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Soviet Connection (Épilogue de la Saison 1)

Libérez l'écrivain à crampons qui sommeille en vous.

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Soviet Connection (Épilogue de la Saison 1)

Message par alhambra » sam. 06 févr. 2010 0:11

PRÉSENTATION

SAISON 1

Image
Détails techniques
Partie lancée sur FM2010, 1 championnat jouable, base de données 10.2.0. (Personnalisée ; 11000 joueurs). Début de la partie en juin 2009, joueurs réels, budget transfert accessible au début de la partie. Expérience : footballeur semi-professionnel.

Structure des épisodes
À l’exception du premier, chaque épisode est divisé en trois parties. D’abord, un court résumé de ce qui s’est passé dans les épisodes précédents. Ensuite, le contenu du nouvel épisode. Enfin, une sorte de lexique pouvant donner quelques informations supplémentaires sur les éléments de contexte du dernier épisode, dans le but de faciliter la compréhension de celui-ci.

Nouveauté
Chose que je pense inédite (?), pour chaque épisode, vous sera proposé un (ou plusieurs) morceau(x) de musique de fond qui aura(-ont) pour objectif de rythmer la lecture et de contribuer à installer l’atmosphère recherchée.

Avertissement
La trame de fond est purement fictive, même si, parfois, elle s’inspire ou fait référence à des événements historiques ou des faits réels. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé serait donc purement fortuite (à l’exception des éléments de contexte). Les portraits des personnages présentés ont d’ailleurs été réalisés numériquement (via un programme de morphing).

Le mot de l'auteur
Après avoir lancé un pétard mouillé lors d'une première storie qui n'a jamais décollé (faute de retours et de critiques tant positives que négatives), j'avais laissé de côté cette partie du forum. Toutefois, avec les relectures de certaines stars-stories et les bonnes choses que l'on peut lire depuis la "rentrée", la motivation est à nouveau là ! L'objectif de cette storie sera de proposer un combo bien balancé entre le sportif et l'extra-sportif, une storie faite de choses nouvelles, une trame originale, un style bien spécifique, une présentation soignée sans en faire de trop, et surtout : un résultat d'ensemble qui, je l'espère, vous procurera autant de plaisir à lire la storie que j'en ai eu à l'écrire. Bonne lecture !

Sommaire des épisodes parus
01 - Riders on the Storm.
02 - Mafia Rouge à Sofia.
03 - La Phalange de Tiraspol.
04 - Dans le froid de Reykjavik.
05 - L'incident de Plovdiv.
06 - Le sourire du Rongeur.
07 - Casablanca.
08 - Marchand de Vodka.
09 - Soledad.
10 - Coup de pied dans la fourmilière.
11 - Vaincre ou mourir.
12 - Épilogue.

Bande originale de la story
01 : The Doors (Riders on the Storm, Love Me Two Times, The Changeling) - 02 : Crosby, Stills & Nash (Long Time Gone), David Bowie (Let's Dance) - 03 : Hans Zimmer (Crimson Tide Main Theme), Tomoyasu Hotei (Battle without Honours or Humanity), Buena Vista Social Club (Hasta Siempre Commandante) - 04 : Propellerheadz (Spybreak), Luciana Souza (I Can Let Go Now) - 05 : Ennio Morricone (Once Upon A Time in America), Ibrahim Ferrer (Perfidia) - 06 : Beck (Loser), Ennio Morricone (For A Few Dollars More) - 07 : The Great Society (White Rabbit), Henry Mancini (The Pink Panther), Louis Armstrong (Dream A Little Dream Of Me, Bare Necessities, All of Me) - 08 : Afro Cuban All Stars (Al vaivén de mi carreta) - 09 : Mata è Tamarindo (La Rebuscona), dEUS (Nothing Really Ends) - 10 : Muse (Muscle Museum), The Who (Won't Get Fooled Again) - 11 : Gary Glitter (Rock & Roll Part 2), The Beatles (Lucy in the Sky with Diamonds), Jock Jams (Let's Get Ready to Rumble (NBA Mix)), Georg Friederich Haendel (Zadok the Priest (réarrangé par Tony Britten et joué par le Royal Philarmonic Orchestra) - 12 : CSKA Sofia's fan, The Rolling Stones (Sympathy With The Devil).
Modifié en dernier par alhambra le mar. 03 sept. 2013 12:46, modifié 17 fois.


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Épisode 1

Message par alhambra » sam. 06 févr. 2010 0:26

Image

ÉPISODE 1 - RIDERS ON THE STORM

(Musique de fond : http://www.youtube.com/watch?v=DsI7lubCXuk)

La nuit finissait de tomber. Les trottoirs étaient déserts. Il faut dire que les pluies torrentielles tombées toute l’après-midi commençaient seulement à s’estomper ! Le ciel, entre chien et loup, offrait un étrange spectacle d’ombres et de lumières. Sur le boulevard, seuls les craquements du tonnerre venaient de temps à autre perturber le vrombissement incessant des voitures.

Ah : le numéro 762. Exactement comme je l’avais imaginé ! Le Borgne ne m’avait pas raconté de bobards : « tellement cliché que personne ne soupçonnerait ce qui s’y passe au quotidien », avait-il dit ! D’aspect extérieur, cela ressemblait à un vieux bistro malfamé, noyé dans les effluves de tabac bon-marché et les vapeurs d’alcool à vous faire fondre les quelques neurones qu’il vous reste. Une fois la porte poussée, on y trouverait certainement une atmosphère lourde, rêche, sombre aussi. Ce soi-disant pub aux allures de pâle imitation de style british semblait surgi tout droit d’un pas-si-lointain passé. Il contrastait tellement avec la richesse des bâtiments aux alentours …

- Patron ? Daganov est là. Je ne sais pas ce qu’il fait, il reste planté comme un abruti dehors, à contempler la façade de haut en bas.
- …
- Je vais le chercher ?
- Amène-le-moi.

Alors que je m’apprêtais à pousser la porte, celle-ci s’ouvrit violemment. Un drôle de type un peu costaud et à la grosse moustache très noire me fit signe d’entrer. C’était exactement ça ! Je ne m’étais pas trompé. Si ce n’est sur les effluves de tabac. Celles qui me montaient aux narines étaient plutôt agréables. Très agréables même ! Je ne me souvenais d’ailleurs pas avoir senti de tabac aussi bon. Ce n’était pas du tabac pour cigarette. C’est à croire que quelqu’un avait fumé ici toute la soirée un bon gros cigare de cochon ! Un drôle de bruit montait de la porte entrouverte derrière le comptoir. Un bruit que je supposais être celui de pièces de monnaies déversées sur une table. Il ne devait pas y en avoir beaucoup. L’homme me fit passer derrière un rideau, dans le fond de la pièce. Ca m’a d’ailleurs frappé parce qu’en rentrant, je n’avais pas remarqué la présence de ce rideau. Il était rouge. Un rouge foncé tirant sur le bordeaux. L’exacte-même couleur que celle qui recouvrait le papier-peint des murs. Venant de la pénombre noyant le sommet de l’escalier qui se dressait désormais devant moi, quelques notes de musique s’échappaient. Au fur-et-à-mesure que je grimpais les marches une à une, la mélodie se révélait de plus en plus distinctement à mes oreilles. Alors que j’avais passé trois ou quatre paliers -je n’avais pas compté- je reconnu même les paroles. Riders on the Storm ! Ah, je dois reconnaître que le morceau cadrait bien avec l’atmosphère ambiante qui régnait sur la capitale en cette chaude soirée de mai !

