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Souvenirs de supporter | VII

Libérez l'écrivain à crampons qui sommeille en vous.

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Re: Souvenirs de supporter | II

Message par Family54 » mar. 17 mai 2016 19:02

tiboloulou
Merci. :)
C'st vrai que ça fait partie des sensations bizarres qu'on ressent quand on est supporter (et encore plus au stade), un peu le même genre de sensation que quand on gagne 1-0 à la 90ème minute, qu'on domine, mais qu'il reste ce risque infime de prendre un but à la con qui fait que du coup on se chie dessus jusqu'au bout. Mais c'est ça qu'on aime !

Missille
J'essaie de me mettre à ta place et je me dis que ça doit être totalement horrible de vivre sa passion à distance comme ça... Mais du coup tu vas dans un autre stade quand même ? Ou tu suis un autre sport, comme le rugby qui est très présent dans ta région ?


Aujourd'hui, un épisode un peu plus court, un souvenir assez précis et assez comique. Un peu comme un hors-sujet dans la chronologie qui semblait animer le début du récit. J'essaierai de faire ce genre de petit aparté de temps à autres. :)
La fessée
Il y a quelque chose d'atypique, d'attirant, d'enivrant et presque d'envoûtant dans les matchs amicaux qui précèdent une nouvelle saison. Dans ce genre de rencontre le mélange du monde amateur et du monde professionnel accouche d'une ambiance singulière qui n'a rien à envier au charme de la Coupe de France. Assister à un match amical de pré-saison, c'est retrouver l'ensemble des sensations qui font qu'on aime le football.

Nous le faisons moins ces dernières années mais je me souviens très bien que, plus petit, papa aimait m'emmener assister à ces confrontations, nous faisant alors prendre la voiture jusque Neuves-Maisons ou encore jusque Freyming-Merlebach, au stade Philippe Schuth, nom du regretté portier Nancéien fauché en plein vol alors qu'il se rendait à un entrainement en forêt de Haye.

J'aime l'ambiance bon-enfant qui se dégage de ces matches. A peine arrivé au stade on s'amuse de l'état des tribunes, du terrain. On paie son ticket et on a l'impression de s'être fait arracher un rein quand on découvre que les 10 euros déboursés nous permettent de nous accouder à la main-courante, entre quelques pochtrons et autres fumeurs. Mais on s'en contre-fiche royalement.

Ces matches-là, c'est surtout le souvenir d'après-midis en plein cagnard, le long de la main-courante, entre les odeurs de merguez, de clope, d'alcool, de sueur, les bruits des discussions des autres spectateurs, les consignes des entraineurs, les joueurs qui se parlent entre eux... Ces matches-là, vraiment, c'est le football comme on l'aime.

Je préfère largement être au bord du terrain qu'en tribunes dans ces rencontres. Papa est avec moi et il me parle, il m'explique, tout ce qu'on voit du bord du terrain et qu'on ne voit pas des gradins. Les déplacements des joueurs, les passes, les appels, les angles de frappe... On a la sensation d'être avec eux sur la pelouse et de voir ce qu'eux voient aussi.

Être au bord du terrain c'est alors être au plus près de l'action, entendre l'impact du pied dans le cuir à chaque passe, sentir le petit courant d'air d'un débordement et surtout voir la subtilité de chaque geste, chaque appel, chaque ouverture, chaque dribble. Malheureusement, à cette époque, je ne suis qu'un gamin et tout ça me paraît bien trop subtil. Heureusement, papa est là et m'explique.

Oui, vraiment, je préfère dans ces cas-là être au bord du terrain. Et pourtant mon souvenir le plus précis, le plus farfelu aussi, se passe dans les tribunes. Ce jour-là un homme d'un âge certain avait pris place juste devant moi. A son arrivée j'ai vu plusieurs spectateurs le dévisager, lui faire un signe. Lui leur répondait d'un air amusé. Je me suis dit que c'était sans doute quelqu'un de connu dans le village. Je me suis étonné quand j'ai vu papa le dévisager aussi, puis m'adresser un grand sourire quand il s'est assis devant moi.

