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Steve Veissière, la reconversion d'un arbitre
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Dr ZOULOU
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MessagePosté le: Dim 08 Juin 2008 12:54    Sujet du message: Répondre en citant

Bon bah c'est bien la peine...le mec il a pas des supers resultats, mais le seul carton , c'est contre Rodez....T'as pas l'impression de te foutre de moi?????

Plus serieusement, j'aime cette story, mais je l'aime encore plus car tu te rates. Tu galeres dans le jeu, et j'aime ça, je ne me moque pas de toi. Je trouve que cela amene une narration differente (comme lolo avec le psg) ça change des victoires, et le recit est ainsi different.....

Voilou, sinon, j'ai passé un certain été 98 dans le luberon (je crois) trés belle region....et trés bel épisode.
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steve84
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MessagePosté le: Dim 08 Juin 2008 13:19    Sujet du message: Répondre en citant

    Doc a écrit:
    Bon bah c'est bien la peine...le mec il a pas des supers resultats, mais le seul carton , c'est contre Rodez....T'as pas l'impression de te foutre de moi?????


    Si, c'est fait exprès en fait... 100 100

    Doc a écrit:
    Plus serieusement, j'aime cette story, mais je l'aime encore plus car tu te rates. Tu galeres dans le jeu, et j'aime ça, je ne me moque pas de toi. Je trouve que cela amene une narration differente (comme lolo avec le psg) ça change des victoires, et le recit est ainsi different.....


    Merci Doc, je prends ça comme un beau compliment, je vais essayer de me planter encore plus alors... 100 :o


    Doc a écrit:
    Voilou, sinon, j'ai passé un certain été 98 dans le luberon (je crois) trés belle region....et trés bel épisode.


    J'étais à Balaruc dans l'Hérault, magnifique été... 114
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Rai
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MessagePosté le: Mer 11 Juin 2008 14:24    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai, comme promis, lu attentivement ta story là où je m'étais arrêté.
Je dois dire que je ne suis pas déçu, la trame est bonne, l'écrit est excellente, et le personnage principal est attachant.

Donc je n'ai qu'une chose à dire : à quand la suite ?
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steve84
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MessagePosté le: Mer 11 Juin 2008 14:28    Sujet du message: Répondre en citant

Rai a écrit:
J'ai, comme promis, lu attentivement ta story là où je m'étais arrêté.
Je dois dire que je ne suis pas déçu, la trame est bonne, l'écrit est excellente, et le personnage principal est attachant.

Donc je n'ai qu'une chose à dire : à quand la suite ?


Merci Raï d'avoir pris la peine et le temps de rattraper ton retard. 10

La suite, je suis en train de l'écrire et elle me prend du temps car c'est un épisode auquel je tiens particulièrement. Il sera d'ailleurs découpé en 2 parties vu la longueur du truc...

Donc j'essaie de poster ça pour la fin de la semaine, voir plus tôt si j'ai le temps... 101
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steve84
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MessagePosté le: Jeu 12 Juin 2008 18:28    Sujet du message: Répondre en citant

Episode X :

22 décembre 2007


Première partie :

Can you feel it ?


I

Saint-Martin-de-Crau


Encore un déplacement... Pourquoi je le fais ? Je le sais, je le sens au fond de moi-même, nous allons revenir la queue entre les jambes. Pourquoi y aller ? Cette force inconsciente, cette passion enfouie en moi sont des leitmotiv assez suffisants pour me faire oublier les précédentes prestations de mon équipe. Le parcours en Coupe de France m'encourage à lui tout seul à rêver, à vibrer. Aller jouer au Parc des Princes pour les 32e de finale, c'est du bonus. Ici, sur cette terre de supporters marseillais, je passe pour un intrus. Je soutiens Istres et je suis aussi président de la Brigada Istré.

J'ai crée ce groupe de mes mains. A l'époque, il fallait être fou pour fonder de tels espoirs dans ce club. Istres, mon cœur, mon sang, ma vie quoi. Bien sûr, quand je croise des amis, des personnes dans les rues, mon fanatisme pour cette équipe en fait sourire plus d'un. Mais que voulez-vous, cela ne se commande pas. Je suis né ici et j'en suis fier. Fier de porter haut les couleurs istréennes, de brandir mon écharpe à chaque rencontre. Dans cette patrie du sud à forte majorité blanche et bleue, je représente avec amour ma « violet attitude » (aucun rapport avec la « bravitude »)...

Mon coup de cœur date de la fin des années 80. Alors que le Istres Sports se morfond dans les profondeurs des championnats amateurs régionaux, je suis un des rares à assister aux matches tous les dimanches... C'est alors que tout s'accélère... Champion de PHB, de PHA puis de DHR et de DH... Une ascension fulgurante en quatre minuscules années. De l'élite districale à celle de la Ligue. Fabuleux et grandiose. Rien n'a pu arrêter cette montée en puissance. Jusqu'à atteindre la Ligue 1 en 2004. Glorieuse période... Malheureusement, tout bonne chose a une fin et la double rétrogradation consécutive en L2 puis en National a refroidi les foules, moi y compris.

Le FC Istres avait toutes les cartes en main pour se stabiliser au haut niveau. Et maintenant, nous ne parvenons même plus à lutter dans la troisième division de notre pays. Je crois qu'un bon coup de balai ferait du bien. Virer le président, l'entraîneur, les joueurs même... Aplanir le tout, mettre au loin les sangsues, les profiteurs qui tuent à petit feu l'esprit l'âme des Aviateurs.

Je n'ai rien contre Veissière. L'homme a l'air d'un type réglo. Mais j'en veux au président d'avoir engager un mec pareil en tant qu'entraîneur. Comment un ancien arbitre peut s'y connaître en tactique ? En détection de joueurs ? En management ?

Il a beau avoir réussi en amateur, ça ne fait pas de lui une caution dans le monde pro. Il faut croire que Bertrand Benoît avait d'autres objectifs en tête... Je crois que le fric lui est monté à la tête. Le foot me dégoute quand je vois ça. Priorité au pognon. Les supporters et les joueurs, considérés respectivement comme vaches à lait et marchandises, passent au second plan. Pitoyable. Mais cela reflète bien la société moderne où l'argent et le sexe font bon ménage. Les relations humaines authentiques se délitent et sont laissées en marge du système. Cet ensemble libéral qui nous pousse toujours à aller plus loin, plus haut, plus fort. Sans mesurer les risques que l'on prend. C'est trop. Mais le football n'échappe pas à cette règle devenue axiome.


Deux cents soixante-dix kilomètres. Trois heures de route sans compter d'éventuels arrêts. Le dernier trajet de l'année 2007. Un ami de longue date m'accompagne. A vrai dire, lors des matches à l'extérieur, nous y allons toujours ensemble. C'est une habitude que nous avons prise.