- C’est bien la seule chose positive que ces merdeux de Ricains nous ont apportée ! Ca et le libéralisme économique bien sûr !! Asseyez-vous … Cigare ? C’est du bon : c’est du cubain. Importation directe … Ce Jim Morrison, c’était quelque chose, n’est-ce pas ? Une bête de scène. Le meilleur ! Enfin … Bon ! Daganov. Vous vous doutez que je ne vous ai pas fait venir ici pour parler musique ?
- …
- Votre Moldavie ne vous manque-t-elle pas ?
- Je ne suis pas Moldave, Monsieur !
- Pardon ! Votre Transnistrie, voulais-je dire …
- Tiraspol n’est pas ce qu’on pourrait à proprement parler une « belle ville ». Je dois dire que depuis que je suis arrivé ici, je m’étonne chaque jour de la beauté de vos bâtiments, de l’éclat de vos artères …
- Vous êtes sérieux ?
- Je suis poli.
- Haha. Vous me plaisez Daganov ! Le Borgne m’avait dit que vous étiez un spécimen ! Moi non plus je ne suis pas fan de toute cette modernité. Oh, il y a bien deux ou trois trucs pas vilains, mais ça reste assez … comment dirais-je…
- Ca casse pas trois pattes à un canard !
- Exactement ! Bien. Cela fait combien de temps que vous êtes parmi nous ?
- Deux mois.
- C’est bien ce que je pensais … Daganov, j’ai une mission pour vous ! Comme vous le savez, depuis le rapport Jansen et la suspension de l’aide de l’Union européenne, le gouvernement a décidé de sévir. Grand-bien leur face ! Seulement depuis quelques temps, Gounev prend un peu trop son boulot à cœur. Vous me suivez ?
- Euh, pas vraiment …
- C'est-à-dire ?
- Ben, je bite que dalle à votre charabia ! Votre « Yansenne » là, puis le Goumachin : inconnus au bataillon !
- Ah … Bien. Ben pour faire court, la lutte du gouvernement contre nos activités s’est intensifiée ces derniers mois et le nouveau procureur général fait… disons : du zèle.
- Mais je croyais que nos contacts au gouvernement assuraient notre pérennité.
- Voyez-vous, mon cher, la valeur de l’honnêteté a tendance, apparemment, à dépasser depuis peu celle de l’argent. Chose que je ne m’explique d’ailleurs pas. Mais soit. C’est un réel problème pour nos activités ! Nous sommes dés lors obligés de modifier nos manœuvres, d’imaginer de nouvelles stratégies. Enfin, ne dramatisons pas non plus. Voilà vingt ans qu’on s’adapte ! De plus, l’aide précieuse de la Bratva mold… pardon, je veux dire transnistrienne, nous a toujours permis de nous en sortir dans les moments chauds. C’est d’ailleurs elle qui m’a suggéré une idée, par l’entremise de votre ami Le Borgne. Que vous a-t-il dit ?
- Ben, pour vous dire franchement, il m’a pas dit grand-chose …
- Que faisiez-vous au juste pour la Bratva à Tiraspol ?
- Oh, la routine : blanchiment d’argent et tout le catalogue. Trafic d’armes. De came aussi. Parfois.
- A quelle échelle ?
- Nationale. Juste en-dessous du brigadier.
- Ah, vous les appelez toujours comme ça ??
- Qui donc ?
- Ben… les brigadiers.
- Pourquoi ? Vous voulez que je les appelle comment ? ‘Z ont pas changé de nom, que je sache ! Si ?
- Euh, non. C’est qu’ici le terme est devenu dangereux. On nous appelle plutôt « Premiers Loyaux » maintenant. Je pensais que vous le saviez. Enfin, là n’est pas la question. Bref. Où en étais-je ? Oui : Le Borgne m’a expliqué votre façon de travailler à Tiraspol et je dois avouer que ça m’a donné une idée.

Il s’arrêta un instant, ralluma son cigare, puis il reprit :

- Comme je viens de vous le dire, nos activités ont tendance à gêner un gouvernement qui ferme de moins en moins les yeux. Et c’est peu de le dire. Toutes nos compagnies offshores sont étroitement surveillées. Enfin, ça dépend des jours et de qui surveille ! Car on a gardé tout de même de nombreux contacts ! Mais bon : nos chiffres s’en ressentent tout de même, et ça ne va certainement pas aller en s’améliorant. Nos contrats de confidentialité inhérents aux brevets développés par nos compagnies nous assurent également une certaine marge de manœuvre. Et comme leur rédaction est contresignée par ceux qui nous traquent désormais, ça les gêne bien sûr, ils ont le cul entre deux chaises : ils n’ont pas très envie qu’on découvre ce qu’il y a à découvrir ! Mais pour se faire bien voir de la communauté internationale ils nous « surveillent » … Enfin, on n’a pas de tracas de ce côté. Pour l’instant en tous les cas. Le plus gros problème réside en réalité non pas dans la production donc, mais dans la diffusion. Faire sortir nos « marchandises » de la capitale se complexifie tout doucement et d’ici quelques mois ou quelques années, il faudra trouver d’autres solutions. Sur la côte, ça va. Mais ici c’est la capitale. Le jour où nos contacts au gouvernement nous lâchent, c’est ici qu’on voudra faire un exemple : et puis ces cons pensent certainement que la tête du réseau se trouve ici !
- Ben le jour où nos contacts nous lâchent, on leur met une avoine et c’est marre, non ?
- Disons que « plus haut », ils s’inquiètent du fait que le jour où nos contacts oseront nous attaquer pour de bon, c’est qu’ils seront probablement bien épaulés par des puissances étrangères.
- Ca se tient. Sinon, un bon coup de pied dans les noix, ça pourrait leur passer l’envie de nous la mettre par derrière, non ?
- Héhé ! Tout-à-fait. Mais bon. Il nous faut plancher sur d’autres moyens d’exportation, de diffusion. Au cas où ça s’envenimerait.
- Et qu’est-ce que je viens foutre là-dedans moi ?
- C’est simple ! Pour assurer le transfert de narcotiques depuis nos labos jusque dans nos différents « points de distribution » à travers le pays, on a pensé à un moyen tout con en fait : le football !
- Le football ?
- Bien sûr, à Tiraspol, n’étiez-vous pas directeur technique d’une équipe de football ?
- Euh, oui, enfin … C’était surtout une couverture ! Et puis ce n’était pas vraiment directeur technique, c’était manager général. Officiellement, c’est moi qui gérais le club dans ses aspects financiers et sportifs, le recrutement, ce genre de choses. Cela me permettait surtout de faire ma popote tranquillement dans les bureaux du club.
- Qu’est-ce que vous y faisiez ?
- Ben du blanchiment d’argent. C’était du gâteau ! L’argent des trafics rentrait dans le club sous la forme de sponsors et d’investissements de nos sociétés offshores. En réalité, les sociétés ne déposaient pas un rouble dans le club naturellement. Donc, pour faire court, de l’argent sale entrait dans le club sous la forme de sponsors et d’investissement en provenance de nos sociétés, cet argent était coté en bourse à Chisinau et engendrait des bénéfices qui retombaient sur les actionnaires du club, c'est-à-dire nos sociétés. En réalité, les sociétés n’avaient aucuns capitaux de départ et l’argent injecté était celui des trafics. Mais bon, les comptes falsifiés, c’est assez facile en Transnistrie !

