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MessagePosté le: Jeu 17 Juil 2008 7:28    Sujet du message: Répondre en citant

Episode 2 : Rimini.

Le soir quand l'Italie est triste
Elle ressemble à Rimini.
Non mais vraiment qu'est ce qui t'a pris
D'aller mourir à Rimini?

Les Wampas – Rimini.

Ma recherche de joueurs se poursuit, sans grand succès. Il ne reste plus que des joueurs bas de gamme, trop vieux, trop lents, trop mauvais tout simplement, dans la base de données des joueurs transférables, dont les équipes ne veulent plus, ou qui veulent absolument trouver un nouveau club, plus enclin à les laisser exprimer leur talent, ou supposé tel, sur la pelouse plutôt qu’au bout du banc ou dans les tribunes. Je vais donc devoir finir d’épuiser le budget pour obtenir les joueurs qui viendront compléter mon effectif. Il me reste vingt neuf millions d’euros, après ma folie dépensière de juillet.

J’ai lancé Baresi sur les traces de deux joueurs. José San Roman, qui avait fait une saison à mes débuts à Valenciennes, avant de partir pour Boca, pour dix fois son prix d’achat, et qui joue aujourd’hui à Mayence, au poste d’arrière droit. David Odonkor, le milieu allemand, pour doubler Villaluz. Je dois retrouver Baresi après le match d’ouverture du Campionato, face à la Lazio, pour faire le point sur ces dossiers.

J’apprécie le club romain depuis les années 90, l’époque faste du club, avant que son image ne soit troublée par les débordements d’une frange imbécile de ses tifosi, et par les douteux hommages de Paolo DiCanio à Benito Mussolini (ou alors était-ce à sa blonde petite fille Alessandra, qui était du temps de ses photos dans Playboy beaucoup plus belle à l’extérieur qu’à l’intérieur ?). La Lazio joue régulièrement les premiers rôles, et est qualifiée en Ligue des Champions. L’Inter débute donc sa saison par deux gros chocs, après la Juve en Super Coupe, voici la Lazio.

Le match est engagé. Je n’ai pas encore de sentiment particulier par rapport au déroulement prévisionnel d’un match. Je ne sais pas ce que le match va donner, pas comme quand j’étais en France, où les matchs contre Paris donnaient lieu à des festivals offensifs, et les matchs contre Marseille à des guerres de tranchées. Apparemment, les Laziali jouent dur, et défendent bien. Rooney fait cependant trembler la barre transversale du but romain. Si les poteaux étaient carrés… La mi-temps est atteinte sur le score de zéro partout. La Lazio est venue pour ne pas perdre, et parvient à tenir son objectif, grâce à un hors jeu peu évident privant Villaluz d’un but qui m’a semblé valable. Match à oublier. Villa se blesse, légère entorse, et nous finissons la rencontre à dix pour quelques minutes.

La réunion avec Baresi dure cinq minutes. Le temps pour lui de m’apprendre que ni Odonkor ni San Roman ne veulent venir jouer à l’Inter. Ces joueurs veulent être titulaires absolument, et n’ont pas envie de cirer le banc interiste, malgré le joli petit tas de pognon que cela leur rapporterait. Le temps pour moi de lui donner deux nouveaux noms de joueurs à contacter, et nous nous séparons.

Mes solutions de repli semblent plus décidées à porter le beau maillot nerazzuro. Alors que Baresi et moi sommes sagement assis sur les confortables chaises de l’auditorium du siège de l’UEFA, à Nyons, pour assister au tirage des poules de la Ligue des Champions, deux nouveaux joueurs se trouvent à Appiano Gentile pour prendre possession de leur paquetage, à quelques heures de la clôture du marché des transferts. Deux internationaux de plus à l’Inter. Gonzalo Castro, vingt six ans, est un latéral droit allemand, sélectionné à cinq reprises. Aaron Lennon, ancien petit prodige anglais, milieu offensif droit, barré en sélection par un certain Theo Walcott, et qui a lui aussi vingt six ans, débarque de Tottenham.

Le seul regret que j’ai lors du tirage, c’est que Valenciennes, tenant du titre, se retrouve dans le premier chapeau, avec nous. Je n’aurai donc pas le plaisir d’aller corriger Perrin à Nungesser en live, et de tester les réactions de ce public valenciennois qui me manque, dont la proximité et la chaleur sont l’une des choses que je regrette le plus, si jamais je regrette quelque chose. Un tirage apparemment facile. A moins que l’embourgeoisement qui me guette ne me fasse considérer les adversaires tirés au sort par la beaucoup moins jeune vedette anglaise de la chanson Joss Stone (qui aime apparemment jouer avec des boules…). Fenerbahçe, comme pour me rappeler de bons souvenirs valenciennois. L’Etoile Rouge de Belgrade, que je croyais morte cliniquement depuis 1991. Le Sparta Prague, sans commentaire.

C’est une belle soirée que nous avons passé dans notre villa en compagnie de mes trois anciens joueurs, Pablo et Matias accompagnés de leurs femmes, Evita et Julietta, et John Goosens, au bras duquel s’est présenté une jolie blonde répondant au doux prénom de Natalia, plus ou moins ancien top russe, rencontrée à ce qu’il m’a dit lors d’un défilé à Milan, quelques jours plus tôt. Ce que John Goosens, dont la coupe de cheveux proche de la tektonik attitude d’un Chamakh semble s’être arrêtée en 2008, foutait à un défilé de mode, Dieu seul le sait. Peut-être lançait-on une collection revival I_love_tck… Toujours est-il que la délicieuse Natalia a un surprenant regard d’un bleu étonnamment clair, qui tranche dans son visage qu’on dirait taillé à la serpe, comme beaucoup de slaves, et lorsque ses yeux se plantent dans les miens, j’ai comme l’impression qu’à travers cet échange de regards, elle est en train d’examiner le fond de mon caleçon. Je suis transpercé. Paralysé même. Au point de ne pas voir la main qu’elle me tend, espérant sans doute que je lui serre la louche, à la bonne franquette… Je ne dois qu’au bras de Hope qui vient envelopper mes épaules, sa hanche chaude venant se loger contre la mienne, de retrouver mes esprits et le sens des convenances. Natalia boit trop, et moi aussi, pendant le match Milan-Valenciennes que nous regardons, regroupés dans les canapés tout droit sortis du salon de Tony et Carmela Soprano, sur l’énorme écran de la télévision qui doit coûter le prix d’un vol aller retour Milan-New York, en business. Je bois parce que j’ai l’esprit à la fête. Nos pires ennemis, l’AC Milan, corrigent Valenciennes. Je ne reconnais pas l’équipe qui est sur le terrain. Oh, bien entendu, j’ai un peu de peine pour Gianpaolo Pazzini qui se morfond sur le banc, ou pour un Anthony Vanden Borre étonnamment replacé en défense centrale. Mais voir la tête que tire Perrin… ça n’a pas de prix…

Le match terminé, John propose de m’emmener à l’aéroport, où Natalia doit, elle aussi, prendre un avion. J’ai beau protester en voyant que John compte nous faire rentrer tous les trois dans sa nouvelle Audi TT Cabriolet, arguant du fait que Natalia devra jouer les contorsionnistes (« elle est super souple », m’a-t-il répondu avec un clin d’œil), rien n’y fait. Une route presque sans encombre, sauf pour une Natalia aussi imbibée qu’un Boris Eltsine des grandes heures qui, après m’avoir demandé trois fois si j’aimais ses jambes, n’a rien trouvé de mieux que d’évacuer le trop plein sur une aire d’autoroute. Scène surréaliste de début de nuit. Un cabriolet qui s’arrête, un gros bonhomme qui en descend pour soulager une envie pressante consécutive à une consommation excessive de Bud Light sans doute. Un mannequin blond, superbe dans le rôle du pantin désarticulé qui enjambe la portière que le type vient de refermer, sa robe déjà trop courte et beaucoup trop moulante pour être tolérée dans un pensionnat de jeunes filles remontant encore plus haut sur ses cuisses, qui vient s’abattre à côté de l’homme qui pisse et, à genoux, se met à hurler après un certain Raoul, puis après un certain Hugues…

Après cette petite scène que je ne raconterai pas à mes petits enfants, le reste du trajet s’avère beaucoup plus calme. Je peux donc fermer les yeux le temps du vol pour Mexico, non sans avoir gratifié l’hôtesse, américaine à en juger par cette façon d’être si particulière qu’ont les blondes de là-bas, de mon sourire numéro vingt quatre bis, qui signifie que si je n’étais pas marié, je l’emmènerai bien faire un tour dans le fond de l’appareil pour qu’elle m’explique le fonctionnement des masques à oxygène…

En cas de victoire ce soir, dans ce stade Aztèque plein comme un Jean-Louis Gasset un soir de triomphe, le Tri assurera sa qualification directe pour la Coupe du Monde. Mes joueurs se donnent sans rechigner à la tâche, et Guzman se voit refuser pour hors jeu un but qui découragerait les Guatémaltèques, qui peuvent encore prétendre se qualifier. Vela ouvre finalement la marque à la trentième minute, imité en seconde période dans le rôle du frappeur de loin par Omar Esparza, lui que j’aimerai ajouter à l’effectif de l’Inter, qui s’est imposé au poste de milieu défensif du Tri alors que personne ne semblait vouloir lui faire confiance lorsque j’ai pris l’équipe en mains. Le Mexique est qualifié, et nous jouerons encore quatre matchs sans enjeu, où j’essaierai de relancer quelques joueurs. La Jamaïque, seconde, est à cinq points et nous bénéficions d’une marge de huit points sur les USA.

A peine le temps de prendre l’avion, de me poser à Milan, de prendre une douche directement dans le vestiaire et d’enfiler le costume du club, une nouvelle journée de championnat m’attend. Je ne pense pas que les produits de la société Charal sont distribués en Italie. Pourtant, les joueurs de Vicenza serait à n’en pas douter de dignes porteurs du logo de la société sur leur maillot. Le football à Vicenza, c’est de la boucherie industrielle. On croirait que cette équipe est directement échappée du championnat mexicain, si on n’y regardait pas de plus près. Sur son premier débordement, Aaron Lennon est fauché par le latéral gauche. Gros hématome sur le pied, et premier changement après moins de cinq minutes. Okaka réussit à éviter les fauchages, et ouvre le score au bout de dix minutes. Goosens inscrit son premier coup franc sous le maillot de l’Inter dix minutes plus tard. Apparemment, Natalia ne lui a pas ôté la précision chirurgicale de ce pied gauche qui a si souvent fait se lever Nungesser. Après la blessure de Cambiasso, à nouveau sur une agression caractérisée peu avant la pause, Okaka y va de son petit doublé. Profitant de l’heure de jeu, je fais souffler Piatti, remplacé par Barazite, coupé à la cuisse par un crampon visiteur sans réaction de l’arbitre à la quatre vingt neuvième minute. Les joueurs de Vicenza profitent des contestations et de la désorganisation qui en découle pour inscrire un but par Napoleoni, le bien nommé… un petit joueur qui profitera de la remise en jeu pour se jeter, les deux pieds décollés, sur Okaka, qui doit lui aussi sortir, blessé pour une semaine.

