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Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Y'en a des comme ça...

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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par laurentsg » lun. 19 déc. 2011 18:37

Verchain a écrit :
Airos a écrit :Qu'est-ce qu'être Français? Vous avez quatre heures.
Je ne comprends toujours pas en quoi se revendiquer d'une autre nationalité est contradictoire avec le fait de se sentir français. Je ne dois pas être assez "bon français" peut être. Je ne suis pas non plus étranger...
On fait quoi? Je m'installe dans les eaux internationales? :mrgreen:
Ben, tout est dit, non ?
Il est difficile de discuter de celà autour d'un forum... il faut pointer du doigt que pour les bien-pensants, la nationalité, c'est une identité donc c'est fasciste. Au fil des années, les générations n'ont plus été éduquées dans la fierté d'appartenir à une nation, à l'aimer, à la promouvoir. La construction de l'Union Européenne a tendance à rendre flou les contours de la nationalité. Les plus anciens qui ont souffert durant la guerre; il n'y a pas de doute à se poser : ils étaient français, fiers de l'être. Ils savaient, voulaient défendre le pays. Aujourd'hui, qu'est ce qu'une nationalité ? Je vois le passage de Mathias : la nationalité, c'est un passeport... je me prends la tête entre les mains... :144: Je ne pense pas qu'on peut avoir un débat raisonnable sur ce sujet parce que, de la façon dont la société a évolué, les gens ne peuvent pas (je ne les blame pas, je pointe juste du doigt un fait) prendre conscience que la double nationalité est une abomination contre-nature.


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par Airos » lun. 19 déc. 2011 19:40

Le patriotisme est l'amour des siens, le nationalisme la haine des autres disait Jaures, un bien-pensant en avance sur son temps.

Je me coucherais toujours aussi bête, péteux et jeune ce soir vu que vous ne voulez même pas balancer un début d'embryon d'explication.


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par laurentsg » lun. 19 déc. 2011 19:59

Airos a écrit :Le patriotisme est l'amour des siens, le nationalisme la haine des autres disait Jaures, un bien-pensant en avance sur son temps.
Je me coucherais toujours aussi bête, péteux et jeune ce soir vu que vous ne voulez même pas balancer un début d'embryon d'explication.
que veux-tu que je te dise ? sentir son appartenance à quelque chose, ça ne s'explique pas. C'est à l'intérieur de toi, une place à côté du coeur comme lorsque Thuram pleure en entendant la Marseille ou lorsque la première génération des immigrés originaires du Mahgreb chantait la bénédiction de la patrie France en envoyant paitre la guerre d'Algérie. Ces familles-là, elles étaient atterrées lorsqu'elles voyaient leurs petits enfants aller foutre le souk lors du match de foot france - algérie.

Comme je l'ai dit, si tu n'as pas conscience de l'importance d'une nationalité, tu peux difficilement t'éveiller et en prendre conscience aujourd'hui. L'école n'a pas rempli son objectif et les salmigondis "citoyens du monde" ont fait le reste... C'est une époque de laisser-aller où ceux qui ont plusieurs passeports ne voient que les avantages qu'il y a derrière tout en essayant d'en fuir les inconvénients. Faudrait que je regarde si je n'ai pas de la famille en Suisse le jour où je gagnerais le million au loto...


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par Verchain » lun. 19 déc. 2011 20:38

Bof, t'as pas besoin d'avoir de la famille en Suisse pour aller t'y installer. Faut 6.5 millions pour que ça devienne intéressant fiscalement, d'ailleurs.


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par Airos » lun. 19 déc. 2011 21:06

Tu paierais plus d'impôts en étant citoyen suisse qu'en étant résident étranger, mauvais calcul. :P

J'entends bien que cela dérange certains que l'on ne vénère plus aveuglément la nation comme au siècle dernier où les citoyens sortaient des tranchées pour aller au charnier. J'insiste bien sur le "aveuglément", je trouve par exemple très bizarre les américains répétant inlassablement les mêmes "éléments de langage" à propos de leur armée et de leur pays. Comme une sorte de lavage de cerveaux à grande échelle, pour compenser et masquer les divisions inhérentes à la formation historique de cette nation. Ce n'est pas avec ce genre de mentalité que tu fais avancer les choses, j'aime bien notre côté chieur et jamais satisfait.

