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Jeux, Tue, Ils

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Cantona
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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Cantona » mar. 08 déc. 2009 20:38

Le Doc, Verchain et Jérèm ont déjà collaboré et je me limite à une collab' par personne.
Je n'ai malheureusement (au vu des commentaires élogieux) pas suivi la story de Steve et ne connait donc pas l'auteur.

Reste donc Atom et Tikva. Merde je pensais le titre du chapitre explicite...

P.S: Pour ce qui est de Miss France, si ça continue je vais finir par faire des dédicaces dans les centres commerciaux toulousains, et devant le Stadium les soirs de match. Il est temps que j'arrête!
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Misaki
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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Misaki » mar. 08 déc. 2009 20:59

Cantona a écrit :Reste donc Atom et Tikva. Merde je pensais le titre du chapitre explicite...
Justement, je me suis dit que c'était peut-être un piège. Bravo à lui, alors.
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Atom Tan
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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Atom Tan » mar. 08 déc. 2009 22:16

Tu vas avoir du mal à trouver un titre avec Tikva Canto ! commence déjà à chercher :hooo:


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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par msd77420 » mer. 09 déc. 2009 17:20

Cantona a écrit :Après la publication de cette épisode, j'en profite pour remercier mes nombreux collaborateurs. Ils ont tous fait un super boulot et permettent à cette story de tenir debout.
Je ne les citerai pas, pas encore en tout cas, car il en reste. Je me permets juste de féliciter le dernier publié en date, qui m'a écrit un chapitre entier. "Atomes crochus" n'est pas de moi. Mais c'est un chapitre important de cette story et son auteur a vraiment assuré.
Et au passage, merci à ceux dont la participation sera bientôt publiée.

A msd77420, c'est un plaisir de t'accueillir parmi mes quelques lecteurs. J'espère te donner envie de me suivre encore quelques temps.


P.S: Moi aussi je trouve que ce commentaire fait très discours de Miss France.
En parlant de Miss france elle est vraiment belle la nouvelle, et oui c'est un discours de Miss france n'est pas honte de l'avoué :29:
ONE, TWO, THREE, VIVA L'ALGERIE!!!
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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par alex2a-18 » jeu. 10 déc. 2009 8:21

et ben, une seule chose à dire, c'est qu'on vit l'action qui se déroule... vraiment super story lue d'un trait...
« Les enfants, même s'il faut mourir sur le terrain, il faut gagner ce match ».

Marc Vivien Foé, Cameroun-Colombie, 26 Juin 2003
Jour de sa mort sur le terrain


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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Cantona » dim. 13 déc. 2009 10:57

XV. Rien ne passe

« Allez, on accélère les gars, le match commence dans un quart d'heure. Bougez vous! Et rien ne doit passer! RIEN! »

Il a qu'à le faire ce con. Il a qu'a venir fouiller et vérifier tous les sacs. Aujourd'hui rien ne doit passer. Quelle connerie! En plus, avec ce soleil qui me tape sur la tronche...

« Carlos, CARLOS! »

Et merde, qu'est ce qu'il veut encore?

« Ouais. »
« Tu pars en renfort dans le virage, allez dépêche toi. »


Génial. Enfin libéré de ce poste à la con. Au moins là-bas, il y aura de l'action. Je cours jusqu'à la porte par laquelle rentre nos ultras. Ah, je comprends mieux maintenant.

Ces cons de Bucaramanga essayent de rentrer pour aller se fritter avec nos supporters. Mes collègues déjà présents à la porte sont débordés.

« S'il vous plaît, messieurs. Je vous demanderai de regagner vos... »

Ouch! Le con vient de me mettre une mandale dans la mâchoire. J'ai même pas eu le temps de finir ma phrase. Tant pis pour lui.

Je l'attrape par le col et lui envois un bon coup de tronche dans le pif. Ce genre de tâches ne fait pas partie de mes attributions, mais j'ai quand même le droit de distribuer quand j'en prends une. L'agitation se fait plus intense. Je viens de lancer une allumette dans la poudrière.
La boite à gifles est ouverte, et c'est distribution gratuite de beignes, servez-vous messieurs.