Prenant à peine le temps de répondre aux journalistes, je dois déjà reprendre le chemin de l’aéroport, et partir pour la Jamaïque. A Kingston, nous retrouvons l’équipe dont le gardien ne s’appelle plus Barrett… Le match est très moyen, mes joueurs semblant déconcentrés. Après une première mi-temps brouillonne, Michael Silva est fauché par Damian Francis, qui est expulsé sur le coup. Un déboulé de Christian Sanchez, ridiculisant trois Jamaïcains, et conclu par une frappe puissante heurtant le poteau avant que le ballon ne pénètre dans le but nous permet de nous imposer, sans trembler ni convaincre. La Jamaïque était sans doute trop forte pour aligner un milieu et une attaque entièrement renouvelés. Toujours est-il que nous sommes dorénavant assurés de la première place.

Après un retour en jet privé mis à ma disposition par le club, accompagné de César Villaluz, il est temps, après deux jours de mise en place tactique, d’aller défier l’Udinese dans son antre du Friuli. L’Inter maîtrise la rencontre. Wayne Rooney inscrit son cent vingt cinquième but en championnat dès la dixième minute, et Pablo Piatti débloque son compteur personnel moins de cinq minutes plus tard. L’affaire est entendue. C’est soir de premières. Mertesacker s’offre une belle tête sur corner et Obafemi Martins, rentré en cours de jeu, fait monter l’écart à quatre buts. Sepulveda (tiens, un joueur qui porte le nom d’un boulevard de L.A.), profitant d’un moment de distraction du géant allemand Mertesacker, réduit le score en fin de rencontre. Business as usual.

Ce qui va changer le cours du business, c’est la bombe atomique en une du Corriere Dello Sport du lendemain. David Silva est fâché avec César Villaluz. Au repos la veille, il a lâché à une journaliste ayant laissé traîner un micro à proximité qu’il ne souhaitait pas rester à l’Inter si Villaluz restait au club. Silva se déclare même prêt à faire le siège du bureau du président et du mien pour obtenir son transfert… Tout cela à trois jours de notre entrée en compétition en Ligue des Champions…

J’ai parlé aux deux joueurs à leur arrivée à l’entraînement, ce matin-là. Je leur ai expliqué que je ne voulais pas savoir quelle sombre histoire de cul, de fric, de jeu se tramait entre eux. Je leur ai expliqué que, comme il n’y a pas de mercato avant fin décembre, il faudrait qu’ils vivent ensemble l’aventure de la saison au moins jusqu’au jour de l’an. Et je leur ai également dit que les pleureuses qui s’écharpent par presse interposée, cela ne me plaisait pas. Après leur départ, j’ai demandé à Baresi de me lister les milieux offensifs gauche qu’il pensait que nous pourrions recruter en cas de départ de Silva, deux précautions valant mieux qu’une.

L’ambiance à Fenerbahçe est telle que je l’ai déjà connue avec VA. Des trombes d’eau s’abattent sur la pelouse, mais ne douchent pas l’enthousiasme des supporters locaux. Elles empêchent néanmoins les deux équipes de pratiquer un football réjouissant, et la mi-temps est atteinte sur un score nul et vierge. Ibrahimovic parvient toutefois à s’extirper du bourbier stambouliote peu avant l’heure de jeu, et ouvre le score. Stephen Appiah égalise à la quatre vingt troisième, d’une de ces frappes de folie qui semblent être l’apanage des joueurs africains. Une frappe déclenchée des vingt cinq mètres, quasiment sans élan, et qui vient faire dégringoler l’eau qui ruisselait sur le filet du but de Julio César. Tout est à refaire, aurait dit Thierry Rolland. Zlatan Ibrahimovic, qui fait un début de saison fabuleux, emporte la décision, au bout du bout des arrêts de jeu, coupant le son dans le stade. Une bonne entrée en matière.

Le dimanche suivant, l’Inter se déplace à la Samp’. L’occasion pour nous de porter pour la première fois nos maillots blancs, ornés d’une croix rouge qui rappelle les armoiries de la ville de Milan. J’adore ce maillot. J’espère simplement qu’il ne nous portera pas la poisse. Car nous enregistrons ce soir notre première défaite. Deux buts idiots, en contre. L’un pour Biglia juste avant la pause, l’autre pour Elyanoussi juste au retour des vestiaires. Autour de ces deux buts, un festival de ratages, de frappes dévissées, d’occasions gâchées. Et, pour finir en apothéose, Silva et Villaluz qui s’empoignent dans le couloir des vestiaires. Il aura fallu que j’intervienne personnellement pour les séparer. Finalement, j’aimerai savoir ce qui se passe entre ces deux joueurs. Même si je leur ai affirmé le contraire.

Au retour de Gênes, en cette fin d’après midi dominicale, je retrouve Hope dans notre villa du bord du lac. Je suis déprimé. Le whisky ne permet pas de me remonter le moral. La divine pizza qu’Hope a préparé non plus. Nous discutons. Hope me promet de se renseigner auprès d’Evita, pour voir si son amie connaît les raisons de la brouille entre mes milieux offensifs, au cas où Matias ou la femme d’un autre joueur lui en ait parlé. Je suis, comme souvent, amer après cette défaite. Je me suis sans doute vu arrivé trop vite. Et il y a encore du boulot. Pour noyer mon amertume, quoi de mieux que l’amertume d’une Carlsberg ? Il y a mieux. Quelque chose de chaud et humide. Qui commence par une main baladeuse qui remonte le long de ma cuisse. Puis, la main agile atteint les boutons de mon pantalon et parvient, sans trop s’escrimer, à se débarrasser de l’obstacle de tissu, poursuivant sa route vers sa destination. Et c’est à cet instant que ça devient chaud et humide. Et que ça se termine par un vrai relâchement de l’esprit. A croire que la femme que j’aime est devenue complètement nymphomane depuis son arrivée à Cernobbio. Même les babillements de Junior, resté au calme dans son parc au salon, même pas intrigué par le profond soupir, feulement de vieux tigre qui fume trop, ayant accompagné l’apothéose buccale ne viennent pas détourner Hope de sa tâche. Elle m’adresse un clin d’œil, boit une gorgée de ma Carlsberg, avalée comme l’aurait fait un vieux biker, et ces mots… « You better get some rest… I’m not finished with you… »

Heureusement, la prochaine journée de championnat arrive trop vite pour que j’aie le temps de gamberger sur mon dispositif tactique. J’ai profondément remanié l’équipe. Ne restent que Diarra, Pablo et Matias. Diarra, d’ailleurs, se charge de lever tous les doutes à la vingtième minute. Le portier du Torino semble figé pour l’éternité, regardant la frappe du petit milieu défensif génocider les araignées qui traînaient dans sa lucarne. Nous maîtrisons le match. Tissone, milieu de devoir, sauve le Torino au retour des vestiaires, descendant Pablo Piatti qui filait au but. Sanction immédiate. Les dix Turinois ne nous poseront plus de problèmes. Wayne Rooney, magnifiquement décalé par Piatti aggrave le score à la soixante troisième. Deux à zéro. C’est reparti.

Les blessés reprennent les uns après les autres le chemin des terrains d’Appiano Gentile. C’est reparti, et la confirmation tombe dès le dimanche suivant. L’Inter atomise la Reggina, où est venu se perdre l’ancien grand espoir du football français, Peter Luccin, grâce à un triplé d’Ibra durant le premier quart d’heure, et un but de Rooney en fin de première période. Le match étant plié, je profite de la situation pour sortir mon trident offensif peu après la pause.

San Siro assiste à un nouveau festival offensif pour la venue de l’Etoile Rouge. Goosens inaugure la marque à la quinzième, nous jouant la septième saison de « Sniper ». Ibra et Rooney y vont de leurs doublés, ruinant les espoirs serbes courageusement entretenus par des buts de Stojanovic et Despotevic, le capitaine, qui sont inscrits en seconde période, au milieu du doublé de Rooney. Cinq à deux, et un stade Giuseppe Meazza qui se réjouit de l’hommage rendu à celui qui a donné son nom à l’antre de l’Inter.

Le temps d’un aller retour rapide vers le Canada, où une équipe du Mexique dans laquelle j’ai laissé les titulaires habituels au repos en perspective du match de la semaine suivante contre le voisin américain fait match nul sans marquer face au Canada devant un BMO Field de Toronto à moitié rempli, le temps également de lire l’interview élogieuse (« il est l’homme de la situation ») accordée par le président Moratti à la Gazzetta Dello Sport dont un exemplaire avait été déposé négligemment sur la petite table de travail dans le jet interiste qui me ramenait vers Naples, il est temps de faire face, pour la première fois de ma carrière, au Stadio San Paolo. San Paolo est peut-être le stade le plus chaud d’Italie. Les Napolitains sont des supporters outranciers, aimant leur club jusqu’au bout, eux qui ont eu la chance de voir évoluer le Pibe de Oro… Ils verront aujourd’hui le Pibe de Plata.

Naples sort d’une belle saison, et est actuellement cinquième, un point derrière l’Inter. Et, pour ce match, les supporters sont montés en pression comme si on jouait le Scudetto en ce bel après midi d’Octobre. Les Napolitains découvrent donc le Pibe de Plata, qui offre une merveille de passe en retrait à Wayne Rooney au quart d’heure, avant d’inscrire son but à la vingt septième minute. C’est alors que tout s’emballe, le peuple de Naples hurle, vitupère, s’indigne lorsqu’arrive la faute. Mertesacker lance sa grande carcasse les deux pieds en avant, attrape le ballon, mais aussi Antonio Floro Flores, l’enfant du pays. Penalty. Expulsion. Diego Garay transforme, et Naples pousse, pousse, et pousse encore. Soixante dix mille personnes braillardes poussent elles aussi, et le jeune Hollandais Jacobs finit par égaliser à dix minutes du terme. Onze Napolitains sont donc aussi forts que dix Milanais.

Avant une trêve internationale en Europe, pour une dizaine de jours, qui mobilisera une bonne partie de mon effectif, je bénéficie d’un nouvel aller retour sur Air Moratti direction Mexico. Les Eagles Américains, les voisins de mes petits hommes verts (Roswell, c’est au Nouveau Mexique…), viennent tenter d’arracher une place qualificative pour la Coupe du Monde. La rencontre est disputée dans une bonne ambiance, à croire que tous les Mexicains de Los Angeles et du Texas sont venus retrouver leur famille restée au pays. Vela ouvre la marque à la neuvième minute, et les Américains égalisent par Landon Donovan, profitant d’une absence d’un Christian Sanchez par ailleurs fort critiqué pour ses performances actuelles à Séville pour inscrire une belle tête décroisée au premier poteau, devant un Ochoa médusé. A la pause, je suis assez mécontent de mes joueurs, qui n’ont pas véritablement fourni les efforts nécessaires pour écarter des Américains fort motivés. Les récents rapports d’observation de Jorge Campos ont porté à mon attention les performances récentes d’Andres Guardado, devenu titulaire indiscutable au milieu à Chelsea. Je décide donc de lancer Guardado, modifiant mon milieu de terrain. Giovani Dos Santos passe meneur, Vela monte d’un cran en attaque, et le transparent Ever Guzman part à la douche. En moins d’un quart d’heure, la situation est débloquée. Le milieu combine bien, et Dos Santos donne l’avantage aux Mexicains dans un Stade Aztèque qui hurle son bonheur. Guardado parachève l’œuvre en inscrivant le troisième but à un quart d’heure de la fin. Je crois avoir trouvé la bonne formule au milieu.