Perso, je suis bien volontiers ce que tu appelles un "citoyen du monde", bisounours dans l'âme et très loin de penser que l'affaiblissement des nations (des nationalismes plutôt) est une mauvaise chose. J'ai énormément de mal à être fier d'être français, simplement parce que je n'y suis absolument pour rien. Si j'avais du me battre pour l'être je n'aurais certainement pas ce point de vue mais ce n'est pas le cas. D'ailleurs, n'était-ce pas le but de nos glorieux ancêtres? Que les générations futurs puissent vivre pépère sans avoir à dessouder du bosh ?

En revanche, je suis très satisfait des valeurs que mon pays véhicule (enfin en théorie, ces derniers temps c'est pas folichon). Très content qu'on envoie bouler les religieux par exemple, qu'on ne soit pas aller en Irak, qu'on continue à essayer de former l'Union Européenne. "Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité", c'était ce qu'avait répondu Juppé je crois quand on lui demandait ce qu'était la France pour lui. Je serais assez d'accord avec ça. Définir, c'est exclure.

Pour finir, tu en parles comme si la nation était en péril... à cause de quoi? la chute des valeurs? l'immigration? La France a toujours été un pays d'immigration et on a traité chaque vague comme de la merde avant qu'elle ne s'intègre et dénigre la suivante. C'est fou que des ritals ou les espingouins puissent insulter des magrébins, dans les années 30 ils ont eu exactement le même sort ("tous des voleurs"). D'ailleurs en exclu je vous donne la provenance de la prochaine vague, qui a en réalité déjà commencé depuis quelques années : les pays de l'est. Tu verras dans 20 ans des maghrébins se plaindre que les Bulgares piquent le boulot des honnêtes citoyens et ainsi de suite...


ps : un forum est au contraire un très bon endroit pour débattre. C'est plus facile pour structurer et argumenter son propos.


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par laurentsg » lun. 19 déc. 2011 22:03

Airos a écrit : J'insiste bien sur le "aveuglément", je trouve par exemple très bizarre les américains répétant inlassablement les mêmes "éléments de langage" à propos de leur armée et de leur pays. Comme une sorte de lavage de cerveaux à grande échelle, pour compenser et masquer les divisions inhérentes à la formation historique de cette nation.
pour ma part, sur les ricains, j'ai ma théorie personnelle où la version officielle, c'est "nous amenons la démocratie" comme pour masquer la version réelle "nous pillons le pétrôle et toutes les réserves énergétiques". La guerre en Irak était un prétexte. La guerre en ex-Yougoslavie était un prétexte pour isoler la Russie, sécuriser les oléoducs qui sillonnaient l'Europe de l'Est face à des anciens pays du blog rouge qui voulaient alimenter les ricains, par esprit de vengeance tout en ayant peur de la réaction russe. Le culte de la patrie favorise le côté va t'en guerre de ce pays...

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Airos a écrit :
Perso, je suis bien volontiers ce que tu appelles un "citoyen du monde", bisounours dans l'âme et très loin de penser que l'affaiblissement des nations (des nationalismes plutôt) est une mauvaise chose. J'ai énormément de mal à être fier d'être français, simplement parce que je n'y suis absolument pour rien.
Je suis globalement désabusé sur ce type de réaction; j'aurais du mal à répondre. (voir tout de même le passage plus bas sur la chute des valeurs)
Airos a écrit :
Définir, c'est exclure.
définir, c'est exclure ? oh my god, non !!! Non. Non. Non. C'est terrible ce genre de phrases. C'est un laisser-aller. C'est un abandon. C'est de la lâcheté. C'est parce que l'on autorise tout dans notre société que tout part à veau-l'eau. Définir est absolumment nécessaire. Les valeurs tiennent d'un choix tranché, abouti, défini. On en a besoin. Ce n'est pas au citoyen de prendre le choix de s'émanciper des valeurs. Comme disait Nietschze : "La sagesse trace des limites même à la connaissance ".
Airos a écrit :
Pour finir, tu en parles comme si la nation était en péril... à cause de quoi? la chute des valeurs? l'immigration?
Bon, je vais prendre le sujet sérieusement (en référence à ta sortie de tt à l'heure : "je me coucherais aussi bête ce soir") et je vais tenter une réponse sérieuse car je pense que l'on peut discuter avec toi.

