas ce perso et je l'utilise dans la mienne, enfin ce nom. J'espère ne pas t'avoir plagier car ça serait en tout cas totalement involontaire...

Bon bah continues comme ça, ça rebondit bien...et je comprends mieux pourquoi tu dis que ce n'est pas fini, et tant mieux.

Tu aimes Fight Club toi, non?

Bon j'arrête avec mes questions.... Aller et encore bravo !
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1200 bornes, 1 pack de redbull, 10h pour perdre 4g, tu connais? On est pas dans le même monde !
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jerzy59
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MessagePosté le: Ven 25 Avr 2008 14:31    Sujet du message: Répondre en citant

Alors alors.

Alejandro Dominguez est un joueur du Zenith. Voici d'ailleurs sa fiche IRL : http://www.fc-zenit.ru/eng/person.phtml?id=163

il joue MOC/AC, je ne lui ai juste jamais fait confiance par avant. Pas de plagiat, ne t'inquiète pas 10

Pour Memento, ce film utilise une narration strictement anti chronologique, ce ne sera pas le cas de cette story 10

En tout cas, merci
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souin
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MessagePosté le: Ven 25 Avr 2008 14:39    Sujet du message: Répondre en citant

Jerzy, tu pourrais m'envoyer le livre (dédicacé?) quand il sortira ?
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j'dis ca, j'dis rien !
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bilou38
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MessagePosté le: Ven 25 Avr 2008 17:25    Sujet du message: Répondre en citant

Je vais t'avouer que je ne connais pas ta story sur le bout des ongles puisqu'il y a un sacré retard à rattraper. 103

J'ai donc pris l'histoire en cours et ouah, vraiment époustouflant, non seulement grace à ton talent mais surtout pour l'imagination que t'as. Quelle originalité, un entraineur alcoolique, camé, loin d'être un exemple et qui peut être un beau salaud, ça change énormément!

Je suis vraiment sous le charme et je comprends mieux les éloges que l'on fait sur ta story.
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jerzy59
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MessagePosté le: Lun 28 Avr 2008 15:37    Sujet du message: Répondre en citant

C’est la fête ce soir et la nuit bât son plein. Le crème de la jet-set, pimentée par des people d’horizons différents composent la recette miracle des soirées parisiennes. Bien entendu, ajoutez y un soupçon de coke, d’alcool et de filles sans amour propre, et vous obtenez une des soirées les plus réussies de l’année, de l’aveu même de l’organisateur, qui a mis à disposition de ses invités, sa propre villa avec piscine.

Cette dernière regorge de tous ces mecs gagnant en une journée ce qu’un smicard gagne en une vie entière, s’esclaffant, rigolant sans aucune pudeur de la chance que leur a donnée la vie, la tête enfournée dans les gros seins nus d’une des call girl les plus courtisée de la capitale.
Et moi je suis là, au milieu de tout ça. Un grand DJ s’occupe de la musique, si on peut vraiment appeler ça de la musique. Je n’aime pas danser, cela a déçu Scarlett Johansson venu se frotter à moi, alors que j’étais tranquillement assis dans un canapé à 30000€, savourant cette délicieuse soirée en même temps qu’un cocktail. Ce cocktail me fait sourire. On pourrait penser trouver le meilleur alcool du monde dans ce genre de soirée. Le whisky le plus cher, les grands crus les plus doux. Pourtant je sirote un vodka-manzana-sprite-fraise qui m’aurait coûté moins de 10€ dans de nombreux lounge-bars de la capitale.

Je ne sais pas si elles sont bourrées, mais après Scarlett, la chanteuse Pink, Monica Belucci et la locale Melanie Laurant, ont tenté de me sortir de ce qu’elles qualifie de marasme. Elles sont bien gentilles, et très belles, mais loin de la classe d’une Natalie Portman que je n’ai finalement jamais revu.
Je ne sais pas pourquoi cette fête est organisée. Un ami m’a amené là, et je me demande bien quelle peut être ma place ici. Je suis de loin le plus pauvre des invités, enfin, en oubliant le fait que je n’étais même pas invité.
La musique diminue. Le DJ vocifère quelque chose à l’attention des invités.
« Ladies and Gentleman, here with us, there is the recent winner of the UEFA Champions League… »
Les lumières s’éteignent, une vague d’applaudissements déferlent sur moi, un spot extrêmement lumineux est braqué pleine puissance dans mes yeux. Je n’y vois absolument rien, juste un brouhaha indescriptible. Quelqu’un se rapproche de moi et me tape sur l’épaule.