Notre organisation est primaire. Nous préparons toujours un tifo dans un local de la ville, histoire de bien représenter le club, de faire bonne figure. Pour le reste, tout ce qui est alimentation et hébergement, on se demmerde sur place. A l'ancienne quoi.

Direction Rodez. J'embarque dans mon Fiat Ducato tout le nécessaire et je n'oublie de prendre, au passage, mon pote. Rodez... Nous leur avions infligé une correction à l'aller, un cinq à zéro, si je me souviens bien... Ils étaient mal barrés, les Aveyronnais... Et pourtant, il ont refait leur retard pour grimper à la 5e place. Et nous, pendant ce temps, on moisit, on croupit, on s'encroute dans le ventre-mou du National...

Allez, j'y crois. Ils vont bien nous donner une victoire, synonyme à l'avance de cadeau de Noël... Avec Paul, assis à mes côtés dans la fourgonnette, nous parlons de tout et de rien. Enfin, surtout de rien... Il faut bien tuer le temps et discuter est un des meilleurs moyens de ne pas le voir défiler.

Cet après-midi est frais. Nous approchons du Massif Central et de gros nuages blancs dominent le ciel... Putain, il va pas neiger quand même... Mine de rien, Rodez est une belle ville. Parée de ses habits hivernaux, le charme opère. Ornés de guirlandes électriques, les arbres arborent une dorure inhabituelle. C'est aussi pour ça que nous suivons notre équipe. Découvrir des coins insolites de la France et pour l'occasion, faire un peu de tourisme.

Ça y est, nous arrivons à destination, au stade Paul-Lignon. Cette petite enceinte de 6000 places est nichée en bordure d'un quartier résidentiel. Nous nous garons sur un parking situé non loin de là... Le temps de flâner dans le centre de la commune et ce soir, nous irons chanter à tue-tête et soutenir nos hommes pour que demain le sourire occupe nos mines sur le chemin du retour.



II

Lourmarin, villa de la famille Veissière


Steve m'inquiète fortement. Il passe des nuits quasiment blanches. Il n'a jamais été insomniaque pourtant. Et ce soudain changement me taraude l'esprit. Je ne reconnais plus l'homme heureux que j'ai aimé, que j'aime toujours. Ses années d'arbitrage ont été les moments les plus beaux de sa vie, incontestablement. Quelle lubie de vouloir prendre de court tout le monde. Quand il m'a annoncé son intention de se reconvertir en tant qu'éducateur dans un club local et familial, j'ai acquiescé. Mais de prouver aux autres qu'il est capable de mener une équipe professionnelle avec mérite, franchement... Steve a toujours excellé dans l'art du contre-pied, à l'image des politiciens qui manient parfaitement la langue de bois. Ce peut être une qualité tout comme ça peut être un défaut. Il est vrai qu'il n'a jamais cessé de me surprendre. Dans les bons et mauvais sens du terme. Il m'a trompé une fois, il y a longtemps. J'aurais cru de jamais pouvoir le pardonner mais l'amour est tellement plus fort que tout. J'ai tout fait pour l'effacer de ma vie : changement de numéro de téléphone, changement d'adresse... J'ai même changé de look, pour dire à quel point j'ai été grotesque. Je ne cache pas que j'attendais avec impatience le jour où il a repris contact. J'ai feint l'étonnement, crachant même mes remords à travers le combiné. Mais je savais que nous deux, ce n'était pas fini. D'ailleurs, peu importe la suite, je l'aimerais toujours.

Steve m'inquiète. Je ne m'immisce pas trop dans son boulot. Moi et le foot ça fait deux. Mais nous subissons plus ou moins les conséquences de ses « actes » sur la scène publique. Et ces derniers temps, ça marche pas du tonnerre d'après ce qu'il me dit. Il est vrai qu'il ne réussit pas à Istres. Des noms commencent déjà à circuler afin de le pousser gentiment et sans coup d'éclat vers la sortie. Je me souviens de ses débuts à Istres il n'y a pas si longtemps. Son visage était illuminé par un sourire radieux, comme si on offrait à un enfant le cadeau de ses rêves. En l'occurrence, ce présent est devenu aujourd'hui empoisonné. Bien sûr, Steve est heureux d'être là lorsqu'il a le temps de partager des instants avec nous. Mais sa nouvelle passion le ronge. Son faciès se décompose, il a les joues creuses, le teint pâle et des yeux de plus en plus cernés, signe d'une incapacité chronique à trouver le sommeil. Les répercussions sur notre couple sont directes. Plus d'engueulades, moins de signes d'affection... Mais je reste patiente... Heureusement que j'ai les deux bouts d'chou pour occuper mes journées. Depuis que j'ai stoppé la travail, il faut combler les interminables heures d'inactivité et oublier l'absence de Steve. Ce n'est pas toujours évident, ni facile mais je trouve le moyen de me distraire. En étant partie prenante dans le conseil municipal du village par exemple. En étant bénévole dans une association qui prend en charge des gamins handicapés aussi.

Steve n'est pas rentré à la maison ce weekend. La situation ne doit pas être flamboyante sur les bords de l'étang de Berre... Aucun contact depuis hier soir si ce n'est ce texto : « Je veux que tu viennes avec moi à Rodez, j'ai besoin de toi. Rendez-vous à 14 heures au centre d'entraînement. Je t'aime. Bisous »

Je ne viens pratiquement jamais le voir en « action ». Avec les gosses à la maison, je ne désire pas effectuer le déplacement même si je sais qu'il aimerait que je sois à ses côtés... C'est un choix que j'assume et que, par ailleurs, il accepte totalement. Mais là, pour qu'il me le demande, c'est qu'il doit vraiment avoir des soucis. Ou je me fais des films pour rien... Ne pas avoir de lien « vocal » m'énerve. Quand je l'entends, ses mots m'apaisent et je peux deviner au ton de sa voix s'il a eu une bonne ou mauvaise journée...

Après avoir déjeuné, je m'enquiers de trouver une « nounou » provisoire à « Gena » et « Milie ». C'est ma sœur qui sera de « corvée »... Je la remercie du fond du cœur pour m'avoir sorti de ce guêpier. Une fois les bambins déposés et non sans une étreinte toujours poignante, je me dépêche de prendre l'autoroute du Soleil et de rejoindre mon bébé...

Il m'attend d'un air anxieux devant l'entrée principale du siège du club. Il trépigne d'impatience de me voir, ces choses se sentent... J'ouvre la portière, il s'approche de moi à grand pas et me prend dans ses bras. Il est physiquement marqué par ce qu'il fait. Cette marque d'amour ressemble à une marque d'affectation maternelle. Par ce geste, Steve évacue une partie de la pression qui l'entoure. Il oublie tout pendant quelques secondes. Au second plan, les joueurs sortent un par un du modeste établissement pour aller s'engouffrer dans le bus qui les conduira à Rodez. Ces derniers nous jettent un bref coup d'œil teinté d'un sourire et d'un timide bonjour à mon encontre.