L'immigration ? Ca a son influence. Oui. Mais je ne le vois pas sur une question de races. Ce truc sur les races ne m'interesse pas et serait idiot. Non. Je le redis; le sujet étant sérieux, je vais expliquer ce sur quoi ma pensée s'est élaborée :



- William Goodwin : inspiré par la bêtise crasse de Rousseau, Goodwin est favorable à l'idée d'un progrès (de la société) sans limite. Je me rappelle plus du nom du bouquin (mais je pourrais le retrouver si cela t'interesse) mais Godwin croyait en une société où une population croissante connaît nécessairement la prospérité et la justice.

- je m'y suis intéressé pour comprendre comment Thomas Malthus en était arrivé à ses conclusions. Malthus m'a fasciné. Il lisait Goodwin qui faisait ses élucubrations de justice sociale et d'aide pour les pauvres, inspiré par la société idéale de Rousseau. Pendant ce temps-là, Malthus qui était pasteur devait prendre en charge l'aide pour les pauvres. Ce qui l'a frappé, c'est le fait que l'on ne pouvait pas nourrir tout les pauvres lorsque les récoltes étaient mauvaises.

- à cette époque là, en Angleterre, ce sont les enclosures (privatisation des terres communales) qui génèrent une pauvreté sans précédent. Le pays y répond par une aide financière aux plus pauvres, sorte de Smic à l'avance. Cette aide génère un torrent d'opprobes de tout le pays. Il y a un auteur clé pour comprendre comment Malthus & même Darwin (pour son principe de la sélection naturelle) (Malthus & Darwin deux personnages qui me fascinent) ont pensé ; c'est Joseph Townsend. Voici un passage clé :

« Dans les mers du Sud, il y a une île, appelée du nom de son découvreur, “Juan Fernandez”. Dans cet endroit isolé, John Fernando plaça une colonie de chèvres, consistant en un mâle assisté par sa femelle. Cet heureux couple trouvant pâture en abondance put obéir avec empressement au premier commandement, de croître et se multiplier, jusqu’à ce que, au bout d’un certain temps, il eût rempli cette petite île. Pendant toute cette période, ces animaux ne connurent ni la misère ni le manque, et semblaient se glorifier de leur nombre. Mais, à partir d’un malheureux moment, ils commencèrent à souffrir de la faim. Néanmoins, ils continuèrent pendant un certain temps à accroître leur nombre, et ils auraient dû craindre d’en venir à la famine, s’ils avaient été doués de raison. Dans cette situation, les plus faibles succombèrent en premier, et l’abondance fut ainsi restaurée. Ainsi, ces animaux fluctuèrent entre le bonheur et la misère, soit souffrant du manque soit se réjouissant de l’abondance, selon que leur nombre augmentait ou diminuait, jamais stable, mais suivant tout le temps à peu de choses près la quantité de nourriture. […]
Quand les Espagnols s’aperçurent que les armateurs anglais utilisaient cette île pour se ravitailler, ils décidèrent d’exterminer totalement les chèvres, et pour cela déposèrent sur le rivage un chien et une chienne. Ceux-ci, à leur tour, crurent et multiplièrent, en proportion de la quantité de nourriture qu’ils trouvèrent ; et, en conséquence, comme les Espagnols l’avaient prévu, les chèvres, qui leur servaient de nourriture, diminuèrent. Eussent-elles été totalement détruites, les chiens auraient dû périr eux aussi. Mais, comme de nombreuses chèvres se retiraient sur des rochers escarpés, où les chiens ne pouvaient pas les suivre, et qu’elles descendaient seulement pendant des courts intervalles dans les vallées pour se nourrir avec crainte et circonspection, il n’y eut que les insouciantes et les irréfléchies qui devinrent des proies ; et seuls les chiens les plus attentifs, les plus forts et les plus actifs purent trouver assez de nourriture. Ainsi, une nouvelle sorte d’équilibre s’établit. Les plus faibles des deux espèces furent les premiers à payer leur dette à la nature ; les plus actifs et vigoureux préservèrent leur vie. »


Dans le "Principe sur la population", Malthus met en corrélation population et ressources. Il en arrive à la conclusion que des catastrophes telles que la famine sont inévitables.