« Réveille toi, allez, réveille toi »
Putain. Un rêve. Un putain de rêve. Bien sûr, cela ne pouvait être autrement. Aux dernières nouvelles je n’ai jamais gagné la « UEFA Fucking Champion’s League ».
Les hommes qui m’ont réveillé sont grands, vêtus de bleu avec une drôle de casquette. Les spots qui giclaient dans les yeux de mon sommeil ne sont que les phares d’une voiture, une camionnette en fait.
« Allez, debout » me disent-ils. Je ne comprend pas. Dans un élan de courage insoupsonné, je me débats, retire le bras de l’un de ces hommes, qui était venu se poser sur mon épaule. « Wow wow wow qu’est ce qui se passe » demande-je avec un ton autoritaire.
L’un des deux me répond « De quoi tu te plains mon vieux, tu vas dormir au chaud cette nuit»
Cette fois ci sans me laisser une chance, il m’agrippent et me jettent dans leur camionnette comme un vulgaire sachet poubelle, le tout ponctué de leurs rires gras et moqueur
.
Alors que nous roulons, la sirène résonnant dans mes tympans me fait comprendre que je viens d’être appréhendé par la police, me mettant face à mes doutes.

A peine arrivée je suis conduit dans une salle d’interrogatoire, attendu par une espèce de chef moustachu, sirotant ce qu’il me semble être un café, dans un mug Simpsons. Ses sbires me déposent là, dans ce bureau, face à un policier bourru manifestement aussi désabusé que moi d’être là. Je saisis la chaise pour m’asseoir. Il pousse un hurlement à faire frissonner toute mon épine dorsale. « Qui t’as dit de t’asseoir pauvre merde ». Ne me laissant pas le temps de répondre, il enchaîne.
« Ecoute, je n’ai pas de temps à perdre avec toi. J’ai un marché à te faire. Pendant plusieurs mois, un clochard a terrorisé les quartiers chics de notre belle capitale. En voulant intervenir, un policier lui a fichu une balle dans le crâne. Voici ce que je te propose. Avoue les crimes de ce clochard, tu passeras six mois en préventive, à l’ombre, logé, nourri, lavé. Ce soir tu dors ici, demain je prends mon service à 23 heures, tu me donneras ta réponse »

Il ne m’a pas laissé le temps de dire un traître mot et m’a renvoyé directement en cellule.
Putain mais qu’est-ce que je fous là, obligé de payer les bourdes de la police qui cherche juste à masquer sa propre incapacité par de faux aveux venu d’un clochard, tout ça en échange d’un toit, certes cerné de barreaux, mais toit tout de même. Suis-je le premier à qui ils ont proposé ce deal ?
Leur proposition est réfléchie, et bien sur, est intéressante pour quelqu’un dans ma situation. Arrivé à moitié clandestinement en France, avec quelques économies en poche, je n’avais qu’une dizaine de jours pour tenter de trouver un emploi. Je n’ai pas eu la moindre chance. Mon nom à consonance étrangère, un CV ne correspondant pas, je me suis assez vite retrouvé à dormir sous un pont, à mendier quelques euros au détour de quelques feux rouges.

La coke est un lointain souvenir pour moi, un lit confortable, un oreiller, une couette. Ces mots ne sont qu’une vague représentation dans mon esprit.
Des questions. Ok j’irais en prison, mais peut être pourrais-je par la suite bénéficier d’une réinsertion sociale. Pourquoi pas. Quid de l’amour propre, de la fierté, de l’orgueil. Je n’entretiens pas un très bon souvenir avec ces sentiments.

3 Avril 2008 :
« Une réaction d’orgueil les gars, voila ce que je veux ».
Je crois qu’il n’y avait pas meilleure façon de conclure mon discours d’avant match contre l’OM, pour ces quart de finale aller de la coupe de l’UEFA.
La presse faisait ses choux gras de ce début de saison mitigé en championnat, ne ratant de toutes façons jamais une occasion de taper sur ce coach qui les a tellement décriés. Retour de manivelle, les quotidiens sportifs parlent du Boring Zenith. Seulement, à la différence des Boring Arsenal, et Boring Chelsea d’une certaine époque, le Boring Chelsea ne gagne pas forcément à la fin. Il ne gagne pas, mais il ne perd pas non plus.