Le gros bonhomme s’était relevé sur son fauteuil. Sans être stupéfait, il semblait pour le moins intrigué. Il jeta un rapide coup d ‘œil dans le vide, sourit un instant, et continua :

(Musique de fond : http://www.youtube.com/watch?v=vhhOmc2EtCA)

- Terriblement ingénieux … Et comment vous êtes vous retrouvé là ?
- Ben avant la prise de contrôle du club par la Bratva, j’étais joueur-entraîneur d’un petit club de seconde zone, qui militait en D2. Il n’y avait pas d’« activités », c’était un petit club banlieusard tout ce qu’il y a de plus normal. On était plusieurs Soviets dans l’équipe.
- Vous étiez soldat dans l’Armée Rouge?
- J’étais sergent. Au moment de la chute du bloc, j’étais stationné avec la XIV° armée à Tiraspol. C’est là que j’ai connu Le Borgne. C’était mon capitaine de peloton. C’est lui qui m’a fait intégrer la Bratva des années plus tard.
- Et votre passage dans le club de Tiraspol a été perçu comment ?
- Lors de mon arrivée au sein du staff technique à Tiraspol, avec les bouleversements qui ont suivi la proclamation d’indépendance de la Transnistrie au même moment, mon intronisation dans la cellule sportive du club est passée comme sur des roulettes, personne n’y a fait attention. Personne n’a remarqué quoi que ce soit. Pas-même un organe de presse n’en a fait mention à l’époque. Il ne me restait plus qu’à mettre l’opération en place. Tout doucement. Ca ne s’est pas fait en un jour naturellement. Mais bon. A la fin, c’était bien rodé. De plus le club se comportait bien sur le plan sportif. On a gagné un titre, puis un deuxième … On est devenu le numéro 1 du foot moldave. Et je me suis retrouvé progressivement à la tête de la cellule sportive du club. Et dans de telles circonstances, quand ça tournait bien je veux dire, personne ne s’est jamais posé la question de savoir qui j’étais ou d’où je venais.
- Et pourquoi avez-vous du quitter le navire ?
- Pour la raison la plus évidente et à la fois la plus idiote au monde : cette saison, les résultats ne suivaient plus. Le début de saison a été catastrophique sur le plan sportif. Après dix journées, le club occupait la lanterne rouge. J’ai pas compris pourquoi. Toujours est-il que les supporters ne cessaient de réclamer la démission de l’ensemble du staff et la presse a fini par faire pression. Pour pouvoir garder nos activités au sein du club sans éveiller les soupçons, on a donc remplacé le staff par d’autres Camarades. Tout simplement. J’ai donc tout bêtement été licencié pour « manque de résultats » au début janvier !
- Donc, personne n’a jamais rien su de vos activités réelles au sein du club ?
- Personne. Hormis les Camarades bien sûr.

Je lisais une sorte d’excitation dans les yeux de mon interlocuteur. Cette impression était renforcée par la musique qui s’échappait de son transistor posé sur la table ! C’était toujours les Doors, mais le morceau qui passait était à présent Love Me Two Times. L’orgue et le pincement des cordes de guitare illustraient à merveille la lueur électrique qui baignait ses yeux. Ce gros bonhomme était à l’image du bistro qui l’abritait : un cliché ambulant ! Qui aurait osé croire que ce pub, décor idéal pour un film mafieux, abritait réellement un QG de la Bratva ? Qui aurait pu croire que l’homme que j’avais en face de moi, une sorte de mix parfait entre un Marlon Brando sorti tout droit du film Le Parrain et le Bourreau des bandes dessinées Ric Hochet, était ce que sa gueule criait autour de lui : un baron de la mafia ? A force de brandir l’étendard de la lutte contre les préjugés et de répéter à tout bout-de-champs que « l’habit de fait pas le moine », la Bratva avait résolument remarqué que plus vous ressembliez à un mafieux, moins on osait vous y associer. Non pas par peur d’avoir raison, mais plutôt par peur d’être taxé de « catalogueur nauséabond » par tous les organismes de défense de tout et n’importe quel droit. Aujourd’hui, dans l’ex-U.R.S.S., plus vous ressembliez à un mafieux, plus vous étiez sûr d’être protégé !!

(Musique de fond : http://www.youtube.com/watch?v=WSE33xSkmUo)

- Daganov, vous allez nous être précieux ici. Nous sommes actuellement en train de finaliser le rachat d’un club-phare de la Ligue A de football, par le biais d’une de nos compagnies dénuées de tout soupçon, croyez-moi ! Nous voulons faire de ce club une plaque tournante pour notre trafic de narcotiques. C’est vous qui allez en prendre le management début juillet. Lorsque le rachat sera finalisé. Parmi les hommes disponibles et « propres » chez nous, vous êtes le seul qui puisse convenir. Ainsi, vous serez aux premières loges pour veiller sur nos activités. Vos titres et votre expérience glanés dans l’un des plus grands clubs de Moldavie ne fera certes pas de vous le candidat idéal aux yeux des journalistes ou des supporters. Néanmoins, cela vous donne assez d’expérience pour pouvoir prétendre au poste. Et puis vous vous apercevrez vite que les Sofiotes sont de toute façon critiques envers tout et tout le monde! Critiquer. Toujours critiquer. C’est un sport national ici ! Alors quand il s’agit de football, c’est pire encore : personne n’échappe à la critique. Donc, vous ou un autre, c’est du pareil au même pour eux ! Ils vont vous attendre au tournant …
- Mais, j’sais pas si c’est moi qui suis con ou quoi, mais y’a quand même un truc qui m’échappe : comment comptez-vous vous y prendre pour transporter la came ?
- Monsieur Daganov … Selon vous … Qui aurait l’idée de contrôler les sacs de sport se trouvant dans les soutes d’un car qui transporte les joueurs de l’un des plus grands clubs de football bulgares quand celui-ci se déplace à l’autre bout du pays pour une rencontre de foot ?

A SUIVRE...


LEXIQUE DE L'ÉPISODE 1

Bratva. C’est ainsi que l’on nomme la mafia russe (ou « mafia rouge »). Contrairement à la mafia italienne où on observe une véritable hiérarchie verticale, la Bratva regroupe une série d’organisations criminelles qui n’ont pas nécessairement de rapports entre elles et qui sont même parfois rivales. On parle ainsi parfois de mafias russes, au pluriel. La Bratva s’est par ailleurs implantée dans plusieurs pays de l’ex bloc soviétique après la chute de l’URSS.

Brigadier. C’est le nom que l’on donne au bras droit du parrain d’une organisation mafieuse en Russie, mais ce terme n’est apparemment plus utilisé et serait remplacé par « Premier Loyal ».

Gounev (Martin). Actuel procureur général de Bulgarie.

Le Borgne. Personnage fictif. Brigadier de la mafia russe implantée à Tiraspol, capitale de Transnistrie.

Rapport Jansen. Rapport rendu par un Allemand nommé Jansen pour le compte de l’Union européenne et qui met en avant la corruption très présente au sein du gouvernement bulgare. Le rapport qui conclu au contrôle partiel de la mafia dans les affaires de l’État a provoqué en 2006 la démission du Ministre de l’Intérieur et une suspension de l’aide apportée par l’Europe à la Bulgarie.

Tiraspol. Deuxième ville de Moldavie en nombre d’habitants, capitale de la région autonome de Transnistrie.

