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Monopoli. Successo possibile?

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raffiluccio
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Monopoli. Successo possibile?

Message par raffiluccio » sam. 12 juin 2010 14:50

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Aprile 2009. Monopoli, Puglia, Italia, ore 13.20. " Spaghetti alla polpa di riccio."
Trattoria quelconque, petite port de province du sud-est de l'Italie, côte Adriatique. Heure du repas, ruelles désertes où pénètre le vent, temps orageux, pas un chat dehors, restaurant ouvert presque improbablement...
"Les spaghettis à la chair d'oursin". Vin blanc local dont j’ai oublié le nom, forcément... La mer dans un plat. Serveur taciturne, peut-être sait-il déjà qui je suis ici.
«Ici à Monopoli, c’est pas Bari, c’est pas la grande ville, ici tout le monde est au courant de tout, tout se sait. » m’avait prévenu la dottoressa Floriana Ladisa, présidente du club. Une femme présidente, ici.... Probablement la fille ou la nièce de l’ancien président. Mieux vaut ne rien demander, profil bas.

« Caffè ristretto », fort, serré et presque tiède, une gorgée seulement. « Il conto, per favore ». Je paye comptant, le Bancomat est en panne, impossible de régler par carte. Je prends les deux valises laissées dans un angle de la trattoria, direction le chemin le long de la plage minuscule, là où j’ai aperçu un banc tout à l’heure.
A cette-heure ci, les vieux se reposent, il doit bien être libre. Oui. Le sac sous la tête, qui fait coussin, les pieds sur la valise, un peu de repos avant que les dirigeants me présentent les infrastructures du club, dernière condition avant la signature.

Finalement, une seule personne m’attend. Je dois pas faire l’unanimité…
« Signor Zago, piacere, Lucio Lentini », intendant du club. « Piacere ».
« On va commencer par le centre de formation. Vous savez ici, le problème, c’est qu’on est à côté de Bari, 35 minutes en train, et c’est le club qui fait rêver les jeunes du coin, même s’ils viennent juste de remonter en A après des années galère en B. Nous, à côté, on reste le club de cœur de beaucoup de jeunes, mais on est rien comparé à Bari, qui est le club des ambitions. Cela dit, on se débrouille pas mal, les infrastructures sont pas mauvaises mais nos meilleurs jeunes partent souvent vers Bari, Naples ou Lecce. Il faudrait vraiment accéder au statut pro pour en faire rester, et pour ça il faut monter en C1… Vous verrez, tout est vieillissant ici, beaucoup de sponsors locaux nous aident, mais ce sont de petites entreprises qui offrent des contrats publicitaires modestes, plus parce que leurs dirigeants sont attachés au club que par réel intérêt commercial. »

« Des infrastructures pas mauvaises »… Ca sent le foot amateur à 100%, sauf qu’ici, par rapport à la France, on sent un vrai attachement au club. On est retransmis à la Tv locale, les commentaires sont en dialecte. Pas très compliqué à comprendre, mais mieux vaut très vite apprendre quelques mots, sinon on me le reprochera dès les premiers revers venus.

« Je le répète, pour nous cette année, c’est le maintien » répète avec insistance Floriana Ladisa. « Financièrement, on fera notre possible pour les salaires et les transferts, mais il faut que les résultats suivent. Ici, la montée de la saison dernière a suscité beaucoup d’attentes chez les gens, on va se refrotter aux clubs rivaux, Brindisi entre autres. C’est une manière d’affirmer notre fierté, notre supériorité sur les autres. Les gens commencent déjà à parler de Serie C1, alors qu’on y a jamais joué… C’est du délire, même si à terme c’est ça qu’on vise, on veut y aller avec vous. Il faut assainir ce club de l’intérieur, recomposer un staff technique, si on est monté l’an dernier, c’est grâce aux joueurs qui ont su s’autogérer. L’entraîneur, à partir de janvier on ne l’a vu que sur la feuille de match. »
Rebâtir ici… Pas facile, mais c’est l’occasion pour moi d’être à la base d’un beau projet. Décider, enfin…