Mon sentiment de pouvoir jouir d’une équipe plus complète, et plus aboutie, n’était qu’une illusion. Cinq matches. La supercoupe de Russie, quatre matches de championnat. Deux victoires, 3 nuls, deux buts marqués aucun encaissé. Boring Zenith. Le pire est qu’ils ont raison. Moi-même je m’emmerde à regarder cette équipe jouer. Le pire c’est que je ne sais pas ce qui cloche. J’en viens à douter de mes capacités. L’équipe n’a pas changé depuis la saison passée, les titulaires sont les mêmes, et ce ne sont pas devenus des buses en quelques mois, en attestent nos deux précédentes qualifications dans la compétition. Peut être des envies d’ailleurs de la part de mes joueurs, qui préfèrent se montrer sur la scène continentale plutôt que locale. Les équipes adverses ne jouent pas bien différemment. Repliées sur leur but. Mais l’an passé le verrou était systématiquement forcé. Pourtant ce n’étaient pas des foudres de guerre. Une équipe promue, Rostselmach, Rubin, le Dinamo Moscou. Dont trois matches à domicile. Que leur demander d’autre que de se bouger le cul de manière détournée, en invoquant l’orgueil.

La confiance que j’arborais s’est effondrée, s’est détruite comme un vulgaire château de cartes, après 30 malheureuses minutes. Juste le temps qu’il faut à Niang pour inscrire un doublé, et Nasri pour tripler la mise, devant 60000 spectateurs survoltés.
Durant tout le reste du match, mes joueurs se sont appliqués à ne pas en prendre plus, ne pas repartir avec une valise à Saint Pet’, sans même chercher à marquer ce but qui aurait tant pu nous soulager. Le chambreur public marseillais agrémentant en fin de match, chaque passe des joueurs locaux par de douloureux « Olé ». Nul besoin de langue de bois, ou de discours de façade. Nous sommes déjà éliminés.

Fumant une cigarette aromatisée sur la pelouse du Vélodrome à l’issue du match, Gerets vient me voir et me dit :
« J’ai bien étudié le jeu de ton équipe, notre victoire n’est pas un hasard. A la fin du match retour je te dirais ce qui ne va pas »
Je n’ai pas le temps de répondre qu’il me donne une accolade avant de s’éloigner vers le tunnel d’entrée au terrain. Un futur ami dans le milieu ? Peut être. Son analyse ne me fera pas de mal, moi qui suis actuellement perclus de doutes …

Marseille 3-0 Zenith

De ma cellule j’entends de la musique au loin. Je reconnais immédiatement le morceau qui débute. Les notes d’intro sont inimitables, inimitées, et universelles. Le plus grand blues joué par des blancs. Des paroles que je connais par cœur, une signification également fort douloureuses.
Mes larmes coulent alors Robert Plant hurle :

Said I've been crying, my tears they fell like rain,
Don't you hear, Don't you hear them falling,
Don't you hear, Don't you hear them falling.


Douloureux souvenir de Maria, qui ne se doute pas à quel point j’ai pu pleurer pour elle, à quel point je pleure toujours pour elle.
Je ne sais pas depuis combien de temps elle est partie. J’ai perdu toute notion temporelle. Je ne sais le jour qu’on est que quand je vais regarder la date du jour dans l’Equipe. Il est loin ce temps ou la date était affichée en gros sur mon Palm, chaque matin, me rappelant mes rendez vous de la journée. Aujourd’hui, je n’ai clairement plus besoin de Palm.
Maria était présente au Vélodrome, elle avait tenu à m’accompagner. Elle était rayonnante. Il était fini le temps de la coke, finie les galères à la recherche d’une dose dans les ruelles sombres pas loin de Pigalle. Quatre mois. Si proche, si loin.

Paradoxalement la relation s’est dégradée alors qu’elle allait mieux. Comme si ne plus avoir à veiller sur elle en permanence m’autorisait à simplement m’en foutre. Les femmes sentent ces choses là. Un léger éloignement et les questions pleuvaient, les doutes aussi. Et chaque erreur de ma part me coûtait une sorte de rechute. Je voulais tout arrêter, elle me faisait chanter au suicide. Puis un jour elle est simplement partie, et je n’ai plus jamais entendu parler d’elle.
Robert Plant envoie un dernier "Since I've Been Loving You, I'm about to lose, I'm about lose to my worried mind", le morceau est terminé, mais moi, je n’ai pas fini de pleurer.