Je ferais partie du voyage, accompagnant Steve dans l'imposant autocar. Nous nous installons aux premières places, en prenant soin de laisser quelques sièges libres entre notre emplacement et l'équipe. Alors que le chauffeur démarre le véhicule, Steve me demande de se rapprocher de lui.

« J'ai quelque chose à te dire... » me lâche-t-il d'un air serein. Je l'écoute patiemment sans l'interrompre. Il chuchote, il ne veut pas qu'on l'entende car ses paroles sont lourdes de conséquences... Dans son regard se lit la détermination d'un homme qui tient ses promesses. Et je sais qu'il en est capable... Les minutes passe vite quand on discute et nous avons rallié la préfecture de l'Aveyron en un temps record.

Nos chemins se séparent mais j'assisterais à la rencontre des tribunes. Après un long baiser, nous nous quittons de vue. Je m'installe dans ce stade avec cette phrase en tête, cette révélation qu'il m'a faite.

« J'ai quelque chose à te dire... »



III

Istres, siège du club


Vingt-quatre journées... On entame la vingt-quatrième journée et on est même pas foutu d'accrocher le podium... Des fois, je me demande ce que j'ai fait au bon Dieu pour avoir des merdes pareilles sur le terrain. C'est pas encore cette année qu'on va remonter le club... Tout le monde se moque de nous. Bordel, on est dixièmes. Et moi, naïf comme je suis, j'ai annoncé l'accession et même le titre. Je l'ai promis même. Mal m'en a pris. Quand je vois les tocards qu'on a, ça me rend malade. Et puis je suis responsable du fiasco aussi. Ce Veissière est bien sympathique mais niveau tactique, ça vaut que dalle. Ça m'apprendra à vouloir faire des coups de pub et des effets d'annonce...

Mais tant que je suis le taulier ici, c'est bibi qui décidera. Quoique ces foutus actionnaires pourraient me foutre la pression au cul. Je parie que la moitié des types qui ont acheté des actions ne connaissent même pas les résultats sportifs que nous avons. Depuis que j'ai raflé un peu plus de la majorité des parts, je suis peinard. Président d'une équipe de bras cassés, ça rapporte. Mais si nous accédions à l'étage supérieur, je gagnerais encore plus. Ça profiterait à tout le monde aussi. Ceux qui ont mis une partie de leurs économies y retrouveraient leur compte et je pourrais être le boss sans qu'aucun casse-pieds ne veuille me piquer ma place.

Mais ça part en sucette en ce moment. Si on gagne pas ce soir à Rodez, je vais devoir faire quelque chose. On les a explosé cinq à zéro à l'aller, je vois pas pourquoi on rééditerait pas cette performance. Si on perd, Veissière saute. Même si ce n'est pas la solution à nos problèmes, il me faut un bouc-émissaire. Et dans ces cas-là, c'est souvent l'entraîneur qui trinque... Et puis c'est un façon pour moi de me dédouaner de certaines responsabilités en montrant que j'essaie de faire le maximum pour le bien du club. Tout ce que je sais, c'est que ça calmerait les mecs qui ont misé sur Istres... Et ils me lâcheront la grappe un petit moment. Bien sûr, faudrait pas que je vire un coach tous les six mois. Sinon ma crédibilité serait affaiblie...

Tout va mal dans ce club sans âme... Le sportif j'en ai parlé mais au niveau financier, on va tout droit à la banqueroute... Certains joueurs ne se font pas chier quand même. Niveau salaires, on est limite dans la norme fixé au début de saison mais on se retrouve en déficit chaque mois. Ce qui crée un trou béant dans les caisses qui sonnent creuses... Et les supporters ne sont pas folichons non plus. Le stade qui comporte tout de même 14000 places n'est jamais rempli... Comme j'avais tablé sur un saison de feu, ces derniers ne se déplacent pas pour admirer le dixième de National... C'est compréhensible mais bordel, ils pourraient faire un effort...

Si ça continue, Istres va être rétrogradé par la DNCG à la fin de saison. A moins qu'on descende par nos propres moyens, quelle ironie ce serait! 2008 va être une année décisive... Déjà, les six premiers mois vont être terribles. Selon l'état du solde bancaire, on va devoir licencier en grand nombre... Serrer la ceinture quoi... Je vais devoir injecter de l'argent en masse pour remettre les comptes à flot... Je me demande pourquoi je fais ça... Je n'a aucune affinité avec personne ici, peu de gens m'apprécient et je n'aime pas le club. J'étais là pour faire du pognon, c'était ma mission et mon objectif initial. Mais je n'appartiens à la caste des lâcheurs, je n'abandonne pas facilement... Pourtant, d'autres seraient partis depuis longtemps. Moi, je veux réussir ici, gagner des titres avec Istres. C'est ma fierté et mon ego qui parle à ma place... Mais je ferais mieux de la fermer je crois...

Vraiment, c'est la galère... Rien que pour trouver un sponsor maillot, ce fut le parcours du combattant... Istres, c'est pas vendeur. Peu de personnes veulent investir à part peu être la pizzeria du coin de la rue et la boucherie du centre-ville. Mais j'exagère un peu...

Je ne sais pas si je vais aller les voir jouer. A vrai dire, aller me cailler les miches trois jours avant Noël et s'endormir devant la navrante prestation de mon effectif, ça m'enchante pas des masses. Je n'irais pas, tant pis. Si on perd, Veissière aura doit à un coup de fil après les fêtes. Je ne suis pas sans cœur non plus. Et puis s'il lui prend l'idée lumineuse de démissionner, ce sera du pain béni. Tout bénef', au moins je n'aurais rien a débourser comme indemnités de départ. J'ai de toute façon déjà pris contact avec des entraîneurs au chômage, des vrais eux. Yvon Pouliquen reste ma préférence. Et puis ça aura plus de gueule que Steve Veissière, néophyte dans le métier. J'ai demandé à René Le Lamer, mon directeur sportif, d'aller assister au match. Au moins, il me tiendra informé du score et de son évolution.

Tandis que je serais tranquillement chez moi avec ma femme en train de manger un bon repas, Istres jouera sa dernière partie de l'année 2007. Mais en cas d'échec, il sera temps de mettre un point final à cette mascarade et de tourner définitivement la page...



IV

Rodez, stade Paul-Lignon, dans le vestiaire du FC Istres

Ils sont tous là. Assis sur les bancs de ce cagibi qui nous sert de vestiaire. Regardant tous leurs chaussures, pas un n'ose lever la tête. Chacun est concentré sur ce qui sera l'ultime rencontre afin les vacances hivernales.