Le match se passe jusqu'à ce que Nancy marque. Comme à mon habitude je me lève, mais le béton est humide et glissant où je me trouve et je dérape, me rattrapant comme je le peux mais envoyant malgré moi mon pied dans l'arrière train du pauvre papy assis juste devant moi. Fort heureusement, il n'y prête pas attention...

Du moins c'est ce que je pensais. Quelques minutes plus tard, gros tacle sur la pelouse. Je lance un "Il a dû le sentir passer !" à papa quand le vieil homme se retourne, me sourit chaleureusement et me répond : "Moi aussi !". Voyant mon air gêné il se met à rire aux éclats avec papa, et me faisant un clin d'œil pour me montrer qu'il ne m'en veut pas. Ouf !

Le match reprend et papa, toujours en train de rire, m'explique. Le vieil homme assis devant moi est en effet un petit peu connu. Mais pas seulement dans le village...

Je viens littéralement de botter le cul à Aldo Platini. Le papa d'un certain Michel.
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Re: Souvenirs de supporter | III

Message par tiboloulou » mer. 18 mai 2016 6:19

Wow ! Quelle histoire de fou ! Y'en a qui paierait pour pouvoir lui serrer la main, toi tu lui as botté le cul ! :75:

Toujours aussi bien écrit, on est vraiment transporté avec toi dans le récit ! Keep Going Guigui :107:
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Re: Souvenirs de supporter | III

Message par Missille » sam. 21 mai 2016 23:32

Héhé ça c'est drole, j'imagine même pas ta honte après ce geste malencontreux de ta part ^^

Sinon tu as tout dit sur ces matchs amicaux. En plus de ces deux matchs à Picot que j'ai vu en aout, j'ai aussi vu un match amical à Epinal entre le SAS (là où mon père jouait dans les année 80-90) et l'ASNL. Deja un sacré souvenir.

Sinon comme je vis à Castres, je suis forcément un grand fan du Castres Olympique. Je te dis pas le bordel en ville en 2013 quand on a gagné le Top 14. Et du coup j'allais souvent au stade Pierre Antoine, même si avec les études j'y vais moins.
Sinon vivre sa passion à distance, ça va. Le plus dur c'est les "ah ouais pourquoi Nancy?" que les gens te disent à chaque fois que tu dis que tu supportes Nancy :mrgreen: Même si là je suis content, avec des potes on a deja prévu d'aller voir Toulouse Nancy l'année prochaine en Ligue 1 :75:


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Re: Souvenirs de supporter | III

Message par Family54 » sam. 28 mai 2016 19:09

tiboloulou
A choisir j'aurai préféré lui serrer la main, vois-tu ! :75: En tout cas je suis content que ça plaise donc ça continuera...quand les examens seront terminés. :P

Missille
C'est clair que sur le moment, tu peux faire ce que tu veux, dire ce que tu veux, t'as l'air con et puis c'est tout. Mais on s'y fait ! Tiens je ne me souvenais pas de ce match à Epinal, je me souvenais d'une rencontre à Picot gagnée 1-0 dans la douleur sur un dégagement de 80 mètres de Sami où le pauvre portier Spinalien a très mal jugé la trajectoire...

L'ambiance doit être très sympathique et les émotions finalement très proches de ce qu'on vit avec le football ! Mais bizarrement j'ai du mal à me prendre de passion pour le rugby... :75:

Toulouse est certainement pas le pire club de Ligue 1 c'est juste dommage qu'il y ait un tel manque d'engouement, un peu comme à Montpellier... Mais la saison prochaine ils feront sans doute partie de nos adversaires directs donc pas de quartiers ! Sinon c'est clair que tu dois passer pour un sacré hurluberlu auprès de tes amis... :mrgreen:
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Re: Souvenirs de supporter | III

Message par Family54 » ven. 17 juin 2016 20:09

Adailton
10 décembre 2005. Le football est fait d'histoires plus ou moins belles, de grandes joies et d'immenses tragédies. La carrière d'Adailton da Silva Santos, abrégé Adailton, aurait pu être grandiose. Cet arrière droit Brésilien a rejoint l'ASNL en 2005, et dispute donc ses premiers matchs en Ligue 1. Il en disputera 16 au total.