Je ne me suis pas éternisé à Mexico. Pas par peur d’affronter mes anciens démons, mais parce que j’ai quelque chose de prévu en Italie. Un pèlerinage. Je pars sur les traces de mon idole. Le Pirate. J’ai prévu de retrouver Matias là-bas. Mon adoration pour le petit cycliste de Cesenatico le rend perplexe. Je voulais voir Rimini. C’est là-bas, à trois heures de route de Milan, que nous mène ma rutilante Quattroporte. Hope et Evita sont restées à Cernobbio, avec les enfants, pour passer du temps « entre filles ». Nous arrivons sur les bords de l’Adriatique, après un détour par la statue du champion, chez lui, à Cesenatico, devant laquelle je me suis recueilli, moi qui n’ai pas de religion, sous l’œil amusé du très croyant Matias. Foule d’images qui me reviennent en mémoire. L’Alpe d’Huez, les Deux Alpes, le Ventoux, mais aussi le Pordoï, la Marmolada… C’est comme si j’entendais, pendant ces quelques minutes, passées à fumer ma Rothmans, Matias quelques pas derrière moi, les foules rugissantes des Dolomites, voyant passer l’idole, la figure adorée d’une religion païenne, le Pantanisme… Je repense aussi à la honte, à la disgrâce de Madonna di Campiglio, le petit homme qui sort de l’hôtel une serviette sur la tête, lorsque tout a basculé, champion fauché en pleine gloire pour un contrôle antidopage contestable et contesté. C’est presque les larmes aux yeux que j’atteins Rimini, avec un Matias mi-amusé mi-inquiet de me voir dans un état pareil. La sinistre pension des Roses, là où on retrouva le Pirate le jour de la Saint Valentin, n’existe plus, rasée précipitamment, comme pour effacer les traces d’on ne sait quelle sombre histoire qui aurait coûté la vie à Pantani.

Le pèlerinage m’a bouleversé. Nous avons prévu de passer la nuit ici, de profiter un peu d’un bon restaurant de fruits de mer sur la plage, en cet été qui se prolonge. Rimini. Les accords de la chanson des Wampas résonnent à mes oreilles alors que nous quittons le restaurant. J’ai l’air abattu. Matias, de plus en plus inquiet, me propose d’aller prendre un verre dans une des nombreuses boîtes de la ville. J’accepte, peu motivé. Nous franchissons la porte de l’Embassy, coincée entre la plage et le parc Alcide Cervi. Carte postale. Ou plutôt scène de cauchemar. C’est la fin de la saison, et, même si la chaleur persiste à abrutir les neurones des derniers touristes en ce mois d’octobre, il ne reste plus à Rimini que trois types de populations. D’un côté des Allemandes entre deux âges, plus proches de la cinquantaine que de la nubilité, qui se dandinent sur la piste au son d’une musique électronique ronflante du pire effet (il y en a qui aiment ça…), se frottant outrageusement à quelques bellâtres locaux, caricatures du playboy italien, bien décidés à boire à l’œil toute la nuit sur le compte des hormones de ces demi-vieilles qui font de la roue libre, voire à se faire offrir une montre ou que sais-je d’autre si la chevauchée qu’ils accordent à Greta est assez fantastique pour mériter récompense. De l’autre, quelques jolies filles, qui désespèrent de devenir mannequins ou actrices de séries télé à l’eau de rose, abandonnées là après avoir offert leurs corps tout l’été à la clique semi-people mais tout à fait interlope venue de Rome et de Milan, de Berlin et de Zürich. Au milieu de tout ça, la jeunesse dorée locale, par petites grappes qui jettent des regards méprisants aux deux premiers groupes.

L’Embassy est la boîte la plus chère de Rimini. Le whisky est hors de prix, mais est de qualité supérieure. Trouver du Balblair à Rimini m’étonne énormément. Nous sommes assis dans des canapés confortables, à siroter le breuvage écossais, à contempler le triste spectacle des mémères saxonnes, à dévisager les gosses de riche qui semblent nous avoir reconnus et nous lancent des regards de défi, comme pour lire dans nos yeux si nous avons remarqué les quelques voitures de sport devant l’entrée qui, oui, sont à eux, à jeter de temps en temps un œil vers les pseudo-starlettes qui tentent d’attirer le regard des deux ou trois hommes murs qui devisent près du bar, dans une autre alcôve, lorsque retentit un grand « Amici !!!! »

Arrivent vers nous deux jolies blondes, celle de gauche m’étant inconnue. Celle de droite, je ne la connais que trop bien. Natalia, ma compagne de l’aire de repos… Je ne sais pas si elle a trouvé Raoul, ou Hugues, mais elle semble avoir retrouvé une bonne amie à elle, aussi éméchée ou stone que sa compagne du soir. Natalia fait les présentations, dans un sabir italo-anglais du plus bel effet. La donzelle de droite, qui pourrait être la photocopie de Natalia, longues jambes et robe moulante, décolleté à faire se damner Padre Pio, semble vraiment être une très bonne amie de Natalia, à qui elle malaxe gaiment la hanche, remontant même parfois la main dans le mouvement de bas en haut de son bras gauche à des hauteurs qui frisent l’indécence.

Les filles s’abattent entre nous sur le canapé où l’on serait certainement serrés si ces donzelles taillaient trente huit. Elles se font offrir un verre, et Natalia nous explique, descendant whisky sur whisky (elle va me boire la bouteille, cette conne), que son amie Marina (pas vraiment du genre morue…) et elle sont venues faire une petite virée pour oublier le stress des défilés. Putain, ça dure combien de temps, les défilés ? Faudra que je me renseigne auprès de John Goosens. Marina, comme aurait pu le dire un de mes amis connus pour sa finesse d’analyse et de langage, est bonne à enfourner. Elle entreprend de se coller à Matias, pensant sans doute que le grand et fort gaillard n’attend qu’un mot pour la culbuter sur la table basse, alors que celui-ci tente de la repousser du mieux qu’il peut, expliquant qu’il est marié et fidèle et que, non, il n’a pas envie d’elle. Sentant la conversation glisser sur le thème de la fidélité, je somatise. Ma vessie fait des siennes, m’invitant à aller évacuer le trop plein pour ne pas avoir à rebondir sur les propos du vice-capitaine de l’Inter.

Fait chaud dans cette boîte, me dis-je en me lavant les mains. Et avec les deux folles qui sont venues se greffer à notre improbable duo, la température risque encore de monter… Je m’asperge le visage au-dessus du lavabo, trempant mes cheveux pour faire baisser la pression et les effets de l’alcool. La porte s’entrouvre derrière moi, sans que j’y prête attention. Lorsque je relève la tête, je croise dans la demi-clarté des toilettes un regard bleu profond. Natalia s’est invitée à la fête. Comme sur un catwalk, elle s’avance vers moi, ses yeux figés dans les miens, comme si elle regardait sont propre reflet dans le miroir, comme si elle voyait à travers mon épaisse carcasse, et nos deux bassins ne sont bientôt plus séparés que par sa main, paume dirigée vers mon entrejambe. « Tu aimes mes jambes ? ». C’est pas possible… Pourquoi en revient-on toujours à cette question existentielle ? Ses yeux, un peu dans le flou, sont magnifiques, semblant capter le peu de lumière de la pièce. Je la repousse, avec un « pas maintenant » de jouvenceau. Bonjour le pèlerinage !

Natalia semble ne pas avoir trop mal pris mon refus. S’accrochant à mon cou, elle traverse à mes côtés la boîte soit disant la plus select du coin pour rejoindre le canapé. Sur le simili cuir bordeaux, Matias et Marina sont installés l’un à côté de l’autre. La blonde semble avoir abandonné l’idée de faire un moulage du corps de l’Argentin avec le sien. Assise bras croisés, elle semble déboussolée. Une larme coule sur sa joue, donnant à son maquillage un aspect des plus étranges. Peut-être qu’il l’a giflée ? Natalia, voyant son amie pleurer, s’installe prestement à son côté. Marina se réfugie dans les bras de Natalia, enfouissant sa tête dans le cou de l’autre blonde. Matias me regarde, penaud, en haussant les épaules. S’il y a un reporter people dans la boîte, on aura la une de la prochaine édition : « le Mister et le Capitaine révisent leurs schémas de jeu en charmante compagnie à Rimini ». Cette histoire pue le double divorce, et les pensions alimentaires salées, alors que nous sommes innocents, votre honneur. Il est temps pour nous de tenter de nous esquiver.

Marina, qui semble avoir décidé de changer de bord, a entamé une séance de petits bisous dans le cou de Natalia, avant d’attraper les lèvres de la petite amie de Goosens à pleine bouche. Une vraie manifestation de fierté lesbienne, la main gauche de Marina pelotant le sein droit de son amie. Après le baiser, elles rient toutes les deux, se lèvent, et Natalia déclare qu’elles vont se repoudrer le nez (surtout l’intérieur, je crois), me demandant d’une voix de petite fille : « Tu veux venir ? », sourire malicieux accroché à ses lèvres carmin. Encore un scandale en perspective dans les toilettes de l’établissement. Une belle occasion pour nous de décamper. Pas très chevaleresque, mais vital.

Après une courte nuit, Matias et moi avons repris la Quattroporte, direction Milan, après un détour par les Dolomites, pour retrouver un peu l’esprit du pèlerinage qui a bien failli se transformer en orgie. Nous rentrons à Cernobbio, vers vingt heures, affamés, et heureux de retrouver nos petites familles respectives, loi du tumulte de la nuit précédente. Autour d’un barbecue à l’américaine (ces Américains sont partout comme chez eux…), nous racontons notre équipée à nos femmes, qui trouvent là l’occasion de bien se moquer de nous, les presque victimes d’un viol en réunion... La soirée se finit dans les rires, Matias et moi ayant pris le parti d’en rire aussi. Pas de divorce en vue… Lorsque Hope vient me rejoindre au lit, se glissant telle une tigresse dans les draps et me demande « elle t’a fait de l’effet, la pute de John ? », je sens bien qu’en répondant « Aucun. Pas comme toi », la nuit sera courte…

Le dimanche suivant, après avoir récupéré sans casse mes internationaux, le match à San Siro contre Cagliari est une formalité. Business as usual, again. Deux buts de Silva (tiens tiens, sur un centre de Villaluz…) et Rooney nous permettant de disposer facilement des Sardes.

Le match de Ligue des Champions du mercredi est placé pour moi sous le signe de la déception, et de l’inquiétude. Pas moyen d’inscrire un but au Sparta. Per Mertesacker y va même de son deuxième carton rouge en autant de rencontres (et même le troisième si l’on compte le match disputé avec l’Allemagne), et mes attaquants font preuve d’une fébrilité jamais vue devant le but. A dix pendant plus d’une heure, nous arrachons un match nul jusqu’au bout, sans occasion tchèque, sans précision interiste.