Même si Malthus me fascine, je ne suis pas pour son principe de ne plus aider les pauvres. Mais je pense que - ça fait cliché - l'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. On n'a pas les ressources nécessaires pour cela. Le partage des richesses est une tartufferie. Le vrai problème tient du principe de la population. La France ne peut pas croitre indéfiniment. Et on en revient à ce que l'on disait plus haut : il faut définir des limites. Pourquoi s'inquièterait on de l'autre bout du monde alors qu'il y a des gens qui crèvent la faim chez nous ?



QUant à la chute des valeurs, ouai, également et plus que toute autre chose. Là aussi, si tu veux un livre pour te documenter dessus, je te conseille "Père & fils " de Tourgueniev.

Un petit résumé :

Il y est largement traité de l'émergence d'une mentalité révolutionnaire dans la Russie de la seconde moitié du XIXe et d'une apparition croissante de la contestation face au régime en place et à la mentalité conservatrice de la société de l'époque. Le titre évoque ainsi le nouveau rapport de la jeune génération à celle de ses pères, la première étant animée d'idéaux subversifs relatifs au progrès socio-politique.

Le progrès. Le cheval de bataille des progressistes. Doit-on pisser sur tout ce qui s'est fait auparavant pour avoir sa propre identité, pour se sentir à l'aise avec sa conscience ? Doit-on renier l'enseignement de nos pères parce que c'est ancien, sale et dépassé ? Le progrès, on le voit à toutes les sauces. On peut voir le mot "progrès" lorsque des poufs mal baisées s'érigent contre la fessée parce que c'est un chatiment corporel digne de Guantanamo. On peut voir le mot "progrès" lorsque l'on bannit l'éducation civique des cours car l'éducation civique, c'est fasciste, c'est un carcan. Le progrès, c'est devenu le crépuscule de nos valeurs. L'attachement à un pays, c'est quelque chose qui ne se pose pas. Toi, Airos, tu ne comprends pas très bien cela. Comment pourrais-je te répondre ? Tu en es arrivé à cet état de fait parce qu'il y a un laisser aller, un renoncement véritable dans cette société moderne. Tu n'aurais jamais du en arriver là si la société avait fait son boulot. Comment je peux t'expliquer l'attachement à une nation ? Je ne peux pas. Ouai, la chute des valeurs sans aucun doute. Il y a une phrase de Philippe Murray que j'adore : « Ce devant quoi une société se prosterne nous dit ce qu'elle est. » Oui, effectivement et le constat fait mal.

ah et pour finir, Pavé Caesar !


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par Freshair » jeu. 29 déc. 2011 15:18

Pour compléter le propos de Laurent, le Progrès des Modernes c'est l'habit propre de la logique des impératifs économiques du Marché. Le Progrès, c'est la clé qui doit faire sauter tous les verrous s'opposant à la marée marchande. Le progrès, c'est la transformation de l'homme en simple objet de ses désirs. Le Progrès, c'est la mort de l'humanité des hommes.
Airos a écrit : Perso, je suis bien volontiers ce que tu appelles un "citoyen du monde", bisounours dans l'âme et très loin de penser que l'affaiblissement des nations (des nationalismes plutôt) est une mauvaise chose.
Avec cette phrase, tu viens de gagner le Prix O.M.C. 2011. La Nation et l'Etat sont les deux boucliers grâce auxquels les Peuples ont pu pendant un temps se soustraire à l'influence totalitaire du commerce et du Marché. Seules ces structures puissantes pouvaient s'opposer efficacement aux tentatives d'expansion du Dieu-Marché. Elles possédaient les moyens de résister. Ce n'est pas par hasard que les promoteurs les plus zélés de l'idée européenne sont également les plus résignés à l'inéluctabilité du capitalisme et que les plus grands partisans de "l'Europe des Régions" se comptent dans les rangs des gros industriels et des potentats locaux. Il est plus aisé de traiter avec la Bretagne ou la Bourgogne qu'avec la France.