Transnistrie. Région autonome de Moldavie qui couvre la côte est du Dniestr. Cette région a proclamé son indépendance en 1990, mais celle-ci n’est pas reconnue internationalement. A majorité russophone (tandis que l’Ouest du Dniestr est majoritairement roumanophone), elle est actuellement dirigée par le leader du Parti communiste de Transnistrie. La présence de la XIV° armée de l’ex-URSS en garnison à Tiraspol empêche toute tentative de récupération par la force de la région par le gouvernement moldave. Cette région, considérée par beaucoup de spécialistes de politique internationale comme le dernier vestige du bloc soviétique et la région la plus dangereuse d’Europe, est le terrain quotidien de trafics en tout genre qui servent, notamment, à rétribuer les soldats de la XIV° armée qui a depuis longtemps été « abandonnée » par Moscou.


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Re: Soviet Connection (1 épisode)

Message par Cantona » sam. 06 févr. 2010 9:21

C'est bien tout qui parlait de football "exotique"?? Réussi!
Bon certes la Bulgarie, dit comme ça, on a pas envie d'y passer ces vacances, mais ton histoire m'a l'air bien construite, structurée et sérieuse.
L'idée des musiques est sympa aussi, et presque réglé au rythme de lecture.
J'ai bien aimé ce premier épisode, ça faisait un moment qu'on avait pas eu une bonne nouvelle story.
Bonne continuation.
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Re: Soviet Connection (1 épisode)

Message par Stef » sam. 06 févr. 2010 12:50

Je ne me lance d'habitude que très rarement dans des stories mais celle-là m'a intriguée !

Un bon début, tu implantes bien le décor et tu donnes la tonalité de ton récit. J'aime beaucoup l'idée des musiques qui accompagnent ta story, on peut avoir des trucs pas mal de ce côté-là.

Bon début en tout cas !


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Re: Soviet Connection (1 épisode)

Message par Misaki » dim. 07 févr. 2010 20:46

Un début plus qu'intéressant. C'est meilleur que ton début précédent.

Les musiques vont bien avec l'épisode. J'apprécie cette idée.

Pour le scénario, cela semble déjà bien ficelé. Et tu sembles être bien renseigné sur la région.

Bon courage pour la suite.
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Re: Soviet Connection (1 épisode)

Message par Atom Tan » dim. 07 févr. 2010 22:16

Excellente ton intro... Tu as bien fait de persévérer dis moi !
Si en plus tu peaufines la forme et le fond comme ça sur la durée ça promet !

En tout cas si postes pas 3 épisodes par jour comme pour ta précédente story tu peux compter sur moi....


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Re: Soviet Connection (1 épisode)

Message par alhambra » jeu. 11 févr. 2010 10:59

Merci à tous pour vos commentaires encourageants ! Je pense être parti pour une publication à raison d'un épisode par semaine. Comme je suis parti tout le week-end, je vous propose le deuxième épisode un peu en avance d'ici quelques minutes, le temps de fignoler les détails. Si vous aviez des remarques ou autre, n'hésitez surtout pas :wink:


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Épisode 2

Message par alhambra » jeu. 11 févr. 2010 11:22

PRÉCÉDEMMENT DANS SOVIET CONNECTION :

Arrivé il y a peu à Sofia (Bulgarie), celui qui fut manager général de l’un des plus grands clubs de football moldave se voit attribuer une mission pour le compte de la mafia russe (surnommée "la Bratva"), dont il fait partie. Spécialiste du blanchiment d’argent à travers le monde du football, Daganov -c’est son nom- se retrouve propulsé à la tête d’un club-phare du championnat national racheté par une société offshore de la mafia. Sa mission : mettre en place et superviser une opération similaire à celle qu’il avait organisée presque vingt ans plus tôt à Tiraspol. Il doit pour cela dans un premier temps gagner la confiance du public et de la presse. Car si ceux-ci ignorent bien sûr tout du passé sulfureux de ce Daganov, il est certain qu’ils ne feront aucun cadeau à ce manager moldave sorti d’on-ne-sait-où …

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ÉPISODE 2 – « MAFIA ROUGE » A SOFIA

(Musique de fond : http://www.youtube.com/watch?v=_PFCgAhZEO8)

« L’Armée accueille un bulldog moldave », avait titré en Une de sa partie sportive le Dnevnik de lundi matin. Le Dnevnik était l’un des principaux quotidiens de la capitale. Mais je ne suis PAS Moldave, bande de trous de balle ! « C’est vrai que vous auriez pu de temps à autre sourire… ou au moins faire autre chose que la gueule », m’avait rétorqué le nouveau R.P. du club en repartant de la conférence de presse qui avait officialisé ma venue au club. Mais j’suis pas là pour danser les claquettes, moi ! J’ai un business à mettre en place et un club à faire tourner !

Et patati que toute la ville s’étonne de ma nomination par-ci, et patata qu’il y avait de meilleures candidatures que la mienne par-là. « Le club va droit dans le mur ! » avait même crié un supporter « égaré » au sortir de la salle de presse. Je m’en vais te le recadrer, moi. Lui et toute sa bande de trous du cul ! « Calmez-vous, prenez patience ; ils en auront besoin aussi, c’est normal », avait encore lâché le R.P. … Ouais … C’est toujours comme ça avec ces marioles, de toute façon. Le brigadier l’avait bien dit : « ils vont vous attendre au tournant ».

- Il y avait beaucoup de candidats pour le poste ?
- Quelques uns, oui. Mais vous savez, aucun n’avait votre … hem … votre prestance !
- Hm. Et y z’avaient quoi comme profil ces péquenots ?
- Oh, je ne sais pas très bien. C’est vrai qu’il y en avait quelques uns qui auraient pu prétendre au poste, mais bon.
- Par exemple … ?
- Eh bien il y avait un Roumain, un peu connu par ici, actif quelque part dans un Émirat arabe. C’était le favori de la presse locale. Sinon plusieurs Bulgares se sont manifestés, mais pas du lourd. Un Serbe aussi … Apparemment, ce qui intrigue le plus les journalistes, c’est p…
- Ah me parler pas de ces touilleurs de caca !!
- … je disais : ce qui intrigue le plus les journalistes, ce n’est pas tellement le choix des nouveaux investisseurs de vous nommer. Ce serait plutôt le type de poste que vous allez occuper.
- ???
- Ben oui. Une sorte de manager « à l’anglaise », un Alex Ferguson version moldave, qui passe autant de temps dans les bureaux que sur un terrain. Ca ne s’est pas souvent vu par ici.
- Transnistrienne …
- Je vous demande pardon ?
- Je ne suis pas un Ferguson moldave, mais transnistrien.
- Oui, enfin, sauf votre respect, pour les « touilleurs de caca », comme vous les appelez si gentiment, c’est du pareil au même … Notez, tant qu’on est à parler de ça : la nomination d’un adjoint bulgare très pro sur le terrain et qui plairait à la presse ne pourrait pas être une mauvaise chose. Ca les calmerait. Une ancienne vedette locale ou un gars qui connait bien la maison, par exemple.
- … C’est pas con c’que vous dites … En fait, non : c’est pas c’que vous dites qui est pas con. Ce serait plutôt vous qui n’êtes pas con … Ca fait longtemps que vous travaillez dans le club ?
- Non, non, pas du tout. Depuis le début de semaine dernière.
- Vot’ nom ?
- Zvonareva. Elena Zvonareva.
- Eh bien, vous ressemblez à un rongeur, Zvonareva …
- … euh … ?


Décontenancée par mes derniers propos, elle s’était arrêtée net, au milieu du couloir, comme soufflée par ces quelques mots, tandis que j’avais continué jusqu’au dehors du bâtiment.

Ce que la R.P. m’avait dit dans les couloirs du club me trottait dans la tête depuis maintenant trois jours.