C’est la journée passée en cellule qui m’a poussé à refuser la proposition du chef moustachu. Trop dur, trop long. Sa réaction était étonnamment calme. Il a juste accepté d’un simple « OK » avant de me laisser repartir.
Nonchalamment j’ai cherché à rejoindre cet endroit, cette ruelle dans laquelle j’ai posé mon bien maigre baluchon, ce n’est d’ailleurs pas bien loin du poste de police. Quelques voitures passent çà et là sans me prêter attention. Plus personne ne me prête attention.
Alors que j’entre dans ma ruelle, trois clochards se lèvent au loin, tesson de bouteille à la main, m’ordonnant de dégager. Quelle plaie. S’ils n’avaient été que deux, j’aurais pu faire quelque chose, habitué que je suis à défendre ce « territoire » comme le qualifient les clochards eux même. Mon coin était meilleur que le leur, au moins ils n’ont pas eu à m’assassiner dans mon sommeil.
Réunissant mes maigres économies, je constate qu’il y a assez pour aller se boire une bière. Encore une fois ce terrible choix. Boire ou manger. Ce soir ce sera boire, bien que n’ayant rien mangé depuis plus de 24 heures.

Le patron n’a pas fait de difficulté à me servir à boire, à vrai dire il s’en fout qu’un clochard vient s’asseoir dans son bar, du moment qu’il a de quoi payer. J’ai d’ailleurs payé d’avance pour le droit d’avoir ma table.

Si le patron n’a pas fait de difficulté, un client, un pilier même, était visiblement incommodé de ma présence. Sans sommation, et arrivant dos à moi, il me saisit par le col, me frappe à la tête et m’envoie par terre, dans l’indifférence générale, alors que je quittais le bar après avoir adressé un poli « au revoir » à l’ensemble de l’assistance. Forcément, qui se motiverait à essayer d’aider un pauvre type comme moi face à un gars passablement éméché. Fatigué, je voulais juste laisser faire, quelqu’un aurait bien arrêté le massacre un moment donné. Mais toujours cette foutue question d’orgueil. Alors qu’il se ruait sur moi j’ai réussi à le bloquer, me relever et lui envoyer un coup de poing au hasard. Ce dernier a frappé la mâchoire et l’opposant s’est retrouvé KO, m’exposant à la vindicte des autres piliers qui regardaient jusque là la scène avec un air amusé.
M’apprêtant à fuir, le patron prend toutefois la parole, et me demande de venir, pour me dire quelque chose.

« Depuis quand n’as-tu pas mangé ? »
Surpris par cette question, je ne peux que lui adresser un regard interrogateur.
« J’organise des combats clandestins. Bats toi ce soir dans mon sous sol, t’auras un jambon beurre ».
Ces deux derniers mots résonnent dans ma tête comme la possibilité de manger gratuitement, autrement qu’en fouillant les poubelles devant le MacDo. Persuadé de pouvoir également me défendre, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de réfléchir. « J’accepte »
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steve84
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MessagePosté le: Lun 28 Avr 2008 16:00    Sujet du message: Répondre en citant

C'est assez intéressant ta manière de raconter ton histoire lors de deux derniers épisodes... On sent que tu es dans la galère, on ressent cette misère... On pourrait croire que ça destabilise le lecteur et finalement non. 102
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MessagePosté le: Mar 29 Avr 2008 16:27    Sujet du message: Répondre en citant

Quel connard ce flic...j'avais deux épisodes en retard, le premier avec de la bagarre j'aime ! 102
Le second, je VEUX savoir ce que va dire coach gerets! et le flic est vraiment un gros con!
J'adore vraiment comment on passe d'un "temps" à l'autre enfin j'espère que tu m'a compris j'arrive pas à l'exprimer!
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MessagePosté le: Mer 30 Avr 2008 7:38    Sujet du message: Répondre en citant

Bon , j'ai enfin fait mon retard sur ta story , et là pffffffffffffff tu m'as scié .

Quoi toi le grand , le seul qui a été capable de mangé le ttre à des moscovites qui s'accaparaient de ce championnats russe "que dis-je" , ce championnat de Moscou , comme ça à la rue .
Mandiant , pour soit boire , soit mangé et réduit à ce battre pour survivre .

Toi qui as emmener une belle équipe du Zenith , si près de tous ses sommets . Reduit à une clandestinitée de sous-sol .

MAis que ta story est belle , j'en suis tout épaté .
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MessagePosté le: Mer 30 Avr 2008 8:48    Sujet du message: Répondre en citant

Ces deux derniers épisodes sont, comment dire, surprenant.

De méler passé et présent comme tu le fais est assez extraordinaire (peut être un peu fort comme mot, mais j'ai pas trouvé mieux). Tout est bien ficelé et on ne s'y perd pas du tout.

Je te félicite pour cela.

J'attends avec impatience d'en savoir un peu plus sur ce qui va se passer pour ton personnage.

Bonne continuation. 38
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MessagePosté le: Ven 09 Mai 2008 10:50    Sujet du message: Répondre en citant

Amir Assim, touriste allemand.