« Putain, une matraque! »

Merde, avec ces contrôles à la va-vite, un des types à réussi à passer une matraque télescopique. La plupart des gens qui sont là ne savent même pas ce qu'ils foutent ici. Seulement les bastons de hooligans sont devenues une mode, chacun prêchant pour sa paroisse sans savoir réellement ce qui la différencie de celle du voisin. C'est surtout une bonne raison pour se foutre sur la gueule, comme avaient pu l'être les guerres de religion par le passé. Mais je ne suis pas sous-payé pour disserter sur le caractère belliqueux intrinsèque de tout un chacun. Je file un bon coup de pompe dans les tibias de ce trou du cul, suffisamment fort pour le mettre à terre. Mon collègue se chargera ensuite de lui écraser la face à coup de chaussures de sécurité.

En tout cas, le premier que j'ai allumé ne reviendra pas nous emmerder. Son maillot jaune et vert se colore petit à petit de rouge et ses collègues l'embarquent en dehors de l'altercation.

Pas de doute, le match sera chaud aujourd'hui. Le léger vent ne calme pas les ardeurs, et il nous faut au moins un quart d'heure pour maitriser totalement la situation.
Une fois que tout est calme, je monte en tribune pour voir si il ne reste pas un ou deux hooligans planqués.
Pas de jaune et vert à l'horizon, du moins dans ce virage. Le stade lui, est peu rempli comparé aux 23 000 spectateurs qu'il peut accueillir. Seulement, je crois que c'est la plus grosse affluence de la saison. Le président du club à même cru bon de venir nous briefer avant la mise en place. Le traditionnel bla-bla, mais ce mec a un truc en plus, ce truc qui te donne envie de te défoncer pour lui.

Ah, les joueurs arrivent. Notre coach lui est déjà là. Pas grand monde ne lui faisait confiance au début de la saison mais il a fait un sacré boulot. C'est pourtant difficile à imaginer quand on voit ce mec, mal rasé et ébouriffé. Depuis le début, il a tenté de faire des efforts, mais il ne dégage pas une classe incroyable dans son pantalon mal taillé et sa chemise en flanelle.

Les joueurs sont en place. Carlos Vilarete est là. Tant mieux. Ce matin, le patron du café me disait qu'il trainait un peu la patte hier à l'entrainement. Mais Hugo a décidé de le titulariser. C'est un super capitaine, il a fait beaucoup pour l'équipe.

Le coup de sifflet, il faut que je retourne à mon poste, sinon ce con de Pablo va encore me prendre la tête.
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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Jérémibl » lun. 14 déc. 2009 10:04

Curieux cet épisode. Il n'apporte rien au contexte, est assez court et pas vraiment du même niveau que ce que tu nous proposais jusque là. Peut-être un besoin de souffler, de rester tranquille en attendant de redonner un bon coup de boost...


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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Cantona » lun. 14 déc. 2009 18:09

En fait cette partie s'associe à une autre, assez longue, je voulais donc éviter de trop charger mon chapitre. Elle était juste un ajout, une rapide vision d'un stadier pour saisir l'ambiance particulière autour du match.
Mais je t'accorde que toute seule, c'est un peu faible. Je vais de ce pas publier la seconde partie. J'espère qui ne te décevra pas trop.

Les derniers épisodes s'éloignent un peu des deux personnages principaux ce qui doit être un peu déconcertant. C'est en fait voulu pour vous fournir tous les éléments de l'intrigue et rencentrer l'action par la suite. En espérant que ce soit encore lisible.
Modifié en dernier par Cantona le lun. 14 déc. 2009 18:26, modifié 1 fois.
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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Cantona » lun. 14 déc. 2009 18:19

XV. Rien ne passe (suite)

Toujours les mêmes gestes, comme par habitude. Une habitude, voilà exactement ce qu’est devenu le football pour moi. Il n’y a plus cette flamme, autrefois présente, qui est censée animer tous ceux de ma profession. Je l’ai perdue, sans doute bien planquée dans l’un de ces innombrables recoins de ce fouillis qui me sert de piaule. Je croyais que cet amour inconditionnel du ballon rond qui faisait autrefois de moi un joueur d’avenir reviendrait avec ce genre de matchs, mais aujourd’hui, j’ai la réponse.