« Va bene, accetto il contratto. » « Très bien, on va conclure tout cela dans mon bureau, suivez-moi », me propose la dottoressa. J’ai rafraîchi une bouteille de Moscato de Trani… »
- « Alla salute ! »
- « Alla salute del re. A la santé du roi, comme on dit ici. Il va vous falloir trouver un endroit où dormir. J’espère que vous n’avez pas peur d’être reconnu en ville, les gens ne comprendraient pas que vous alliez vous installer loin d’ici. Ils le prendraient comme un geste de mépris et un manque d’investissement aussi. »
- Dans ce cas…
Elle décroche le téléphone.
- « Cesare, tu peux venir ? »
« Cesare, c’est une figure historique ici, il habite une maison du centre ville, dans la via Tenente Vitti mais le 1er étage est libre. Si ça vous tente, il peut vous le faire visiter. Il a des oliviers aussi, un potager et des vignes. Quand on était au bord de la faillite il y a cinq ans et qu’on n’arrivait plus à verser les primes aux joueurs, on les a payés en légumes, huile et Negramaro, grâce au travail de Cesare. Les gens d’ici n’ont pas oublié, certains sont venus aider après leur journée de travail. »

- « Merci beaucoup. »


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Re: Monopoli. Introduzione.

Message par Atom Tan » sam. 12 juin 2010 17:35

Ecoute c'est propre, bien écrit et assez bien décrit pour que je trouve ça malgré tout un peu court...bon c'est juste une intro....oui mais tu en balance déjà pas mal pour une intro....donc j'en reviens à ce que je disais au début...euh tu me suis la ?

Bref on verra la suite mais moi aussi je les prends serré en une gorgée les expresso italiens...Nezdeclown c'est que pour la pub lui...


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Monopoli. Capitolo 1 : prima stagione.

Message par raffiluccio » sam. 12 juin 2010 17:51

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Monopoli, via Tenente Vitti, 40.

Coup de sifflet final. Fin du match, début de la trêve. L'arbitre renvoie tout le monde, staff et joueurs, aux vestiaires puis dans leur foyer respectif. Angelo Galfano, l'entraîneur de Vibo Valentia, a le sourire aux lèvres, le match nul modeste, et tape sur l'épaule de son attaquant pour le féliciter, après une égalisation in extremis dans les arrêts de jeu. Faut pas traîner des pieds quand les collègues remontent à la ligne médiane...

Retour en arrière. L'intersaison a finalement été peu agitée, un peu comme l'Adriatique si j'osais la comparaison. Nouveau au club, j'ai été obligé de garder une partie de l'équipe technique, la réduisant au maximum en me fiant aux conseils de la dottoressa et mon adjoint, Giorgio, qui semblent tirer dans le même sens. J'ai trouvé des gars dispos pour bosser avec moi, capables de faire le boulot.

Côté transfert, très peu de mouvements, j'ai bien essayé de vendre deux à trois joueurs un peu justes, mais malgré mes fax, aucune réponse. Niente. Plus tard j'ai appris que c'étaient eux qui avaient tout fait pour déstabiliser mon prédécesseur, qui a pris le soin à sa sortie de faire circuler leur C.V aux clubs du coin...
On m'a vivement conseillé l'argentin Sebastian Bueno de Benevento, qui joue peu là-bas, parfaitement bilingue, depuis quatre ans en Italie, il n'a eu qu'à traverser les Appennins pour arriver à Monopoli. "Ah ! Enfin la mer !" ont été ses premiers mots en arrivant.
Sur le coup, la seule chose qu'il me restait à espérer, c'est qu'il ne vienne pas ici en touriste. De toute façon, Monopoli, c'est pas les Seychelles, "La baignade c'est quatre mois par an" m'a conseillé mon propriétaire et collègue Angelo. En fin de compte, il nous rend de grands services par sa rapidité et sa lucidité devant le but. Du coup, l'autre attaquant, Balistreri, marque aussi pas mal grâce à l'activité de son coéquipier. Le jour où Bueno se blesse... Derrière, Daouda Bamba, directement venu de Bretagne, apporte sa puissance et son jeu de tête dans une défense globalement trop lente et déséquilibrée. Et puis "Basta".

L'acclimatation à la C2 Poule C s'est faite en douceur, le groupe a perçu le changement de niveau très vite dès les premiers matches et a su progressivement s'habituer au rythme... jusqu'à récemment. On dirait que les joueurs sont fatigués, ou qu'ils croient avoir les qualités pour le maintien en raison de la douzième place de l'équipe. Résultats : 1 point sur les 3 derniers matches. Et on termine ce soir sur un nul face aux Calabrais de la Vibonese, effectif de qualité mais miné par des tensions internes : derniers. Rien de bien glorieux en fin de compte, inquiétant avant la trêve. Quelque chose doit m'échapper...