Je l’ai rencontré en bordure de Saint Petersbourg, l’air hagard, hirsute. Il m’a touché avec son panneau « Tout sauf ici pitié », écrit en quatre langues. Je n’ai pas pour habitude de prendre des auto-stoppeurs, mais j’avais un peu de route à faire seul, alors je n’ai pas refusé sa compagnie, même si la barrière de la langue ne nous a pas permis de communiquer facilement. Il se foutait de l’endroit où aller, alors nous avions convenu de faire route ensemble jusque Danzig, mais à Riga il a choisi de partir seul de son côté. Un mec assurément bizarre, rêveur. Il avait cette lueur dans les yeux lorsqu’il parlait de cette fille, Maria.
Je n’irais pas jusqu'à qualifier notre rencontre d’intéressante, au moins m’aura-t-elle permis de faire route accompagné sur quelques centaines de kilomètres. Avant de partir il m’a demandé d’ajouter son inscription en arabe et en allemand. J’ai accepté. De toutes façons je crois que je ne pouvais pas refuser.

Tim Brudy, Routier anglais.

Ah, oui, je me souviens de lui. Comment l’oublier à vrai dire. Je venais d’effectuer une livraison en Lettonie quand j’ai vu ce gars au bord de la route. Il n’avait pas l’air bien méchant, je l’ai embarqué dans le camion. A vrai dire, je retrais au pays, je devais le déposer à Calais, mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Peu avant d’entrer en Pologne, nous avons fait une halte sur l’autoroute, j’avais faim et je roulais depuis longtemps. Après avoir bu un café je l’ai vu au loin, il semblait vraiment bizarre. Je n’ai compris que peu avant de remonter dans le camion. Ses yeux étaient injectés de sang, et il tremblait beaucoup. J’ai immédiatement compris, et cela signifiait pour lui qu’il ne pouvait plus passer de frontières dans mon camion. Je représente ma compagnie et je vous raconte pas le scandale si de la drogue est trouvée dans un de nos camions. Et puis je ne voulais pas non plus faire la route avec l’imprévisibilité d’un drogué à mes côtés.
J’aurais du m’en douter vu l’incohérence de ses propos lors de nos discussions, il parlait d’un club de football et d’une nana encore plus belle que la pluie, sur le moment j’ai juste pensé qu’il était vraiment paumé.

Joy Charecz, Polonais.

Je prends très souvent des auto-stoppeurs. Une sorte de code de conduite, ayant moi-même beaucoup pratiqué quand j’étais plus jeune. Ma femme travaille en Lituanie, j’étais allé la voir, nous nous rendons visite par alternance. Puis sur le bord de la route j’ai croisé ce type dont vous parlez. Je parle couramment anglais, nous avons pu converser facilement.
Ce que je retiendrais de lui ? Un homme comme l’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie. Pas parce qu’il est unique mais plutôt parce que l’on ne veut pas, ou plus, rencontrer de personnes comme lui. A vrai dire, il me faisait peur, mais il avait une telle douceur dans sa voix. Je ne suis pas spécialiste mais sa voix était teintée de regrets. Il m’a dit faire le tour d’Europe en stop, mais je savais qu’il fuyait quelque chose. Je me suis même demandé s’il n’était pas un criminel en fuite. Ce qui est sûr c’est qu’il laissait beaucoup de choses derrière lui-même si plus rien ne le retenait. Il me disait être parti de Peterburg, quelle magnifique ville.
Il m’a demandé s’il pouvait descendre à Gdansk. Ma compagnie l’indisposait peut être. Malgré un sentiment de méfiance, il me faisait tellement pitié que je l’aurais conduit au bout du monde.

Petr Zeetinburg et Dita Caccinedo : Touristes hollandais.

Aaaah, vous m’évoquez de bons souvenirs. Ma fiancée et moi revenions de deux semaines de vacances à Moscou, et nous voulions repasser par la côte baltique avant de rentrer à Amsterdam. Nous avons croisé ce type bizarre au bord de la route. Mal sapé, il puait un peu et ne s’était semble t’il pas rasé depuis des jours. Ordinairement je ne prends pas de gens au bord de la route, mais j’étais un peu stone. Un coup de folie et il était là sur la banquette arrière. Peut être le personnage le plus étrange qu’il m’ait été donné de voir. Il était stone lui aussi, il avait une démarche de zombie et parlait avec un ton franchement monocorde. Je lui ai posé quelques questions, puis il s’est endormi voiture après m’avoir répondu assez sporadiquement. Nous nous sommes arrêtés à Magdeburg, pour dormir, et il faisait tellement pitié que nous lui avons offert une chambre et un repas. Ainsi nous avons passé la soirée avec lui. Je crois que Dita s’est ennuyée, mais moi, pas. Après s’être lavé et restauré, il m’a remercié pendant des heures, et je n’exagère pas. Je n’avais jamais vu un tel sens de la politesse. Il semblait tellement penaud de n’avoir rien à m’offrir. Bon, je sais qu’il devait avoir un peu de poudre, mais je ne lui en veux pas.