J’ai beau essayer, je n’arrive pas à m’impliquer. Oh, il n’y a pas vraiment de dégout, de tristesse, mais juste un profond sentiment de lassitude, qui m’habite depuis le jour ou j’ai perdu mon genoux, et avec elle toute volonté de reprendre ma vie en main. Oui, ma jambe, je considère que je l’ai perdue, car depuis cet accident de voiture, j’ai ce sentiment que quelqu’un me l’a enlevé, greffant à sa place une jambe qui n’est pas la mienne et qui ne le sera jamais. Je l’ai cent fois maudit, elle, qui m’a fait perdre tout ce que j’avais, à commencer par mon football. Je me rappelle pourtant cette même jambe qui rendait tous le monde unanime sur mes talents de défenseurs … Qu’est-ce-qui a changé, bordel !!! Moi, Wilmer Ortegón, j’avais pourtant du talent !!!

Du talent … lorsque je me remets à penser à toutes ces choses qui embrouillent mon esprit au point de me rendre fou - et ça arrive très souvent - des centaines de questions passent par là. Et le fait que personne ne puisse y répondre me fait comprendre à quel point je suis seul. Je maudis ces gens, qui me regardent de haut, prenant en compte juste les faits, sans pouvoir m’apporter ces réponses. Je maudit Dieu, lui-aussi, que tant souvent j’ai imploré, mais qui n’est jamais venu, qui jamais ne m’a apporté ces réponses …

Pourtant, il faut bien s’y mettre, ne serait-ce que pour gagner son pain. Lorsque Magdalena a fait appel à moi, j’y ai pourtant cru. J’ai espéré de tout mon être que ce petit bout de terre au nord de mon pays parviendrai à me redonner ce petit brin d’énergie qui me fuit depuis trop longtemps. Mais aujourd’hui, devant l’évidence, j’ai compris qu’où que j’aille, tout ça me rattraperait. Tout ça me suivrait jusqu’à mon lit de mort, en continuant de rendre ma vie de plus en plus fade. Quand je vois ce qu’est devenu Walter Hugo, j’ai honte. Ma vie est un paradis comparé à ce qu’a traversé ce type. Mais lui essaye de se relever, tandis que je me laisse couler au fond de cet océan de peine, comme si j’y étais bien, comme si je ne voulais finalement pas m’en sortir ; une bonne excuse pour rejeter la faute sur le sort. Je me sens si pitoyable dans ce genre de moments. Dans un pays où des milliers de gosses à la rue se battent pour un quignon de pain, moi, le privilégié Wilmer Ortegón, suis là à pleurer sur mon sort. Je suis si pitoyable.

Encore embourbé dans mes pensées, l’heure n’est pourtant plus à la remémoration du passé. Il ne me reste plus beaucoup de temps pour rassembler mes affaires, sauter dans le premier bus en direction du stade. Pas de voiture, Antoni me l’a souvent reproché. Lui, pourtant d’habitude si compréhensif et diplomate, semblait las de mes frasques. Je le comprends, lui qui a déjà tant à faire avec Walter, commence à peu près à voir le bout du tunnel. Mais sur ce coup là, je ne plierais pas. Mon genou a déjà suffisamment plié pour moi, dans cette voiture.
Depuis, plus question de songer à me faire partager les joies de l’automobile. Me maudissant d’être encore là à rêvasser, je tente de me concentrer par un geste fugace de la main, comme si ce rituel pouvait chasser les mauvaises pensées. Au vol, j’attrape mes chaussettes, mes crampons ainsi bien sur que mon bracelet, seul souvenir qu’il me reste de cet homme qu’on appelait autrefois « Wilmer Ortegón » et dont je ne semble être qu’une pâle copie. En trombe, je descends les escaliers, tentant comme je peu de rattraper le retard accumulé par mes divagations de vieil hystérique. Pas le temps de prendre l’ascenseur, depuis que madame Ramirez, la concierge, l’a fait réparer, il reste bloqué un coup sur deux. Et je n’ai pas trop envie de jouer ma saison à la roulette russe.
« Avec l’argent que je te paie, tu pourrais quand même te payer autre chose que ce 20 mètres carrés aux allures de bordel ! » Antoni avait raison, pourtant. Je ne sais pas qu’est-ce-qui cloche chez moi pour me pousser à m’automutiler de la sorte. Allez, il faut faire table rase du passé, au moins pour cet après-midi, et se concentrer sur le futur. Difficile, quand le passé est la seule chose qu’il nous reste à quoi se rattacher …