« La plus grande difficulté que vous allez rencontrer au début sera de vous faire accepter. De vous rendre crédible. Enlevez-moi déjà ce pull à capuche ! Mettez votre plus beau costard. Vous verrez, vous les amadouerez rapidement ! », avait braillé le brigadier lors de notre première rencontre. Ben tiens ! Il pouvait se brosser ! Moi en costard ?? Faudrait pour commencer que j’en ai un ! Déjà … Et puis de toute façon, parader en pingouin, très peu pour moi : merci-bonsoir ! Tout ça pour plaire à cette bande de pleurotes d’écrivains ratés ! C’est vrai que je n’aimais pas trop les journalistes. Quand tout va bien, on ne les entend jamais. Mais dès qu’il s’agit de remuer un peu la merde y a plus qu’eux ! Un véritable nid à problèmes.

Pourtant, je dois avouer qu’un entrefilet paru dans le Kapital, l’autre grand-tirage de Sofia, m’avait tout de même octroyé le bénéfice du doute. Pour une fois qu’un « journaleux » ne me descendait pas directement …
UNE LÉGENDE MOLDAVE DÉBARQUE AU CSKA.
Par Anatoli Rizzev, en direct de Sofia.

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Leonid Daganov, nouveau manager du CSKA.

« En provenance directe de Tiraspol, le nouveau manager général du CSKA en impose par son style très caractéristique. Vêtu d’un vulgaire pull là où d’autres seraient en costume tiré à quatre épingle, l’homme dégage une impression de détermination, de solidité, de sérieux aussi. De jusqu’au-boutisme également. Même si le niveau de notre football national dépasse largement celui de la Moldavie (où il est considéré par certains comme une légende vivante), Leonid Daganov a l’air de savoir où il va. Attendons donc de voir … »
Par l’entremise de sa société offshore « ChernoGaz » basée à Rostov-na-Donau, en Russie, la Bratva avait en effet réalisé au début juin le rachat du club du C.S.K.A. Sofia, lequel était empêtré dans de nombreux problèmes financiers. En effet, en 2008, en raison du délabrement de son stade -le Balgarska Armiya- et de ses importants problèmes financiers (liés notamment à la corruption), le club perdit sa licence auprès de l’UEFA et se vit bannit de toute compétition européenne. Afin de ne pas être rétrogradé en deuxième division nationale comme l’évoquait également les règlements (cf. Marseille en France et la Juventus en Italie il y a quelques années), le club se restructura pour acquérir le statut de club amateur, ce qui lui permit certes de rester en Ligue A bulgare, mais au détriment de lourdes conséquences sportives : la plupart des joueurs quittèrent le club, suivis par l’entraîneur et une grande majorité du staff technique. L’option de rachat semblait être la seule solution envisageable pour sortir le club du bourbier dans lequel il s’était englué. Si à un moment un entrepreneur indien s’était montré intéressé, c’était donc bien la société russe ChernoGaz qui avait posé les millions d’euro nécessaires sur la table.
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(Musique de fond : http://www.youtube.com/watch?v=OyVjdQXNs9s)

ChernoGaz possédait une filiale importante en Bulgarie où ses deux sièges, un à Varna, l’autre à Sofia, servait en réalité de façade aux activités de la Bratva implantée en Bulgarie. En rachetant le club à ses anciens propriétaires, ChernoGaz obtenait là l’opportunité dont le Brigadier de Sofia avait fait mention lors de sa première entrevue avec Daganov. L’opération était sûre, car depuis quelques années, sur l’ensemble du pourtour de la Mer Noire, de nombreux clubs avaient été rachetés par des magnats du pétrole, principalement en Ukraine. Le rachat du club avait d’ailleurs été perçu comme une excellente nouvelle par les supporters et la presse nationale, qui voyaient là l’opportunité d’un nouveau départ sur des bases plus saines (tu parles !!). Le choix de nommer un « Moldave » à la tête du club, peu importe son expérience, en avait par contre surpris plus d’un. Logique.

Maintenant que la Bratva avait pris le contrôle du club, le plus délicat allait être de relancer le club sportivement. Car c’était là la seule chance de convaincre tous les observateurs du choix émis par la nouvelle direction et de pouvoir par la même occasion faire retomber la pression et leur attention sur le fonctionnement interne du club.

Relégué au rand d’outsider en raison de l’exode des joueurs au terme de l’exercice 2008 et durant la saison suivante, le « club de l’Armée » (traduction raccourcie de C.S.K.A.), obligé de faire jouer une majorité de jeunes, n’était plus le numéro 1 du football bulgare, malgré son impressionnant palmarès. Le club-phare de la capitale était devenu le Levski Sofia, qui jouait juste à côté. Et même le Lokomotiv voisin venait à présent titiller le CSKA pour la place de « second Sofiote » de la Ligue. Le Slavia, quant à lui, était le club le moins titré de la capitale. Ailleurs dans le pays, le Litex Lovetch et le Tcherno More Varna étaient devenus de redoutables concurrents dans la lutte pour le titre, coiffant de temps à autre les lauriers. Par contre, depuis quelques années, les clubs de la deuxième ville du pays, le Lokomotiv Plovdid et le Botev, éprouvaient certaines difficultés face au quatuor sofiote et l’émergence de nouveaux clubs.


Il faisait un temps radieux sur Sofia en cette fin de mois de juin. Devant mettre de côté les tracas que me causaient déjà la presse et les plus chauds d’entre les clubs de supporters, j’étais surtout occupé à réorganiser la structure du club.

Si les rennes de la direction avaient été confiés à un homme d’affaire bulgare peu connu, j’avais en charge la cellule sportive, comprenant donc le recrutement et le management du club, mais aussi une partie de la cellule financière. Cela me permettait de garder un œil sur les comptes du club et, au besoin, de les tripatouiller un petit peu. Ca ne fait jamais de mal …

L’opération était osée. Car si en Moldavie, et plus particulièrement en Transnistrie, le détournement d’argent, le blanchiment de celui-ci et les trafics en tout genre faisaient partie du folklore local, en Bulgarie c’était plus chaud ! Toute la complexité du trafic résidait dans le fait que le club racheté par ChernoGaz était l’un des plus grands du pays, ce qui attirait forcément les regards, mais qui permettait aussi une étendue d’action inespérée ! Le Brigadier de Sofia m’avait expliqué son plan, approuvé par le Parrain lui-même : la poudre et les pilules seraient produites au sein de labos dont moi-même j’ignorais l’existence et donc la situation. La drogue serait ensuite acheminée au club par un moyen que, ici aussi, j’ignorais. Elle serait enfin planquée dans des sacs de sport que nous transporterions lors des matches. C’était la procédure habituelle : chaque « responsable d’étape » depuis la production jusqu’à la distribution de narcotiques ignorait tout des autres étapes. Cela permettait en quelque sorte que l’on ne puisse pas remonter au chef du réseau en cas de pépin ou de balance.

Je savais donc, au moment d’entamer ma première saison à la tête du CSKA Sofia, simplement trois choses. Et n’avais de tout de façon pas besoin d’en savoir plus ...
1-Primo, le Brigadier m’avait chargé de mener à bien le club au niveau sportif, tout en gardant un œil et un pied dans la cellule financière afin de contrôler les comptes du club. Sans prendre part au processus de transmission de la « marchandise », j’étais en réalité là pour « tenir la couverture ».
2-Secundo, la came serait transportée par le car des joueurs, ceux-ci servant en quelque sorte de « mules » à l’opération. Je ne doutais pas que d’autres opérations tout aussi illégales seraient probablement organisées à travers les activités du club, mais pour l’instant, le trafic de narcotiques semblait être la seule en préparation.
3-Tertio, enfin, j’avais reçu pour mission de me constituer une petite équipe « perso » au sein du staff technique et sportif du club, afin de pouvoir gérer tous les aspects de l’opération. La seule personne qui m’avait été imposée, mais je n’allais le comprendre que plus tard, c’était celle qui était supposée assurer le transfert de la came durant son passage au club. Et cette personne, c’était en fait Elena Zvonareva, nouveau R.P. du club …

A SUIVRE ...