Ça sera peut-être plus dur que prévu…
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MessagePosté le: Jeu 17 Juil 2008 7:31    Sujet du message: Répondre en citant

Episode 3 : Siamo Noi

Siamo la vita scritta sopra i muri
confusi ed insicuri
fotografie e immagini di un infinito film
siamo colpevoli esseri innocenti
testardi ed incoscienti
raffiche di grandine
e bandiere di felicita

Laura Pausini – Siamo Noi

Pas évident. Plus difficile que prévu. Les deux matchs suivants m’en donnent l’illustration. A Vérone, où nous retrouvons le Chievo, nous dominons outrageusement la première mi-temps. Pour rien. Le Chievo résiste, encore et encore. Souvent à la limite. Wayne Rooney en fait les frais, et sort blessé un gros hématome au mollet gauche. Martins, qui l’a remplacé, fait parler sa vitesse, et finit par prendre le meilleur sur son garde chiourme. Le Nigérian donne l’avantage à l’Inter, d’une frappe précise et puissante, à la soixante septième minute. Useless. Peltonen égalise pour le Chievo douze minutes plus tard, sur un ballon qui traîne dans la surface. Un but partout. Plus difficile que prévu.

Nous sommes véritablement dans une série délicate, au milieu de ce mois d’octobre. Dès le mercredi suivant, nous rencontrons l’Atalanta, juste à côté de Milan, dans une ville qui s’appelle Bergame, où, si j’étais un homme… L’Atalanta perd son milieu Diego Pérez, l’ancien Monégasque, dès la dixième minute. Deux fautes grossières. Une sur Piatti, l’autre sur Varriale, alignés ensemble pour la première fois, afin de varier le jeu, laissant le seul Ibrahimovic en pointe. L’Atalanta emploie la tactique du hérisson après l’expulsion. Il faudra une reprise insensée, presque trop heureuse pour être possible, de Lassana Diarra suite à un corner de Villaluz pour que nous emportions la décision. Courte victoire, mais ce huitième match sans défaite nous permet de garder le contact avec nos éternels rivaux, l’autre club de la ville, où un certain Alexandre Pato brille de mille feux, l’AC Milan.

Nous enchaînons un troisième match en sept jours. Nous recevons Livourne. Même si les matchs entre l’Inter et Livourne n’ont pas la dimension de la lutte entre le grand capital et les partisans du Che que peuvent avoir les matchs contre le Milan, qui sont pour les Livournais l’occasion de lutter contre Berlusconi, le match du jour est engagé, mais ne connaît pas de débordements. J’ai aligné une équipe « bis », dans l’optique du match de mercredi à Prague. Le Livournais Paolucci nous prend à froid et ouvre le score dès la troisième minute. Nous allons devoir cravacher. A la mi-temps, après avoir copieusement engueulé mes joueurs, je décide de passer à une organisation plus offensive. Martins semble avoir bien pris l’engueulade, s’échappe côté gauche, avant d’éliminer d’un crochet vers l’intérieur le défenseur qui lui collait aux basques. Sa frappe fait se lever la Curva. Cinq minutes en seconde mi-temps, et nous sommes revenus. Mes hommes se lancent à l’assaut du but toscan. Sans réussite, mais il flotte une certaine euphorie. Elle ne dure pas. Sept minutes après l’égalisation, les Livournais reprennent l’avantage grâce à l’ancien Mancunien Park. Vingt minutes de pilonnage des positions adverses, et Balotelli, entré en jeu depuis peu, égalise. Il ne faudra que dix minutes à des Toscans organisés pour contrer pour inscrire le but victorieux par Issar Dia, leur capitaine. Pas vraiment la meilleure façon de préparer un match de Ligue des Champions. Le Milan prend une avance de six points en tête du championnat.

Nous sommes arrivés à Prague dans l’après-midi du mardi. Un petit entraînement sur la pelouse de l’AXA Stadium, petit stade de vingt et un mille places. Curieusement, Silva et Villaluz se chambrent en espagnol. Les Argentins se marrent en entendant l’Espagnol et le Mexicain échanger des plaisanteries. Leur fâcherie serait-elle terminée ? Nous séjournons à l’Art Hôtel. Après un repas pris en commun, chacun va vaquer à ses occupations. Certains se jettent sur leurs portables pour appeler femme, petite amie, parents, maîtresse... Certains autres se connectent à Internet, pour parler avec leur famille, leurs amis, chercher des articles ou que sais-je. D’autres encore on allumé les Blu-Ray et dévorent le dernier film d’action à la mode. Les plus jeunes se bagarrent autour d’une PS4. Deux joueurs ont décidé de ne pas faire comme les autres, et d’aller prendre un verre au bar de l’hôtel.

Ils sont attablés dans une alcôve du lounge bar de l’hôtel. En fort charmante compagnie. Cette fascination qu’ont les femmes, surtout celles qui sont jeunes et blondes, pour les joueurs de football est étrange. En tous cas, les deux joueurs sont accompagnés de deux jeunes filles, qui, à elles deux, ne doivent même pas avoir beaucoup plus que mon âge. Sur la table, on dirait des verres de jus d’orange. Trop loin depuis mon tabouret de bar où je sirote un Lagavullin, je ne peux savoir s’il s’agit bien de jus de fruit, ou d’un cocktail à base de jus de fruit. Les blondes baragouinent quelques mots d’anglais et d’italien aux deux représentants de l’Inter. A ce que j’en vois, la conversation des demoiselles doit être plaisante. Les deux gars, chargés de testostérone, ont l’un la main sur la cuisse d’une des filles, l’autre le bras autour des épaules de la seconde. Un clin d’œil. Façon de dire : « ça va, coach, on gère l’affaire ». Je n’ai pas de théorie sur la pratique d’un exercice physique impliquant deux personnes consentantes à la veille d’une rencontre. Certains traquaient leurs joueurs à la sortie des boîtes de nuit. Moi, qui en suis à mon quatrième whisky et n’ai pas envie de compagnie, je suis plus libéral sur ce genre de trucs. Je suis superstitieux au point de ne pas me raser le jour des matchs, mais que des joueurs pratiquent la gaudriole la veille d’un match, ça ne m’importe pas. Descendant lourdement de mon tabouret, je m’avance néanmoins vers les deux vedettes et leurs groupies. Le plus surprenant dans tout ça, c’est l’identité des deux types. Silva et Villaluz, compagnons de drague… On aura tout vu…

Le match du lendemain est dominé de la tête et des épaules par mon équipe. Par je ne sais quel miracle, Prague parvient à préserver son but inviolé. Ibrahimovic trouve la barre à la réception d’un centre de Bale dès la huitième. Pablo Piatti pense avoir débloqué la situation lorsque son coup de tête de la trente neuvième minute trouve les filets du portier tchèque, mais le juge de touche allemand en a décidé autrement. Toujours aucun but inscrit à la mi-temps. Je ne peux qu’inviter mes joueurs à poursuivre dans le même sens pour la seconde période. Ibra brise le signe indien deux minutes après la reprise, d’une frappe puissante. Tout en continuant notre jeu en passes courtes, nous restons un peu sur la réserve, attendant que les Praguois sortent, pour les contrer, et mettre un terme à leurs espoirs. A un gros quart d’heure de la fin de la rencontre, tout bascule. Le joueur du Sparta Diogo Valente retient par le maillot Silva qui filait au but, sur une fulgurance de Piatti. Alors que l’arbitre a sifflé la faute, Silva se relève, s’approche de son adversaire. Un attroupement se crée, et Silva adresse une petite baffe à Valente. Celui-ci, bien loin de jouer la comédie et de s’écrouler comme si on venait de lui pratiquer une amputation de la tête, repousse fortement l’Espagnol, déséquilibré, qui se retrouve sur les fesses. Alors que les regards se portent sur un Silva médusé d’avoir été ainsi repoussé et qui va pour se relever, un éclair nerazzuro couche proprement Valente. César Villaluz vient d’envoyer un direct du droit au menton du Praguois, après avoir traversé le terrain comme un fou furieux. Voici deux types qui ne s’entendaient pas, et l’un vole au secours de l’autre, comme dans un bon vieux match de troisième division de district…Une fois les humeurs des uns et des autres apaisées, l’arbitre allemand distribue les récompenses. Valente est expulsé. Silva et Villaluz gagnent également le droit de rentrer prendre leur douche. Nous voici à neuf contre dix, avec un petit but à préserver. Laissant Piatti seul en pointe après avoir sorti Ibra pour faire rentrer Veloso dans un rôle de milieu ultra défensif, nous parvenons à contenir les attaques tchèques, et à nous imposer par la plus petite des marges. Le couperet de la commission de discipline ne va pas tarder à tomber. Ça ne s’arrange pas.

Ça empire, même. Après un retour dans la nuit, notre car escorté par la police locale au milieu d’une petite foule de Praguois pas contents du tout, une nuit courte et sans rêve, je traverse le couloir pour accéder à la cuisine où flotte une bonne odeur de café et de pain chaud, préparés par une Hope apparemment levée aux aurores. Sur le comptoir auquel je prends place, la Gazzetta et Tuttosport sont étalés l’un sur l’autre. J’attrape d’abord le journal rose. Notre victoire de la veille fait la une, avec une magnifique photo de l’attroupement qui a failli virer au pugilat pur et simple. En titre principal : « L’Inter l’emporte, dans un parfum de scandale »… Ces journalistes exagèrent toujours. Un scandale, cette baston pas tout à fait générale ? Sans lire l’article, je jette un œil aux notes. Piatti est le mieux noté. Dans Tuttosport aussi, que je viens d’ouvrir, on évoque ce « parfum de scandale ». De quoi peut-il bien s’agir ?

Je prends la route de l’entraînement, non sans avoir déposé un baiser sur le front de Junior et gratifié sa mère d’un vrai baiser d’adieu de film hollywoodien des années cinquante. Alors que je gare la Quattroporte sur ma place réservée après trois quarts d’heure de route, les vigiles doivent écarter une meute de journalistes, caméras à l’épaule, tous micros dehors, qui se rue sur ma belle italienne. Bordel, quoi encore ? Je suis viré ? Arrivé dans mon bureau, Baresi surgit tel un diable de sa boîte et se met à hurler à la mort, une belle imitation de Roberto Benigni. Et il en remet sur le thème du « c’est pas possible » et embraye sur un « Moratti est furieux ! ». A la question : « mais vas-tu me dire de quoi il retourne ? », il attrape la télécommande, et allume la télé grand écran qui est accrochée au mur du fond. Canale 5, chaîne de Berlusconi, passe dans son show d’information du matin un bandeau défilant que Fox News ne dénigrerait pas : « Sexe et Violence : les Bad Boys de l’Inter ».

Merde. J’ai tout compris. Les chiens sont lâchés. Un reportage de deux minutes vient de mettre à terre toute la belle politique de communication de l’Inter. Dans ce reportage, après les images de l’algarade d’hier soir, je découvre les deux jeunes Tchèques aperçues au bar de l’Art Hôtel. Je ne sais pas si la traduction de leurs propos en italien est correcte, mais, apparemment, les deux blondes se vantent de performances sexuelles hors normes avec César Villaluz et Silva. Le tout contre rétribution, pour s’acheter des cadeaux, selon leurs dires... Et c’est là que tout s’écroule. Berlu est en train de nous enfoncer. Baresi m’informe que le président viendra dans les vestiaires parler aux joueurs.