Par un hasard fou, le bus me dépose à l’arrêt Eduardo Santos - arrêt du même nom que le stade - sans que je sois trop en retard. Le spectacle, à peine arrivé, est impressionnant : les supporters venus en masse pour assister au sommet de ce championnat ont réussi à m’extirper de ma longue agonie intérieure.
« Ce soir, c’est le match qui va décider de l’avenir du club. Vous êtes sur le point d’écrire l’histoire. » nous dira Walter quelques minutes plus tard. Difficile d’y croire, n’est-ce-pas monsieur Hugo, quand vous-même n’y croyez pas. Le Magdalena était autre chose qu’une vulgaire équipe de deuxième division où se mélangent joueurs trop vieux et joueurs trop inexpérimentés. Quant à moi, du haut de mes 32 ans, je ne suis ici que parce que les dirigeants, qui avaient un besoin urgent de joueurs, m’ont eu au rabais. Un genre de faire-valoir. Mes deux capes internationales pèsent bien plus lourd que ce que je suis à présent. Ce maudit accident, survenu au sommet de mon art, m’a coupé les ailes. Qui se souvient de moi désormais …

En entrant sur cette pelouse qu’ont autrefois foulé des mecs comme Recca ou Hugo, je me dis que ce club est tombé bien bas. L’équipe n’est pas mauvaise, mais elle est très loin d’avoir la trempe de ses anciennes vedettes. Seul Antoni a cette trempe à présent, lui qui se bat corps et âme pour empêcher son club de s’éteindre. En parlant de lui, il est là aujourd’hui, accompagné d’un gratin des plus belles personnalités de la ville. Le maire, tous les dirigeants, les sponsors … Tous sont venus assister à ce qui pourrait nous envoyer en D1. Monsieur Salazar, venu du sud du pays pour l’occasion, siffle le début des hostilités. Le sort en est jeté, je vais tenter de me sentir concerné au possible ; en face, Bucaramanga, premiers du groupe, et l’obligation de s’imposer pour monter.

Le début du match commence, bien trop rapide pour moi, devenu pataud au fil de ces dernières années. Je traîne mon squelette sur le terrain, balançant une tête quand le ballon arrive dans ma zone. En fidèle Cerbère, je mords quand un joueur passe trop près de moi. Mais ce soir, il y a du changement. Plus les minutes passent, plus je sens cette niaque monter en moi. Je ne peux maintenant plus la contrôler, comme accumulée durant tout ce temps et prête à ressurgir à présent. Je n’ose y croire … Toutes ces années de bagne seraient elles enfin finies ? Vraisemblablement, oui.

Et si je m’étais trompé ? Et si j’avais juste besoin de temps ? Et si il ne tenais qu’à moi de changer les choses ? Et si, et si … Ce qui se passe ensuite mets un terme à toutes mes questions. On joue depuis une vingtaine de minutes, l’équipe est bien en place. Elle a pris le match à son compte, d’entrée. La balle est dans notre camp. Saavedra balance sans trop attendre loin devant. Fonseca, bien en jambe, fait l’effort. La défense adverse est mal placée, il ne tiens qu’à nous de profiter de cette inertie. Fonseca prends le dessus et trouve intelligemment Carlos Vilarete, bien placé. Allez Carlos, t’es tout seul !!! Effectivement, seul aux vingt mètres, notre avant-centre n’a plus le choix : la défense a compris l’urgence de la situation et revient à grandes enjambées. C’est cet instant précis que choisi Carlos pour faire valoir toutes ses qualités. Une reprise de volée magistrale qui ne laisse pas la moindre chance au portier de Bucaramanga. Pourtant excentré, Vilarete fais se lever, à l’unisson, tout un stade, toute une ville.
Et les dirigeants qui s’embrassent, et Antoni qui saute de joie, descendant à présent les marches de l’Eduardo Santos, enjambant la barrière de sécurité afin de venir à la rencontre de Walter. Et moi, dans tout ça … Moi, qui me suis surpris à sauter de joie, moi aussi. Désormais réconcilié avec le foot, toute la rage présente dans mes yeux en est la preuve la plus pertinente.