En quelques matchs le joueur arrivé de Criciuma a éblouit Picot par sa technique, sa vitesse, sa fougue. Il a déjà dégoûté plusieurs adversaires. Il a été totalement adopté par les supporters et beaucoup lui prédisent une grande carrière, au club ou ailleurs. Il fait partie de ce genre de joueur attachant, simple mais toujours présent, toujours en train de se battre même dans les situations désespérées : il correspond parfaitement au club.

Mais en ce 10 décembre sa carrière va prendre un virage. Serré. Trop. L'ASNL reçoit son voisin Strasbourgeois et le match est assez pauvre. Les Alsaciens l'emporteront 2-1 mais là n'est pas l'essentiel, le score final est passé au second plan...

Comme souvent Adailton démarre côté droit et essaie de perforer la défense. Il passe sur l'aile pour repiquer vers le centre et le ballon lui revient. Deroff tacle. Adailton s'écoule. Son râle retentit dans tout le stade et je me sens parcouru d'un étrange frisson. Je regarde papa. Il a les poings serrés, les yeux écarquillés, la bouche à moitié ouverte. Comme tout le monde. Le stade semble s'être figé.

Autour du Brésilien les Nancéiens accourent et font de grands gestes en direction du banc de touche, de l'arbitre, du staff médical. La situation semble grave. Certains détournent le regard, d'autres au contraire restent incapables de bouger en regardant leur partenaire. Les joueurs du RCS aussi appellent les soigneurs. Dans les tribunes c'est le malaise général.

Sous nos yeux le prodige Brésilien a volé en éclat. Deroff est exclu sous les huées de Picot. Les soigneurs s'occupent de l'arrière droit avec des précautions impressionnantes. La civière se lève. Sarkisian et Diakhaté l'accompagnent jusqu'à l'entrée du vestiaire. Le stade se lève. "Adailton ! Adailton ! Adailton !".

Le match reprendra sans que personne ne s'y intéresse. Plus personne ne semble avoir envie de jouer et tout le monde reste choqué, sur le terrain, sur le banc, en tribunes. Nous aimerions savoir. Que s'est-il passé ? Qu'est-il arrivé à notre nouvelle pépite ? Reverrons-nous Adailton jouer ? Le match se termine et nous rentrons à la maison avec papa, le visage fermé. Et comme si c'était un de nos proches qui avait eu un accident, nous attendons des nouvelles.

Et les nouvelles viendront. Le lendemain. La pépite Brésilienne a vu sa cheville exploser : de multiples fractures dont la principale est une double fracture ouverte tibia-péroné qui a également touché la cheville. Saison terminée. Carrière terminée. Ce soir-là Adailton avait dit adieu à sa belle carrière Nancéienne. Et nous à une pépite.




Voilà, un petit épisode court qui vous présente l'un des joueurs qui m'a marqué à l'AS Nancy-Lorraine, une histoire comme on ne devrait jamais en voir. J'espère que malgré le caractère assez...noir de ce souvenir, vous aurez apprécié le contenu. Pour moi c'est une forme d'hommage à des joueurs qui m'ont marqué.

Je pense que je ferai régulièrement de petits rétros sur ces joueurs. Aujourd'hui, Adailton a refait sa vie avec une jeune femme Nancéienne, et il gagne sa vie en tant qu'électricien. Il ne remarchera jamais normalement et gardera des séquelles. Papa d'un petit garçon, son plus grand regret est de ne pas pouvoir lui apprendre à jouer au football sans ressentir de violentes douleurs.
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Re: Souvenirs de supporter | IV

Message par Missille » sam. 18 juin 2016 15:36

Je ne me souvenais pas de ce joueur, mais mon dieu que ça doit être impressionnant de voir ça en vrai :cry: Ce genre de carrière de merde quoi...


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Re: Souvenirs de supporter | IV

Message par Family54 » mer. 22 juin 2016 20:14

Missille a écrit :Je ne me souvenais pas de ce joueur, mais mon dieu que ça doit être impressionnant de voir ça en vrai :cry: Ce genre de carrière de merde quoi...
C'est qu'on a pas eu le temps d'en profiter... En fait vu du stade, ce qui me marque le plus et qui m'a le plus impressionné à l'époque, c'est ce sentiment imminent qu'il se passait quelque chose de très grave, même si tu n'as pas vu toute l'action, si tout est allé trop vite, tu as cet espèce de frisson, et surtout...le silence. Dans tout le stade. Vraiment. Je pense qu'à ce moment-là tout le monde a compris que c'était plus grave qu'une simple blessure. Et au moment où il a rejoint les vestiaires sur la civière, entouré de Sarkisian et Diakhaté (si ma mémoire est bonne), je pense qu'on a tous compris qu'on ne le reverrait pas avant longtemps...mais jamais on ne se serait imaginé qu'on ne le reverrait plus du tout...