Une urgence : trouver un défenseur rapide et pouvant couvrir les bévues des latéraux et des milieux de terrain, braves mais limités.

Pas de causerie ce soir, on verra à la rentrée. De toute façon, des changements s'imposent. "Reprise le 2 janvier, Auguri". Que tout le monde passe au moins de bonnes fêtes, on verra bien ensuite.

Angelo me raccompagne à la maison dans sa Cinquecento dernier modèle, le drapeau italien collé sur la longueur de l'aile. Il a insisté, je voulais revenir à pied. Dans la voiture, pas de musique de fond, comme d'habitude, ni radio. Silence gênant dans ce froid qui n'a ce soir rien de méditerranéen. J'ai compris.

- Qu'est ce que tu veux me dire ?
- Beh, rien.
-Je suis prêt à écouter.
- Non rien, c'est juste que...
-Juste que quoi ?
- T'as pas remarqué un truc ce soir sur le terrain?
-Si, il faisait froid, les joueurs paraissaient engourdis, un petit match, petit niveau technique, peu d'occasions... pas le match de l'année quoi !
-Sauf que ça fait un moment que ça dure... Ca a pas l'air de te préoccuper à toi, mais les tribunes se vident, et tu sais pourquoi ? Parce que les gens s'ennuient ! Alors bien sûr, il y aura toujours les ultras du coin, mais les familles qui venaient découvrir une équipe en début de saison, elles ne viennent plus, elles ! Je crois que le nul 0-0 contre Gela, ça a désespéré les gens. Les mecs tentent peu, ont peu d'automatismes...
-Attends, tu crois que ça vient comme ça toi ?
-Attends, déjà la plupart se connaissent depuis quelques saisons, mais je crois que t'as pas compris la gravité du problème : ici, les rentrées d'argent, c'est la billetterie, pas les petits sponsors locaux qui donnent ce qu'ils peuvent ! T'as jeté un oeil aux comptes du mois dernier ?
-Non.
- Et bien tu devrais, et puis Floriana m'a dit qu'elle voulait t'en parler, attends-toi à un coup de fil d'ici peu. Si on continue comme ça on coule le club en deux saisons !

Le chat m'attend derrière la porte. Sale soirée. Je lui verse dans sa gamelle des restes de spigola achetée au marché quand le portable sonne, me fait sursauter et tout me tombe des mains. Il nettoiera...
Texto : "Faut qu'on se parle, pour l'équipe. Rendez-vous au bar de via Cadorna, à côté de la Società Ginnastica Adriatica."

Les tifosi sont déjà rentrés chez eux, tant mieux, ça m'évitera les remarques comme dimanche au café. Ici les jeunes sortent sur Bari de toute façon, peu de risques d'en croiser ce soir. Il pouvait que se mettre à pleuvoir, satané rhume... et j'ai oublié mes mouchoirs. Lumière tamisée de l'extérieur, on entend la musique, c'est Eugenio Bennato, un chanteur du coin, un amoureux de la région... Un bar de gens d'ici.On se croirait dans un Maigret avec Krémer. Manquent plus que les regards curieux, parfois insistants, parfois fuyants des gens qu'on dérange en entrant quand on est pas des leurs.

Je rentre dans le bar, deux clients au comptoir avec le patron, des amis peut-être, un baby au fond. Quand je pousse la porte, les types se retournent, une clope à la bouche. Pour les regards des gens qu'on dérange dans Maigret, c'est bon, ils sont là. Je suis reconnu... Le barbu commence à esquisser un mouvement pour se diriger vers moi, mais l'autre le retient par le bras en murmurant Ma lascia stare, Beppe. Laisse tomber...

Heureusement, Michele arrive juste après, le temps pour moi de commander un verre de Primitivo di Manduria, mon rouge préféré.