Du côté de Bucaramanga, l’estocade portée a été fatale. Affaiblis par ce but et par la sortie sur civière de Diego Peralta, quelques minutes auparavant, ils ne semblent plus être sur le même terrain. Sur leur banc, ça gueule, ça râle. L’entraîneur semble proche de la crise cardiaque, tant il se démène à trouver une solution. Cela dit, parti comme il l’est, il fait plus peur à tous le stade qu’autre chose. En parlant du stade, j’aperçois, au sein de cette effusion de joie, fumigènes et banderoles à la gloire du club, notre mécène, Steven Soderbergh. Le réalisateur de Che en personne est venu nous voir jouer. Et accessoirement le mec qui m’a permis d’être ici aujourd’hui, car, malgré que je ne l’ai jamais rencontré, son argent a permis au duo Antoni-Walter de me faire porter ces couleurs qui sont en ce moment même en train de me donner une seconde jeunesse.

Dans ces conditions, enfoncer le clou devient une formalité que règle Valencia. Nos adversaires, acculés, ne font plus le poids. A peine 3 minutes après l’ouverture du score, Franco, d’une touche rapide, trouve García. Le ballon circule bien et rapidement, García donne à Blanco, qui, d’une belle inspiration, décide de prendre la défense à contre-pieds et s’infiltre dans l’axe, avant de renverser le jeu pour Julio César Valencia d’une petite louche qui lobe la défense. Valencia fait valoir sa vitesse, et n’a plus qu’à catapulter le ballon hors de portée de Carlos Pérez, portier adverse, chose qu’il fait très bien. Pour la seconde fois en trois minutes, le public est debout. Le nom de Walter Hugo, pourtant tant décrié en début de saison, et désormais repris en cœur par des supporters rassasiés.

La mi-temps arrive alors que nos adversaires ont plus ou moins réussis à contenir la tempête après ce second but. Sur ce match, ils ne font pas le poids, nous jouons trop bien pour eux. Jamais nous n’avions étés aussi soudés, et aujourd’hui ce ne sont pas onze hommes qui sont sur le terrain, mais une armée entière qui a faim de titres et de D1 qui s’abat sur Bucaramanga. Walter nous félicite, et c’est la première fois que je peux voir ce sourire sur son visage. Il est vite rejoint par Antoni, qui ne cache pas sa joie. Pourtant, les deux hommes se reprennent vite - l’avenir du club est en jeu. Walter nous dis de ne pas fêter la victoire trop vite, le match n’est pas encore gagné.

L’ambiance en début de seconde mi-temps n’est clairement plus la même. De notre côté, l’euphorie à laissé sa place à la concentration. De leur côté, leurs yeux de chiens battus et leurs mains encore tremblantes témoignent de la virulence du discours qui a eu lieu dans les vestiaires. La seconde mi-temps est entamée, et nos adversaires se montrent bien plus volontaires. Seulement, ils ont beau tout essayer, ils n’y arrivent pas. Le jeu a repris ses droits depuis à peine trois minutes que Vilarete enfonce définitivement nos adversaires du jour. Les gestes de dépits se font sentir à présent. Leur entraîneur ne crie plus, il a compris que nous sommes simplement intouchables ce soir. Un doublé de Vilarete et encore un jeu de passe fluide et efficace. Au départ de l’action, Fonseca, qui temporise dans l’axe puis lance intelligemment Franco sur l’aile, seul coin démarqué. Franco percute, plein de vitesse et d’audace, crochète Edgar Ramos avant d’adresser le centre fatal à Vilarete qui démontre encore une fois tout son sens du but sur ce centre à ras de terre venu de la gauche.

Au sein d'une équipe qui carbure au Super, j'apporte moi aussi ma pierre à l'édifice. Pour la première fois, je ne me sens pas largué par mon age, et par mes regrets. J'ai enfin réussi à faire le vide, et cela se ressent clairement dans ma prestation. Volontaire, propre, et surement porté par mes coéquipiers, et par ces supporters fantastiques qui font plus de bruit qu'une armée en colère. Concentré, je balance les ballons qui osent franchir le rond central, d'un coup de tête rageur qu'on jurerait être directement adressé à ce qu'est devenue ma vie. Mais dès aujourd'hui, ça va changer. Je le sais, je le sens au plus profond de moi. Un sentiment de sérénité et de confiance que je n'avais encore jamais retrouvé. D'ailleurs, cette confiance emmagasinée, qui me transcende, me fait aussi prendre des risques. Je ne suis plus ce défenseur central à la limite du libéro, frileux, qui ne sort de sa surface qu'en cas d'évacuation du stade. A présent, j'ose. Je monte sur les corners, je lâche mes tacles dès la mi-terrain, je prend le risque de défendre haut même si Walter ne m'en a pas donné la consigne. Je suis crevé de tous ces allers-retours nouveaux pour moi, mais épanoui. D'ailleurs, Walter ne semble pas m'en tenir rigueur. Et les joueurs non plus, à l'image de Germán Candelo, qui, tout juste entré en jeu, me vois sauver sa première bourde. Soulagé, Germán me fait comprendre l'importance que j'ai pris dans ce match par un enlacement digne d'un jeune couple. Les mots doux suivent d'ailleurs, " merci, Wilmer, heureusement que t'es là ". Des mots qui me touchent, assurément, quand on pense que je reviens de très loin ...