Il est revenu à Picot pour le match face à Sochaux où Nancy a officialisé sa montée...en fêtant les 10 ans de la victoire en Coupe de la Ligue. Il n'était pas de la fête mais faisait partie de l'effectif à l'époque, malgré sa blessure (officiellement il n'a quitté Nancy qu'en 2008...3 ans après sa blessure), et le club a tenu à ce qu'il soit présent.
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Re: Souvenirs de supporter | V

Message par Family54 » mer. 27 juil. 2016 14:03

Aller au stade
Aller au stade... Aller au stade, c'est passer par des tas d'émotions intenses et totalement contraires qui arrivent dans un ordre totalement aléatoire. Aller au stade c'est, même pour les habitués, toujours une expérience nouvelle. Aller au stade, c'est encore plus fort que d'aller voir un spectacle quelconque car dans le fond, dans les gradins, nous aussi nous sommes acteurs. Aller au stade, c'est un défouloir, un exutoire, une grande joie ou une grande peine au coup de sifflet final. Mais c'est toujours un bonheur. D'y aller, et d'y retourner.

Aller au stade, c'est ce qui nous rapproche avec papa. Cette passion commune pour ce sport et pour ce même club, pour cette même ville. C'est ce qui rapproche tous les gens qui vont au stade, tous ceux qui viennent vivre la rencontre. Pendant un peu plus de 90 minutes, nous allons tous vivre un moment d'unité et nous allons tous vivre les mêmes émotions.

Aller au stade, c'est se préparer une heure et demie avant le coup d'envoi, choisir son écharpe quelque soit le temps, choisir quelle veste ou quel bonnet à l'effigie du club mettre s'il fait vraiment froid. Parfois même, c'est prendre les plaids aux couleurs du club, pour se couvrir un peu en tribunes, frigorifié par les brises polaires qui traversent parfois la Lorraine une fois l'hiver venu. C'est aussi dire au revoir à ceux qui resteront à la maison et qui croiseront les doigts pour que nous ne leur ramenions que des bonnes nouvelles une fois rentrés.

Aller au stade, c'est évidemment parler de Nancy avec papa dans la voiture. Parler des dernières actualités, de tel ou tel joueur qui sera ou non présent sur la feuille de match, exposer chacun ses craintes et ses espoirs quant au résultat du soir. C'est chercher une place sur des parkings déjà bien remplis à une heure du début du match, se garer, et rejoindre le stade entourés des autres supporters dont certains se chauffent déjà la voix.

Aller au stade, c'est passer le petit portique et la fouille pour enfin réellement entrer dans l'enceinte de Marcel Picot et...c'est ressentir, à ce moment précis, toujours ce même sentiment de légèreté, de bonheur, de fierté. Avant de vite reprendre conscience de l'enjeu du match et de se dire que ce petit coin de paradis que nous chérissons tant pourrait très bien devenir un enfer une fois le coup d'envoi donné.

Aller au stade, c'est s'asseoir à nos places avec papa, les mêmes depuis plus de 10 ans, sur des sièges en plastique qui finiront par avoir une trace indélébile de nos postérieurs tant nous les aurons usés. C'est arriver une heure avant le coup d'envoi et lire tranquillement l'avant-match, voir les gradins se remplir, et voir nos voisins de tribune arriver.

Aller au stade, c'est bien entendu discuter avec ces voisins, jeunes, vieux, de toutes les classes sociales, de tous milieux. C'est entendre les plus jeunes rêver du 10-0 qu'on infligera à l'adversaire du soir, comme à FIFA, parce que de toute façon nous sommes trop forts, et c'est aussi entendre les plus anciens regretter les générations précédentes qui ont fait connaitre à Nancy ses plus belles périodes.