Le discours de Moratti, qui parle d’honneur souillé et d’absence totale de professionnalisme, est autant à vocation interne qu’externe. Le patron a repris la communication en main, espérant bien que ses propos seront rapportés par un joueur ou un membre du staff aux journalistes. Je m’en tire plutôt bien, les deux michetons supposés n’ayant pas mentionné ma présence au bar de l’hôtel, et mon silence quant à leur fréquentation de deux bombinettes praguoises à quelques heures d’un match important. Pour ma part, j’ai décrété le silence complet, sans y croire, précisant que ce serait dimanche que nous laverions l’honneur de l’Inter. Moratti a décrété une suspension des deux joueurs pour dimanche. J’ai réussi à transformer la suspension en amende, après une plaidoirie digne de Johnny Cochran, l’avocat d’OJ. Toujours ça de pris.

Nous nous sommes coupés de l’agitation par une mise au vert immédiate, à Côme, où nous apprenons les suspensions pour deux rencontres de Ligue des Champions de Silva et Villaluz. La Commission a été clémente avec les joueurs, et dure avec le club, qui écope d’une très forte amende. Les tifosi de l’Inter qui se tiennent derrière des barrières lors de notre arrivée à San Siro sont mi-rigolards, mi-admiratifs. Rien ne les arrête. Et rien ne nous arrêtera pour ce derby lombard contre Brescia. Les Bresciani vont payer. Le vétéran Mickael Sylvestre ne parvient pas à contenir Ibrahimovic, qui se voit refuser par deux fois l’ouverture du score pour des hors-jeu plus que limites. Villaluz, apparemment peu contrarié par l’agitation qui l’entoure, ouvre le score sur une ouverture géniale, une passe aveugle, de Piatti. Le Mexicain se retrouve même passeur décisif sur le second but, un magnifique centre en retrait offert à Ibra. Victoire sans trembler. Treize jours nous séparent d’un grand choc du championnat, à Rome, face aux giallorossi. Les internationaux partent rejoindre leurs sélections. Comme le Mexique en a terminé avec la phase qualificative de la Coupe du Monde, je peux donc m’accorder une petite semaine de vacances. J’ai des affaires à gérer…

Dès le dimanche soir, la petite famille Verchain prend la direction de Los Angeles, où nous attendent Bill et Amanda. Business, business. J’ai décidé d’investir une belle somme dans un restaurant que monte un jeune cuisinier Canadien qui a débuté en faisant des pâtisseries chez mes beaux-parents, dans leur premier Diner. Un article dans le Seattle Post-Intelligencer, dithyrambique, a fini de me convaincre. Ça, et un « ça ferait tellement plaisir à mes parents… » lâché par une Hope minaudant beaucoup, et me voilà actionnaire majoritaire du restaurant d’un jeune chef aux dents longues, et aux assiettes peu remplies, comme il se doit pour tout établissement rupin. L’équivalent en dollars d’un mois de salaire à l’Inter.

Mais j’ai décidé d’une folie. Puisque nous sommes à LA, je veux m’accorder un rêve. Nous avons revendu à très bon prix notre maison proche de Valenciennes. Une fois les impôts payés, et le reste de l’emprunt remboursé, plus quelques placements bien sentis, pilotés de main de maître par un ami de mon épouse, ancien de Yale, aujourd’hui expert financier à New York, je dispose d’un petit million de dollars d’avance. J’ai décidé de nous donner un pied à terre ici, dans la Cité des Anges. Ma mère était originaire de Californie, plus au nord, du côté de la capitale de l’Etat, Sacramento. Enfant, je suis venu une fois à LA. Et la perspective d’aller voir à nouveau quelques matchs des Dodgers, casquette bleue brodée des lettres d’argent imbriquées, m’enthousiasme au plus haut point. L’ami de Hope nous ayant mis en relation avec un de ses amis, agent immobilier, j’ai trouvé mon bonheur. C’est une belle maison, ni trop grande ni trop petite, piscine, grande pelouse, qui domine Laurel Canyon Park, située sur les hauteurs, au-dessus de West Hollywood, non loin de ce Laurel Canyon Boulevard qui unit le centre de LA, après avoir franchi Sunset et Santa Monica Boulevard, à la San Fernando Valley, de l’autre côté des collines, coincées entre Studio City et West Hollywood. Le rêve. Beverly Hills à l’ouest, Mulholland Drive qui coupe Laurel Canyon Boulevard au nord. La maison est idéalement posée sur la colline. De la terrasse, on aperçoit le parc en contrebas, et une vue magnifique sur ces fameuses collines, refuges de stars du cinéma ou de la chanson, qui génèrent tout le buzz autour des collines arides. Ce coin de Californie a longtemps été indépendant, et reste aujourd’hui sous l’autorité d’un sheriff, et pas du LAPD de Parker Center.

La tête encore pleine de Californie, où je n’ai pu m’empêcher d’aller assister, incognito, au match de playoff du Galaxy, où David Beckham, après sa retraite, est devenu entraîneur, il est temps de retrouver Appiano Gentile. Le climat s’est apaisé, et nous préparons dans la sérénité le choc contre la Roma. John Goossens, tout fier de sa première sélection en équipe nationale des Pays-Bas, est venu me remercier à la fin du dernier entraînement. C’est grâce à moi, d’après lui, que son talent est enfin reconnu. Alors que je plaisante sur le manque de talent de son coiffeur, il évoque mon dernier séjour à Rimini, dont Natalia lui a parlé. Pour un peu, il m’engueulerait presque de ne pas avoir accepté les avances de sa plus ou moins girlfriend… Il rajoute, sommet de bon goût, qu’il a fêté sa première sélection avec Natalia et Marina… Je l’interromps avant qu’il ne commence à me décrire par le menu ses exploits à base de tourniquet bulgare et de kesskontrouvdantaboitabenco…

Goosens n’est pas titulaire sur la pelouse de l’Olimpico. Le match commence par ailleurs très mal. Le jeune Profetta, en passe de remplacer l’icône Francesco Totti dans le cœur des Romaines, profite d’un instant de distraction de Castro pour ouvrir la marque dès la vingt cinquième minute. Gareth Bale, visiblement vexé de la boulette de son pendant du côté droit se métamorphose en Roberto Carlos au teint rosissant du britannique en plein effort, et adresse une frappe qu’aimerait réussir une fois dans leur vie la totalité des joueurs de football, des trente mètres de côté dans la lucarne opposée. Juste avant la mi-temps, les Romains craquent à nouveau sur une percée de Piatti, qui sert Balotelli tranquille comme Baptiste aux six mètres, qui loge le ballon dans le coin gauche du but de l’équipe de la Louve. John Goosens se voit donner l’occasion de fouler la pelouse romaine sur une blessure de Silva, un claquage au retour des vestiaires. L’abus de professionnelles de l’Est, sans doute. Les Romains poussent, morts de faim, et finissent par égaliser à un quart d’heure d’une rencontre qui sombre dans la torpeur par la suite. Milan AC, de son côté, a fait match nul à domicile contre la Lazio.

Nous retrouvons San Siro le mercredi, pour une rencontre contre Fenerbahçe. René Adler, un peu comme l’an dernier, fait des miracles dans le but turc. Enfin, des miracles sponsorisés par les techniciens de la DDE. Ça ne dure que vingt minutes. Le temps pour Rooney, d’un but anglais, d’une tête puissante à la réception d’un centre tendu d’Aaron Lennon, d’ouvrir le score. Le match est plié à la mi-temps, grâce à un nouveau but du loubard anglais et au but venu de nulle part d’Okaka, sans doute vexé de n’avoir pu jouer contre ses anciens partenaires de la Roma. Rooney y va de son triplé au retour des vestiaires. Une vieille connaissance, Carlos Alberto, vient sauver l’honneur des Turcs. Quatre à un, net et presque sans bavure.

Le match du dimanche, disputé devant une assemblée clairsemée face à un Genoa bien installé en milieu de classement, ne fait pas se lever les foules. Le match est médiocre, et de maigres applaudissements saluent les buts de Balotelli et d’Ibrahimovic en seconde période. Tous les regards sont tournés vers le samedi suivant, pour un match en prime time, face à nos éternels adversaires de la Juve, à Turin.

A Turin, les Juventini nous attendent de pied ferme. Tuttosport, journal édité là-bas, nous prédit déjà une exécution sommaire, aux mains de l’intraitable attaquant espagnol Aaron, qui enchaîne les buts comme Kate Moss les lignes blanches. Effectivement, sur le terrain, le petit attaquant ibérique est remuant. Mais assez brouillon. La Juve domine. L’Inter plie, mais, grâce au premier vrai grand match de la saison de Julio César, ne rompt pas. Tel un tueur à gages, l’Inter exécute la Juve. Deux balles, une dans la poitrine, une dans la tête, le contrat est parfaitement rempli. Signé, même. Le tueur se nomme Pablo Piatti, qui n’a l’air de rien du haut de son mètre soixante trois, même si on peut être Président en France avec un centimètre de moins. Deux passes magnifiques dans le dos de la défense envoient, en deux minutes, Rooney et Ibra au duel avec Buffon. Deux à zéro, l’affaire est entendue à la demi-heure, et mes défenseurs mettent trop d’ardeur à tacler pour qu’il en soit autrement. Le score ne bouge plus. Une belle victoire à l’extérieur. Dans la Domenica Sportiva, le soir sur Rai Due, l’entraîneur Juventino, l’Espagnol Marcelino, tressera un collier de louange à peine chargé de mauvaise foi à Pablito, élu joueur de la semaine par la presse sportive turinoise et romaine, sans oublier le quotidien rose, milanais.

Pour notre dernier match, à Belgrade, j’ai décidé de n’arriver que le midi du match, et de faire la mise en place tactique chez nous, à Appiano Gentile. Ceci limitera les risques de voir certains joueurs créer à nouveau une polémique, voire d’aller tourner des sex tapes avec de jolies Serbes, même si les Croates sont un peu plus voraces que leurs ex-congénères de la Fédération de Yougoslavie. Villaluz et Silva sont de toute façon toujours suspendus. La qualification étant assurée depuis notre victoire contre Fenerbahçe, je fais un peu tourner l’effectif, car les dix jours qui viennent seront cruciaux dans la course au titre. Nous ne sortons pas un grand match. Balotelli ouvre la marque à l’heure de jeu, les Serbes de l’Etoile Rouge égalisent un quart d’heure plus tard. La victoire nous revient grâce au premier but de Matias Cahais, d’une belle tête piquée sur un corner de Goosens. A la fin du match, je jette un œil aux résultats sur mon téléphone portable. VA est reversé en UEFA. Down they go…

Encore une semaine de compétition en 2013. Et cette semaine commence par un déplacement à la Favorita, en Sicile, à Palerme. Même s’il n’est jamais facile de disposer des joueurs en rose, j’ai mis ma grosse équipe sur le terrain. Wayne Rooney trouve quatre fois le cadre en première mi-temps, et inscrit deux buts sur ces quatre frappes. Nous déroulons en seconde mi-temps, mais, à cinq minutes du terme, un coup franc de Di Natale semble rendre un peu d’espoir aux locaux. Martins se charge de doucher ce bel enthousiasme moins de quatre minutes plus tard, sur un des déboulés plein axe dont il a le secret. Trois buts à un, nous voici replacés dans la course. Nous ne sommes plus qu’à trois points du Milan.