-"Ici on est sur écoute. Pire que la police. Alors ?"
-"Je vais aller droit au but... J'ai discuté avec pas mal de joueurs ces derniers temps, ils m'ont fait part de leurs soucis...
-"Balance."
- Il y a deux problèmes. Le premier, c'est que les gars se sentent trop bridés sur le terrain, surtout à domicile. A l'extérieur, ils comprennent, on a besoin de ça pour prendre des points, mais à domicile, ils voudraient plus de liberté. Ici, toutes les familles des joueurs viennent au stade, on leur parle tout le temps du match du samedi, eux ils veulent montrer autre chose qu'une bonne organisation tactique...
-Moi aussi j'aimerais...
-Alors il faut leur donner plus de liberté.
-Deuxième problème?
-Ils sentent que derrière, il manque quelqu'un. On a commis des erreurs grossières qui nous ont fait mal, on a donné des points trop facilement, et on a peur de conséquences lourdes en fin de saison si ça continue. Et si Daouda se blesse...
-J'y avais déjà pensé merci, j'en parle demain à la présidente. J'ai bien tout entendu, je réfléchirai sur la tactique, mais je promets rien, et surtout tu dis rien aux autres.
-Va bene.
- Alors bonnes fêtes. Dernière chose : j'ai répondu à ton appel ce soir, j'espère que tu n'oublieras pas. Ciao.
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Monopoli. Capitolo 1 : prima stagione, 2a parte.

Message par raffiluccio » dim. 13 juin 2010 13:42

« Le beau jeu »… Faudrait d’abord savoir si on m’a appelé pour maintenir le club en C2 ou bien pour monter une équipe de pseudo-brésiliens qui vont jongler l’année prochaine en division inférieure…
La nuit a été courte. Des types sont passés en hurlant je ne sais quoi sous les fenêtres. J'ai préféré ne pas entendre. Le café fume déjà dans la moka. « Cazzo… ». Goût de brûlé, tant pis j’en prendrai un au bar d’en bas, vite fait, en baissant la tête, comme d’habitude. Deux trois biscuits secs, trop secs, durs à avaler sans liquide.
Le téléphone sonne dans la chambre. Trop loin, et puis à 7.12 ça peut être que le club… Bingo : c’est la dottoressa.
« Raffaele, c’est Floriana. On doit se voir avant que je prenne quelques jours pour les fêtes. A 10 heures dans mon bureau, c’est important. A dopo. »
Forcément. J’essaie de rappeler pour reporter le rendez-vous à l’après-midi, histoire de souffler un peu avant. Deux fois, trois fois… « Telecom Italia, il cliento da lei chiamato non è al momento raggiungibile… ». E vaff…… !.
Le temps est à l’éclaircie aujourd’hui, me rendre à pied au rendez-vous me détendra un peu. Je m’arrête comme prévu au bar, c’est marrant, son café était meilleur cet été, quand il se montrait aussi plus souriant. Le hasard probablement, les grains ont dû être moulus il y a un moment. Sur un terrain de calcetto, des gamins tirent des coups francs. L’un d’eux porte le maillot de l’équipe, et a floqué apparemment lui-même BuOno. Frappe, lucarne. J’arrive au club, personne ce matin, mais la porte est entrouverte, je suis attendu. Toujours la même plaque sur la porte « Dott.ssa Floriana Ladisa. Laureata in medicina. Università di Pisa". Pendant que je frappe trois coups sur la porte, je pense qu’elle est heureusement là pour nous filer un coup de main sur le plan médical...
« - Avanti. Come va

-On fait aller. Que me vaut l’honneur d’une invitation la veille de tes vacances.

-Mauvaise nouvelle : on a fait les comptes prévisionnels pour décembre, en 6 mois, on a tout déséquilibré : peu d’entrées au stade, des frais de déplacement et de primes qui augmentent… On a la Federcalcio derrière nous, ils nous surveillent de près. En clair, il faut resserrer les dépenses au niveau des transferts et surtout des salaires : toi qui veux un défenseur central pour Noël, prends-le en prêt et pas trop gourmand niveau salaire. Tu as déjà une idée j’espère ?!

-Oui, de toute façon, je veux construire un groupe sur le moyen terme… inutile de se faire prêter un joueur qu’on pourra pas acheter en fin de saison. Je suis Gargouri, un tunisien qui évolue à Niort, 21 ans, il pourrait couvrir certaines bévues défensives et autres contre-attaques grâce à sa rapidité. Je l’appelle le 1er janvier pour le faire signer dans la foulée, on est en contact, ça ne devrait pas poser de problème, il cire le banc niortais... Et puis ce sera tout, pour le spectacle, faudra revenir l’an prochain.