Aller au stade, c'est retrouver mon voisin de tribune, qui fait partie des papys râleurs, mais qui est une véritable encyclopédie du club et qui profite de chaque minute en ma compagnie pour m'abreuver de connaissances sur les anciens, d'anecdotes parfois drôles, parfois insolites, parfois tout bonnement hallucinantes : "Dis gamin, tu savais que la pelouse de Marcel Picot était la seule au monde à avoir été foulée en même temps par Platini, Pelé, et Maradona ?". Qui peut en dire autant ?

Aller au stade, c'est regarder les joueurs sortir et s'échauffer, tout comme les supporters qui commencent à chanter. C'est s'imaginer à la place de mes idoles, à fouler cette pelouse que j'aime tant. C'est les envier. Mais se mettre à leur place c'est sentir la pression monter. Et se rappeler à sa condition de simple spectateur en tribune : quoi qu'il arrive, je n'influencerai pas le résultat du soir et je ne pourrai rien y faire.

Aller au stade, c'est voir les joueurs rentrer aux vestiaires. C'est voir le speaker accueillir les supporters adverses que nous saluons soit de quelques mots doux, soit de quelques applaudissements quand ceux-ci viennent de loin. Ceux qui font des centaines de kilomètres pour suivre leur club de cœur méritent d'être applaudis. Ce sont des gens bien.

Aller au stade, c'est voir enfin les joueurs pénétrer sur la pelouse pour donner le coup d'envoi. C'est croiser les doigts. C'est prier. Frissonner. Crier. Se taire. Se lever. Se rassoir. C'est admirer une passe en profondeur qui ouvre l'espace à un Nancéien ou fermer les yeux sur un coup-franc bien placé pour l'équipe adverse. C'est pester contre l'arbitre, les choix du coach, les adversaires, la pelouse, le temps. C'est remercier les Dieux, souligner le bon travail d'un joueur, louer un faux rebond, reprendre espoir, y croire.

Aller au stade, c'est se jeter dans les bras de papa pour fêter un but. Toujours. Même à plus de 20 ans. C'est cette joie enfantine quand le ballon passe la ligne. C'est avoir envie de rejoindre les joueurs sur le terrain pour fêter le but avec eux. C'est en tout cas fêter le but avec 20 000 personnes.

Aller au stade, c'est partager des émotions. Croiser le regard d'un autre supporter. Savoir qu'il éprouve la même chose que nous. C'est partager les émotions des joueurs aussi. Les aider à aller de l'avant. Les aider à se relever. Les aider à marquer. Les aider à gagner. Et fêter ça avec eux.

Aller au stade, c'est pleurer. De joie ou non. Mais rien n'égalera jamais les larmes d'un gamin qui voit son équipe marquer enfin, après 90 longues minutes de suspense, sur une ultime offensive, un but mérité et salvateur qui offrira quelques points au classement, mais surtout une joie indescriptible et inoubliable aux spectateurs encore présents.

Revenir du stade, c'est ressasser dans la voiture, avec papa, tous les moments marquants de la partie. C'est rentrer avec la tête pleine de souvenirs. C'est se sentir libéré. Délivré. Pardon.

Aller au stade. Et ne jamais en revenir.
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Re: Souvenirs de supporter | V

Message par valasnl » mer. 27 juil. 2016 21:16

Ah, l'ASNL. Moi aussi, c'est mon club de coeur depuis mes 10 ans. Je suis le seul de ma famille dans ce cas, j'ai le malheur d'avoir un père supporter du FC Metz :29:

J'ai pas vécu autant de trucs, mais je considère quand même le club comme faisant partie intégrante de ma vie. Je suis dans le bateau depuis 2008, depuis la saison de la dernière coupe d'Europe. Chez moi, on a jamais été abonné aux chaînes sportives, je n'avais donc les résultats, à l'époque, que le lundi matin dans le supplément sport de l'Est Républicain.
La saison suivante, j'ai découvert par hasard que les matchs étaient diffusés sur France Bleu Lorraine, j'ai donc commencé à passer mes samedis soirs à côté de la radio, bercé par la voix de Mathieu Barbier, qui m'a toujours impressionné par la façon dont il réussissait à me faire vivre le match sans les images.
Puis mon grand-père s'est abonné à Foot+ puis à BeIn, j'allais donc passer mes samedis soirs chez lui. Il n'était pas spécialement supporter, mais il ''soutient l'équipe la plus proche''. A ses côtés, j'ai vécu quelques maintiens, quelques matchs épiques, et malheureusement, la descente de 2013.
Les rares fois où l'ASNL jouait le grand match du dimanche soir, je n'avais bien sûr pas le droit d'être ailleurs que dans mon lit à une heure pareille une veille d'école. J'écoutais donc le match sur la radio dans ma chambre, le volume le plus bas possible pour ne pas alerter les parents dans la chambre d'à côté.