LEXIQUE DE L’ÉPISODE 2

ChernoGaz. Entreprise fictive. Active dans l’industrie d’extraction de pétrole et de gaz en Russie, elle dispose plusieurs filiales en Asie caucasienne et en Europe, dont une en Bulgarie (dont le siège est à Varna et une succursale se trouve à Sofia). Il s’agit en réalité d’une société offshore contrôlée par la mafia russe. A noter que « cherno » signifie noir en russe (et en bulgare) ; on retrouve ainsi ce terme dans « Cherno More » : la Mer Noire.

Dnevnik. Organe de presse bulgare basé à Sofia.

Elena Zvonareva. Personnage fictif. Nouveau R.P. du CSKA mise en poste lors du rachat du club par ChernoGaz, elle est en réalité un personnage lié à la même branche mafieuse que Daganov.

Kapital. Organe de presse bulgare basé à Sofia.

Mule. Nom donné aux personnes qui, à leur insu, transportent de la drogue pour le compte de trafiquants. Il arrive parfois que celles-ci se fassent arrêter. Ce genre d’histoire a d’ailleurs inspiré pas mal d’œuvres (romans et films).

Parrain. En Russie, nom donné au chef d’une organisation criminelle cataloguée comme membre de la mafia. Pour rappel, la mafia russe (la Bratva) est composée de différentes organisations et il n’existe pas de structure pyramidale comme c’est le cas en Italie notamment. Il existe donc plusieurs parrains dans la mafia russe.

R.P. (Relations Public). Terme de plus en plus courant, mais précisons-le tout de même au cas où : personne chargée de gérer les relations entre une personne ou une institution et le public au sens large (presse et autre). Synonyme de « chargé de communication » ou « attaché de presse » (quoique celui-ci se contente uniquement des relations avec la presse).


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Re: Soviet Connection (2 épisodes)

Message par Misaki » jeu. 11 févr. 2010 21:41

La tête du mec, énorme. :mrgreen:

Franchement, c'est un très bon départ. J'accroche bien. Tu as des idées très intéressantes avec la musique (déjà dit) et le lexique qui permet une meilleure compréhension même si c'est déjà clair, dans l'ensemble.

Bref, une fois par semaine, ça me va. :wink:
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Re: Soviet Connection (2 épisodes)

Message par Stef » jeu. 11 févr. 2010 22:35

J'adhère aussi toujours autant. C'est fluide et bien écrit. La came transportée dans le car des joueurs m'a fait sourire :)

Continuons !


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Re: Soviet Connection (2 épisodes)

Message par Bronx » ven. 19 févr. 2010 0:28

Je n'ai pas lu avec la musique mais j'essaierai de le faire au prochain épisode. Tes idées me plaisent bien, j'accroche.
Maintenant il va falloir gagner pour multiplier les rencontres européennes et de ce fait les points de vente. :wink:


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Épisode 3

Message par alhambra » ven. 19 févr. 2010 9:28

PRÉCÉDEMMENT DANS SOVIET CONNECTION :

Après avoir reçu toutes les consignes du Brigadier de Sofia concernant la mise en route de l’opération, Leonid Daganov est présenté à la presse nationale bulgare comme le nouveau manager du club-phare de la capitale : le CSKA Sofia. Sa mission consiste dans un premier temps à asseoir sa crédibilité au sein du club. Il s’agit donc d’abord de composer un staff sportif crédible, tout en y incorporant déjà des hommes de main qui prendront une part active dans les opérations de trafic de narcotiques.

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ÉPISODE 3 - LA PHALANGE DE TIRASPOL

(Musique de fond : http://www.youtube.com/watch?v=R0uwu43i38c)

Il était 22 heures, passé de quelques minutes. J’étais en retard. Après avoir passé toute l’après-midi à retourner dans tous les sens la base de données de la cellule de recrutement, j’avais longuement discuté avec mon adjoint fraîchement nommé, Radi Zdravkov, au sujet de la tactique à adopter, des lignes à renforcer ou encore des programmes d’entraînement spécifiques à organiser. Radi était en réalité l’ancien adjoint de Penev, lorsque celui-ci était encore coach au CSKA, peu avant la déroute financière du club. Il connaissait donc bien les joueurs puisqu’il avait entraîné pas mal d’entre eux dans les équipes d’âge, réserve et première du club. Et puis il connaissait bien le championnat bulgare. Le choix avait été somme-toute vite fait. D’autant que c’était un gars respectable, apprécié des médias et ancien international. En d’autres termes : le profil-type par excellence, selon la R.P. du club, Elena Zvonareva. Et puis le Zdravkov-en-question avait l’air un brin niais, ce qui pourrait se révéler profitable compte-tenu des activités parallèles que j’étais supposé mener à bien au sein du club.

Cela faisait maintenant un mois que j’avais été intronisé manager des « Armymen » et, tandis que la préparation de la saison et la formation du nouveau staff sportif suivaient leur cours, j’avais commencé à organiser ma petite équipe « perso ». Je l’avais baptisée, non sans beaucoup d’amusement d’ailleurs, la « Phalange de Tiraspol ».

Cela me rappelait le bon temps de la caserne avant que Moscou ne nous abandonne ; lorsqu’après le couvre-feu de dix heures, je lisais sous ma couverture les ouvrages d’Hérodote, de César ou d’Ammien Marcellin, à la lueur de ma lampe-torche. L’histoire martiale des cités-États grecques et de la Légion romaine m’avait toujours passionné. Au cours de mes lectures, j’avais ainsi appris que nombreux étaient les peuples qui se cassèrent les dents sur la fameuse Phalange des hoplites grecs, sorte de super-infanterie tueuse et destructrice. J’avais une fois lu que l’origine de cette technique remontait à l’illustre Macédoine des Philippe. Or, à Sofia, nous étions à quelques centaines de kilomètres à peine de la Macédoine historique, située dans le Nord de la Grèce. Rien à voir avec l’ancienne république yougoslave du même nom ! Et puis, ben, Tiraspol, c’était avant tout en référence aux joyeusetés qui allaient nous occuper et qui rappelaient bien évidemment mes précédentes péripéties à Tiraspol.