Airos a écrit :Pour finir, tu en parles comme si la nation était en péril... à cause de quoi? la chute des valeurs? l'immigration? La France a toujours été un pays d'immigration et on a traité chaque vague comme de la merde avant qu'elle ne s'intègre et dénigre la suivante.
Ce n'est pas l'immigration qui est un péril ou un danger. C'est l'incapacité de la Nation à intégrer les nouvelles populations quelles soit immigrées ou tout juste sorties de l'utérus de leurs mères. Cette incapacité trouve sa source dans la disparition chez les individus de l'idée même de Nation, c'est-à-dire de l'idée d'une communauté affective reconnue de valeurs et de destin. Le péril, c'est le Marché et son travail de sape idéologique ("Vous êtes unique", "vous avez votre destin en main", "restez comme vous êtes", "chacun ses valeurs", "vous êtes l'entrepreneur de votre vie",....). Il est plus facile pour le Marché de soumettre une multitude d'individus isolés et concurrents (des monades atomisées) que de se confronter à la force collective d'une communauté humaine solidaire. Alors, ouais, laissons donc le Marché dynamiter les fondations de la vie collective....
"Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? », il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : « À quels enfants allons-nous laisser le monde ? » - Jaime Semprun


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par Airos » sam. 31 déc. 2011 0:28

Mieux vaut tard que jamais, à mon tour de "battre le pavé".


Tout d'abord, merci d'avoir pris la peine de me répondre de manière argumentée. Je connais bien Malthus pour l'avoir étudié à la fac, un peu moins les autres auteurs que tu cites, je me renseignerais à l'occasion.

La citation de Townsend me gêne beaucoup et elle en dit long sur le ressenti qu'ont certains vis à vis de l'immigration : des races différentes débarquées pour nous bouffer. J'en profite au passage pour rappeler qu'il n'y a qu'une seule race d'être humain. (en réponse au pluriel que j'ai pu voir).
On peut traduire ta citation par le très courant "les étrangers qui volent le travail des français" et qui "profitent du système". On rentre dans le débat sur le rapport recettes/dépenses si cher à nos gouvernants ces derniers mois. Je dois bien avouer être plutôt ignorant sur le sujet, d'autant que l'Etat refuse toujours de faire des statistiques à ce sujet, à tort ou à raison.
Que les immigrés touchent en moyenne plus d'aide de l'Etat est sans doute vrai, dans la mesure où ils sont moins qualifiés, ont plus de gamins et sont généralement plus pauvres que les "natifs".
Par contre ils sont plus jeunes en moyenne, et quand on sait que le principal poste de dépense de l'Etat concerne les prestations sociales, dirigées en grande partie vers les vieux... Bref, difficile de savoir si ça s'équilibre ou non, et quelque part c'est paradoxal que vous utilisiez l'argument comptable alors que vous vilipendez la dictature du marché de l'autre côté.

A noter que cet état de fait évolue avec l'augmentation du niveau de qualification dans ce qu'on appelle la "transition démographique". D'ailleurs c'est la limite de la théorie de Malthus : la population ne croit pas de façon illimitée, il n'y a qu'à voir l'Allemagne ou la Russie qui va perdre en population (avec des conséquences désastreuses pour l'économie). Pour prendre l'exemple de ma famille, mon grand-père est venu dans les années 60 avec ses 3 gamins, il était ouvrier dans le bâtiment. Ses 3 mômes ont profité du système éducatif pour faire des études et sont devenus cadres ou cadres-sup et font rentrer moult pognons dans les caisses de l’État. Aujourd'hui mon grand-père fait perdre un pognon dingue à l’État avec sa santé et ça ne tardera pas pour mon père et mes oncles... Et moi j'ai fait mes études et je vais bientôt cotiser. Si tu veux t'amuser à faire le bilan comptable des apports financiers à l’État français de mon ascendance, bon courage. Maintenant fais le pour les millions d'immigrés et de français d'origine étrangère. Après cela, on pourra discuter de l'éventuelle influence néfaste de ces salauds de bi-nationaux sur la pérennité financière de l’État français.