Le stade, je n'y allais pas souvent. Mon père me payait le billet pour mon anniversaire ou quand il avait quelque chose à se faire pardonner, j'en ai gagné une fois lors d'une séance de dédicaces, et j'ai participé à l'Orange Football Challenge à la mi-temps d'un match face à Ajaccio en décembre 2011. Ça donnait d'autant plus de valeur aux fois où j'y allais. C'est bandant de voir en vrai les joueurs et la pelouse qu'on voit si souvent à la télé. Et quand la victoire était au bout, c'était le pied.

En 2013, j'ai déménagé en Guyane, d'où j'ai continué à suivre l'équipe et les matchs par des moyens plus ou moins légaux et conventionnels, et malgré le décalage horaire (streaming, portable planqué dans la trousse en philo, écouteur qu'on cache en faisant semblant de s'accouder...). Souvent, l'ASNL jouait le samedi à 14h (9 ou 10h heure de Guyane). Hors, on avait DS le samedi matin. J'étais donc souvent parmi les premiers à sortir pour ne rien rater du match, ayant pris soin de télécharger l'appli France Bleu sur mon smartphone, et nul doute que ça a été la cause de quelques mauvaises notes. Le match de la montée s'est joué 3 jours après mon anniversaire, je crois que j'aurais séché les cours si j'avais pas été en vacances.

Aujourd'hui, je suis de retour en Lorraine pour mes études, et étant à la fois plus libre qu'à l'époque et pas complètement fauché, j'ai bien l'intention d'aller faire un tour à Picot de temps en temps.

Sur ce, allez l'ASNL!


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Re: Souvenirs de supporter | V

Message par Family54 » mer. 21 sept. 2016 10:56

valasnl
Malheureusement pour ton papa, je pense qu'on ne pourra plus rien faire... :wink:

Quelle belle histoire que la tienne, c'est vrai que je me reconnais beaucoup dans le fait de rechercher n'importe quel moyen de pouvoir suivre le match. A l'époque où je ne connaissais pas Mathieu Barbier et sa voix incroyable, j'écoutais une autre chaine de radio (RMC je crois) qui diffusait un multiplex des matchs, et qui commentait aussi les matchs de coupe d'Europe. Quels souvenirs que ces soirées passées scotché à la radio !

En tout cas, chapeau à toi de suivre le club d'aussi loin :)

Le voisin
Je ne me souviens plus de son nom. Sans doute ne le reconnaitrais-je pas non plus si je le croisais dans la rue. Et pourtant, il a marqué ma vie. De mon voisin de stade, je ne me souviens plus que des anecdotes. Sans doute est-ce suffisant. Et c'est sans doute tout ce qu'il voulait que je retienne.

Voilà quelques saisons qu'il ne vient plus à Picot, mon voisin de stade. Les années ont abîmé sa vue, et la mise en place de panneaux lumineux autour de la pelouse n'a fait qu'aggraver la chose. Il regarde à présent les matchs devant sa télévision et il est sans doute beaucoup plus à l'aise comme ça.

Il faisait partie de ceux que j'appelle les "papis râleurs". Jamais content. Toujours en train de se remémorer le bon vieux temps où le football n'était pas parti dans les dérives du business. Il a tout connu. Même le FC Nancy. Il a vu les plus grands joueurs de l'ASNL. Il les a tous connus. Sa mémoire sur le club semble sans faille.

Il m'appelait "gamin". D'ailleurs, il appelait papa par le même surnom. Il aurait eu l'âge d'être mon grand-père, au moins. Mais une fois installé en tribune, après avoir monté quatre à quatre les marches le menant à sa place, il avait la fougue d'un jeune homme de vingt ans. Avant de s'asseoir, il m'adressait un grand sourire, me tendait la main et me la serrait avec fougue en m'adressant un "Ah, tu es là gamin ? Heureux de te voir !".