22 heures 12. J’arrivais enfin au Vitosha’s Bar, le pub pourri du boulevard du même nom où j’avais rencontré pour la première fois le Brigadier. Il ne serait pas là cette fois. Par contre, j’avais réuni pour la première fois la fine équipe de bandits et d’escrocs, que j’avais recrutée pour mettre en place les opérations de narcotrafic. Il y avait de tout ! Du Bulgare, du Russe, de l’intello, du cogneur, du beau-parleur et de la petite merde vicelarde ! Une belle bande d’enfants de salauds qui connaissaient depuis longtemps tous les rouages de la Bratva et qui disposaient d’une couverture suffisamment sûre que pour ne pas éveiller les soupçons :

(Musique de fond : http://www.youtube.com/watch?v=xm6xg1CdNCc)
PLAMEN KRASEV

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Plamen Krasev, dit "Blondin"

Il avait été un footballeur professionnel bulgare tout-à-fait correct avant de devoir mettre un terme prématuré à sa carrière, en raison d’une vilaine blessure au genou (comme tant d’autres !). S’étant mis à boire, à boire beaucoup, il avait contracté pas mal de dettes dans des bars et autres pubs de la capitale. Plusieurs d’entre eux étaient contrôlés par la mafia. Or, avoir une dette envers la mafia, ce n’est jamais très bon … Pour s’en libérer, « Blondin », comme on l’appelait désormais dans le milieu, s’était senti « un peu obligé » de se mettre au service de la Bratva, en faisant toute une série de petit job pour le compte de celle-ci. Je me méfiais un peu de lui, même si, ayant fait ses preuves dans des opérations de toujours plus grande envergure, il était devenu un des hommes de confiance et le petit protégé du Brigadier. Certains racontaient même que le Brigadier avait obtenu de lui « certaines faveurs ». En clair : que Blondin lui aurait mastiqué la canne ! Mais bon, dans ce milieu, la rumeur court plus vite que la vérité. C’est d’ailleurs le Brigadier qui me l’avait flanqué dans les pates. On l’avait fait entrer au club comme l’un des préparateurs de l’équipe première. Vu son passé de pro, ça ne gênait personne. Mais même si je ne l’aimais pas beaucoup, il serait un bon « indic » incrusté près du noyau des joueurs.
MIRKO FETROV

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Mirko Fetrov

Recommandé par Blondin. Diplômé en électronique de l’Université technique de Prague, Fetrov était entré au sein du club comme responsable du réseau informatique du bâtiment principal. Là où se trouvaient tous les bureaux du club. Il serait notre expert en télécommunications en tout genre. C’était pas un gros bosseur, loin de là. Plutôt glandeur même. Et puis ça volait jamais haut avec lui. Il riait toujours comme un goret lorsqu’il lâchait une caisse qui enfumait tout le monde autour de lui. Pas très malin … Et puis je n’avais jamais rencontré de type aussi obsédé que lui : il ramenait tout au cul. Un vrai p’tit rigolo. Une petite merde en fait. Le type que tout le monde tolère mais que personne n’apprécie. Mais il se révélait néanmoins très efficace. Il était d’une adresse et d’une rapidité remarquables lorsqu’il s’agissait de craquer n’importe quel code ou site informatique. Son plus haut fait d’arme était d’ailleurs un piratage de cartes de crédit à grande échelle, lorsqu’il était encore étudiant à Prague. On n’a jamais su que c’était lui. Et il s’en est mis plein les poches ! C’est en tous les cas ce qu’on m’avait raconté lorsque je fis sa rencontre. Et c’est vrai qu’il avait une belle bagnole d’ailleurs. Une sportive. De marque anglaise. Mais j’y connais rien en bagnoles, je sais plus quelle marque c’était au juste. N’empêche, je revois encore sa gueule lorsque le Brigadier lui a annoncé que par souci de ne pas éveiller les soupçons, il l’obligeait à mettre sa caisse de côté pour rouler dans une voiture plus modeste. Pour blaguer (et se foutre un peu de la gueule du « patron »), il s’était pointé la fois suivante avec une caisse toute pourrie : une Trabant. Le prenant au mot, le Brigadier lui avait ordonné de garder cette voiture. Et comme on ne contrarie pas le Brigadier … Depuis cette fois-là Fetrov roule en Trabant … N’empêche : le pauvre !
ANATOLI O'HIGGINS

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Anatoli O'Higgins, dit "l'Écossais"

Surnommé « l’Écossais ». Ce qui le faisait d’ailleurs bien chier. Parce qu’il était Irlandais. En fait, non. Il était né d’une mère bulgare et d’un père italien dont les grands-parents avaient émigrés jadis de l’Irlande. Enfin, c’était compliqué. Dans la vie, « l’Écossais » travaillait « dans les hautes sphères de la finance », comme il aimait nous le rappeler. Ce qui nous faisait plutôt marrer. Et on se foutait toujours de sa gueule quand il nous rabâchait les écoutilles avec ça ! Parce que son bureau, de forme sphérique justement, se situait au dernier étage de sa boîte. Et donc dans notre esprit les hautes sphères de la finance se bornaient à son bureau ! Il était un peu vantard, mais finalement assez attachant. Gentil avec tout le monde. J’irais pas jusqu’à dire délicat, mais je ne connais personne qui ne l’appréciait pas un minimum. Tout le contraire de Fétrov ! Par contre, pour se venger, quand on le faisait mariner un peu, il n’hésitait jamais à nous insulter copieusement, tantôt en italien, tantôt en anglais. Bien qu’on ne pigeait jamais rien à ce qu’il postillonnait à coup de « vaffanculo » et autre « gofuckanass », on imagine fort bien ce que cela pouvait dire. Et cela ne nous faisait de suite plus rire ! Mais c’était de bonne guerre. « L’Écossais » parlait parfaitement trois langues (le bulgare, l’italien et l’anglais) et en baragouinait au moins le double. Un vrai petit polyglotte en jeans et t-shirt ! C’était en quelque sorte notre « contact international ». On l’avait d’ailleurs fait entrer au club en tant qu’interprète et responsable de la cellule sponsoring. Pour négocier les contrats des joueurs étrangers, mais aussi relatifs au sponsoring.
LASZLO FARKAS

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Laszlo Farkas, dit "Pablo"

Dit « Pablo ». Un ami. Hongrois de souche, il avait étudié la littérature espagnole et sud-américaine dans plusieurs universités, notamment à Madrid. Il lisait constamment son auteur favori, le poète chilien Pablo Neruda : d’où son surnom. Il avait aussi effectué de nombreux séjours en Amérique latine et dans les Caraïbes où il avait fait la connaissance de Pablo Escobar, le célèbre baron du cartel de Medellin. Il avait d’ailleurs participé à l’élaboration et l’organisation de nouvelles techniques destinée au trafic de narcotiques dans les années nonante en Colombie. Mais lorsqu’Escobar fut abattu par la police, Farkas (qui en fait ne s’appelait sans doute pas comme ça à l’époque…) quitta la Colombie pour le Caucase. C’est lors d’un voyage en Ouzbékistan que je l’ai rencontré pour la première fois. Je me souviendrai toujours de cette fois où je l’ai vu dans un obscur bar de Tachkent, la capitale ouzbek, et de l’impression première qu’il m’a faite : un petit intello prétentieux, shooté jusqu’à la moelle, qui récitait des poèmes en espagnol à longueur de temps ! Mais surtout un mec fin, ingénieux, bourré de connaissances et complètement imprévisible. Quelques mois après, je l’avais recroisé à Bichkek, au Kirghizstan, puis encore une fois à Achgabat, au Turkménistan. A force de se croiser dans des endroits toujours plus improbables les uns que les autres, on a fini par se lier d’amitié. Puis un jour, il me raconta quelques unes de ses péripéties en Colombie, et je le convainquis de me rejoindre à Tiraspol, ce qu’il ne fit que bien des années plus tard. Et aujourd’hui il m’avait rejoint à Sofia. Il serait le numéro 2 de la Phalange, le cerveau aussi, la tête pensante. Nul besoin d’intégrer le club d’une quelconque manière, il gèrerait ça du « dehors ».
EVGUENI SMIRNOV