Je ne suis pas encore entré dans cette salle. Je les fixe attentivement, je les analyse minutieusement. Il y a souvent des signes, des gestes qui ne trompent pas. Doumbia tremble et a du mal à enfiler sa chaussette droite, Pierre-Fanfan capitaine d'un soir a les yeux dans le vague. Cette ambiance me rappelle la préparation du match quand j'étais arbitre. Personne ne parle alors que tout le monde répète inlassablement les mêmes gammes, les mêmes rituels avant la rencontre.

Ce n'est que quand tout le monde a fini que je pénètre à l'intérieur de cette pièce vétuste. L'obscurité à l'intérieur contraste avec la lumière des projecteurs qui parviennent à s'infiltrer dans le couloir. L'ampoule n'a pas été changée depuis belle lurette, ce qui donne un teint sombre aux murs de couleur blanche. Je me dirige vers le centre du vestiaire. Au milieu de tous les regards, de toutes les attentions. Un silence de plomb s'est installé. Mes gars attendent mes premiers mots pour focaliser toute leur énergie sur moi.

En face de moi, un tableau noir et vierge de toute inscription. Je prends le feutre posé sur le rebord de celui-ci et écrit machinalement les noms qui constitueront l'équipe titulaire ce soir. Peu de surprises. Une équipe-type pourrait-on dire. Mais a-t-on réellement une équipe-type lorsqu'on est au milieu du classement ? Peut-on affirmer que ce sont ces mêmes onze joueurs qui sont indiscutables ? Je ne pense pas, non... On est jamais sûr de soi-même, a fortiori, quand ce qu'on impose ne fonctionne pas.

Ils savent. Certains sont déçus, d'autres blasés. Il faudra faire avec. Comme d'habitude, je rajoute toujours une phrase de motivation en haut du tableau, afin qu'elle soit visible de tous. Et je la répète trois fois. Comme d'habitude.

La routine est l'ennemi du quotidien et du footballeur. Il ne faut pas laisser croire à un joueur qu'il a gagné sa place sous risque de voir ses performances baisser. Un peu de concurrence doit l'encourager à se surpasser pour défendre perpétuellement ce qu'il a durement obtenu. Les exemples sont multiples dans le sport. Surtout dans le haut niveau où les gens amassent plus de pognon qu'un smicard à qui il faudra plusieurs vies.

J'entame mon monologue. Je fais le point sur la tactique employée, qui ne diffère pas de celle que j'utilise depuis quelques matches. Avec plus ou moins de réussite. Je m'adresse aux joueurs en leur disant ce que j'attends exactement d'eux. Je leur demande de jouer leur rôle sur le terrain, de ne pas se dévoiler. Je hausse le ton lorsque des bavardages discrets mais intempestifs viennent s'immiscer dans mon discours.
Globalement, le briefing se passe relativement bien, du moins, c'est l'impression qui ressort.

Le trio arbitral tape à la porte du vestiaire. Il est temps de procéder aux démarches administratives : signer la feuille de match, les feuilles des délégués, etc... En serrant la main de mon vis-à-vis, je lui souhaite bonne chance et me retourne le compliment. Tous les acteurs sont maintenant dans le tunnel qui donne accès sur le champ de jeu. Les officiels en tête de cortège dictent la marche à suivre. Derrière eux, vingt-deux gaillards sont prêts à en découdre, à en finir avec cette année...

Je m'installe sur la banc de touche, mon adjoint me précède. Les remplaçants viennent à leur tour compléter les places où personne ne s'est assis.

Et la rencontre débute...
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Cristiano-coach
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MessagePosté le: Ven 13 Juin 2008 8:06    Sujet du message: Répondre en citant

Cris' n'a qu'une parole...

Ben écoute, je comprend pas qu'un bon auteur est seulement deux votes moi! Putain j'aurai pas du partir du forum parce que quand même, si toi t'as deux votes et que t'es bon dernier. Ca veut dire que tous les autres sont meilleurs que toi! Et ben merde le niveau a considérablement augmenté je trouve! Je te jure j'aurai pas du partir! Toi, tu fais un travail monstrueux! Tu écris bien même si y'a quelque mots qui ne sont pas à leurs place ds la partie de audrey je crois. J'aimerais bien savoir quelle est cette révélation d'ailleurs!

Là, je m'adresse à tous ceux qui passent par là et sont réticents à la lecture de ce dernier épisode. Ne rmettez pas à demain ce que vous pouvez faire aujourd'hui, ne vous dites pas: "tiens je lirai demain" vous savez pertinemment que vous n'en ferais rien! Alors lisez, et postez ou pas mais vu que je suis sur que vous aimerez je pense que vous remédierai comme moi même à l'injustice faite le mois dernier!


Sur ce...
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Dr ZOULOU
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MessagePosté le: Ven 13 Juin 2008 9:57    Sujet du message: Répondre en citant

Trés bel épisode, j'ai beaucoup aimé ce carré d'as:

1/le supporter: un point de vue narratif que l'on a (jamais) utilisé...je crois. J'aime la description du rituel du voyage, j'aime ce melange d'amertume, de colère, et deception et de decouragement ressenti bravo

2/Audrey: Encore un point pour toi. Cette nana fait partie de cette story, elle en est un des personnages principals. J'ai l'impression que l'on a pas fini d'en entendre parler. Son point de vue est trés interessant. L'amour, l'inquietude, la confiance...trés bien

3/Le président: Au contraire des deux précédents, les présidents ont souvent été exploités. Mais, comme tu te rates, son agacement entraine quelquechose de neuf. ça change de verch' et de son pote..Souvent les difference de points entre président et coach venait du caractère..mais là c'est different, il est obligé de se remettre en question. Chose que deteste les présidents

4/ Le coach: Bouge toi un peu: On a l'impression que tu te laisses couler...Tu m'emmerdes....je vais être obligé de supporter le Fc Istres et pas Rodez....mon ptit club regional....


Un grand bravo


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Cris je suis d'accord avec toi et steve le sait....mais je pige pas un truc. Pourquoi tu dis que "t'aurais pas dù partir", tu le repetes deux fois mais je vois pas le rapport.... Steve n'a pas été recompensé à sa juste valeur, et chacun a sa part de responsabilité...mais t'aurais changé quoi????


et petit clin d'oeil, hier je suis passé, et je me suis dit "je lirais demain" mais c'est rare que je ne fasse pas... 100 100 100
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steve84
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MessagePosté le: Ven 13 Juin 2008 10:17    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Cris' et Doc pour les bons mots, c'est réellement un plaisir de voir vos réactions....

-Cris', tu le sais, on en a parlé hier soir, tu as déjà rattrapé ton retard et je te remercie pour ça. On va pas revenir sur ces votes du mois dernier, c'est du passé maintenant... 114

-Doc, je voulais me donner un défi avec cet épisode. En effet, le concept est inspiré de ce qu'ont déjà fait Jerzy ou Verchain. Je voulais voir ce que je valais dans ce type de narration, qui plus est dans un moment où mon perso se sent mal à l'aise. Et montrer les repercussions sur son entourage.
Je pense avoir réussi mon coup même si j'aimerais avoir "plus" d'avis extérieurs à propos de cet episode.