J'étais installé, sagement, entre papa et lui. Pendant tout l'avant-match ils parlaient. De l'équipe actuelle, un petit peu ("Dis gamin, je vois mal, tu peux me dire qui s'entraine avec les titulaires ce soir ?"). Des anciens, beaucoup. Les souvenirs remontent et je bois leurs paroles.

Ils parlent ensemble des grandes rencontres qui ont marqué l'histoire du club, des ses anciens coachs dont certains sont devenu des légendes ailleurs (Arsène Wenger et Aimé Jacquet restant leurs favoris), du président. Et puis surtout, ils parlent de Curbelo, d'Umpierrez, de Zavarov, de Rouyer, de Platini. Mais le nom qui revient le plus souvent est celui de Cascarino. Quel joueur ce devait être pour qu'il les marque ainsi ! Les anecdotes à son sujet défilent, mais souvent revient ma préférée : "Au fait gamin, on t'a déjà parlé du premier match de Cascarino avec nous ? Il venait d'arriver, tout le monde le pensait cramé, on jouait Le Havre. Personne ne croyait en lui, il était vieillissant, sur le déclin, on s'était bien foutu de lui. Eh bien, pour son premier match, face au Havre, il a claqué un triplé.". Incroyable !

Un soir qu'il n'était pas là, le tirage au sort de la mi-temps lui a fait gagner le ballon du match. Deux semaines plus tard, il me demandait si j'étais là le soir du tirage au sort. La réponse était évidemment positive. Alors il nous invitait chez lui, avec papa, pour taper un peu ensemble dans le ballon. Et pour m'offrir ce fameux ballon du match, dédicacé par toute l'équipe d'alors. Ce ballon trône encore et toujours en très bonne place dans ma chambre.

Le soir où il m'a annoncé qu'il ne viendrait plus à Picot, un de ces soirs où l'ASNL s'est maintenue au bout du suspense, je crois que j'ai versé une larme. "J'ai passé beaucoup de beaux moments ici gamin. Je m'y suis construit plein de souvenirs. Je te les ai transmis. C'est ton tour, votre tour à présent".

Il me manque mon voisin de stade. Il y en a eu d'autres depuis, des gens formidables aussi à qui je me suis attaché. Plus ou moins jeunes, plus ou moins "à fond" dans le match. Mais personne ne le remplacera.
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Re: Souvenirs de supporter

Message par Family54 » dim. 14 mai 2017 10:55

Le gamin
6 mai 2016. Il est assis là, juste devant moi. Oh, ce n'est pas la première fois que je le vois non, loin de là, puisque depuis le début de la saison il est là, avec les fidèles. C'est un petit nouveau, sans doute aussi est-ce son premier abonnement, ses premiers souvenirs au stade, ses premiers souvenirs de supporter qu'il a vécu cette saison. Sans doute n'a-t-il pas conscience de la belle année qui vient de s'écouler.

Nancy, trois ans après sa descente en Ligue 2, va retrouver l'élite. C'est officiel depuis le match contre Sochaux, deux semaines plus tôt, et une courte mais précieuse victoire des nôtres : 1-0. Une victoire qui officialisait notre retour dans l'élite. Et il était déjà là, à la même place. C'était amusant de le voir, si fier, sauter sur son siège lors de l'ouverture du score, reprendre les chants des ultras, et surtout participer à la fête avec l'ensemble du stade au coup de sifflet final. Il était heureux, simplement.

Est-ce qu'il savait l'année nauséabonde que nous avions passée il y a seulement trois ans, sous l'ère Fernandez ? Se souvient-il de la claque reçue dans le derby il y a deux ans, à Metz ? A-t-il seulement vécu les deux montées consécutives manquées pour un petit point ? Et au fond, qu'est-ce qu'il en a à faire de tout ça, de ces mauvais souvenirs, puisqu'il est là ce soir à savourer le titre obtenu par son équipe de cœur.