En milieu de semaine, c’est la Samp’ qui se présente en victime expiatoire à San Siro. Nous faisons notre entrée en Coupe d’Italie. Je suis bien décidé à frapper un grand coup d’entrée de jeu. Pour tuer le suspense, et laver les espoirs génois à grande eau, comme celle qui dégringole en cette soirée froide et humide de décembre, comme peuvent l’être ces soirées lombardes… L’équipe alignée est entièrement renouvelée, jusqu’au poste de gardien où Kameni effectue ses débuts sous le maillot interiste. Martins ouvre la marque à la vingtième. La Samp’, elle, a aligné sa meilleure formation du moment, et égalise à la trente neuvième, par Obinna. Okaka entre en jeu à la mi-temps, et le festival commence. Trois buts dans la deuxième demi-heure, pour Okaka, Balotelli et Varriale, d’un coup franc à la Goosens. Quatre à un. La qualification se présente bien.

Le vendredi, alors que télé Berlu a tenté de relancer l’affaire de Prague, qui, si elle a choqué la morale de certains Italiens encore un peu prudes, s’était éteinte de sa belle mort, sans que les allégations des journalistes de Canale 5 puissent être prouvées, j’assiste au tirage au sort des huitièmes de la Ligue des Champions. Le sort n’est pas très clément avec nous. L’Inter devra aller jouer le match aller à New Anfield. Ce nouveau stade n’a pas la dimension mystique de l’ancien, même si le portail sur lequel est inscrit « You’ll never walk alone » a été réimplanté à l’entrée du nouveau. Mais je ne veux pas penser à février encore. Ce dimanche, on reçoit.

Et pas n’importe qui. Steve Clarke, l’entraîneur écossais, et sa troupe du Milan AC. San Siro est nerazzuro ce soir. L’ancien Interiste Pavesi, transféré lors de mon arrivée au club, semble trop heureux de jouer l’Inter, et se lâche, envoyant Wayne Rooney, pourtant pas le dernier des solides gaillards, contre les panneaux publicitaires, sur une charge accompagnée d’un joli coup de coude. Il est explusé. Nous jouons la dixième minute. Quatre minutes plus tard, Pablo Piatti signe le devis pour la construction d’une statue à son effigie devant San Siro, après celle qui aurait du être construite du côté de Valenciennes. Le Pibe de Plata ridiculise la défense milanaise en deux dribbles courts, enchaînés, et, d’une pichenette, bat le portier milaniste. Giuseppe Meazza explose. Les chants à la gloire du Piccolo Pablo descendent des tribunes en incandescence. Milan résiste, mais Pato ne parvient pas à se montrer dangereux. Je demande à mes hommes, à la mi-temps, de rester patients. La patience, pour le chasseur, est l’élément déterminant. Elle paie. Le ballon tourne bien, et, même si les milanistes s’accrochent, le couperet finit par tomber. Ibrahimovic et Chivu inscrivent deux nouveaux buts. A nous la première place.

Joyeux Noël, peuple nerazzuro…
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MessagePosté le: Jeu 17 Juil 2008 7:32    Sujet du message: Répondre en citant

Episode 4 : My Favourite Game

I don't know what you're looking for
you haven't found it baby, that's for sure
You rip me up and spread me all around
in the dust of the deed of time

And this is not a case of lust, you see
it's not a matter of you versus me
It's fine the way you want me on your own
but in the end it's always me alone

The Cardigans – My Favourite Game.

Le jour de l’an à Los Angeles ressemble au jour de l’an partout ailleurs. Il y a juste un peu plus de paillettes dans les clubs de Sunset, où les fils et filles à papa (ou à maman) vont épancher leur soif d’alcool, de sexe, et de substances qui transportent l’esprit et les font se prendre pour des Jim Morrison version péroxydée. Ride the Highway West, Baby. C’est ce que je chantonne en croisant, à bord de la Corvette jaune que Hope m’a fait livrer dans le garage de notre propriété de Laurel Canyon, joli cadeau de Noël, quelques voitures de sport aux vitres ouvertes, dans lesquelles de jeunes hommes portant, comme moi, des lunettes de soleil alors que le soleil est toujours loin de se lever, raccompagnent des jeunes filles blondes ou latinas installées à leur côté, alors que je descends Laurel Canyon Boulevard. Au petit matin, j’ai décidé que je devais aller me retrouver, seul, devant un bon vieux café de chez Starbucks.

Etrange, ce besoin de solitude. Comme si quelque chose d’impossible à mesurer allait de travers, un je ne sais quoi dérangeant, qui m’amène à me remettre en question. Au club, je ne suis pas persuadé que mon action soit bien perçue. Pourtant observateur de toujours du Calcio, je ne m’étais pas rendu compte à quel point les équipes adverses venaient à Milan pour détruire, tous derrière. Mes bonnes intentions offensives s’avèrent souvent insuffisantes pour passer les barrières adverses sans avoir recours à des tactiques à trois attaquants ou six joueurs offensifs. Certains joueurs, les hommes de Mancini principalement, comme Ibrahimovic ou Silva ne semblent pas trop m’apprécier, ni apprécier la discipline aux entraînements. Je ne suis pas persuadé du soutien total du Président Moratti, surtout après l’épisode de Prague, ma permissivité relative aux éléments hors football semblant le déranger au plus haut point. Mancini était moins exigeant sur le terrain, mais plus strict quant au comportement des joueurs en dehors. Pour ma part, tant qu’ils ne portent pas le maillot ou le blazer frappé de l’écusson Inter, ils peuvent faire ce que bon leur semble, que la morale réprouve ou non leurs actes. Je suis peut-être trop Américain, pas suffisamment Italien. Comme un sentiment d’inconfort. On ne m’ennuyait pas avec ça, à Valenciennes.

Assis derrière mon ordinateur portable, sur un des tabourets hauts d’une des enseignes de la plus grande chaîne de cafés du monde, je rumine ma première moitié de saison italienne, ma folie dépensière en matière de transferts, le bourdonnement incessant de l’essaim de journalistes sportifs qui semble poursuivre l’ours pris la patte dans le miel, sans relâche, jusqu’à achever la bête. Nous avons passé une belle soirée de réveillon, achevée aux petites heures, sur les notes fruitées de ce magnifique Chardonnay de la Napa Valley. Hope avait invité deux de ses amies et anciennes coéquipières de l’équipe nationale américaine, Shannon Boxx et Amy Wambach, accompagnées de leurs boyfriends. J’ai pris beaucoup de plaisir à les écouter se remémorer les bons moments en Coupe du Monde, ces matchs contre les Allemandes ou les Chinoises. Hope semblait heureuse, pourtant, par instant, il y avait comme un voile qui passait devant son regard, comme si elle déconnectait, comme si quelque chose la tenaillait, lui vrillait le cerveau.

J’ai beau m’interroger, je ne sais pas de quoi il s’agit. Et ce ne sont pas les nouvelles en provenance de Milan qui me permettent de penser à autre chose. Fernando Forestieri a été prêté à l’Inter par Valenciennes. Je souhaitais disposer d’une solution de repli en cas d’absence de Piatti ou de Varriale. Les trois milieux offensifs sont à nouveau réunis sous mes ordres, comme un signe du destin, comme si tout pouvait recommencer, au-delà de mon malaise professionnel. Après avoir salué John O’Brien, mon ancien joueur valenciennois, arrivé à mes débuts au club et qui est aujourd’hui le patron des six Starbuck’s de West Hollywood, je suis rentré à la maison, non sans avoir fait un long détour par Studio City, simplement pour le plaisir de rouler en fumant, sur les petites routes pleines de virages des Hills, l’autoradio crachant les bons vieux standards des Guns n’Roses, comportement adolescent de type mal dans sa peau. Il est temps de retrouver l’Europe.

Avant de retrouver Cernobbio, nous faisons un détour par Milan, où est remis le trophée de meilleur joueur FIFA de l’année. En ma qualité de sélectionneur du Mexique, je suis présent pour la remise du trophée à Carlos Vela, éblouissant avec le Tri et les Gunners. L’occasion pour moi de féliciter Carlos, qui sera, à n’en pas douter, le joueur par qui tout commence et tout finit lors de la prochaine Coupe du Monde.

Dès le dimanche suivant, le Campionatto reprend ses droits. Nous recevons la modeste équipe de Sienne, à la lutte pour ne pas descendre. Comme cela est devenu habituel, l’équipe adverse est regroupée devant son but. Avec les jambes encore un peu lourdes, le manque de compétition, et une belle boulette de Veloso qui remet un ballon dans la course de l’attaquant, les visiteurs ouvrent le score à la vingtième minute, grâce à Betanin. Nous arrachons la victoire en seconde mi-temps, sur des buts de Martins et Okaka, alors que nous évoluons à quatre devant depuis l’heure de jeu. Veloso efface même son erreur de début de match en inscrivant le troisième but en toute fin de match. Cette seconde partie de saison débute dans la douleur.

Le mercredi, à Gênes, alors que nous affrontons la Sampdoria en match retour de Coupe, c’est comme si le ciel me tombait sur la tête. Nous avons confortablement remporté le match aller, par quatre buts à un. Pourtant, les Génois sont survoltés. J’ai croisé Kevin Mirallas, transféré à Gênes au mercato, dans le couloir menant au terrain. Il m’a annoncé qu’il allait marquer ce soir, comme un défi qu’il me lance. Si Biglia ouvre le score dès le coup d’envoi, d’une frappe surpuissante des vingt cinq mètres qui surprend Julio César, le Belge met en pratique l’annonce faite avant le match. Mirallas inscrit trois buts en un quart d’heure. Ni Burdisso, ni Cahais ne parviennent à l’arrêter. A la mi-temps, l’Inter est virtuellement éliminé. Je ne suis pas entré dans le vestiaire. S’ils démissionnent, advienne que pourra. Pas un mot à la sortie des joueurs. Appuyé contre un mur du tunnel, j’ai défié mes joueurs du regard, belle imitation de DeNiro. Mon mutisme a fonctionné. Aussitôt le coup d’envoi donné, les Intéristes se ruent à l’attaque. Dix minutes après la reprise, Varriale, prenant ses responsabilités, nous met sur les rails. Et, à la soixante cinquième minute, Okaka, d’un but d’une laideur sans nom, digne d’un Roger Boli, du protège-tibia, nous qualifie virtuellement, obligeant les joueurs de la Samp’ à sortir enfin de leur moitié de terrain. Okaka réalise un doublé, et Rooney, entré peu de temps auparavant, inscrit le but égalisateur à la quatre vingt troisième. Quatre buts partout. Nous rencontrerons Livourne au tour prochain, dès la semaine suivante.