En postant ici, vous m'aidez pour ma reflexion personnelle et je vous en suis reconnaissant.

Comme dirait l'autre (il s'identifiera) : Thanks for the kind words...

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jerzy59
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MessagePosté le: Lun 16 Juin 2008 9:03    Sujet du message: Répondre en citant

Ah j'aime beaucoup 10, c'est très juste, les mots sont judicieusement choisis et nous permettent vraiment de s'imprégner de ce club et de ce qu'il s'y passe.
Je dirais que tu as (encore) franchi un pallier, et t'incite donc à continuer 10

Sinon juste comme ça (faut bien critiquer un peu des fois aussi), un tableau noir, on n'écrit pas au feutre dessus, mais à la craie, sinon c'est un tableau blanc 100
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Si Bernard Mendy avait été à la place de Patrick Battiston, c'est Harald Schumacher qui serait sorti sur une civière.


Dernière édition par jerzy59 le Mer 18 Juin 2008 16:01; édité 1 fois
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steve84
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MessagePosté le: Mar 17 Juin 2008 14:28    Sujet du message: Répondre en citant

Episode X :

22 décembre 2007


Seconde partie :

Curtains down


I

Le soir du match, une radio française bien connue, séquence « Match Replay »


Première mi-temps

« Bonjour à tous, nous sommes en direct du stade Paul-Lignon où vont s'affronter Rodez et le FC Istres. Le FC Istres, mal en point en championnat, et son entraîneur, l'ancien arbitre Steve Veissière qui, en cas de revers ce soir, pourrait bien être démis de ses fonctions. En effet, il est fait état de rumeurs insistantes concernant l'avenir de Veissière à ce poste. Des noms circulent et on dit même qu'un accord aurait été trouvé avec l'ancien manager de Lorient, Yvon Pouliquen. »

(...)

« Et l'arbitre de la rencontre donne le coup d'envoi! Et déjà un premier ballon chaud bouillant devant les cages de Keenan, l'international espoirs nord-irlandais de cette formation istréenne. Et attention Caseiro qui se présente seul face à ce dernier! Le face-à-face est remporté par Keenan, auteur d'un réflexe miraculeux et qui préserve les chances du club bucco-rhodanien. »

(...)

« Nous atteignons la demi-heure de jeu et toujours ce score nul et vierge de zéro à zéro entre les deux équipes qui ont visiblement du mal à développer leur football. Mais c'est surtout du côté istréen qui la construction est plus difficile. Keenan, qui touche encore le cuir, est mis sous pression par un des attaquants ruthénois. Et le mauvais dégagement du gardien dans l'axe qui s'est totalement troué! La frappe qui suit ne donnera rien mais quelle fébrilité dans l'arrière-garde des violets! Ça ne respire pas la confiance, c'est le moins que l'on puisse dire. Et la pause qui arrive va faire du bien aux hommes de Veissière qui ont littéralement la tête dans le sac! »

(...)

« Et c'est la mi-temps sur ce 0-0. Pendant la coupure pub, Istres s'est crée une énorme occasion par l'intermédiaire de Marlet suite à un magnifique travail de Luis Escalada, le petit lutin argentin. Il a lancé Marlet dans l'espace mais il a buté sur Beuve et donc il n'a pas ouvert la marque, ce qui aurait pourtant fait du bien à ses coéquipiers. »

(...)


Quelques heures plus tôt...

« J'ai quelque chose à te dire, chérie...
- Je t'écoute.
- Voilà, tu sais que ces six derniers mois ont été riches en rebondissements autant positifs que négatifs. Cela coïncide bien sûr avec la date de ma nomination avec Istres. Dans l'ordre, j'ai eu un malaise, des accusations sans fondements, une attaque en justice à gérer et de gros soucis financiers avec le club...
- Où veux-tu en venir, Steve?
- Ben, après mûre réflexion, j'ai pris une décision qui sera irrévocable. Tu me manques ces derniers temps. Les allers-retours entre notre domicile et le siège du club me lassent, la situation à Istres n'est pas celle que j'escomptais et je suis fatigué en cette fin d'année. Plus que quand j'arbitrais. Je crois que c'est tout ce stress, cette tension, ce besoin vital de résultats qui me mettent à bout...
- Et qu'est-ce que tu vas faire ?
- Si, par malheur ce soir, nous perdons une fois de plus, je démissionne, je jette l'éponge...
- Mais tu ne peux pas abandonner! Pense à tous ceux qui voulaient ta perte, qui t'ont descendu au début. En agissant de la sorte, tu leur donnes raison et au fond, je sais que ce n'est pas ta volonté.
Tu sais, les avis extérieurs importent peu pour moi même si ça m'embête d'avoir échoué ici...
- (Elle le coupe) Tu parles déjà au passé de Istres, tu es démotivé à ce point ?
- Non, je ne suis pas démotivé, je suis blasé. J'ai vraiment tout essayé, toutes les formules avec les joueurs que j'avais à ma disposition mais rien n'y fait. Au plus la saison avance, au plus je me rends compte de mon impuissance. C'est un constat que je fais depuis quelques matches déjà. Les hommes ne se battent plus pour moi et attendent qu'une nouvelle tête vienne chasser la mienne.
- Bon, je sais que quand tu prends une décision, rien ne peut te faire changer d'avis mais s'il te plaît, pense à ce que je te dis maintenant. Tu fais peut-être une énorme erreur en voulant t'en aller.
- J'ai mesuré les risques, chérie...
- Et si tu gagnes, tu fais comment ?
- Je réfléchirais après le coup de sifflet final à cette éventualité mais je ferais le choix qui me paraitra le plus approprié à la situation. »

(...)



Seconde mi-temps

« Et c'est reparti dans cette rencontre, on joue depuis 17 secondes exactement et, à signaler, la rentrée de Doumbia en défense centrale à la place de Pierre-Fanfan qui est totalement passé à côté de son match. Le malaise est présent dans cette équipe et Veissière cherche les solutions mais que c'est dur... »

« Nous avons dépassé l'heure de jeu et la bataille du milieu de terrain fait rage. D'ailleurs, Suriano a été sanctionné d'un avertissement suite à un tacle trop appuyé. Mais attention Caseiro qui s'échappe dans le dos de Sabic! Le serbe ne peut pas le rattraper et l'attaquant de Rodez ne présente seul face à Keenan! L'occasion d'ouvrir la marque au bout du pied, la frappe et c'est le poteau qui repousse la tentative ruthénoise... Mais la relance est mauvaise et ce même Caseiro a une deuxième opportunité... Et c'est le BUUUUUUUUUUUT! BUT pour Rodez sur une incompréhension défensive, c'est absolument incroyable de passivité!! Le portier istréen se tient la tête entre ses mains tandis que Caseiro va fêter son but avec le public en liesse!! Ah, ce n'est pas immérité au vu de l'emprise du RAF sur ce match... Et l'avenir de Veissière qui s'obscurcit terriblement mais il n'est vraiment pas aidé par ses hommes aujourd'hui.