-A toi de voir. On se revoit pour la reprise. »

Le 31 au soir, à Monopoli, y avait pas grand monde. Angelo m’a invité à manger chez lui avec son ex-femme, quelques amis et Lanzillotta. Il avait fait des Ciceri e tria en entrée pour faire plaisir à tout le monde et avait sorti le meilleur Nero di Troia de sa cave. Ici, les gens ont des goûts simples, ça me plaît. Ca nous a permis de décrisper un peu l’atmosphère. A la fin on a même parlé foot, mais pas de Monopoli… L’occasion pour moi d’évoquer avec Lanzillotta une petite réunion de groupe pour la rentrée…

Le 2 au matin, à la grande surprise des joueurs, direction le marché de Polignano a Mare sur la côté. J’ai découvert récemment un chemin de terre qui traverse les oliveraies et les vignes. 15 kilomètres, une bonne distance pour reconditionner le groupe.
Le groupe a été pro pendant les vacances. On couvre la distance en un temps plus que correct. « Maintenant au marché les gars, à midi, c’est " Cozze alla pugliese, pesce al forno con olive e pasta di mandorla. » Moules à la pugliese, poisson au four et olives, pâte d'amandes. J’ai dû prendre sur le budget « cohésion de groupe »… Les gars ne savent pas que leurs femmes les attend sur le parking et qu’on va tous manger chez Michele après. Histoire d’intégrer les nouveaux venus, trois joueurs étrangers, c’est du jamais vu ou presque dans l’équipe.

Atmosphère décontractée. Bamba e Bueno finissent par apprendre quelques mots de barese, le dialecte local et la femme de Lanzillotta échange les recettes avec les épouses des joueurs. Seul Gargouri a l’air un peu paumé, lui qui est arrivé dans la matinée doit se demander ce qu’il fait là. Opération apparemment réussie… on verra les conséquences dans les moments difficiles.

Avec Gargouri, le but était de stabiliser l’équipe, et ça a plutôt bien réussi. Il nous fallait bien ça, car Sebastian s’est blessé et Balistreri s’est trouvé à devoir aider un jeune du centre en attaque. Or, Balistreri, il a plutôt besoin qu’on l’aide sur un terrain… Il faudra y repenser à l’intersaison. L’attaque s’est créé peu d’occasions, en raison d’une mauvaise communication technique avec le milieu de terrain. Et quand la communication avait lieu, « maladresse technique » était un doux euphémisme.

Le plus important, c’est que l’équipe n’ait rien lâché, jusqu’à l’avant dernier match et ce nul 0-0 à Noicattaro, le voisin (40km de Monopoli) et ennemi juré, à l’avant-dernière journée. Un vrai concert de fautes techniques mais beaucoup de volonté. Pour cette année, ce sera suffisant, on reste en C2, c’est enfin fait. Pas Noicattaro par contre, et ça réconcilie une partie du public avec l’équipe, on dirait. 10ème au final, alors qu'on ne l'a jamais été pendant la saison...

Objectif rempli. Lors du dernier match, le public est venu plus nombreux que d’habitude. Petite victoire sur les calabrais de Catanzaro. Encore une fois, le spectacle n’était pas au rendez-vous, mais les gens sont contents, l’essentiel était bien là, finalement. On a offert ce qu’on pouvait à la sortie du stade, un verre de soda, une saucisse aux graines de fenoui, des choses simples… L’équipe est sortie sur Bari, je crois que personne ne manquait à l’appel. Jeu ou pas, tout le monde est soulagé.

Le lendemain « Il Mezzogiorno » édition locale rappelle les années ascenseur du club et titre, « Ce l’hanno fatta. Ma poi ? ». Ils l’ont fait, mais ensuite ? Preuve qu’au fond, beaucoup sont soulagés.

Ma poi ?

Chi vivrà vedrà. Moi, en tout cas, je pense déjà aux transferts…
Modifié en dernier par raffiluccio le jeu. 17 juin 2010 13:58, modifié 2 fois.


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Re: Monopoli. Il sucesso è possibile per Monopoli?

Message par Atom Tan » lun. 14 juin 2010 7:26

Super super...j'aime ces accents italiens...les petits plats me font saliver et on voit que tu maitrises bien la situation....bon bien sûr t'as pas l'air d'avoir les revenus d'un hôtel rue de la paix mais ton équipe s'en sort j'ai l'impression...même si tu n'a pas beaucoup de post...je suis sûr que tu es lu perd pas espoir...en tout cas moi j'ai du temps le matin :hooo:

Continue comme ça, tu me donnes faim....p'tain qu'est ce que je donnerai pas ce matin pour un p'tit expresso au caffé florian :62:

PS : vu que tout le monde est en exams...etc...laisse le temps au gens de te lire... enfin moi ce que j'en dis...
Modifié en dernier par Atom Tan le lun. 14 juin 2010 14:41, modifié 2 fois.