J’étais curieux à propos de lui, mais il répondait évasivement à mes questions, alors je suis sorti dans un night shop acheter un peu d’alcool, et je lui ai roulé un joint d’Amnésia. Ca m’a fait un peu mal sur le moment, cette herbe est assez chère, mais je n’ai rien regretté.
Après quelques shooters et quelques taffes, sa langue s’est déliée, il s’est mis à divaguer à voix haute, le genre d’allégation typiques des mecs bourrés, puis il est parti sur le terrain du sport, du foot même. Je suis fan alors je l’ai écouté, et je l’ai poussé à développer, il m’a raconté cette histoire :

Avril 2008 :
« Tu sais mon gars, plus personne ne pouvais me blairer à ce moment là. Le président, la presse, et les joueurs se branlaient tellement les couilles sur le terrain que je me demandais même s’ils me soutenaient toujours. La rumeur de mon éviction allait bon train, et il se peut qu’elle soit remontée jusque mes joueurs qui, voulant protéger leurs intérêts, auraient décidé de lever la patte que le terrain, peut être par injonction présidentielle d’ailleurs ».

Je l’ai stoppé, pour lui demander de quel club il parlait, quel club il coachait.

« Mais le Zenith mon gars. Ouais le Zenith de Saint Pet’. J’ai fait de ce club, un grand club, en tout cas en Russie et un peu en Europe, tu peux demander à Madrid ce qu’ils en pensent »

Je ne l’ai pas coupé. Je me disais qu’il mentait et qu’il était tellement stone qu’il s’inventait une histoire. C’est comme ça parfois, les mecs s’inventent une vie pour pallier le caractère minable de leur réalité. Alors j’ai sourit, et je l’ai laissé poursuivre.

« On enchaînait les contre performances, des 0-0 minables à l’extérieur comme à domicile. Ah ça, on ne perdait pas, mais des 0-0 ça donne pas de quoi nourrir des ambitions, et puis le règlement à la con avait changé et finalement l’équipe était moins bonne. Puis y’a eu le tournant, c’était à Moscou, en coupe contre le Torpedo. Alors OK c’était de la seconde division, mais j’en menait pas large avec ma collection de 0-0 avant d’entrer sur le terrain. Pourtant j’ai fait tourner, les règlements ne sont pas les mêmes, et puis les titulaires en championnat se chiaient dessus une fois entrés dans la surface de but alors … Bref, j’ai aussi changé de tactique et là, BAM, une révélation. On leur a mis 3-0, chez eux. Comme l’an passé, c’était reparti. Le jeune Arkhipov, que j’estimais peu à cette époque a claqué dans ce match, et a gagné ma confiance. En plus c’est bien parce qu’il est russe ce mec, et ça sert là bas d’avoir des russes dans l’équipe. 3-0, et une demi finale à jouer contre le CSKA, la bête noire… »

Je n’en croyais pas un mot, mais ça m’amusait, je rentrais dans son jeu. Je lui ai demandé ce qu’il s’est passé alors dans cette demi finale.

« Attend attend, on les a joué en championnat avant. Après la demi finale on a enchaîné deux victoires, une à domicile contre je ne sais qui, et l’autre à Grozny, contre le Terek. Tu connais Grozny ? Ca m’a marqué. Une ville en ruine, et dans un coin, bien solide, le stade. Moche d’ailleurs, mais stade quand même. Là bas y’a de l’ambition, on veut jouer l’Europe et maintenant qu’ils peuvent rejouer à Grozny c’est la fête dans les tribunes, même si il y a des milliers de militaires pour encadrer un match. On a gagné là bas dans un climat houleux. Mais je les emmerde, merde à la fin, on était champions en titre, et en net regain de forme. Du coup on restait sur trois victoires de suite en championnat et on avait regagné le podium, juste devant le CSKA donc que nous jouions quelques jours plus tard.