C'est donc Caseiro qui plante peut-être le dernier clou dans le cercueil de l'entraîneur français... »




II

Après le match, dans les couloirs du stade, 22h06

Les uns après les autres, ils défilent devant moi. Ils se défilent devant mon regard. Je tente de percer le leur avec insistance mais pas un ne lève la tête, pas un pour oser « m'affronter ». Je me demande si ces types savent se remettre en question. Mais une pensée me traversait l'esprit depuis un moment et j'ai maintenant la réponse à cette interrogation. Oui, messieurs, j'ai compris ce que vous voulez, j'ai assimilé votre message. Vous ne voulez plus de moi mais c'est à mon tour de ne plus vous vouloir. Même si je vous en veux. Car vous n'en vouliez pas sur le terrain...
Vouloir n'est pas pouvoir. Des longues minutes qui paraissent interminables, sur un des murs cette pendule couverte de poussière est le seul bruit animant le vestiaire. Soudainement, un grain vient enrayer la machine et perturber le cours des choses. Tout se passe dans mon dos. Tout bascule en une fraction de seconde.

Grégory Sofikitis, en se déshabillant, jette son maillot avec vigueur sur le sol. Comme un geste de dépit accompagné d'une nervosité visible. En me retournant, je vois ces deux hommes face-à-face, nez contre nez, prêts à en découdre. Le deuxième larron est Fabien Valéri, mon capitaine. La tension est à son paroxysme, les nerfs sont à vif.

Grégory ne mesure pas la portée de son acte. Surtout à ce moment-là. Pas maintenant, pas dans ces conditions, pas dans l'ambiance délétère actuelle. Leurs lèvres ne bougent pas, ils restent plantés, muets comme des carpes. Tout se passe dans les yeux.

Je décide toutefois de rompre la loi du silence et intervient :

« Regardez vous messieurs... Vous êtes risibles et ridicules... Grégory, bien que ce soit une manifestation de ton désarroi, je ne peux pas accepter ce que tu as commis. A quoi penses-tu quand tu fais ça ? Dis-le moi...
- J'en ai marre, coach, je vous le dis de but en blanc, je veux partir d'ici. Je suis en train de plomber ma carrière...
- Quoi ? Qu'est-ce que tu oses dire ? Là, devant tes partenaires, tu viens d'avouer que tu n'es pas digne de ce maillot. Tu montres en face des autres que tu ne te soucies que de ta petite gueule. Ta carrière ? Mais tu as à peine 22 ans, mon gars... Tu as été formé ici, tu dois tout à ce club pour t'avoir sorti de ta misérable existence et voilà comment tu le remercie ? En voulant quitter le navire... Avant de vouloir partir, il faudrait qu'un club plus huppé ait envie de t'engager et au vu de tes prestations, tu m'excuseras mais ça ne se bouscule pas au portillon... »


Conscient d'avoir fauté, Sofikitis baisse la tête et semble profondément blessé par mes paroles. Les autres fuient devant la situation, direction la douche.

Ainsi se retrouve seul le jeune espoir istréen, effondré en larmes par les vérités que je lui ai édicté. Je me rends compte aussitôt de la violence de mes propos et me porte à son secours. Ce n'était pas ma volonté de l'assassiner en public mais tout cela doit rester confidentiel.

Avant de partir, de laisser derrière nous ce lieu maudit, synonyme de défaite, je m'adresse aux joueurs. La plupart sont plus grands que moi et je dois hausser la tête pour leur annoncer ma décision, celle que j'ai prise quelques heures plus tôt définitivement avec Audrey...

« Messieurs, j'ai quelque chose à vous dire... »
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Dr ZOULOU
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MessagePosté le: Mar 17 Juin 2008 14:34    Sujet du message: Répondre en citant

peuh tu vas te faire lyncher...genre t'engueules ton joueur ettu veux faire la même chose que lui.....beuuh...Sors moi un lapin de ton chapeau steve....

Et sinon, je dois t'avouer que la description du matchpar les commentateurs m'a fait un ptit truc...un rappel d'une certaine story axée sportif...

c'est parfait mon loulou...Encore Bravo
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doms
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MessagePosté le: Mer 18 Juin 2008 18:16    Sujet du message: Répondre en citant

Avant de commenter tout mon retard, je tient à complimenter ta bannière que je trouve très bien fait.

Je comprends un peu ce que tu vis actuellement à Istres et ce n'est pas tjs évident de laisser l'église au milieu du village quand tes finaces diminuent de plus en plus chaque mois. En général quand cela va mal au sein du club, les résultats suivent pas toujours !!!

J'espère que tu arriveras à remonter la pente à Istres ou ailleurs si tu démissionnes. Tu pourras peut-être bien rebondir. A suivre ! lol

En tout cas, pas bien de nous laisser dans le doute car on sait pas ce que tu comptes faire :( mais bon en tout cas bonne continuation !!!
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steve84
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MessagePosté le: Mer 18 Juin 2008 18:27    Sujet du message: Répondre en citant

Doc et Doms merci tout d'abord...

Doms, si tu lis entre les lignes, tu comprendras que Istres c'est un peu mal barré (cf l'ultime phrase en italique)... 101
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Chabri
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MessagePosté le: Mer 18 Juin 2008 18:33    Sujet du message: Répondre en citant

T'es plutôt cool avec tes joueurs 100
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MessagePosté le: Mer 18 Juin 2008 19:45    Sujet du message: Répondre en citant

oui je l'ai vu que c'était mal barré mais bon je peux pas deviner si tu hésites à quitter ou si ta décision est prise !!!

y fait pas bon de se retrouver dans le meme vestiaire que steve !!! lol 100

Vas tu devenir un baroudeur comme moi ? lol
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Rai
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MessagePosté le: Mer 18 Juin 2008 20:13    Sujet du message: Répondre en citant

Istres est un club d'enfoiré ! Barre toi de là-bas dès que tu le peux et va... je sais pas... où tu peux en fait....

Si le Stade de Reims est dans le caca, postule là bas ! C'est bien Reims !
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MessagePosté le: Mer 18 Juin 2008 20:50    Sujet du message: Répondre en citant

Rai, faudrait déjà que Reims veuille d'un Veissière... 100

Bon, les gars, ça fait plaisir de vous voir réagir... 102

Doms, moi un baroudeur, why not ? Mais sachez juste qu'au niveau du jeu, je suis au mois de mai et que donc cette story aura au moins une saison (ça sera déjà mieux que Basile Boli 10 )

38
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steve84
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MessagePosté le: Lun 30 Juin 2008 11:03    Sujet du message: Répondre en citant

Episode XI :

Babbo Natale


On dit toujours qu'on sait ce qu'on perd mais que l'on ne sait pas ce que l'on gagne. Je crois que cette phrase résume bien mon cas. Voilà maintenant deux petites journées que j'ai quitté mes fonctions de manager et je me sens déjà en manque. La situation était devenue trop calamiteuse pour que je parvienne à renverser la tendance. Du moins, c'est ce que je pense. Je suis une personne honnête et j'ai su laisser mon ego de côté pour que le club ait une seconde chance. Même si cela s'avèrera compliqué pour mon successeur.