Le Campionatto à nouveau, messe dominicale pour tifosi. Nous sommes à Florence, à Artemio Franchi où la statue de l’idole Batistuta trône toujours fièrement. La rencontre est équilibrée, Frey et César devant s’employer pour retarder l’ouverture du score qui survient à la demi-heure de jeu. Rooney, servi par Villaluz, reprend de volée du droit le ballon adressé par le Mexicain, laissant Frey impuissant. Au prix d’un raid sur son côté conclu d’une frappe croisée, Silva alourdit l’addition. Un but de Rosina à trois minutes de la mi-temps rend néanmoins l’espoir aux joueurs de la Viola. Rooney se charge de doucher l’enthousiasme retrouvé des Florentins, mettant un terme au suspense à une demi-heure de la fin.

Le match de Coupe d’Italie contre Livourne, disputé devant un San Siro quasi-muet, ne vaut que pour l’accolade et les quelques mots que j’ai pu échanger avec Carlos Salcido, pilier de la sélection mexicaine sans être titulaire. Salcido est un joueur de vestiaire, comme il est bon d’en avoir dans chaque équipe. Il est un peu le mentor de mes jeunes défenseurs, un rôle que le grand Rafael Marquez s’est toujours refusé à jouer, ce qui lui a sans doute coûté sa place en sélection. J’ai essayé de challenger les joueurs qui avaient failli sombrer à Gênes, pour qu’ils confirment la révolte de la seconde mi-temps. Un coup dans l’eau. Hormis une frappe de John Goosens sur la barre, les occasions sont extrêmement rares devant des Livournais prudents. Le match s’achève sur un terne résultat nul et vierge.

Comme si mes promesses de football brillant et d’empilage de buts n’avaient pas passé le quinze janvier, le match de championnat suivant, à Vicence, est du même tonneau que la piquette de Coupe. L’équipe est pourtant renouvelée, mais une apathie identique semble se dégager de l’effectif dans son ensemble. Les grands noms ne sont pas plus performants que leurs remplaçants. Ibra semble traîner son manque de réussite comme un boulet. Diarra ne rayonne plus au milieu. Silva et Villaluz, les nouveaux meilleurs amis du monde, ne font plus la différence sur leurs dribbles vers l’extérieur. Derrière, c’est toujours solide, et cela semble être la seule consolation. Piatti, qui ne trouve plus de partenaires à servir, est quant à lui mis sous l’éteignoir. Peut-être les incidents ayant émaillé le début de rencontre, le début de bagarre générale dans les tribunes, consécutif à une rencontre de tifosi des deux camps hors du stade, ont-ils bloqué les élans offensifs de mes joueurs, qui ne récoltent pas d’occasions. Vicenza joue comme d’habitude pour ne pas perdre, c’est moche, mais ça marche. Aaron Lennon se blesse à nouveau sur un vilain tacle à retardement, alors que j’ai déjà effectué mes trois remplacements, et nous terminons le match à dix contre dix, l’agresseur étant expulsé. Nous faisons du surplace, l’embrayage patine.

Alors que la fin du mois de janvier approche, et avec elle la clôture du mercato hivernal, nous nous rendons à Livourne, pour le match retour de Coupe d’Italie. Compte tenu de la prochaine trêve internationale qui se profile, les titulaires habituels sont alignés sur la pelouse en froid mercredi soir. Seul Ibrahimovic, qui marche à côté de ses chaussures, est laissé au repos, à la maison. Nous nous imposons sans trembler, un but par mi-temps, par Okaka d’abord, puis par Rooney. Nous avons assuré le minimum face à des Livournais trop timorés.

Au lendemain du match, en ce trente janvier, le marché des transferts s’emballe soudainement. Mes joueurs non concernés par les matchs internationaux sont au décrassage alors que j’analyse avec mon adjoint la rencontre de la veille. Baresi fait une nouvelle entrée digne de la Comedia dell’ Arte, claironnant qu’il a reçu deux offres intéressantes. Une première du Real, la seconde de Chelsea. La cible des deux prédateurs : David Silva. Le Real propose trente cinq millions d’euros, offre ferme. Chelsea a plus le sens des affaires. Une somme équivalente est proposée, mais les Anglais (enfin, les Russes…) sont prêts à inclure un joueur ou deux en plus. Tout doit aller très vite. Je ne suis pas encore prêt à faire confiance à John Goosens pour tenir, seul, le côté gauche. John a vingt cinq ans, mais ne semble pas encore assez mur pour assumer les responsabilités qu’implique le rôle de titulaire. Mais l’offre anglaise est trop belle pour ne pas être considérée. Car j’ai déjà le nom d’un remplaçant potentiel en tête. Après un coup de fil à Moratti, tout heureux apparemment d’apprendre que Silva pourrait nous quitter, une feuille de mission est donnée à Baresi. Il part pour l’Angleterre avec dans sa valise un protocole d’accord avec le club de l’ouest londonien. Silva, qui part avec lui pour la sacrosainte visite médicale, ira à Chelsea. Contre trente cinq millions d’euros. Et un joueur. Theo Walcott, qui ne semble pas avoir la confiance de l’entraîneur du moment des Blues. Walcott m’apportera une solution à la fois sur le côté droit, mais également en pointe, surtout si Ibra persiste à jouer les fantômes de la Scala. A Londres, Baresi, flanqué également du médecin en chef du club, rencontrera les représentants de Manchester United. Si la visite médicale se passe bien, Beppe reviendra, fier comme s’il avait un bar-tabac, avec deux joueurs à ses côtés. Walcott, et le remplaçant de Silva, le Portugais Nani, lassé de la rigueur du climat mancunien. Dans le même temps, Marco Branca, responsable administratif, sera à Rome pour faire parapher un contrat au Laziali Gabriel Torje, qui rejoindra l’Inter à la fin de son contrat actuel.

Alors que vient le moment de partir retrouver les joueurs du Tri en France, j’espère que ces changements de têtes parviendront à relancer l’Inter, malgré le scepticisme exprimé par une partie de la presse transalpine quant à l’arrivée de deux nouveaux joueurs issus de la Premiership.

Le cinq février, c’est mon anniversaire. Je le passe loin des miens. Enfin, pas si loin que ça. Le Tri rencontre la France à Saint Etienne. Malgré l’organisation offensive utilisée comme toujours avec le Tri, avec les quatre petits artistes verts présents au coup d’envoi, les attaques françaises sont enrayées sans trembler par les Mexicains. Vela et Dos Santos font même passer le frisson à deux reprises dans le dos des supporters bleus en première période. Simple signe de respect ou mimétisme lié au Chaudron, les Verts sont salués par de forts applaudissements à leur retour sur la pelouse, deux minutes avant les Français, comme si l’envie n’était que de notre côté. La France ne parvient pas à mettre en difficulté Ochoa, alors que Frey doit s’employer dans le but des Bleus. Je ne reçois pas, pour mon anniversaire, le cadeau d’une victoire, mais ce match nul convainquant contre la nation classée numéro un par la FIFA (le Mexique occupant la sixième place) suffit à mon bonheur. Une performance qui m’inciterait presque à abandonner l’Inter, pour me contenter de ce boulot de sélectionneur national que j’apprécie au plus haut point.

Pas de répit, il faut déjà retourner à l’ouvrage, s’astreindre aux séances vidéo de nos prochains adversaires, sacrifier au rite de la conférence de presse bla-bla et langue de bois. Un programme de furieux nous attend pour ce mois de février. Deux matchs par semaine, Ligue des Champions comprise. Et cela commence avec le premier match retour, contre la Lazio. Les Laziale ont un comportement convenable en Série A cette saison, l’équipe romaine occupant la quatrième place. Nous enregistrons pour ce match le retour sur le banc de Carlos Kameni, auréolé de la troisième place du Cameroun à la CAN. Martins, quant à lui, jouera en fin de journée la finale avec le Nigéria. Le public de San Siro n’a pas le temps de célébrer la belle performance de notre gardien remplaçant, qu’il voit évoluer en Coupe, que le score est ouvert par Wayne Rooney, opportuniste en diable, qui récupère une déviation de la tête de Mudingayi pour battre Carizzo. Les Laziale répliquent cinq minutes plus tard par Vantaggiato. Alors qu’ils pensent avoir fait le plus dur, Pablo Piatti prend feu, à la fin du premier quart d’heure. Dribblant quatre défenseurs, le Maradona des bords de l’Escaut vient loger le ballon dans la lucarne de Carizzo. Le match est débridé, un peu fou. Tout peut arriver. Même l’égalisation romaine. Torje, peu dérangé par le fait de jouer contre son futur club, déboule sur son côté, dans le dos de Bale, et bat Julio César d’une frappe croisée, malgré le retour désespéré de Mertesacker. La seconde mi-temps est jouée sur un faux rythme, comme si les deux équipes avaient tout donné en première période. Il faudra s’en remettre aux coups de pieds arrêtés. Sur un coup franc côté gauche, Nani lève le ballon au point de penalty. Mertesacker expédie un bon vieux coup de boule teuton vers le but. Carizzo repousse, dans les pieds d’Okaka, qui inscrit le but victorieux d’un petit plat du pied que n’aurait pas renié Eugène Saccomano. Au début des arrêts de jeu, alors que les Laziale trop brouillons ne parviennent pas à s’approcher du but intériste, une clameur monte dans San Siro. Le Milan a perdu face à Brescia. Aux résumés du soir, j’apprendrai que le buteur décisif s’appelle Bamogo. Tout est possible dans ce championnat d’Italie…

Nous rejouons le mardi suivant face à Udine. L’Udinese, ancienne filière préférentielle du temps de VA… Que de bonnes pioches dans cet effectif souvent mal apprécié. Petite entorse aux habitudes, un Valenciennois évolue aujourd’hui à l’Udinese, où il est prêté, et c’est avec une joie sincère que j’échange quelques mots à l’issue de l’échauffement avec Jozy Altidore, le temps de deviser de l’ambiance pourrie qui règne à Valenciennes, et de la saison en demi-teinte des Mets, éliminés avant les playoffs de l’automne dernier en MLB. Un but, un seul, inscrit par un Rooney au top, nous permet de l’emporter.

J’ai décidé d’accorder, sur l’insistance de Chiarra, une interview à un des journalistes de la Gazzetta, Grazziano Moreni, sans doute le dernier à fréquenter le lit king size de ma bouillonnante amie, notre attachée de presse. Le rendez-vous est prévu dans un restaurant du centre de Côme, à l’hôtel Albergo Terminus, au bord du Lac. L’interview se déroule sans encombre. Apparemment, le journaliste est fan de l’Inter. Peut-être est-ce ce qui l’a rapproché de Chiarra… Aucune question n’est trop polémique, et je me laisse même aller au petit jeu des confidences, lui indiquant que je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait, que je ne supporterai sans doute plus longtemps de partager ma vie entre l’Europe et le Mexique, qu’à la fin de la saison, je devrai faire des choix, mais que la performance du Mexique à la Coupe du Monde ne me laisserait peut-être pas le choix, que je pourrais peut-être tout arrêter et profiter un peu de la vie, après sept années de vie intense, après l’agression de l’an dernier, avec l’envie de voir grandir mon fils, d’échanger quelques passes au foot, de lancer quelques balles de baseball dans le jardin… Une franche poignée de mains met un terme à notre déjeuner. Je le laisse s’éloigner avant de reprendre un espresso et une grappa, pour faire passer les lasagnes au poisson, succulentes par ailleurs.