Avant ce match, l’entraîneur adverse a fait le kakou. « On a jamais perdu depuis que vous êtes là, ça va continuer » qu’il m’a dit. J’ai répondu que « ce soir je fais de toi ma pute baby ». On m’a toujours reproché de la franchise dans les propos. J’étais sûrement un peu défoncé, je ne sais plus. Bref. J’ai changé de tactique pour ce match. Un entraîneur avisé m’a conseillé une tactique nommée « Quiche ». Allez savoir pourquoi tiens. Et j’ai mis mon jeune qui claque devant, parce que j’avais besoin d’un russe à ce poste et que mon meilleur attaquant était bléssé. Le mettre sur le terrain m’offrait des possibilité différentes : le jeu à raz de terre. Et ça les a surpris en face. Paf paf paf, 10 minutes de jeu et 1-0. Ca allait tellement vite, fallait voir leur gueule, jamais je n’avais mené au score contre eux et ça m’a fait plaisir de voir leurs certitudes s’ébranler. En fait, on a dominé tout le match, mais ce couillon de Vagner Love a marqué en contre en seconde mi temps. 1-1. Première fois que l’on tenait tête au CSKA, et des perspectives de lendemain qui chante. Ouais, le bon temps »


J’aurais voulu en savoir plus, mais il s’est endormi à la fin de son histoire.
Le lendemain nous sommes reparti et dans la voiture il nous a parlé d’une certaine Maria, une ex. Il n’avait manifestement pas dessaoulé.

« Elle était si belle, à faire bander le pape franchement. Après le match du CSKA on est allé voir du theâtre. Une sacrée bonne soirée, elle redevenait sobre. En fait, c’était un principe de vases communicantes, elle se poudrait moins, mais moi plus. Ca m’a joué des tours au final mais ce n’est pas le point. Maria c’était … c’était Maria, ses courbes, son humour, sa façon de vivre. Je crois que je ne décrocherai jamais vraiment. C’était comme une drogue, et le sevrage a été trop brutal. En fait, non, mieux vaut ne pas parler d’elle ».

Et il s’est mis à pleurer. Là encore je ne le croyais pas, je le soupçonnait d’exagérer la vérité sur ce point.
Une fois a Amsterdam, je lui ai demandé de quoi le recontacter, après tout, nous avions passé un bon moment. Il m’a dit qu’il n’a pas d’adresse. Il a pris la mienne et est reparti en bordure de ville, pour prendre une autre voiture, sans même accepter un dernier verre. Quand je lui ai demandé ce qui n’allait pas, il a simplement répondu que son passé lui était remonté trop brutalement, et qu’il voulait juste partir. J’ai compris et je l’ai mené en ville, là ou les français viennent pour acheter leur herbe, lui disant que pour regagner la France, ce serait plus facile.
Ce n’est que plus tard, au détour de la toile de l’Internet, que j’ai compris qu’il disait la vérité. Un bien triste personnage finalement.

Cristoph Tessee, Gecko Fruiwhn, Français

J’étais avec Quentin (mais tout le monde l’appelle Gecko) et nous nous rendions à la voiture lorsqu’il nous a abordé. Il a demandé à être pris dans la voiture jusqu’en France. Nous avons accepté, nous retournions à Paris après quelques jours passés dans cette merveilleuse ville d’Amsterdam. En fait, il a été peu bavard, très poli, courtois, et sûrement un peu stone. Gecko en avait peur d’ailleurs. Il était bien plus vieux que nous et il a voulu nous la faire paternaliste, nous avons coupé court à ça. Finalement il n’a rien dit d’exceptionnel et on l’a conduit dans un Formule 1 près de Paris. Je ne vois pas quoi dire d’autre à propos de lui.

Vadimir Chednuiste, Russe, chargé de recrutement à Paris.

Oui, j’ai reçu votre homme. Il postulait pour un emploi de développeur dans notre filiale R&D. Concernant ses qualités pures, sa façon de s’exprimer et sa courtoisie, je voulais l’engager. Mais il avait des yeux injectés de sang, et ses mains tremblaient. En Russie, je suis souvent tombé sur ce genre de personnes, et il aurait donné une mauvaise image de la boîte. Je le lui ait dit dès la fin de l’entretien, il m’a répondu en Russe, encore une fois très poliment. Quelque fois, les candidats ont une réaction virulente, c’est pourquoi je ne fais plus trop ce genre d’annonces en direct. Il m’a dit qu’il restait tout de même à disposition, et qu’il comptait sur ce boulot comme une forme de rédemption. Je ne le regrette pas de toutes façons.

Extrait du rapport de police rédigé par Howard Scitty.