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Re: Monopoli. Il sucesso è possibile per Monopoli?

Message par WhiteShark » lun. 14 juin 2010 14:11

J'aime bien :mrgreen:

Beaucoup de détails sur la ville, un italien apparement très bien maitrisé, mais ça m'a l'air logique vu ton pseudo, et puis sinon, nickel. Seul petit détail, l'année qui s'écoule en deux chapitres... Mais je pense que le plus important ne se situe pas là, c'est pourquoi j'attends la suite.

En revanche, le café, c'pas mon truc -_-' Ni même le capuccino, m'enfin.

Continue comme ça.
"Ce n'est pas parce qu'il y a un gardien qu'il n'y a pas but."

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Capitolo1, 2a stagione : mercato estivo.

Message par raffiluccio » jeu. 17 juin 2010 14:04

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Chaude soirée en bord de mer, sur le lungomare. Un vent léger sur le visage apaise les morsures du soleil après une fin d’après-midi à la plage. Les habitants du centre-ville ont sorti leurs chaises, en plastique ou en osier, et discutent sur le pas de leur porte, une granita à la main pour adoucir cette fin de journée.

Un an à peine après mon arrivée, les gens commencent à me sourire, à échanger quelques mots avec moi. « He Mister ! Tutto bene ? Che c’è di nuovo per la prossima stagione ? » Je me sens petit à petit intégré, et puis la région me plaît. La première saison a été celle de la crédibilité. D’ailleurs Floriana a décidé d’investir davantage dans le club, oh ! ce qu’elle peut évidemment, mais ce sera toujours ça. Les affaires ont démarré, m’a t-elle confié l’autre fois : elle s’est lancée dans l’agroalimentaire, mais de qualité. La miss est du genre business écolo, respectueux de l’environnement. Olio, vino, frutta, elle veut aider les agriculteurs du coin à se réunir dans une sorte de grosse coopérative, enfin les affaires, ce n’est pas ma tasse de thé.
Les Ladisa sont des gens respectés de tous ici, « è una famiglia per bene », une famille comme il faut, le père a monté une entreprise d’outils agricoles qui fonctionne toujours bien aujourd’hui et avait aidé financièrement début 90 les pêcheurs monopolitani dont les bateaux avaient été endommagés au terme d’une folle tempête. Tant qu’elle m’a à la bonne, je ne serai pas attaqué.

Le mercato a commencé, direction la France. Une affaire urgente à régler. Yves Poulard, attaquant de Vannes, abonné au CFA. Des blessures, une carrière en demi-teinte pour l’instant. Gros potentiel, un joueur à relancer. Lui est partant, le problème : le salaire. A moi de le convaincre. Rendez-vous dans un café le long de la côte : en survêt’, deux-trois kilos en trop, - commande un coca -pas pris le temps de se raser depuis quelques jours… ça sent le joueur en manque de compétition. On évoque la position du club, l’effectif, la qualité de vie, les perspectives… Le joueur accepte en feignant d’hésiter, mais à Vannes il n’en peut plus, c’est une évidence. L’entraîneur. Même topo pour Boubacar Baldé. Deux vrais coups.

J’attends deux jours que les joueurs règlent leurs derniers papiers au Formule 1 de Lorient. Le temps de réfléchir tactique. En croisant les types qui dorment 5 jours sur 7 dans ces motels, seuls, éreintés, regard hagard, on commence à remettre trop de choses en cause… Partir, vite. Après avoir pris Poulard, on attend Baldé devant chez lui, je laisse le moteur du van prêté par le club allumé, histoire qu’il se mette pas à hésiter au dernier moment. Le voilà, le sourire aux lèvres, une valise à roulette et un sac de sport sur l’épaule. Ouf. Je viens de faire un coup…