Au fond, qu'est-ce que je lui lègue ? Un président autiste, des joueurs non réactifs et un public inexistant. Sans aucun regret. Istres n'a pas d'ambition. Au contraire, je souhaite me bâtir une belle carrière.

Et moi, qu'est-ce que j'obtiens ? Rien, pas même une indemnité de départ étant donné que je suis parti de mon propre chef. Si, je vais aller pointer au chômage pour la première fois de ma vie. J'ai d'ailleurs rendez-vous début janvier pour parler de mon avenir et étudier d'éventuelles offres que j'aurais reçu. Mais est-ce que j'aurais encore la « côte » auprès des présidents ? Il va falloir que j'aille démarcher des mecs, faire la manche quoi... S'il faut passer par là pour arriver à grimper les échelons, pourquoi pas...



Ce soir, c'est Noël... Enfin, c'est la fête des gosses. La Noël, censée être un moment de joie et de bonheur pour tout le monde, sera un moyen d'essayer de retrouver le sourire pour moi. De reprendre goût à cette vie de famille que j'ai abandonné en juillet dernier...
A la mi-journée, Gennaro et Émilie se mettent à rêver d'un Noël blanc. En effet, des gros nuages blancs parcourent le ciel vauclusien. Et comme par enchantement, le miracle se produit. De petits flocons viennent recouvrir le sol et les montagnes du Luberoun. La beauté du paysage est indescriptible. Coincée entre la Durance, connues pour ses crues destructrices, et le massif du Lubéron, notre villa regorge d'une quantité de panoramas aussi authentiques les uns des autres. Un simple coup d'œil sur l'extérieur parvient à faire oublier tous les malheurs du monde. Et cela n'a pas de prix.

Alors que continue de s'accumuler la neige autour de nous, ma femme prépare la repas de ce soir. Le dîner type d'un soir de Noël. En entrée, de succulents toasts de foie gras avec du saumon. Le plat principal est constitué de la traditionnelle dinde farcie. Enfin, un dessert gourmand avec une bûche aux parfums de fraises. Nous avons invité quelques amis proches. Afin d'éviter un repas trop « morose » aussi. C'est dans ces moments-là que la famille et les potes comptent énormément.

La soirée se déroule dans une ambiance excellente, nos convives se sentant rapidement à l'aise. Machinalement, la télévision est restée allumée et nous rigolons expressément de ces émissions enregistrées il y a deux mois qui souhaitent de bonnes fêtes. C'est d'un ridicule... Les enfants sont assez grands pour ne plus croire en cette vaste mascarade qu'est le Père Noël. Certaines fois, on pourrait le regretter. Surtout quand un cadeau ne convient pas, il peut lui rejeter la faute. Là, les gosses acceptent leur présent sans piper mot, de peur de blesser leurs parents. C'est une attention touchante si on regarde de plus près.

Vers minuit, c'est le grand échange. Le sapin, orné de milles feux par les guirlandes et l'étoile qui trône au sommet, est d'une splendeur sans égal. Au pied, la crèche est installée. C'est Audrey qui a insisté lourdement pour la mettre en place. Elle est chrétienne mais pas pratiquante. Comme la plupart des chrétiens « modernes » d'ailleurs. J'ai accepté malgré mon athéisme primaire qui me porte à réfuter l'existence de ce dieu que l'on dit unique. Elle est donc là, cette crèche, et je dois admettre la beauté de l'œuvre construite par ma bien-aimée.

Passés la surprise et l'étonnement, place aux habituelles embrassades de remerciement. Chacun se prend dans les bras en se souhaitant un joyeux Noël et le cas échéant, des vœux de bonheur pour l'année prochaine. Au fond, c'est peut-être ça la magie de Noël...

Après leur départ et non sans avoir couché au préalable Gennaro et Émilie, Audrey m'a préparé un beau cadeau. Inoubliable. En effet, au fur et à mesure qu'elle empruntait l'escalier pour venir me rejoindre, j'apercevais ses fines et longues jambes félines vêtues d'un bas résille à rendre malade n'importe quel homme normalement constitué. Au fil de sa descente de marches digne d'un célèbre festival de la Côte d'Azur, je contemplais sa non moins belle descente de reins. Puis, elle laissait découvrir son buste habillé d'un léger soutien-gorge transparent de couleur rouge et blanche. A cette vision, j'étais aux anges. Quelle prestance dans sa démarche, elle aurait fait un parfait top-model... Coiffée d'un bonnet de même couleur que son soutien-gorge, elle s'approche de moi et me chuchote à l'oreille : « Le Père Noël n'était pas disponible mais il a trouvé une remplaçante pour te satisfaire... »

A ces tendres mots, j'ai bondi du canapé où je m'étais prostré. C'est elle qui a pris les choses en main. Quelle nuit torride ce fut... Une nuit bercé par l'irrésistible frénésie d'un amour éternel... Tout simplement grandiose, l'extase quoi.


Le lendemain, après quelques heures de sommeil bien méritées, nous décidons de sortir pour faire une petite balade. Histoire de se dégourdir l'esprit et de profiter de ces instants en famille. Malgré la quantité de poudre blanche qui s'est abattue sur la région, nous tenons tout de même à nous rendre à l'endroit où nous voulez aller. Le temps est dégagé même si le mercure est dans le négatif. Les chasse-neige ont bien fait leur travail et c'est sans encombre que nous arrivons à destination. Terminus Fontaine-de-Vaucluse. C'est ici que le poète italien Francesco Petrarca (Pétrarque) trouva nombre de ses inspirations. Le site enchanteur de la Vallis Clausa l'a littéralement subjugué. En effet, après une bonne heure de marche, on peut y apercevoir un gouffre aux origines mystérieuses.

C'est de ce point que naît la Sorgue, qui rejoindra ensuite le Rhône. Avec la couche de neige accumulée depuis hier, il est malheureusement impossible d'accéder à cet endroit. Mais étant donné la proximité de ce lieu, nous n'oublierons pas de revenir lorsque les conditions climatiques le permettront. Nous tenons tout de même à manger sur place et c'est dans un restaurant jouxtant le cours d'eau que nous nous rassasions.


Ces fêtes de fin d'année se passent plutôt bien. C'était ce qu'il me fallait pour repartir de l'avant, recommencer une nouvelle année sur des bases solides. Je ne dirais jamais assez merci à Audrey pour m'avoir offert un Noël aussi magnifique.