Toute la saison, à tous les matchs, il était là. Curieux, à poser des tonnes et des tonnes de questions à son papa, à se lever sur les buts de l'ASNL, à pester contre l'arbitre, à frémir sur les offensives adverses. Oui, il a hurlé de rage lorsque Métanire a égalisé à la dernière seconde dans le derby. Oui, il était incrédule lorsque Nîmes l'a emporté par 4-3 sur notre pelouse. Oui, il a chaviré de bonheur quand Lusamba a marqué le but de la montée. Il a vu tout ça. Il a tout vécu. Il ne le sait pas encore mais ces souvenirs seront parmi ses plus beaux.

Ce gamin, toute la saison, je l'ai regardé d'un air amusé. On s'est habitués à lui comme il s'est habitué à nous, il fait partie de la grande famille des supporters de Nancy maintenant. En montant les escaliers du stade il nous faisait de grands signes à papa et moi, comme il le ferait avec un bon copain. Et quand il en avait assez de poser des questions à son papa, c'est à nous qu'il les posait.

Toute la saison il a vécu les mêmes émotions que nous. Vous savez ce qui peut rapprocher deux personnes, deux générations que tout oppose ? Le football et ses émotions. Ce petit, je ne le connaissais pas, je ne savais pas comment il s'appelait, où il vivait, ce qu'il aimait. Mais toutes les deux semaines, pendant 90 minutes, il était là avec moi, avec nous, il nous parlait, commentait le match avec ses voisins de stade, et tous ensemble nous étions unis par notre amour du même club, par les mêmes émotions et les mêmes espoirs.

Ce soir, le gamin est encore là. Et comme nous tous il est partagé entre deux émotions : la joie d'être en Ligue 1, et la tension avant un match qui peut nous offrir le titre. Comme nous, il passera la soirée à suivre en parallèle le match de Dijon face au Red Star, et espérant un faux-pas Dijonnais. Comme nous il deviendra fou de joie à l'ouverture du score de Lusamba. Comme nous, à la fin du match, il attendra le résultat de notre adversaire direct. Et comme nous, il exultera à l'annonce du titre.

Il n'a encore jamais rien vécu d'aussi beau, d'aussi fort. Ce gamin, ça pourrait être moi, il y a 10 ans, au soir de la victoire contre Brest qui nous offrait le titre. Peut-être est-ce pour lui le début d'une longue histoire d'amour avec ce club, ce stade, ces supporters. C'est tout ce que je lui souhaite.

Il lui reste plein de choses à découvrir. Plus ou moins belles. Il en connaîtra, des victoires et des défaites, des joies et des désillusions, des catastrophes et des miracles. Et plus tard, lui aussi en aura, des souvenirs à raconter. Peut-être même qu'un jour, assis juste devant lui, il y aura un autre gamin. Il le regardera d'un air amusé en ce disant "Moi aussi, je suis passé par là.". Alors il se remémorera tous les souvenirs qui font qu'il aime ce club, tous les bons moments qui succèdent aux mauvais, parce qu'après la pluie vient toujours le soleil.

Il se rappellera pourquoi il est là, pourquoi il aime ça. Et ça ne fera que renforcer son amour.
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valasnl
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Re: Souvenirs de supporter | VII

Message par valasnl » dim. 14 mai 2017 18:18

Déjà un an depuis ce fameux titre. Cette saison 2015/16 était géniale. La série de buts de Cétout, le but de Ait-Bennasser contre Le Havre... D'ailleurs, à l'époque, j'avais fait une petite compil des buts de l'ASNL en Ligue 2:

https://www.youtube.com/watch?v=jLPfeoJZOG4

Qui plus est, on sait à quel point le match de ce soir est crucial pour le club. Mais c'est important de se souvenir de ce qui nous a fait vibrer dans cette équipe. Les titres et les montées sont de vrais plaisirs, mais les moments difficiles font partie de la vie d'un supporter. Si on gagne ce soir et qu'on va chercher le maintien, ce match restera gravé pour longtemps, viendra compléter notre collection de souvenirs. En plus, le hasard a voulu que ce match se joue un an jour pour jour après la célébration du titre de Ligue 2 sur la place Stanislas.

La passion du club est universelle, et voir qu'il y a des supporters de tous les âges montre l'importance d'un événement aussi anodin qu'un match de foot. Sur ce, allez Nancy!


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