La déferlante de Magdalena va ensuite se calmer. Tous sur le terrain connaissons à présent l’issue de ce match. A part les sorties sur blessures de Luis Cassiani à la 66ème et de Wilson Segura à la 72ème, signe irréfutable de la soirée cauchemardesque de nos adversaires que je plains presque à présent, la suite du match n’est guère emballante. Nous ne déjouons pas, nous ne perdons pas une seule seconde notre attention. Le coup du chapeau de Vilarete à la 83ème, profitant d’une défense fébrile et passive, viens clore les débats. C’est sans difficultés que Valencia, bien trouvé par García, efface Álvaro Gallo avant de jouer vers Blanco qui remets à notre buteur du soir une passe sans contrôle. Derrière, tout le monde connait la suite avant même que Vilarete n’ait obligé Carlos Pérez à aller chercher le ballon dans ses cages pour la quatrième fois. Breyner Bonilla, coupable sur ce but de ne pas avoir chipé la balle à Vilarete, est, comme ses coéquipier, en pleur.

L’arbitre siffle la fin du match à la 92ème, le score est sans appel, 4-0. Ce soir, toute une ville, toute une région, fait la fête. Ce soir, je fais la fête. Je viens enfin de me retrouver dans ce match. Walter Hugo est porté par ses joueurs, le champagne coule à flots. Vilarete, homme du match, est vite rejoint par des centaines de supporters ayant sauté par-dessus la barrière. Tout le monde et à présent sur le terrain, tandis que les hommes de Bucaramanga, la mine défaite, les larmes aux yeux, s’en vont, tête basse. Le moment précis qu’à choisi Antoni pour me rejoindre, et me glisser discrètement « Vas faire la fête avec eux, tu es un héros toi aussi. » Des mots qui achèvent de me combler, les larmes ne seront pas contenues ce soir. Faute de faire la fête, je me réconcilie avec moi-même, apprends à revivre. Ce soir, ce fut pour moi bien plus qu’une simple victoire …
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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Misaki » mar. 15 déc. 2009 20:27

Ces deux épisodes sont intéressants. Le second est clairement un ton au-dessus de l'autre.

Bref, félicitations pour la montée. Mais beaucoup de questions restent en suspens.
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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Atom Tan » mar. 15 déc. 2009 20:40

Bien joué Canto cet épisode...original aussi de prendre la place de ce défenseur. Décrire un même évènement par l'intermédiaire de deux protagonistes différents c'est bien trouvé. Le seul défaut que l'on peut trouver à ça c'est qu'on ne les connait pas beaucoup ces deux bonshommes...En tout cas la montée est là et grâce à elle, la vie coule à nouveau dans les veines de pas mal de monde et on le sent bien dans tout l'épisode. Je suis content pour Antony et Walter qui le méritent bien...

Good job !


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Re: Jeux, Tue, Ils

Message par Cantona » dim. 20 déc. 2009 16:49

XVI.

« On est en finale, on est en finale, on est, on est, on est en finale!! »

Antoni poussa la porte du vestiaire, accompagné d'Enrique. Ces joueurs étaient enfin devenus une équipe. On lui avait reproché de trop modifier l'effectif mais force est de constater que la mayonnaise avait prise. Antero, blessé et n'ayant pu prendre part à ce match est pourtant lui aussi là, dansant une sorte de samba avec Garcia et Sanchez.
Fonseca, affublé d'une perruque à la Valderrama, prend le président dans ses bras, dès son entrée. Au milieu de cette foule, Antoni aperçoit Walter qui semble retrouver un semblant de joie de vivre. Candelo et Cordoba tentent de lui apprendre la chorégraphie de ce qu'ils ont appelé la « samba Magdalena ».
Seulement Antoni sait qu'il est sur le point de gâcher cette fête. Pas vraiment lui, mais plutôt le message qu'il a à transmettre à ses joueurs.