Comme à l'accoutumée, le jour de l'an se déroule chez mes parents. Enfin, une année chez les miens, l'autre chez les siens, au moins on ne fait pas de jaloux. Mes parents ont plutôt la forme compte tenu de leur âge avancé. Nous nous lançons souvent dans des parties de pétanque endiablées avec mon père, qui a tout de même été champion de France dans sa jeunesse. L'état de ma mère est néanmoins un peu plus préoccupant. En façade, elle a toujours cette pêche qu'on les gens du sud. Mais il y a quelques mois, elle a chopé cette saloperie de Parkinson. Et quand on ne voit pas souvent la personne atteinte, les changements sont fulgurants. Elle ne tremble pas encore visiblement grâce à un traitement efficace. Mais c'est inéluctable. Ses déplacements sont de plus en plus lents. Parfois, elle s'arrête de marcher. Le visage impassible, la bouche ouverte, ne clignant pas des yeux, je me demande toujours ce qu'il lui arrive. Je me précipite toujours vers elle, lui demandant si elle se sent bien mais elle refuse mon aide. Au fond de moi, je suis triste pour elle, ça me fait mal au cœur. Je souffre autant qu'elle souffre. Mon père aussi a du mal à accepter ça. Je crois qu'il ne supporte pas de voir sa femme dépérir aussi rapidement. Il arrivera un jour où il devra faire un choix. C'est ça qu'il ne veut pas voir en face. Le jour où elle n'arrivera plus à vivre décemment, le jour où elle sera admise dans un hôpital. Ce jour là sera le dernier dehors, « libre » de ses mouvements. Ce jour là, elle ne sortira plus jamais. Un jour, elle devra partir en paix. Pour faire taire cette douleur. Pour ne plus être rongé par cette maladie qui lui pourrit l'existence. Pour enfin être heureuse.

La vie doit malgré tout continuer. Il arrivera bien le moment où il nous faudra quitter cette terre.

Quitter la terre, le Dakar l'a déjà fait. L'édition 2008 a été annulé pour des raisons de sécurité, dit-on. Pour ma part, cela sonne le glas de ce rallye. On parle de course en Amérique Latine pour se substituer au parcours originel. Business is business. L'Afrique, berceau de l'humanité, est une nouvelle fois de plus délaissée. Abandonnée, mise à l'écart. La compétition chapeautée par Hubert Auriol ne se rend pas compte de ce que représente son produit. Bien sûr, on pourra toujours dire que certains autochtones sont réticents à l'idée d'être envahis par les « machines » du Vieux Continent. Mais pour les gouvernements locaux, il s'agit d'une manne financière bien peu négligeable. Le Dakar affiche l'Afrique, la met en valeur. Mais la loi du profit prévaut sur la relation humaine, sur la fidélité. N'appelons plus ça le Dakar, cela n'a plus aucun sens... No regrets...


Dans ma main droite, je tiens une lettre cachetée de l'UNECATEF. C'est par cet acronyme barbare que la plupart des personnes spécialisées dans le football connaissent le syndicat des entraîneurs. Il existe un organisme du même type pour les arbitres, l'UNAF pour les amateurs et le SAFE pour ceux de l'élite. En tout les cas, on vous considère comme un membre de la « famille ». Peu importe les distensions, peu importe les affinités, vous êtes des collègues. Et dans la difficulté, on soutient le confrère. Une notion quelque peu galvaudée dans le sport de haut niveau actuellement.

J'ai opté pour le train pour monter au siège du syndicat à Paris. L'institution emblématique longuement présidée par Guy Roux se situe à quelques pas du gratin du foot français, la Fédé. Boulevard de Grenelle... J'y suis enfin, largement en avance, on ne perd pas les vieilles habitudes. Les bureaux ne sont pas ouverts et je mets à contribution le temps libre que j'ai pour me balader dans un square non loin de là. A proximité de celui-ci se trouve un bar, bien esseulé d'ailleurs, et ayant envie de boire un café, je décide de franchir le pas de la porte. A l'intérieur, il n'y a pas foule. Deux personnes sont aguichés au comptoir et, à voir le teint rosacé de leurs joues, donnent l'impression d'y être collés depuis la veille. Le serveur, la trentaine naissante, prend ma commande. Puis il y a cet homme dans le coin. Dans cet endroit coincé entre les toilettes et une porte où il est écrit « PRIVE ». Le mec ne me voit pas mais je parviens à distinguer la forme de son visage. Sa silhouette ne m'est pas inconnue. Je le connais mais comment s'appelle-t-il ?



Dr Zoulou a écrit:
Le bistrot est vide. Malgré cette interdiction de fumer qu’ils ont foutu, il y a quand même cette odeur persistante de tabac froid. Il faudra quelques mois avant que cela ne se dissipe complètement. Le serveur arrive pour m’apporter mon café. La cuillère est à gauche de la tasse, sur la soucoupe. Ce mec ne sait il pas que 88.7% des gens sont droitiers. Quand bien même je serais gaucher, c’est une réglé élémentaire de l’hôtellerie. La tasse est posée. Je déplie tranquillement mon journal, L’Equipe, grand quotidien sportif qui ne doit ce qualificatif au seul fait d’être unique. Je feuillète les pages, une à une, j’aime lire les titres, juste savoir le sujet des articles, avoir une situation d’ensemble, Faire le tri de ce que je lirais ou non, et dans quelle ordre. Rien de bien intéressant, ils nous font chier avec leur Dakar annulé, avec le transfert de Fred à Paris. Aulas se masturbe encore en s’écoutant parler. Il est partout celui là. Il m’énerve. Je replie soigneusement, je lirais ça plus tard, je sais ce qu’il y a dedans.
« Je peux vous l’emprunter ? » Je lève les yeux. L’homme est deux tables plus loin, lui aussi avec un café. Il a un sourire franc, mais les traits tirés, il ne doit pas beaucoup dormir en ce moment. Je lui tends le journal. Il se lève s’approche mais au moment de prendre ce torchon qui sert de référence française, je le vois froncer le sourcil droit, me scruter d’un air interrogateur, songeur, voir intrigué, puis il me dit :

-Excusez moi mais….c’est sûrement une question con…on ne s’est pas déjà rencontré quelque part ?? Excusez-moi pour la phrase clichée…
-J’ai un visage banal, et je vous pardonne…Peut être que l’on s’est croisé quelque part au coin d’une rue, ou dans le métro, mais je n’en garde aucun souvenir…
-Ha…


Visiblement déçu, il s’en va se rassoir, et plonge dans sa lecture. Je l’observe attentivement. Son auriculaire tapote le sucre, nerveusement..Il ne lit pas, il cherche à se concentrer mais mon visage l’a interpellé. Quel drôle de bonhomme ! Plutôt que de pass