Je reprends la route de Cernobbio, l’esprit un peu plus léger de m’être quelque peu épanché auprès de Moreni. Les virages de la route qui longent le Lac s’enchaînent, passés tout en finesse par la Quattroporte. En arrivant sur Cernobbio, il me prend l’envie d’offrir des fleurs à Hope. Ça me prend comme ça, comme une envie de pisser. Pour la remercier d’être là, simplement. Difficile de trouver une place sur la Via Gianorini. Après avoir fait le tour du quartier, je finis par trouver un endroit. Je me gare, me dirige vers le fleuriste. Après avoir dépensé une petite fortune, pour une brassée de roses rouges, je reprends la direction de ma voiture, quand une silhouette familière attire mon regard. Une jeune femme, blonde, qui remonte la rue, dans le même sens que moi. Je la reconnaitrais entre mille. Je connais trop bien tous les pleins et les déliés de son architecture corporelle. Hope.

A ses côtés, un bellâtre brun, un peu le genre Luca Toni pour la morphologie, avec un visage avenant que j’aperçois lorsqu’il tourne la tête pour lui parler. Hope a l’air d’apprécier la conversation du type en question. Elle lui donne même un petit coup d’épaule, sa réaction quand on la charrie un peu. Elle rit. Qui est ce type. Et que dois-je faire ? Me mettre à courir, et rentrer dans le chou du playboy ? Les suivre ? Rester là comme un con, planté au milieu du trottoir, à laisser les interrogations défiler dans ma tête comme les lignes de coke à une fête chez Pete Doherty ? Je me mets en marche, restant à distance. Ils discutent et rient toujours. Un beau petit couple. Il ne lui reste qu’à attraper sa partenaire par la taille ou les épaules pour que le tableau soit complet… Ils entrent dans un café. Je décide de tirer cela au clair plus tard, entre les quatre murs de la maison. Passant devant le café, je risque un œil à l’intérieur. Hope, assise près de la fenêtre, tourne le dos à la rue. Face à elle, le type aperçu tout à l’heure. Bel homme. Yeux noirs, cheveux gominés ou passés au gel, une mâchoire carrée, bien découpée, la peau bronzée comme s’il revenait de trois semaines en Australie. Une chemise fine, de bonne coupe, négligemment ouverte, qui laisse deviner des bras puissants, des épaules musculeuses. Un athlète. En tous cas un mec qui s’entretient. Mon antithèse, en quelque sorte. Il ne m’a pas remarqué. Ce n’est pas l’envie d’entrer dans le bistrot et de taper une scène, de me ridiculiser avec mes fleurs, qui me manque. Cependant, une petite lumière clignote au fond de ma cervelle. Et si ce n’était rien ? Et si c’était, que sais-je, un journaliste préparant un article sur les sportives à la retraite ? Il n’y a pas d’enregistreur sur la petite table, ni de crayon ou de carnet. Et si c’était un décorateur ? Connaissant le goût de Hope pour ce genre de fantaisies, pourquoi pas ? Mais nous avons emménagé il y a tout juste six mois dans une maison décorée à sa demande… Et puis, les décorateurs sont tous gays, non ?

Pas de scandale. Mes fleurs sous le bras, je reprends la voiture et rentre à la maison. Poussant la porte, je suis accueilli par un petit bonhomme blond de trois ans. Francesco. Le fils de Matias. Mon filleul. Prenant le bambin dans mes bras, je pénètre dans le living, où Evita est en train de parcourir un magazine de mode (80% de publicité, autrement dit…), assise sur le canapé, face au téléviseur muet. Junior et Esperanza sont dans le petit parc installé un peu plus loin, près de la baie vitrée. Evita semble surprise de me voir. « Déjà rentré ? » Lance-t-elle, avant d’apercevoir les fleurs et d’enchaîner sur un « désolé Roméo, mais Juliette n’est pas là… ». Je m’enquiers de l’absence de ma femme. Evita me répond qu’elle est à son cours de fitness, à Côme. Je donne le change. Ah, oui, le fitness. Après quelques échanges sans grande valeur, les roses à leur place dans un grand vase en cristal, sur la table de la salle à manger, je vais passer mon énervement sur une bouteille d’Ardbeg. C’est fort et d’une amertume appréciable dans mon état. Hope rentre à peine une heure plus tard, se jette à mes côtés après avoir trouvé les fleurs, me demandant en riant si j’ai quelque chose à me faire pardonner. Je parviens à garder mon calme. Le fitness…

Mal dans ma peau, j’ai décidé de passer une semaine loin de la maison. Mon absence commence dès le dimanche pour une rencontre contre la Sampdoria. Grâce à ce match, j’évacue ma frustration. Mes joueurs font un match formidable, inscrivant quatre buts par Nani dès la cinquième, Martins à la demi-heure de jeu, et Walcott qui réussit un doublé en seconde période. Les Génois ont été simplement étouffés, débordés, bien loin du niveau affiché en première mi-temps du match de Coupe. Au soir de cette belle victoire à San Siro, nous partons après nous être donné rendez-vous à Appiano Gentile pour l’Angleterre.

Nous rencontrons les Reds à Anfield. Enfin, à New Anfield, qui, s’il n’a plus le poids de l’histoire de l’ancien, n’en reste pas moins un stade où la ferveur des fans s’exprime avec exubérance. Sur le banc d’en face, Roberto Mancini, tout en classe italienne, mâche un chewing gum, tendu comme les sous-vêtements de Maïté. Pourtant, à en croire le public, il ne marchera jamais seul. Ses joueurs, eux, courent. Et vite. Et ouvrent la marque après vingt cinq minutes intenses, où des vagues rouges déferlent sur nos buts. Momo Sissoko est à la retombée d’un dégagement pas suffisamment puissant de Castro, suite à un corner. Sa frappe de demi-volée sans contrôle trouve la lucarne d’un Julio César bien impuissant sur le coup. Le but fait sortir mes joueurs de l’étau. Comme s’ils ne se mettaient à jouer que dans l’urgence. La mi-temps est atteinte sur le score d’un but à rien. Mais la bonne volonté est là, et je les invite à continuer, ça va finir par payer. Comme trop souvent, la lumière vient de Piatti, qui frappe des seize mètres, hors de portée de Reina. Le match s’emballe, tout pour l’attaque, des deux côtés, malgré les gesticulations de Mancini et les miennes. Torres marque suite à un raid dans la défense de l’Inter à la soixante huitième. Rooney lui répond huit minutes plus tard. Alors que les Liverpuldiens se ruent à l’attaque, Lennon, sur un ballon récupéré par Diarra, vient marquer un but facile en contre-attaque, crochetant Reina pour marquer dans le but vide. Peut-être le meilleur match de notre saison.

Après un retour sans heurts, nous jouons le dimanche à Turin. Je ne suis pas rentré chez moi, partageant mon temps entre Appiano Gentile et un hôtel médiocre de Cantu. Nous allons enchaîner trois matchs de championnat dans la semaine, avant de retrouver les Reds. Hope et moi parlons régulièrement au téléphone. Elle semble convaincue par mon désir de me plonger à corps perdu dans le travail, alors que je ne cherche qu’à cacher une blessure, de celles qui font le plus mal. J’ai le cœur qui saigne.

Les trois matchs de la semaine, joués par des équipes mixtes voire carrément « B » (hormis Walcott et Nani, non qualifiés en Ligue des Champions) pour le dernier. Les résultats sont médiocres. Un nul à Turin, contre le Torino, Okaka répondant à Palanca, une victoire sans trembler deux à zéro contre une pâle équipe de la Reggina, grâce à Nani et Rooney, et un match nul à San Siro face à des Napolitains agressifs comme une odeur de déchets pourrissant dans une rue, aux bons soins de la Camora… Deux buts de Walcott et Okaka n’ont pas été suffisants pour venir à bout de la détermination du jeune attaquant hollandais Jacobs, qui a inscrit deux buts en trois minutes avant la mi-temps. L’AC Milan est repassé un point devant l’Inter au classement, grâce à sa belle série de cinq victoires.

Je ne suis rentré chez moi qu’après le retour contre Liverpool. Les Reds devaient marquer deux fois au moins pour espérer se qualifier, et rejoindre Arsenal, Fenerbahçe, Paris et Lyon en quarts de finale. Le match fut épique. Sous une pluie battante, et comme s’il y avait Carmina Burana en fond sonore, les deux équipes se donnent comme si leur salut dépendait de ce résultat. Ibrahimovic ressuscite. Il sert Rooney pour l’ouverture du score, et s’assure de lui-même qu’il est encore au niveau, doublant la marque à la quarantième. Les Reds, cependant, sous cette pluie toute britannique, ne baissent pas les bras, et repartent de plus belle à l’attaque, jusqu’à ce que Van Persie trouve le chemin des filets juste avant la mi-temps. Pablo Piatti nous met à l’abri à la cinquante huitième minute, d’une frappe qui fuse sur la pelouse détrempée. Les expulsions de Villaluz et Diarra dans le dernier quart d’heure, pour des fautes grossières, des tacles glissés sur dix mètres sur une pelouse gorgée d’eau, viennent constituer une ultime source de motivation pour les Anglais. Le siège est mis devant nos seize mètres, mais ni les frappes de Gerrard, ni les tentatives de dribble de Torres ou Babel ne font mouche, et les neuf Interistes regroupés en défense tiennent bon. Nous sommes qualifiés, dans la boue d’une pelouse à la limite du praticable, et l’ovation que San Siro offre à ses guerriers est la plus belle qu’il m’ait été donné d’entendre.

Le goût du vieux Glendronach aux reflets aussi sombres que ceux de mon âme torturée n’en est que plus agréable à mon palais. Je me suis même autorisé un cigare, aux environs de deux heures du matin, seul dans mon canapé, à la maison, à regarder les résultats de la soirée à la télévision. Chelsea, le Milan et la Juve nous rejoignent en quarts. Le tableau n’est pas aussi facile que l’an dernier. Je songe à l’avenir lorsque le sommeil m’atteint, vautré dans le canapé, la bouteille ouverte sur la table, mon verre vide à côté.

Le lendemain matin, au petit déjeuner, tout est comme si de rien n’était. Hope se montre attentionnée, heureuse de mon retour, me questionnant sur cette semaine et demi consacrée au football. A broyer du noir aussi, mais cela elle l’ignore. Tout en bonhommie, je lui demande si elle a un cours de fitness aujourd’hui. Elle n’a pas le temps de me répondre, se contentant d’un air interrogatif alors qu’elle se tourne dans ma direction. Son portable bourdonne. Elle jette un œil à l’écran. Quitte la cuisine, pour trouver refuge dans le hall. Elle ne s’isole jamais pour répondre, d’habitude. Tendant l’oreille, je l’entends murmurer dans un italien incertain « oui, à tout à l’heure.. ».

Attrapant ma veste posée sur une chaise à côté, je sors de la maison après l’avoir embrassée sur la joue, monte dans la Quattroporte et démarre, direction Appiano Gentile. Enter Sandman de Metallica sur le lecteur MP3. C’est assez, comme disait une baleine de mes connaissances. Il faut que je sache ce qui se trame…
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