« S'il vous plaît messieurs. J'aimerai avoir votre attention. »
« Ouais, président! Un discours! Un discours! »
« J'aimerai me réjouir Carlos, seulement j'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. »


Cette phrase avait suffi à calmer les esprits. Les joueurs debout sur les bancs, en était descendus. Ceux qui s'amusaient à balancer les affaires de leurs coéquipiers dans les douches, avaient reposé les vêtements qu'ils avaient en main.

« Malgré notre victoire, nous ne jouerons pas la finale du Championnat d'Ouverture. Enrique vous expliquera tout en détail. Walter, retrouve moi dans mon bureau, s'il te plait. »

Antoni quitta le vestaire sans se retourner. Il savait que ses joueurs chercheraient dans ses yeux une réponse qu'il n'avait pas. Du moins pas encore.

« C'est quoi le problème? Avec la victoire de ce soir, nous étions à égalité de points, mais avec une différence de buts. »
« Oui et en confrontation directe, nous avons l'avantage. Je sais tout ça Walter. Mais le règlement stipule que le classement se fait au nombre de victoires lorsqu'il y a égalité entre deux équipes. »
« Hein? C'est nouveau ça? »
« Oui. La fédération s'est réunie hier, et a voté cette loi à l'unanimité. »
« Mais enfin, c'est pas possible! On peut pas changer un règlement en cours de compétition. »
« Apparemment si. Mais tu sais aussi bien que moi, qu'engager une procédure contre la fédé serait voué à l'échec. »
« Mouais. Tant pis, on prendra notre revanche sur le terrain. Dès l'ouverture du prochain championnat. Là, ils ne peuvent pas nous arrêter. »
« Je serais pas aussi catégorique à ta place. Mais tu as raison, positivons. »
« Au fait. Martin et Catalina ne sont pas encore arrivés? On pourrait aller fêter la victoire tous les quatre. »
« Martin vient de finir son service. Je vais lui demander de récupérer Catalina sur le chemin. Elle était au salon de massage, elle devrait avoir terminé. »




Le stade était désormais quasiment vide. Les supporters s'étaient rués sur le centre-ville pour fêter la victoire. Eux non plus, n'étaient pas encore au courant du revirement de la fédération. Ils l'apprendraient surement à la radio, ou demain dans les quotidiens.

Antoni, de son côté, tentait de comprendre qui avait orchestré ça. Le suspect le plus évident semblait être le club de Bucaramanga. Ils étaient qualifiés malgré la défaite, n'avaient donc pas eu à se fatiguer et seraient en forme pour jouer la finale.
Seulement, Magdalena avait joué le match à fond, et deux joueurs adverses étaient sortis sur civière. Pourquoi alors ne pas avoir tenter d'acheter Antoni, et demander aux bleus et rouges de lever le pied?
De plus, son homologue de Bucaramanga était venu féliciter Antoni pour l'accession en finale. Il pouvait être le plus malhonnête des hommes, mais il avait semblé trop sincère dans sa déception.

La fédération aurait pu échafauder ce plan elle-même, mais dans quel intérêt? Quelle pouvait être la raison d'envoyer Bucaramanga plutôt que l'UD en finale? Et surtout quel en était l'intérêt?

Il restait ensuite la piste de Limon et ses acolytes qui avaient pu parier sur une accession de Bucaramanga. Mais cela semblait impossible. Il aurait fallu « influencer » plusieurs équipes et le bénéfice engendré ne justifiait pas l'envergure de la chose.

« Bon écoute, Antoni. Je commence à être fatigué. Mes jambes ne supportent plus de telles émotions, je vais rentrer. Embrasse Catalina et Martin pour moi. »
« D'accord. On se voit demain au décrassage. »


Walter avait pris le chemin de chez lui. Pour éviter de revivre les mêmes mésaventures, il empruntait désormais les axes fréquentés, espérant que cela dissuaderait les jamaïcains de lui tomber dessus. Cette fois, il avait atteint son immeuble sans encombres.
La satisfaction se mêla rapidement à la surprise lorsque devant sa porte, il retrouva le cadre dérobé quelques semaines auparavant. Enfin pas tout à fait. La médaille était toujours là, mais le cadre avait été changé. Sous le verre se trouvait un petit mot manuscrit.