Pendant le voyage, les gars sympathisent, c’est déjà une bonne chose de faite. Moi je reste muet, préfère écouter pour découvrir, décrypter les personnalités. « Les mecs, on va s’arrêter à Milan : entretien d’embauche ! ». Le prochain sur la liste, c’est Andrea Vecchio, sans contrat, très complet, mais je suis pas le seul à être au courant. En réalité, pas tout à fait Milan, mais Giussano, au nord de la ville. De toute façon le shopping à Milan était inaccessible pour nous. Giussano : sa zone industrielle, sa gare ferroviaire pour les pendolari qui travaillent à Milan, Monza ou Lecco… et son joueur de foot aux abois. Pourtant, il y a du monde sur le coup. D’après Riccardo Monguzzi, l’adjoint de Monza, il aurait tourné dans un trafic pas clair, Pro Patria l’aurait licencié pour ça et depuis pas de club... Toujours selon Monguzzi, il se serait rangé. Hmm… J’ai insisté auprès de la dottoressa pour être plus large niveau salaire, elle a suivi. C’est le milieu créatif qu’il nous faut pour donner une touche technique et de la fantaisie à notre jeu, lancer les attaquants. Là, j’ai même pas besoin d’insister, quand j’arrive, les valises sont déjà prêtes, on discute à peine contrat. L'image du club a changé.

Halte à Bellaria, à deux pas de Rimini. Rimini : spiaggia, discoteca, casinò - pour jouer avec son argent - e casìno, pour jouer avec les filles : à éviter. On voyagera de nuit, tant pis. J’ai entendu dire qu’un coach français encore en activité y faisait ses stages de pré-saison. No comment. Là nous attendent Pezzottini et Mercuri, deux défenseurs plutôt polyvalents qui renforceront l’effectif en cas de blessure.
Mercuri signe seulement un an, usé par le métier, son genou aussi. Par contre, on a déjà commencé à évoquer la reconversion dans le staff technique. Là aussi, il faudra parler des remplacements quand les contrats arriveront à échéance en juin prochain, n’en déplaise à certains…
Pezzottini vient se relancer après une année en demie-teinte à Bellaria, C2. 0 euro déboursé.
Le trajet est long de Bellaria a Monopoli : un arrêt toutes les demi-heures, café, café, café. Pas intelligent, mais c’est la reprise demain matin… J’ai beau me perfuser à la caféine, les yeux se ferment, les coups de klaxon et les appels de phare se multiplient…Tant pis, on s’arrête à Grottammare, un somme d’une heure sur la plage, et puis ça permettra aux gars d’avoir un aperçu de la qualité de vie sur la côte, et d’aller boire un verre entre eux.


Une équipe de revanchards. Reste maintenant à souder le groupe, et aussi à affiner l’effectif. Pas facile, après la saison passée, on est encore tous des anonymes. On va devoir brader, et ça risque de ne pas flatter les joueurs de la saison dernière.
Exit Amodio et Balistreri chez le promu laziale Viterbo qui doit pas crouler sous l’or, Lacarra, Lisi, Loseto et Caccavale. Pour Vincenti, les supporters sont furieux du traitement. Mauvaise saison, gros salaire, pas d’alternative. Il faut aussi savoir être détesté pour progresser. On fera le bilan plus tard.

Arrivée à Monopoli à 6 heures du mat’. Il pugliese est de retour de la pêche ; Antonio Lemma mon fournisseur habituel en trésors de la Méditerranée, celui qui me raconte aussi ce qui se murmure en ville sur le club quand il me livre à la maison. Deux beaux bars alla griglia, ça fera l’affaire pour faire un brunch alla monopolitana dans la cuisine du club.


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Re: Monopoli. Successo possibile?

Message par Atom Tan » mar. 29 juin 2010 9:15

J'aime assez le côté roots du voyage en van vw. Epique voyage de bretagne en italie, c'est un peu les vacances d'un entraineur de foot en somme. J'espère que ces années de galères financières te permettront de transmettre la hargne à tes joueurs.
En tout cas c'est toujours aussi plaisant à lire. Continue... :wink:


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Misaki
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Re: Monopoli. Successo possibile?

Message par Misaki » jeu. 01 juil. 2010 14:29

Un peu perdu avec tous ces termes italiens mais l'ensemble est très sympa. Très rafraîchissant. Bronx avait fait une story sur un petit club italien aussi et il avait réussi quelque chose d'intéressant.

Ce dernier épisode est assez marrant avec ce voyage en van. C'est la première fois que je vois ça.
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Re: Monopoli. Successo possibile?

Message par Robaggio » jeu. 01 juil. 2010 15:18

Manque seulement scoobidoo...

Plus sérieusement, attention à Taranto, parait que c'est une équipe de oufs ;)
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