Puisqu'on parle de démographie, cela n'aura échappé à personne que la France devient un pays de vieux. Et qu'il y en aura bientôt plus de retraités que d'actifs, ce qui pose notamment des problèmes pour le financement des retraites. L'autre problème que cela pose, c'est le manque de main d’œuvre. C'est étonnant dans le contexte actuel mais dans les 10 ans on manquera sans doute de main d’œuvre. Le gouvernement avait déjà mis en place des dispositifs pour attirer les travailleurs qualifiés (la fameuse "immigration choisie") avant de décider de virer les étudiants étrangers du sol français après le diplôme, pour des raisons électorales.
Le gouvernement a aussi décidé de retarder ce phénomène en faisant bosser les gens plus longtemps, quitte à retarder aussi la baisse programmée du chômage. Baisse du chômage qui entrainerait mécaniquement une réduction du déficit des caisses de retraites... mais c'est un autre sujet.
On aura donc besoin d'immigrés pour payer les retraites des vieux (qui leur cracheront dessus, solidarité nationale oblige). Ou alors on les tue, la solution écolo et économiquement raisonnable.
La en revanche il existe des chiffres, mais je les ai oublié et j'ai la flemme de me retaper des rapports de l'INSEE.

Fresh a écrit :Avec cette phrase, tu viens de gagner le Prix O.M.C. 2011. La Nation et l'Etat sont les deux boucliers grâce auxquels les Peuples ont pu pendant un temps se soustraire à l'influence totalitaire du commerce et du Marché. Seules ces structures puissantes pouvaient s'opposer efficacement aux tentatives d'expansion du Dieu-Marché.
La Nation contre le néo-libéralisme? C'est absurde. Simplement parce qu'on peut avoir un sentiment national très fort et une économie néo-libérale, le meilleur exemple est celui des USA.
Polanyi ( "La Grande Transformation" )a développé son concept d'économie déshumanisante, auquel tu fais référence si je ne m'abuse, en étudiant la fin du 19ème siècle, celui qui a vu l'éclosion du nationalisme.
Je suis d'accord sur le fond de ton propos, même si je n'utiliserais pas un ton aussi prophétique. :mrgreen:

Pour le reste, je n'ai pas vraiment le sentiment que les immigrés s'intègrent mal. Évidemment, le contexte économique complique le processus et avive les tensions mais globalement on se débrouille mieux que les voisins. Pour preuve, une étude est sortie il y a quelques temps et montrait que les français d'origine étrangère se sentaient intégrés et ne se plaignaient globalement pas beaucoup de discriminations. Une autre stat intéressante était le nombre de mariage mixte, beaucoup plus important que chez nos voisins hollandais ou anglais.
Cette incapacité trouve sa source dans la disparition chez les individus de l'idée même de Nation, c'est-à-dire de l'idée d'une communauté affective reconnue de valeurs et de destin. Le péril, c'est le Marché et son travail de sape idéologique ("Vous êtes unique", "vous avez votre destin en main", "restez comme vous êtes", "chacun ses valeurs", "vous êtes l'entrepreneur de votre vie",....). Il est plus facile pour le Marché de soumettre une multitude d'individus isolés et concurrents (des monades atomisées) que de se confronter à la force collective d'une communauté humaine solidaire. Alors, ouais, laissons donc le Marché dynamiter les fondations de la vie collective....
L'avantage de ce genre de comportement individualiste, c'est que nous sommes, a priori, pas près de revoir des massacres comme les dernières guerres mondiales dans nos contrées.
Ton idée de "force collective d'une communauté humaine solidaire" me fait froid dans le dos, noyer dans la masse l'individu devient quantité négligeable. On dirait les anarchistes cocos de ma fac, qui crachaient sur tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec eux. Les projets collectifs c'est bien, sauf quand tu n'entres pas dans le plan. C'est ce que je voulais dire quand je disais que définir c'était exclure.


Fiou je pars dans tous les sens, difficile de rester dans le seul cadre des "bi-nationaux" tant ce sujet en englobe d'autres.
Bonne lecture quand même. :mrgreen:


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par Verchain » sam. 31 déc. 2011 6:35

Ah, merde Airos, tu viens maintenant affirmer qu'en plus de nous piquer nos boulots, nos allocations, ils viennent nous piquer nos femmes aussi ? Mais que fait Claude Guéant, bordel ??????



Bon, on ferme ?


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Re: Les Bi-nationaux, le choix du coeur

Message par Freshair » dim. 01 janv. 2012 11:07

@ Airos

je t'avais fait un super pavé pour te répondre. Mais une mauvaise manip l'a effacé. Je te le reposterai dans le bistrot ou dans le topic politque dès que j'aurai retrouvé le courage.
"Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? », il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : « À quels enfants allons-nous laisser le monde ? » - Jaime Semprun


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