Prends-en bien soin. Désormais, plus de risque qu'ils te le volent à nouveau.

Celui qui avait écrit ça tutoyait Walter. Et il avait convaincu, d'une manière ou d'une autre, les prêteurs de le laisser tranquille. L'idée qu'avait Walter était trop farfelue pour être vraie. Fatigué une heure avant, il avait maintenant besoin de sortir pour s'aérer l'esprit.

Machinalement, ses pas le conduisirent jusqu'au troquet au coin de la rue. Il n'était plus question de s'installer à une table et de flirter avec une bouteille toute la nuit. Même si la tentation était grande.
Il commanda un verre de whisky au patron. Cet alcool n'était vraiment pas son favori, et le dégouterait plus rapidement.

« Walt, qu'est ce qui t'amènes par ici? Tu fêtes pas la victoire? »

Ces dernières années Walter s'était fait très rare ici, préférant l'ambiance plus calme du Zoulou Bar. Mais depuis sa prise de fonction il renouait avec le football, et donc avec ce lieu de passionnés.

« Non, on s'est fait enflés par la fédé! »
« Ah oui, j'ai entendu ça. Putain, je me demande bien qui a pu les pousser à voter cette règle à la con. »
« Qui est-ce qui peut bien avoir intérêt à faire passer Bucaramanga? »
« Tu sais Walt, si j'étais toi, je prendrais le problème dans l'autre sens. Qui peut bien avoir intérêt à ce que Magdalena ne passe pas? »


Walter reposa le verre qu'il était en train de siroter. Il fixa longuement le gérant. Il n'avait peut-être pas tort.

« J'ai dit quelque chose de mal, Walt? »
« Non, au contraire. Enfin si. Appelle-moi encore Walt et je te colle mon vieux poing dans la tronche. »


Il termina sa phrase par un sourire, et sortit de sa poche un billet tout froissé qu'il déposa sur le comptoir. Il rajusta son col et descendit du tabouret.

« Et ton whisky? »
« Jette-le. Je reviendrai quand tu serviras de vrais alcools. »


Walter pensait avoir la solution au problème, et pour le moment la réapparition de sa médaille ne le préoccupait plus. Il grimpa dans un bus qui l'amènerait jusqu'au stade, en espérant qu'Antoni serait encore là.

Entre temps, Martin était enfin arrivé au stade et pénétra dans le bureau de son ami.

« Ah enfin vous voilà. »

Martin restait silencieux.

« Catalina n'est pas avec toi? »

Le mutisme de Martin avait suffi à répondre à la question.

« Où est-elle? Qu'est-ce qui se passe Martin, parle-moi! »
« Elle était bien au salon. Seulement quand je suis arrivé, il n'y avait personne. A part Catalina, allongée sur une table de massage, immobile. »
« C'est quoi ces conneries? »
« Elle avait des aiguilles plantées dans le corps, comme de l'acupuncture, mais à part ça, aucune trace de lutte ni de coup. J'ai récupéré une de ses aiguilles. »
« Putain... Martin. Tout ça prend des proportions trop importantes. Il faut arrêter la machine. »
« Actuellement, on ne peut rien Antoni. Je suis très attristé par la mort de Catalina, mais ... »


Walter venait d'entrer dans le bureau et avait saisi cette dernière phrase. Il s'était arrêté net. Son regard voyageait d'Antoni vers Martin sans y trouver la réponse qu'il cherchait.

« Catalina est morte? »
« Elle a été tuée. »


Walter ne tenait plus. Il s'assit dans le fauteuil qui faisait face au bureau d'Antoni. Trop de choses se bousculaient dans sa tête.
Martin semblait encore le seul à pouvoir réfléchir logiquement.

« Tenter quelque chose maintenant serait du suicide. Il nous faut continuer comme si de rien n'était. Je sais bien que ça ne sera pas facile, mais c'est surement le seul moyen de coincer cet enfoiré. »

Antoni et Walter l'écoutait religieusement. Martin était serein, alors que chacun d'entre eux était prêt à partir dès maintenant dessouder Limon à mains nues.

« Walter, il faut à tout prix éviter que les joueurs ne soient mis au courant. Pars en stage quelques temps avec eux pendant qu'on s'arrange pour étouffer l'affaire. »
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