Nous avons pris l’homme en flagrant délit. Il terrorisait le quartier depuis plusieurs semaines. Lorsqu’il nous a vu, il s’est enfui, nous l’avons poursuivi. Il ne voulait pas s’arrêter et, dans une rue se terminant en impasse, l’individu nous a menacé d’un couteau. Il l’a lancé dans notre direction avant de nous bousculer pour prendre la fuite. J’ai sorti mon arme pour me défendre et l’ai touché dans le dos.

Erick Disandt : Policier à Paris

Nous avions reçu son dossier par Interpol. La police russe leur a demandé une enquête quant à son départ précipité de Russie et nous avions récupéré l'affaire. Les photos n’étaient pas contractuelles mais je l’ai reconnu tout de même. C’était un clochard arrivé depuis peu. Avec un collègue nous sommes allés l’appréhender. Nous ne nous sommes pas très bien comportés avec lui, mais c’était la nuit, j’étais fatigué et puis on ne sait jamais à quoi s’attendre avec certains clochards. Aussi nous avions décidé d’employer la manière forte. Nous savions où le trouver, il dormait. Je lui ai mis les pleins phares dans le visage, puis nous sommes allé le secouer pour le réveiller et le ramener au poste. Finalement, après une garde à vue de 24 heures, le chef l’a laissé sortir. Il ne nous a pas fait d’histoires, parfois les clochards foutent le bordel pour rester un peu plus au poste et avoir un abri, mais c’est surtout quand il pleut, ou qu’il fait froid. Lui, on ne l’a pas entendu se plaindre, juste quelques gémissements. Quelques jours plus tard, touché par cet homme, et voulant faire une bonne action, je l’ai cherché pour lui donner un peu de pain. Mais je ne l’ai jamais retrouvé, et bien entendu il n’a pas été porté disparu. J’espère qu’il a réussi à se sortir de l’enfer de la rue autrement que les pieds devant.
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Dernière édition par jerzy59 le Ven 09 Mai 2008 13:48; édité 3 fois
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MessagePosté le: Ven 09 Mai 2008 11:32    Sujet du message: Répondre en citant

J'espère aussi qu'il a réussi à se sortir de l'enfer de la rue autrement que les pieds devant....

Je viens de lire les 2 derniers épisodes, et que dire à part que j'adore... Une telle justesse dans l'écriture 18 . Cet épisode est énorme, une fois de plus tu fais dans l'originalité avec ces regards extérieurs qui nous permettent d'en savoir plus sur toi.. Donc tu écris super bien, tu as de super idées mais le truc qui me fait le plus halluciner c'est la manière dont tu maîtrise ton sujet.... Sérieux c'est carrément énorme, ta façon de jongler avec les épisodes à travers le temps, j'adore... Franchement cette storie devient vraiment monstrueuse... Le scénario est le meilleur, c'est mon avis, de toutes les story, et comme l'a dit quelqu'un il sort quand le film? Non sérieux c'est vraiment super, pour moi tu rejoins Verchain c'est pour dire. JUSTE UN GRAND BRAVO !
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MessagePosté le: Ven 09 Mai 2008 12:28    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne suis vraiment pas déçu... Encore une idée somptueuse avec ce genre de road-trip, de chemin vers la rédemption...

Magnifique... 102
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MessagePosté le: Ven 09 Mai 2008 17:30    Sujet du message: Répondre en citant

18 18 18
Ah ouais, quand même. La il est clair qu'on a affaire à du lourd. Le perso va super loin et je me demande bien ce qu'il vapouvoir lui arriver... 101 101 101
J'en redemande.


Coach Carter
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MessagePosté le: Ven 09 Mai 2008 18:03    Sujet du message: Répondre en citant

C'est si bien compté que j'en ai larmoyé à la fin , c'est si beau et si triste à la fois .

Des récits comme on en redemande , j'espère que l'on reverras ce clochard hors des rue .

Somptueux seras mon dernier mot Jean-Pierre .
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MessagePosté le: Ven 09 Mai 2008 21:40    Sujet du message: Répondre en citant

Merci à vous, il me tenait à coeur cette épisode 10

Concernant les noms utilisés, il n'y a que des anagrammes ayant une signification symbolique pour mon personnage. (Trouvez les 38)
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MessagePosté le: Sam 10 Mai 2008 21:17    Sujet du message: Répondre en citant

jerzy59 a écrit:
Merci à vous, il me tenait à coeur cette épisode 10

Concernant les noms utilisés, il n'y a que des anagrammes ayant une signification symbolique pour mon personnage. (Trouvez les 38)



Bonj'ai cherché un petit moment mais j'ai rien trouvé concernat la signification...
Tu me le dis ???

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