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Evgueni Smirnov

Le dernier membre de la « Phalange » était russe. Sous des dehors de petite frappe de bas-quartier, c’était un redoutable guerrier. Il avait été formé à l’école du KGB, juste avant que celle-ci ne fusse fermée une fois le bloc soviétique dissous et le service de renseignement soviétique restructuré. Là-bas, il avait tout appris : le combat armé, le combat à main nue, la filature, l’infiltration, le maniement des explosifs … C’était un fameux atout pour notre fine équipe ! Il allait être « l’homme à tout faire ». Comprenez : « celui qui ferait le sale boulot ». Je l’avais rencontré à Tiraspol, lors d’une bagarre qui éclata dans un bar entre lui et un de mes joueurs. Mon gars n’avait pas tenu dix secondes qu’Evgeni lui avait sectionné la nuque. Je fus tellement impressionné ce soir-là que je pris le risque de l’apostropher lorsqu’il sorti du bar, comme si de rien n’était, alors que les clients se tapaient tous dessus sans trop savoir pourquoi. Cela ressemblait à l’une de ces scènes du Far West où une bagarre éclate dans un saloon. Après de nombreuses négociations, il rejoignit mon réseau à Tiraspol et est depuis devenu un pion essentiel dans nos activités. Pas connu du grand public, il reste malgré tout fiché un peu partout dans le monde comme ex-membre du KGB, même s’il ne l’a jamais véritablement été. C’est pourquoi lui aussi resterait en retrait des activités du club. Mais son rôle, considérable, n’en serait pas affecté puisque c’était lui qui prendrait systématiquement les contacts « ante-operandi ». Bref, Smirnov, c’était un peu l’homme de l’ombre, celui qu’on ne voyait presque jamais …
(Musique de fond : http://www.youtube.com/watch?v=po09lcDxXIA)

- Ah, ben quand même !, lança Pablo. C’est qu’on a failli t’attendre !
- Ouais, je sais.
- En plus, t’as raté une de ces bombes, mon frère : personne ne pouvait rester assis à moins d’un mètre !
- Je m’en venterais pas, Fetrov !
, avait rétorqué O’Higgins. Stronzo !
- Bon, allez, ça suffit. Vous avez commandé quoi ?
- Vodka.
- Vodka.
- Vodka.
- Vodka.
- Vodka double.
- Je te reconnais bien là, Blondin !
M’adressant derrière le comptoir : Camilo ! Remets-nous une rasade, s’te plait ! Cinq verres.
- Yeah ! Leo, mon frère, j’aime quand t’offres à boire.
- Tu commences déjà à me casser les noix avec tes « mon frère » par-ci, « mon frère » par là …
- Bon, Leo, t’en es où ?,
avait coupé Blondin.
- Alors, le Brigadier m’a fait parvenir quelques infos sur le calendrier. L’opération ne devrait pas débuter avant le mois de Janvier. A charge pour nous de préparer le terrain, prendre les contacts et baliser le plan. Ev’, tu sais ce que tu as à faire. Tiens. Tu trouveras dans cette enveloppe une série de contacts, un peu partout dans le pays. Ce sont des hommes de confiance, des barons. C’est le Parrain lui-même qui les a installés. Ils sont pour la plupart sous les ordres directs du Brigadier. Sauf à Varna et, surtout, à Plovdiv.
- Quoi ? Me dis pas que les Lutteurs sont dans le coup !


Les Lutteurs : c’était comme ça qu’on appelait entre nous la mafia bulgare. Car si la mafia russe était bien implantée dans le pays et contrôlait la majeure partie des organisations criminelles depuis Sofia jusque Burgas (sur la côte), certains Bulgares avaient décidé de se mettre à leur propre compte. Bien souvent, il s’agissait d’anciens sportifs, des lutteurs pour la plupart, qui se constituaient leurs propres petits réseaux. Ils étaient fiers de leur indépendance par rapport à la Bratva. Mais ils étaient aussi beaucoup plus « bruyants ». Les assassinats en public étaient d’ailleurs leur spécialité …

- Eh bien si, L’Écossais ! Il semblerait que le Brigadier ait pactisé avec tes compatriotes. Le monopole que la Bratva assure sur l’héro et la coke les obligent à passer par nous pour s’en procurer à l’intérieur du pays. Faut faire avec, on n’a pas le choix.
- Pfff. J’aime pas ces clodos. Ils sentent la raclure à dix lieues à la ronde.


La conversation continua sur ce mode pendant une vingtaine de minutes encore. Le temps de planifier à court-terme les objectifs de chacun.

En ce qui me concerne, l’essentiel allait se situer sur le plan sportif. La discussion que j’avais eue l’après-midi avec Zdravkov avait été longue, c’est vrai, mais fructueuse. Un schéma tactique se dégageait tout doucement, une stratégie qui dépendrait beaucoup d’une personne en particulier. Une personne que nous n’avions pas. Pas encore. Mais ce n’était qu’une question de jours. Zdravkov m’avait assuré que les négociations étaient sur le point d’aboutir très prochainement. J’étais occupé à penser à cela lorsque Camilo, le serveur du bar, apporta la tournée de Pablo. Ca devait être la huitième. Ou la neuvième ? Oh, je ne sais plus. Je n’avais plus compté. Je ne savais plus. Cette vodka, c’était pas de la pisse de chat ! Et elle commençait à bien me cramer la tête. L’Ecossais sortit alors da sa poche une petite paille, son vieux miroir, une carte de banque quelconque et un petit sachet de poudre.

- Mes amis, aujourd’hui, c’est mon anniv’. Faut fêter ça dignement ! Laisse-nous la bouteille, Camilo. Et prend une chaise et un verre : joins-toi à nous … De la cubaine, les gars ! Y a pas meilleur sur le marché pour l’instant. Qui en veut ?


A SUIVRE…

LEXIQUE DE L'ÉPISODE 3

Camilo. Personnage fictif. Il est le tenancier (ou le barman) du Vitosha’s Bar.

Escobar Pablo. Ancien baron de la drogue colombien, chef du cartel de Medellin, il est le personnage central du trafic de drogue en Colombie dans les années quatre-vingt et nonante. Il est abattu par la police en 1993.

Hérodote, César et Ammien Marcellin. Il s’agit tout trois d’auteurs de l’Antiquité grecque (le premier) et romaine (les deux autres). Hérodote est considéré comme le père de l’Histoire et a notamment écrit un ouvrage majeur sur les guerres entre cité-États grecques (la Guerre du Péloponnèse). César n’est autre que Jules César, le pontifex maximus qui transforme la République romaine en dictature (celle-ci ne devient un empire que sous son fils adoptif, Octave, premier empereur romain sous le nom d’Auguste). Ammien Marcellin est quant à lui un historien grec qui écrit en latin au IV° siècle ap. J-C (Antiquité « tardive ») et qui a beaucoup écrit sur les guerres de l’Empire contre les invasions barbares.

Macédoine (historique). La Macédoine historique est une région qui se situe dans le Nord de la Grèce actuelle et qui, aux V et IV° siècles av. J-C était une grande puissance militaire. Le roi Philippe de Macédoine n’est autre que le père d’Alexandre le Grand. Aujourd’hui, la Macédoine historique est devenue une province de la Grèce contemporaine, tandis qu’une ancienne république yougoslave a pris le nom de « Macédoine ». Ceci n’a d’ailleurs pas plu aux Grecs qui ont obtenu que le nom officiel de ladite république soit « Former Yougoslavian Républic of Macedonia (F.Y.R.O.M.) », afin d’éviter la confusion.

Penev, Dimitar. Coach du CSKA Sofia de juin 2008 à mars 2009 (licencié).

Vitosha’s Bar. Bar fictif. Il se situe sur le boulevard Vitosha de Sofia.

Zdravkov, Radi. Entraineur-adjoint du CSKA Sofia. Ancien footballeur international bulgare.


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